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CHAPITRE VII

Extinction de la Guerre de la Vende'e. — Commencement de celle des Chouans.

Ainsi, pendant que la grande armée vendéenne s'anéantissait dans ses combats contre l'armée républicaine, les divisions de celle-ci placées sur la rive gauche de la Loire, marchaient par différens moyens à l'extinction totale de la rébellion. Des détachemens poursuivaient, dans tous les sens les partis ennemis; de part et d'autre les prisonniers trouvaient toujours la mort quand ils tombaient entre des mains inhumaines; mais ils étaient sauvés quand la fortune les livrait à des chefs d'un caractère doux et modéré.

Au moment où les défaites de Grandville, du Mans et de Savenay tendaient à éteindre cette guerre horrible si favorable aux ennemis de la France, des misérables, habitués au pillage se joignaient aux étrangers désertés des rangs

vendéens qu'ils avaient mal secondés dans leur état prospère et qu'ils s'étaient hâtés de fuir lors de leurs désastres. Trop peu nombreux néanmoins, pour se soutenir seuls, et contre l'opinion et contre les troupes laissées dans le pays , ils arrêtèrent des chaînes de forçats qu'ils incorporèrent dans leurs bandes avec tous les détenus qu'ils purent arracher aux arrêts de la justice. Ils osèrent alors enlever les jeunes gens, d'abord dans les petits villages, ensuite dans les plus gros, et commencèrent sous le nom de Chouans et pour leur propre compte , une guerre nouvelle. Les intérêts respectables du trône et de la religion leur servaient de prétexte.

Méprisée dans son principe, cette guerre ne prit un caractère sérieux que lorsque des chefs estimés chez les Vendéens vinrent lui prêter leurs talens et leur expérience. Différente de la guerre de la Vendée, elle n'offrit pas souvent des masses à combattre, mais beaucoup de petits partis. Elle s'étendit dans un grand nombre de départemens, dont elle ne parvint jamais à paralyser l'administration , les troupes républicaines étant restées maîtresses de toutes les villes et de tous les bourgs de quelque importance, ainsi que de toutes les positions essentielles sur les grandes communications. Le général Hoche arriva au

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commandement à l'époque où la guerre de la Vendée touchait à son déclin, mais à l'origine de celle des Chouans. On a pu blâmer le choix et la conduite de quelques-uns de ses prédécesseurs, mais parmi eux les Canclaux, les Dubayet , les Kléber n'étaient point des hommes d'un faible mérite. Ces grands capitaines avaient porté de terribles coups au parti vendéen, et aucun des généraux qui partagèrent le commandement des armées de l'ouest, et qu'on a cru devoir juger très sévèrement, ne se retira sans avoir combattu. Quelques-uns purent manquer de talens militaires, et ce fut alors la faute du choix, mais aucun ne manqua de valeur dans les combats , ni de fidélité à sa patrie (6). La guerre de la Amendée n'était point une guerre ordinaire , il fallait en faire une étude particulière pour n'y pas commettre trop de fautes. Ailleurs ^ en combattant un gouvernement organisé, on peut espérer d'obtenir la paix par le gain d'une bataille ; ici , il fallait détromper ou anéantir l'ennemi. Or, comment détromper les masses qui protégeaient et renfermaient dans leur sein tous les principes de leur séduction! Puisque la chose était impossible, il fallait lutter jusqu'à ce qu'un des deux partis succombât, et la paix ne pouvait conséquemment être offerte qu'à des restes épars : aussi la guerre de la Vendée suivit-elle tous les

périodes d'un vaste incendie , elle dut éclater , s'étendre, et finir faute d'aliment.

Hoche reconnut cette plaie de l'état en homme habile, et toutes ses mesures politiques comme tous ses mouvemens militaires eurent plutôt pour objet la pacification du pays, que l'anéantissement de tous les paysans insurgés. Il n'eut pas la vaine prétention de vouloir éteindre partout à la fois un embrasement encore trop étendu, mais il sentit le besoin d'en resserrer le foyer en terminant d'abord la guerre sur la rive gauche de la Loire; et dans cette intention, il y jetta toutes les forces qu'il put retirer de l'autre rive, sans compromettre cependant les détachemens qu'il y laissait et qui partout étaient retranchés. Quand tout fut terminé sur la rive gauche , il présenta l'olivier de la paix aux chefs de chouans, en appuyant ses propositions par un mouvement général de ses divisions d'outre-Loire, qu'il fi t arriver sur la rive droite. Ces propositions et ces mesures furent par la suite couronnées d'un plein succès, et la pacification s'étendit enfin sur tous les départemens que laguerre civile avaittourmentés et sur ceux où elle avait commencé à s'étendre.

Le 8* bataillon du Bas-Rhin fut compris dans le mouvement général , et repassa la Loire dans l'hiver de l'an 3 pour se porter par Ancenis sur Ingrande qu'il dut occuper, ainsi que les mines

de Montrelais. Nous venions, pour la seconde fois dans cette campagne , d'être recomplétés à mille hommes présens, tant nos pertes journalières nous avaient affaiblis. Comme beaucoup de nos nouveaux camarades n'étaient encore hanillés que de sarraux et de pantalons de toile, nous perdîmes, le jour denotredépartdeNantes, 26 hommes qui restèrent gelés sur la route d'Ancenis.

Quelques temps après, des conférences eurent lieu à Varades et à Saint-Florent, entre les représentans du peuple, quelques généraux et les chefs de Chouans Scépeaux et Bourmont. Muscar se rendit quelquefois à Varades par curiosité, accompagné de quelques officiers et sous la seule escorte de nos grenadiers à cheval. Cette escorte paraissait plus que suffisante, puisque de toutes parts on n'entendait que des paroles de paix ; cependant un soir on lui tendit une embuscade dans laquelle restèrent plusieurs de ces braves gens.

A cette époque la Loire était prise, et les chaloupes canonnières, placées au milieu pour empêcher le passage d'une rive à l'autre, eussent couru les plus grands dangers si l'on n'eût eu l'attention de faire rompre chaque soir la glace autour d'elles , et de les appuyer par des bivouacs sur la rivière. Des Vendéens insoumis

venaient saluer ces bâtimens et nos bivouacs avec de longues canardières. Malgré les conférences , malgré les préliminaires de la pacification, malgré les défenses réitérées des représentans, bien intentionnés sans doute, nous éprouvions de continuelles hostilités ; tantôt nos postes étaient égorgés sur les routes, tantôt nos escortes étaient attaquées. Nos subsistances passaient avec peine et nous nous trouvâmes une semaine entière sans pain, sans viande, sans légumes. On peut dire que sans le patriotisme et la générosité de M. Fayole, propriétaire d'Ingrande, qui nous ouvrit ses caves et nous fit distribuer son vin , les soldats n'auraient pu se soutenir. C'est encore à cette époque que les mines de Montrelais, où nous fournissions un détachement avec le 2^ bataillon de sapeurs , furent assaillies par une forte réunion de Chouans qui forcèrent nos retranchemens et nous tuèrent environ cent cinquante hommes.

Sur la fin du printemps nous quittâmes Ingrande pour nous rendre à Nozay, à l'effet d'entretenir la liberté de la communication entre Nantes et Rennes. Quelques légères attaques de diligences que l'ennemi n'enleva pas, furent ses seuls exploits dans cet arrondissement. Bientôt de nombreuses colonnes mobiles organisées par le général Hoche et commandées par des offi-

ciers de son choix, parcoururent le pays en tous sens. La nôtre prit part au succès de Quiberon et plus tard entra dans une légion destinée pour l'Irlande. Ce qui restait des grenadiers à cheval passa dans la cavalerie légère de l'armée : notre compagnie d'artillerie, aux ordres du brave capitaine Forsin, était restée à Nantes depuis notre départ du château d'O.

Une partie du 8" du Bas-Rhin , ayant avec elle l'état major, fut détachée à Blain sur l'isave, pour observer et maintenir le pays entre cette rivière, la Loire, la Vilaine et l'Océan, conjointement avec la légion nantaise, cantonnée à Guérande et au Croisic. Informé qu'une réunion de chefs de Chouans devait avoir lieu à la poste de Bons-le-Bois , dans l'intention d'insurger tout le pays depuis Ancenis jusqu'à la mer ; Muscar, m'y envoya pendant la nuit et j'enlevai le général Fouchard qui devait commander ^ son chef d'état major , et l'aumônier des Chouans. Quelques mois auparavant ces prisonniers auraient été fusillés immédiatement; les temps étaient changés et l'on se contenta d'envoyer cette capture à Nantes, où, après une courte détention, les représentans du peuple les rendirent à la liberté, sans doute sous condition de ne plus troubler le pays par de nouvelles entreprises.

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