CHAPITRE IX
Enlèvement fait à propos. — Brest. — Expédition d'Irlande. Avancement refuse'. — ao"= Demi-Brigade.
MuscAii ayant été prévenu que les Chouans , qui manquaient de poudre, venaient d'en recevoir onze barils , ainsi que de l'argent et beaucoup de cuirs; ayant été informe en même temps qu'ils avaient caché le tout dans un vieux château sur la rive droite de la Vilaine , résolut de leur enlever ces moj ens de soutenir la guerre. Ayant alors pris avec lui la colonne mobile et quelques cents hommes de renfort, il se porta rapidement sur le point du dépôt. Tout s'y trouvait encore , excepté l'argent ; chacun , après celte capture, fruit d'une marche rapide et très pénible, était d'avis de se reposer; comme il se trouvait près de nous un rassemblement de plus de trois mille hommes, j'engageai Muscar à mettre le feu aux poudres, ou i\
ne pas s'arrêter avec son d.angfereux convoi, mais à se porter plutôt sur Derval, pour l'y déposer, jusqu'à ce qu'on le vînt chercher de Rennes. Les chefs du rassemblement, instruits de notre marche et de nos projets au moment où nous allions les remplir, débattirent longtemps s'ils viendraient nous attaquer : la réputation de la colonne leur en imposait, néanmoins ils convinrent de s'embusquer le lendemain sur notre route, et quand ils se mirent en mouvement , le convoi entrait à Derval. Le général Hoche, que nous y rencontrâmes, félicita beaucoup Muscar sur ce précieux enlèvement; il ne retournait à Rennes que parce que ce convoi donnait aux Chouans les moyens de soutenir les hostilités quelque temps encore , et parce qu'il voulait prendre des mesures pour l'enlever ou pour faire échouer les nouveaux efforts auxquels ils allaient donner lieu. Nous dûmes juger combien ce grand homme était satisfait , et par les félicitations qu'il nous adressa, et par le ton avec lequel il nous répéta plusieurs fois qu'il considérait enfin la guerre comme finie. Heureux d'y avoir pu contribuer par cet événement . nous laissâmes le convoi sous l'escorte d'un bataillon qui partait pour Rennes et nous rentrâmes à Châteaubriant.
Nous quittâmes cette ville après l'entière pacification (le l'arrondissement, pournous rendre à Rennes où le général Hoche ne tarda point à venir, afin de juger par lui-même de l'activité qu'on mettait à l'exécution de ses ordres concernant l'expédition d'Irlande. Ce général revit Muscar avec plaisir , le nomma général de brigade et daigna m'élever au grade d'adjudantgénéral. Déjà deux fois une pareille grâce était venue honorer mes faibles services, l'attachement que je portais à mon bataillon, ainsi qu'à son chef, la crainte bien excusable de périr plutôt sous la hache révolutionnaire que sur le champ de bataille , danger auquel on s'exposait ens'élevant alors avec trop de rapidité, m'avaient décidé à un refus ; mais cette fois , les circonstances n'étant plus les mêmes , je cédai aux pressantes sollicitations de Muscar et j'acceptai, car Muscar n'acceptait lui-même que sous condition que je ne le quitterais pas. Déjà nous nous disposions à faire procéder à notre remplacement dans le 8* bataillon du Bas-Rhin, lorsque nous apprîmes par qui l'expédition devait être commandée en chef. Au nom d'Humbcrt, général d'une grande valeur, mais avec qui Muscar avait eu une altercation très vive à la suite d'une opération aux environs de la Gucrche; à ce nom , Muscar vint m'annonccr
qu'il allait rendre sa nomination au général Hoche, qu'il ne voulait pas servir sous un homme qu'il détestait cordialement, et qu'il ne regrettait dans cette occasion que l'éloignement d'un ami tel que moi. On vient de voir qu'aucun motif d'ambition ne m'avait déterminé dans mon acceptation et qu'elle n'avait eu lieu que pour plaire à Muscar. Aussi , à la nouvelle de sa résolution , la mienne fut -elle aussitôt prise et ma nomination, accompagnée du témoignage de ma gratitude, fut reportée au général en chef. Celui-ci fit de fortes représeniations à mon commandant, il me gronda de mes refus , mais cependant nous assura l'un et l'autre que notre conduite ne nous ferait rien perdre de l'estime qu'il nous portait.
Le grand œuvre qui couvrait ce général d'une gloire éternelle, rendait disponiijle sa grande et belle armée des côtes de l'Océan; une partie dos corps qui la composaient marchèrent sur l'Italie; une autre resta dans les deux Bretagnes et l'ancien Poitou pour y maintenir la paix; la troisième se rapprocha des places maritimes, afin de coopérer à l'expédition d'Irlande. Le vaisseau rasé le Scévola (*) parut être destiné pour le
(*) Ce vaisseau périt depuis dans la. traversée
6o MÉMOIRES
transport du 8' du bas Rhin et nous y fournîmes même un détachement dans la rade magnifique de Brest. Mais à la veille de l'expédition, le bataillon qui depuis près d'un an était désigné pour faire partie do la 20" demibrigade , reçut , ainsi que les autres corps qui devaient la composer par leur amalgame , Tordre de se rendre au camp de Grenelle , établi sous Paris , pour le service de cette capitale.
Après quelque séjour dans ce camp , séjour pendant lequel eurent lieu ces tentatives de séduction et d'entraînement, mal à propos appelées attaques, car le camp ne fut point attaqué ; séjour qu'on me fit employer dans les fonctions les plus actives sous le titre d'adjudant divisionnaire; après ce séjour, dis-je, nous opérâmes à l'école militaire, la formation de notre demibrigade par l'amalgame de dix-sept corps , la plupart réduits à rien par les glorieuses pertes de la guerre. Muscar qui tant de fois, tout ré^ cemment encore à Brest, avait refusé le graciai de général, ne se trouva point assez ancien dans celui de chef de bataillon et eût été mis à la suite, si le général de la Tour-Foissac ne se fût intéressé près du directoire pour faire obtenir un commandement à ce brave officier, qui fut on conséquence envoyé dans Os tende, où bien-
DU GÉNÉRAL HUGO. 6l
îôt il se signala par sa belle conduite contre les Anglais. Séparé de Muscar , je restai en activité comme adjudant-major du deuxième bataillon.
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