‹ MémoiresChapitre 22 sur 80 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Arrivée à Paris. — Amalgame. • — Conseil de guerre. — Causes célèbres. — Rentrée à la 2o<' Demi-Brigade, puisa l'Élatraajor de l'Armée du Rhin.

Après cet amalgame qui réduisit le nombre des états-majors, centralisa l'administration^ donna plus de régularité à la tenue, améliora considérablement la discipline et l'instruction, la demi-brigade fit partie de la garnison de Paris , et devint un de ses plus beaux corps. C'est pendant qu'elle s'y trouvait en garnison , que se passèrent les mémorables événemens du 18 fructidor.

Après avoir utilement donné mes soins à la tenue et à l'instruction de cette demi-brigade, en ma qualité d'adjudant-major, j'en fus distrait pendant près de deux ans, par les fonctions de rapporteur du 1" Conseil de guerre permanent de la 1 7^ Division militaire ( depuis devenue 1").

La loi du 29 nivôse ayant étendu les attributions de ces tribunaux constitutionnels , et plu-

DU GÉNÉIVAL UrGO. 65

sieurs arrêtés du. gouvernement ayant renvoyé par devant celui de la division plusieurs causes très graves, les fonctions de rapporteur, que je partageais avec le capitaine Hervo, en devinrent tout à la fois aussi intéressantes que difficiles. Pendant la durée de ces fonctions judiciaires, j'obtins souvent du conseil, en faveur des condamnés , l'avantage de faire dater la peine infligée par la loi, du jour de l'arrestation, plutôt que du jour du jugement. Une grande différence résultait à mes yeux de cette disposition , c'est qu'alors la loi pénale était justement appliquée, tandis que de l'autre manière le juge était constamment plus sévère que le législateur.

J'eus particulièrement à faire punir la bande de chauffeurs du nommé Troska , polonais , et cà faire triompher l'innocence du vieux capitaine Fontaine, trop légèrement condamné peu d'années auparavant à la peine des fers; j'eus aussi à faire proclamer l'innocence du sieur Quenerdre, ancien moine, inj ustement accusé d'embauchage pour l'Angleterre. La cause de ce dernier surtout présenta des détails très épineux. Celle de Troska dévoila au public la conduite horrible des bandes de scélérats qui, pour obtenir des aveux, mettaient au feu les pieds de leurs victimes , et ne les en tiraient qu'après avoir re-

coDnu la sincérité de ces aveux , et conséquemraent toujours après une cruelle mutilation. C'est dans l'instruction de ces horribles crimes, qu'on vit jusqu'à quel point l'homme peut tourmenter sou semblable. Si l'un des martyrs de ces tigres féroces s'évanouissait pendant son supplice^ ces monstres lui enfonçaient dans les chairs déjà brûlées de longues aiguilles d'acier, pour arriver aux parties gonflées par l'inflammation , et le rappeler au sentiment par un redoublement de douleurs. La vigueur des juges militaires attaqua ces hordes de cannibales, et les anéantit avec un succès qu'on ne pouvait attendre des juges civils, presque tous tremblant pour leurs familles ou leurs propriétés.

Redemandé avec instance par M. Cachot, mon chef de brigade, dont je secondai les démarches , je quittai mes fonctions de rapporteur pour reprendre celles de mon grade d'adjudant-major. Je pensais, en m'y livrant avec zèle , me concilier l'estime des autres chefs ; mais j'étais, sans le savoir, l'objet de la haine de l'un d'eux, et je fus étrangement trompé. Bientôt im commencement de tracasseries sur les moindres choses me fit sentir le besoin de faire des démarches pour quitter un corps que j'aimais, mais où, pour le moment, je ne pouvais plus servir sans éprouver toutes sortes de

dégoûts. Voici les motifs de cette conduite envers moi. Le chef de brigade Cachot se trouvant trop âgé pour faire campagne, songeait à se retirer; mais il desirait un commandement de place. Muscar, étant venu à Paris après avoir battu les Anglais à Ostende , reçut pour récompense le grade de chef de brigade, et desirait reparaître à la tête d'un corps. Un officier supérieur de la demi-brigade engageait Cachot à se reposer enfin , parce qu'il avait des vues sur elle. Comme bientôt les intentions de Muscar et de Cachot devinrent publiques, cet officier supérieur craignit que je ne négociasse entre ces deux colonels un accord préjudiciable à ses vues; et, quoique ni l'un ni l'autre ne m'en eût entretenu, et que je n'eusse conséquemment fait à cet égard aucune démarche , il sentit le besoin de m'éloigner de M. Cachot ; alors il inventa je ne sais quels mensonges envers ce chef: celui-ci me bouda, et bientôt me brusqua, de même que le chef aspirant , sans me faire rien connaître des motifs de ce changement de conduite. Un de mes amis , membre du conseil des cinq-cents , me fit obtenir des lettres de service comme adjoint de l'adjudant-général Mutelé, employé dans la 4^ division militaire.

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