CHAPITRE XII
Passage du Rhin. — Batailles d'Engen , Moeskirch , Biberach et Meinmingen. — Affaires de Delmesingeu et d'Erbach. — Séjour sur l'Iller,
La belle campagne de 1 an 8 s'ouvrit donc en floréal par le passage du Rhin , et j'assistai , avec la réserve dont Moreau s'était réservé le commandement particulier, au combat de Tiengen, puis à la bataille d'Engen, livrée et gagnée le i5 du même mois. Le i5, le corps du centre et l'aile droite aux ordres du général Lecourbe, livrèrent et gagnèrent également une bataille à Moeskirch. Le ig, l'aile gauche, commandée par le général Saint-Cyr, commença et soutint la bataille de Biberach jusque sur le soir, où , secondée par le corps du centre , elle acheva de battre les Autrichiens. Quoique je me sois trouvé à toutes ces affaires, je n'entrerai dans le détail d'aucune, parce qu'elles seront indubitablement l'objet de mémoires particuliers , ou décrites
par des officiers alors d'un rang plus élevé que le mien ; ou quî , par une position différente , y auront joué un rôle plus actif. Je dois cependant dire qu'à la suite de la bataille de Moeskirch , qui avait été décidée avant midi, et qui fut recommencée sur le soir, le général Moreau m'ayant trouvé avec deux cents hommes et une pièce de canon , m'opposant, en avant de Grambach, à une trouée que l'ennemi opérait sur ce point , m'ordonna de l'accompagner. Il était seul , et je le suivis. Comme il manifestait de l'inquiétude sur le retard que la division Richepanse apportait à déboucher, et qu'il paraissait désirer quelque infanterie , je lui fis l'offre d'aller prendre à une ambulance voisine beaucoup d'hommes qui s'y reposaient après y avoir porté des blessés. Moreau ayant accueilli favorablement cette proposition , je réunis environ huit cents soldats et quelques caporaux, qu'il me fallut organiser en pelotons sur le terrain, et auxquels la 101% demi-brigade en joignit, bientôt après , quatre cents autres. Un officier général m'ayant ordonné de prendre position à la gauche de la 4% et de m'y déployer, je fus dans l'obligation d'expliquer la manœuvre , afin que les caporaux chefs de pelotons pussent l'exécuter.
INous étions sur la brune, ce qui m'avait em-
péché d'apercevoir le général en chef arrêté à peu de distance. Ce général, entendant détailler un déploiement devant l'ennemi, envoya M. Desprez, l'un de ses aides-de-camp, savoir qui s'amusait à cette explication , qu'il croyait superflue. Desprez m'ayaut joint, fut rendre compte que c'était moi , et de mes motifs ; et , dès ce soir-là , Moreau voulut me récompenser de ma conduite dans la journée , par le grade de chef de bataillon. Encore ce jour-là je le priai d'attendre que je l'eusse mieux gagné, et ce n'est qu'avec regret qu'il parut céder à des instances qui lui parurent très rares.
Le 21 , le général Lecourbe battit les Autrichiens devant Memmingen. Le 26, ils furent également battus au combat de Delmesingen. Les 2'j et 28 , ils éprouvèrent le même sort dans les aflfaires successives près d'Erbach , sur la rive gauche du Danube , en s'opposant à la marche du général Sainte-Suzanne , qui vint occuper Blaubeuren. Nous fîmes ensuite, et forcément, quelque séjour sur les rives de l'Iller, et le quartier-général fut établi d'abord à l'abbaye de Viblengen , au confluent de cette rivière et du Danube ; puis à Babenhausen et à Memmingen. Je vais exposer les motifs qui déterminèrent co géjour.
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