‹ MémoiresChapitre 3 sur 80 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

Marche de deux divisions républicaines sur Châtillon, — Deuxième aflaire devant cette ville. — Elle est reprise sur les Vendéens. — Déroute. — Nouvelle occupation de Châtillon. — Réflexions et détails sur ces opérations. — Conduite généreuse de Lescure et Bonchamp. — Le capitaine Bédos. — Encore la femme du notaire.

Après la désastreuse affaire de Châtillon, le commandant Auberlin retourna à Niort, où il avait laissé quelques hommes de son bataillon. 11 ramenait avec lui cinq officiers et neuf soldats, qui s'étaient échappés en restant dans les bois. C'était tout ce qui restait de quatre cent cinquante hommes présens sous les armes en partant de Saint-Maixent.

Dans cette triste situation , le général Nouvion , chef de l'état-major d'une des divisions de l'armée républicaine, proposa au chef Aubertin de l'employer près de lui, en attendant que de nouvelles levées permissent de réorganiser le 1 1* bataillon d'Orléans.

Le général Chalbos commandait cette division, dont le quartier-général fut transféré de

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Niort à Fontenai-le-Comte. 11 nomma Aubertia sous-clief provisoire de son état-major.

Dans les premiers jours d'octobre , le même général reçut l'ordre de mettre ses troupes en mouvement. Sa division était forte de cinq mille iiommes, partagés en deux brigades ou colonnes, que commandaient les généraux Le Comte et Westermann. Le premier était un jeune homme plein d'énergie et de valeur , ex-chef d'un bataillon de la Charente, appelé ie Vendeur ; il avait récemment remporté un avantage sur les Vendéens, à Chantonnai. Westermann, qui commandait toujours la légion du îNord, se donnait le titre de général de brigade , sans en avoir reçu, disait-on, le brevet.

La division partit de Fontenai pour se rendre à la Châtaigneraie. Le jour suivant elle bivouaqua entre ce dernier lieu et Bressuire , et fut jointe dans cette ville, le six octobre, par l'armée dite de Saumur, qui ne formait , dans le fait, qu'une division plus forte d'un millier d'hommes que celle du général Chalbos. Deux représenîans du peuple accompagnaient cette prétendue armée.

Peu de temps après la réunion de ces forces, à Bressuire, il arriva un événement dont le récit confirmera ce que nous avons déjà dit de l'indiscipline du soldat républicain. L'armée de

DU GENERAL ADHEUTIX. O I

Saumur était commandée par un générai dont le nom est resté inconnu à l'auteur de ces Mémoires, Il jouissait de l'estime et de la confiance de ses troupes. La veille du départ des deux divisions pour se porter sur Châtillon , les commissaires conventionnels reçurent un arrêté du gouvernement, qui destituait ce général. Son successeur, nommé Muller, était porteur de cet acte. Le bruit se répandit que le nouveau venu était naguère danseur à l'Opéra, et il est vrai de dire que sa tournure semblait justifier cette assertion. Quoiqu'il en fût , les représentans firent rassembler la division de Saumur pour recevoir ce Muller comme commandant en chef. Mais tous les soldats, d'un commun accord, déclarèrent à haute voix qu'ils ne le reconnaîtraient point. C'est en vain que les conventionnels pérorèrent et menacèrent les mutins , ceux-ci persistèrent dans leur insubordination , et pour apaiser le tumulte, on fit rompre les rangs.

Le moment était critique; l'autorité craignait de se compromettre vis-à-vis le gouvernement, en maintenant dans ses fonctions le général destitué. On tint conseil ; les autres généraux , n'osant ouvrir un avis décisif, proposèrent un arrangement. 11 fut arrêté que le destitué emploierait son influence pour ramener les soldats

à leur devoir ; il eut le bon esprit et la sagesse de s'y prêter. On lui donna la journée pour disposer la troupe à recevoir Muller le lendemain, au moment du départ.

Chacune des deux divisions fut rassemblée séparément à une distance assez éloignée; celle du général Chalbos devait tenir la tête, parce que le terrain ne permettait pas (comme en général dans tout le pays vendéen) de faire marcher les troupes sur des colonnes parallèles. Elle était formée en trois brigades ou subdivisions , destinées à marcher en une seule et même colonne , suivant leur rang. La première était commandée par un nommé Chambon , tout nouvellement arrivé à Bressuire, et qui, de simple lieutenant de chasseurs, avait été promu au grade de général de brigade , qu'il allait remplir pour la première fois dans une arme qui lui était étrangère; militaire, d'ailleurs, sans capacité et sans instruction. La seconde brigade était sous les ordres du général Le Comte , et la troisième sous ceux de Westermann.

La division était prête à partir , lorsqu'on apprit que l'armée de Saumur s'obstinait à ne pas vouloir de son nouveau chef, et qu'on était encore dans la nécessité d'appeler l'ancien, pour la déterminer à l'obéissance. Le général Chalbos

n'en commença pas moins son mouvement. La troupe allait atteindre le Bois-aux- Chèvres, dont il a été question dans le cha()itre précédenl , lorsque la tète de la colonne fut attaquée tout à coup par les royalistes, qui venaient de sortir «lu bois. A cette agression brusque et violente, les républicains ne purent opposer aucun front; ils arrivaient sur la ligne de bataille et se formaient lentement sous le feu de l'ennemi. Toutefois, il est juste de dire qu'ils ne reculaient point, malgré leurs pertes en morts et en blessés. Les deux pièces de la première brigade, qui avaient suivi le mouvement de la tête, en appuyant trop à droite dans les genêts et bruyères , n'avaient pu encore faire feu ; un gros de royalistes s'avance pour s'en emparer; elles allaient être enlevées, sans le dévouement et l'intrépidité de cent soixante grenadiers de la garde delà Convention, qui, s'étant formésenun instant , résistèrent seuls au choc des Vendéens. Ce fut la dernière affaire de cette guerre où ces braves gens, qui servaient d'exemple aux autres troupes, combattaient; tous furent blessés, sans exception , et plus de cent mis hors de combat. Le général Chambon se fit tuer dès le commencement de l'action, sans utilité, et en allant braver les Vendéens. Un paysan l'ajusta, le démonta, et s'empara de son cheval.

Le général Le Comte , en arrivant à son tour sur la ligne, et cherchant à former sa brigade, fut blessé mortellement, et transporté à Bressuire , où il expira quelques jours après.

Malgré cette perte d'officiers et de soldats, les deux premières brigades de Clialbos achevèrent de se former. Le feu continuait avec la même vivacité de la part des royalistes. Le fort de l'action était à leur gauche, où Lescure avait placé ses hommes les plus intrépides. La droite des républicains était très maltraitée; le feu n'était point égal dans les deux partis; celui des Vendéens était soutenu et mieux nourri , leurs rangs étaient plus nombreux, et les pertes remplacées par des réserves postées dans le bois. Leur droite , débordant de beaucoup la gauche des républicains, refusait son extrémité. Lescure avait placé , à cette aîle , des dernières levées faites à la hâte et peu aguerries. Comptant peu sur leur coopération active, il ne les tenait là, pour ainsi dire, que pour la montre.

La tète de la 3* brigade, qui devait nécessairement se porter vers la droite de la ligne républicaine, pour la renforcer, fît, au contraire, un deini- à-gauche s et marcha diagonalement sur la droite des royalistes. Westermann, plein de confiance en ses moyens militaires , ennemi

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né de toute subordination , ne prenant ordinairement conseil que de sa tête, sans s'embarrasser de la position critique des deux premières brigades , s'en éloignait avec un tiers de sa troupe, et manœuvrait sans observer aucun ordre. Il est inconcevable que les chefs qui commandaient le centre et la droite des royalistes , n'aient pas profité de cette occasion , pour envelopper l'imprudent général.

Celui-ci, à cheval à la tête de sa colonne, accélérait sa marche vers l'extrême droite de l'ennemi , sans s'inquiéter s'il était suivi par toutes ses troupes ; les soldats désunis prolongeaient la colonne, qui n'occupait pas moins d'une demi -lieue de terrain, presque sous les yeux de la droite, et entièrement sous ceux du centre des Vendéens, bien supérieurs aux républicains, dont la ligne ne formait pas le tiers de celle de leurs adversaires.

Le général Chalbos, s'apercevant de la manœuvre de Westerniann , chargea le commandant Aubertin de lui porter l'ordre de venir, à l'instant même, occuper sa place en ligne.

En quittant la droite du champ de bataille, Aubertin était loin de prévoir l'heureuse issue de cet engagement entre des forces aussi disproportionnées. La division de Saumur n'avait pas fait sa jonction avec celle de Chalbos , et

l'on n'en recevait aucune nouvelle^ La troupe combattante était réduite à moins de quatre mille hommes, et tout présageait une défaite. C'est avec ce pressentiment qu'Aubertin allait trouver Westermann. Il suivit sa trace à travers la plaine, et, traversant genêts et bruyères, il l'atteignit à une lieue de distance , et lui remit l'ordre du général Chalbos. Westermann répondit, sans s'arrêter, qu'il allait droit à Châtillon. Chose étonnante ! à mesure qu'il avançait, toujours à peu près en désordre , la droite des Vendéens disparaissait insensiblement ainsi que leur centre, et les républicains allaient traverser, sans obstacle, le même terrain qu'occupaient, un instant avant , leurs adversaires, sans qu'on pût se rendre compte des motifs de ce mouvement rétrograde. Aubertin se trouvant trop éloigné du général Chalbos pour le rejoindre , prit le parti de suivre le mouvement de Westermann , et entra dans Châtillon avec lui. Chemin faisant, il avait eu la franchise de dire à ce général, qu'il devait se rappeler la terrible leçon du 2 juillet, et ne pas s'exposer à une semblable catastrophe , en compromettant ainsi les douze à quinze mille hommes qui composaient sa colonne, sur les derrières de l'armée royale. En effet, Westermann ignorait luimême le but de la retraite de l'aile droite des

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Vendéens , et si ces troupes avaient pris le chemin de lAIoilagne, ou celui de Cholet. Le centre, qu'on avait vu disparaître également, pouvait être allé renforcer la gauche qui avait déjà obtenu quelque avantage sur les deux premières brigades de Chalbos , dont les généraux étaient hors de combat; et, après avoir achevé d'écraser ces troupes, revenir ensuite sur Châtiilon, pour cerner et exterminer, de concert avec le centre et la gauche disparus, la poignée de soldats qu'un général imprudent y conduisait comme dans une souricière. Fort heureusement la fortune trompa ces conjectures très raisonnables La droite des Vendéens s'était réellement mise en retraite, intimidée sans doute, parla marche audacieuse de Westermann (*) ; le centre avait suivi ce mouvement, et la gauche, se voyant privée de ces deux appuis , rentra lentement et en continuant son feu , dans le Bois-aux- Chèvres.

Westermann , entré dans Châtiilon , sans coup férir, n'avait aucune nouvelle de l'issue du

(*) A une certaine distance, des yeux peu exercés à la guerre jugent mal des objets; douze à quinze cents hommes, marchant en désordre et à de longs intervalles, parurent aux yeux des Vendéens une troupe beaucoup plus considérable.

combat. Il prit des précautions pour éviter une surprise, et pour se défendre avec avantage, si on venait l'attaquer. Sa troupe passa la nuit sur le qui vive ! sans quitter les armes , et prête à se porter , en cas d'alarme , sur les points menacés. On s'attendait à recevoir une ordonnance du général Chalbos pendant la nuit; cet espoir fut déçu et ne se réalisa même pas pendant la journée qui suivit. Westermann était dans la plus vive inquiétude; enfin, dans le cours de la seconde nuit , un peloton de chasseurs à cheval , parvint à Chatillon , apportant l'avis que le reste de la division arriverait le lendemain à onze heures du matin , ainsi que l'armée de Saumur, conduite par son nouveau général.

La réunion de ces deux divisions à Chatillon , présentait une masse de dix à onze mille hommes, avec un parc de quatorze bouches à feu de différens calibres. Ces troupes furent placées autour de la ville. Les généraux, dans la plus parfaite tranquillité , ne pensaient point que les royalistes fussent assez audacieux pour attaquer des forces si nombreuses, bien qu'elles fussent postées, toutefois, de manière à ne pas profiter de cet avantage. Le meilleur parti eût été de placer en masse les deux divisions , l'une sur la route de Mortagne , et l'autre sur la route

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de Cholet, avec des avant-postes de sûreté , chacune d'elles ayant une réserve dans la ville ; au lieu d'isoler, pour ainsi dire, les bataillons dans des postes ou des cantonnemens, sans communication facile. On n'en fit rien. Le chatouilleux amour-propre fait commettre, à la guerre , bien des fautes et des bévues. Ce qu'on aura peine à croire , c'est que l'artillerie , à l'exception de quelques pièces, fut placée précisément dans la même position , où elle se trouvait trois mois auparavant ; les bataillons restèrent isolés. Le sous -chef d'état -major Aubertin, blâma ouvertement ces dispositions ; il en démontra les inconvéniens ; ses observations ne furent pas accueillies. Il interpella Westermann , en qui il reconnaissait plus d'expérience et de moyens militaires qu'aux autres chefs ; mais ce général ne tenait aucun compte des mesures de précaution devant l'ennemi, et Chalbos, dans cette circonstance , s'en rapportait entièrement à lui. Westermann pouvait être , et se montrait souvent terrible dans l'attaque et la poursuite; mais il manquait d'habileté et surtout de prévoyance dans la défense.

Appelé à l'état-major général, le 8 octobre, entre sept et huit heures du matin , Westermann reçut l'ordre de Chalbos de se porter en reconnaissance vers Mortagne, avec deux pièces

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de quatre et tel nombre de troupes, qu'il jugerait convenable pour cette opération.

Mortagne est à trois lieues de Châtillon, ainsi que Cholet du côté opposé. Deux grandes routes servent de communication avec ces deux villes; il y en a une troisième, qui n'était alors que commencée, pour aller de Châtillon à Bressuire.

Westermann ne tarda pas à se mettre en mouvement avec sa brigade. Vers une heure de l'après-midi, on entendit, à Châtillon, le bruit du canon dans l'éloignement. Chacun formait srs conjectures, lorsqu'une ordonnance arriva de la part du commandant de la reconnaissance, au général Chalbos, pour l'inviter, assez ridiculement, à rester tranquille; mais le feu augmentant d'intenî!.ité, et se rapprochant de la ville, Chalbos et son état-major montent à cheval, et se portent jusqu'au pied de la hauteur, sur la route de Mortagne. Un bataillon était sous les armes dans une petite prairie à droite, et prolongeait la route. Le général s'arrête; bientôt on aperçoit des soldats fuyant en désordre, poursuivis par Westermann qui galoppait dans les terres après eux; il avait ôté son habit, et, la manche droite de sa chemise retroussée , il sabrait, à la fois, républicains et royalistes; un de ces derniers étant parvenu à saisir la queue

de son cheval, faisait des efforts pour l'arrêter; Westerniann s'en étant aperçu, lui assena plusieurs coups de sabre pour lui faire lâcher prise. Le bataillon sous les armes, les officiers d'étatmajor et les cavaliers , qui escortaient le général Chalbos, avaient les yeux fixés sur lui pour recevoir ses ordres et les exécuter ; mais , à la grande surprise de tous, sans proférer une seule parole, il tourne bride tout à coup pour rentrer dans Châlillon. Chacun suit ce mouvement, et, dis lors, la déroute devient générale. On abandonna canons, caissons, bagages; ce fut un encombrement inexplicable au milieu de Châtillon. On avait mis deux pièces de canon en batterie sur la route de Bressuire, qui servirent à protéger la retraite des troupes ; elle s'opéra malgré la confusion générale, sans que les royalistes fissent des prisonniers, bien que les républicains fussent débordés à droite et à gauche, par quelques centaines de tirailleurs. Un certain nombre de soldats républicains, sans en recevoir l'ordre, quittèrent la route pour répondre à cette tiraillerie des Vendéens, qui disparurent bientôt. Ici, il est juste de dire que la plupart des troupes ne fuyaient point par l'effetd'une terreur panique. Au contraire, elles étaient indignées de la conduite de leurs généraux ; déjà on parlait de retourner à Châtillon ;

plusieurs cavaliers vendéens se montraient encore sur les derrières , lorsque les deux frères Faucher , volontaires à la suite du quartier-général (*) , plus irrités que les autres , de la retraite honteuse qui s'effectuait, s'élancent au galop sur ces cavaliers royalistes, les attaquent et les mettent en fuite, après un engagement de quelques minutes. L'un de ces frères ju-

(*) Ces deux frères jumeaux étaient tellement ressemblans, que ce n'était qu'après avoir vécu quelques jours avec eux, qu'on pouvait parvenir à les distinguer par leurs noms d'Alexandre et de César. Ils faisaient partie d'une compagnie franche de la Gironde, envoyée dans la Vendée. Comme ils étaient très remarquables et qu'ils avaient reçu une éducation soignée , Chalbos les appela à son état-major, n'ayant d'autre qualité que celle de volontaires.

L'auteur de ces Mémoires les a connus pendant trois ou qviatre mois, ils étaient fds d'un commissaire des guerres. Celui-ci ayant été tué en duel , on dit que la mère des deux jeunes gens avait conservé sa chemise ensanglantée, et qu'elle la leur montrait souvent, en les excitant à venger leur père.

On sait que les frères Faucher, parvenus l'un et l'autre au grade de général, ayant embrassés avec chaleur le parti de Napoléon , lors du retour de cet ex-empereur, en 18 1 5, furent traduits pardevant une commission militaire à Bordeaux, condamnés à mort et fusillés.

meaux , nommé César, reçut quinze coups de sabre dans cette affaire honorable.

On ne peut imputer qu'à l'impéritie^ à l'incapacité et à la lâcheté du général Chalbos, la perte d'une belle artillerie, des caissons, et de tous les équipages des deux divisions. Il n'avait pu juger de rien dans la situation où il se trouvait au pied de la hauteur. Qui l'empêchait de se mettre à la tête du bataillon qu'il avait sous sa main ; de gravir la colline pour secourir et appuyer la reconnaissance de Westermann , qui, par ce moyen, se serait ralliée; d'envoyer à d'autres bataillons l'ordre d'accourir pour le joindre et rétablir le combat? Ce que ce général ne put faire avec plus de neuf mille hommes , on va voir Westermann l'exécuter avec huit à neuf cents (*) , quelques heures après.

Aubertin gémissait avec le général Nouvion

(*) Si Chalbos, qui affectait un l'épublicanisme exagéré, n'avait pas eu autant de crédit auprès des représentans du peuple , il eût été dénoncé et traduit comme traître au tribunal révolutionnaire. Il y a lieu de croire qu'il rejeta sur ses troupes, le résultat de sa lâche conduite. Il est certain que l'armée républicaine était bien plus nombreuse que la troupe des royalistes. Ceux-ci avaient porté la majeure partie des forces, précédemment employées à l'affaire duBois-aux-Chèvros, sur la Tremblaye, Cholet

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sur les résultats de cette fatale journée; sur la perte de l'artillerie et de tous les bagages de l'armée. Us s'occupèrent de rétablir l'ordre dans les deux divisions; les troupes reprirent de la confiance; et, quoique sans artillerie, une partie demanda à marcher de nouveau sur Châtillon, pour y surprendre les royalistes.

On était alors à deux lieues et demie de dislance de cette ville, sur le même terrain, ou à peu près , qu'avait occupé le centre des royalistes à l'affaire du Bois-aux-Chèvres. Le chef du 9" bataillon d'Orléans , outré de ce que Chalbos ne se rendait pas au vœu des soldats, enlève le drapeau du bataillon des mains de celui qui le portait, le plante sur la route en s'écriant : p A Châlillon! — AChâtillon!» répètent aussitôt deux ou trois mille braves, en se précipitant v«rs le signe de ralliement. La tète de colonne en retraite s'arrête ; les commissaires conventionnels et Chalbos sont prévenus de la résolution prise par cette troupe; on tient conseil, et l'on convient de ne hasarder qu'un détachement de huit à neuf cents hommes pour cette expédition. Westermann, qui en avAit ouvert l'avis, offre

et Beaupréau, afin de faire face à rarniée de l'Ouest, qui les força de passer sur la rive droite de la Loire , le 19 octobre.

de diriger cette petite colonne, et de réparer par une action d'éclat la honte et les désastres de la journée. 11 y avait encore une heure de jour. Le détachement reçut l'ordre démarcher dans le plus profond silence, et, à son arrivée devant les avant- postes ennemis, calculée entre neuf et dix heures du soir, de répondre au qui vive des Vendéens c « Armée d'Anjou , vive le roi!» en faisant ^nain-basse sur tout ce qui se présenterait.

Tout autre général que Chalbos eût fait appuyer ce détachement d'une réserve suffisante : le laisser aller ainsi , en enfans perdus , n'étaitce pas l'envoyer à la boucherie? Gomment un homme qui venait d'être battu à la télé de neuf à dix mille hommes et quatorze pièces de canon , pouvait-il donner son assentiment pour la même entreprise, tentée avec moins de la dixième partie de ses forces? et cependant, cette inconcevable détermination et la témérité de Westermann furent couronnées du succès. On doit déplorer que les vainqueurs aient abusé si cruellement de la victoire, en incendiant Châtillon , et en massacrant avec la dernière cruauté plus de deux mille royalistes. Aubertin eut l'occasion de traverser, quelques jours après, ce théâtre d'horreurs ; l'incendie durait encore , et les rues étaient jonchées de cadavres.

Le reste de l'armée était rentré à Bressuire , pendant que Westermann s'acheminait sur Chàtillon. On n'apprit que le lendemain la prise et la ruine de cette dernière ville. Les républicains y avaient surpris les Vendéens presque tous plongés dans le sommeil de l'ivresse, et en avaient fait un carnage effroyable.

Les faits relatifs à cette dernière affaire de Châtillon , rapportés dans les écrits du temps, consignés ensuite dans l'ouvrage des Victoires et Conquêtes, etc., sont inexacts et renferment plusieurs erreurs graves. Il y est parlé d'un général Chabot; il existait en effet, un général de ce nom ; il a dû être bien étonné de se voir figurer dans un combat où il n'était pas. D'après les relations dont il est question , on pourrait croire que la retraite de Châtillon a eu lieu le même jour que le combat en avant du Bois-aux-Chèvres , tandis qu'elle ne s'est effectuée que quelques jours après. On a vu plus haut, que Westermann, qui commandait la brigade de gauche, n'entra point en ligne, et qu'il se porta, par un demi à-gauche , diasfonalement sur l'extrême droite des Yendéens, sans s'inquiéter de leur centre, qui pouvait le tourner : jugeant qu'en prenant cette direction à travers champs , il arriverait par le plus court chemin à Châtillon , où il entra

en effet avant la nuit, sans brûler une seule amorce.

Les grenadiers de la garde conventionnelle n'étaient pas plus de cent soixante ; ils marchaient après l'avant-garde, à la tête de la division Chalbos. Ce furent ces cent soixante hommes intrépides, qui résistèrent presque seuls à la furieuse attaque des royalistes, lorsque ceux-ci sortirent des bois; ce furent eux aussi qui sauvèrent les deux pièces d'artillerie, et qui donnèrent le temps à la colonne de se former en bataille sous le feu terrible de la gauche des Vendéens. La droite des républicains ne fut pas entamée, ainsi qu'on l'a dit; elle ne perdit pas même un pouce de terrain, quoiqu'elle fût à demi-portée de fusil de ses adversaires, et accablée par des forces très supérieures. C'est dans ce premier moment que le général Chanibon fut tué , sans qu'on lui entendît proférer une seule parole (*) , et sa dépouille resta aux royalistes. Un quart d'heure après, le général Le Comte, en formant les troupes de sa brigade , à mesure

(*) Alphonse de Beauchamp, dans son Histoire de la Guerre de la Vendée, remplie de faits inexacts ou controuvés , dit en propres ternies: « Atteint d'un coup mortel, le général Chambon s'écria : Vive ia repub tique ï^

qu'elles arrivaient sur le terrain, fut blessé mortellement.

Le général Chalbos et son chef rl'état-major Nouvioii, restèrent constamment à la droite; cependant, suivant les relations qui ont servi de documens à l'ouvrage des Fictoires , on devrait croire que ce fut Weslermann qui rrtablit le combat , tandis qu'il s'en éloignait , au contraire, à grands pas, pour marcher sur Châtillon ; une remarque à iaire ici, c'est que le succès de la journée fut dii peut-être à cette imprudente manœuvre.

La conduite des deux premières brigades de la division Chalbos, en cette occasion, est digne d'éloges. Malgré leurs pertes nombreuses . celle surtout des deux généraux qui les commandaient, malgré le feu terrible de la gauclie des Vendéens, presque adossée au bois , ces troupes montrèrent une contenance ferme qui en imposa aux royalistes : tout eût été perdu, si elles eussent fléchi.

On a vu que les braves grenadiers de la convention avaient eu cent hommes tués ou hors de combat; les soixante qui restaient, presque tous blessés, furent renvoyés à Paris immédiatement aj)rès la déroute ; ils n'étaient malheureusement pas en état de faire la résis-

tance que leur attribue M. Alphonse de Beauchamp (*).

A cette époque, le général Léchelle, nommé récemment au commandement en chef de l'armée de l'Ouest, se préparait à agir vigoureusement contre les royalistes ; la division deSaumur et celle de Chalbos reçurentl'ordre de coopérer à cesmouvemens. A la suite de plusieurs défaites, essuyées successivement à la Tremblaye, Cholet et Beaupréau , la plupart des partis vendéens furent acculés à la Loire. Ils se trouvèrent embarrassés de cinq à six mille prisonniers qu'ils avaient entassés dans l'église de Saint-Florent, bourg sur les bords du fleuve. En attendant que le conseil supérieur des royalistes, prononçât définivement sur le sort de ces captifs , plusieurs canons chargés à mitraille étaient en batterie vis-à-vis la porte de leur prison. Tandis que les chefs faisaient réunir tous les moyens

(*') Cet écrivain dit, dans son Histoire de iet Guerre de ia Vendée : « Les grenadiers de la convention , auxquels Westermann ordonna de partir, s'y refusèrent, voulant mourir à leur poste. Le général employa la menace, et, pour favoriser la retraite de ces braves, il en fit mettre plusieurs en croupe derrière les cavaliers de sa légion. » Ce dernier fait peut être vrai, mais le reste ne l'est pas.

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de passage sur la rive droite de la Loire , ils furent avertis que l'avant-garde des républicains n'était plus qu'à une lieue de Saint-Florent. On venait de décider dans le conseil , que les prisonniers seraient mis à mort; cette terrible exécution allait avoir lieu , sans la généreuse opposition de MM. de Lescure et Bonchamp , tous les deux blessés mortellement danslesdernièresaffaires. Dans le désordre de leur fuite précipitée , les Vendéens ne s'occupèrent plus des prisonniers, que des furieux voulaient mitrailler , malgré les deux chefs qui viennent d'être nommés ; les habitans de Saint-Florent , qui n'abandonnaient pas leurs maisons , soit par opinion , soit par intérêt, s'empressèrent de porter des vivres à ces malheureux , exténués de besoin, et de leur annoncer qu'ils étaient libres.

Dix officiers et soixante-dix sous-officiers et soldats du bataillon d'Orléans, que commandait Aubertin , se trouvaient au nombre de ces prisonniers. C'était le restant des hommes que le corps avait perdus à la première affaire de Châtillon. Le capitaine de grenadiers Bédos (*) faisait partie des dix officiers. Il fit à Aubertin un récit affligeant des humiliations, des outrages

(*) Il est parvenu depuis au grade de colonel d'étatmajor.

DU GÉNÉRAI, AUBERTIN. 5l

de toute nature , que ses camarades et lui avaient reçus pendant leur captivité. Ce capitaine , ancien officier de fortune du régiment de Vexin, était un homme d'honneur, brave, franc, loyal, et qui souffrait difficilement une insulte.

Suivant son récit, les prisonniers que les royalistes traînaient à leur suite dans les différentes marches rétrogrades, auxquelles ils se trouvaient forcés par les troupes républicaines , étaient surveillés avec la plus grande rigueur. Après la défaitedeWestermannàChâtiilon, les républicains pris dans cette journée furent réunis dans cette dernière ville, où ils restèrent pendant les mois de juillet, août, jusqu'aux derniers jours de septembre , sous la garde d'un ancien officier, chevalier de Saint-Louis, dont le caractère convenait parfaitement à l'emploi de geôlier, qu'il avait accepté pour être dispensé de suivre dans les combats les braves Vendéens. Cet homme sombre et farouche faisait fusiller impitoyablement un prisonnier, pour la moindre peccadille.

La première de ses honorables fonctions était de présider et de travailler quelquefois lui-même à la coupe des cheveux des prisonniers. Plusieurs fois on avait mis en délibération , dans le conseil , la mort de ces derniers ; MM. de Lescure, Bonchamp, d'EIbée, la Roche-Jac-

quelein, s'y étaient opposés constamment; mais l'implacable geôlier saisissait tous les prétextes pour exécuter en détail ce que l'on n'ordonnait point de faire en masse.

Le capitaine Bédos avait su éviter la tonte de ses cheveux, et s'était enveloppé la tète d'un mouchoir, comme les autres prisonniers auxquels l'opération avait été faite. L'ofFicier-geolier, soupçonnant la ruse, voulut la vérifier. Il ordonna à Bédos d'ôter son mouchoir , le menaçant de le faire fusiller à l'instant , s'il n'obéissait. Le capitaine était encore revêtu de l'uniforme blanc de son régiment. Afin de trouver un nouveau prétexte de l'outrager, on lui reprocha les brigandages commis par les républicains. Vivement affecté de cette inculpation, il cita, pour se justifier, sa conduite dans Cliâtillon , et invoqua le témoignage de la femme du notaire, membre du conseil Vendéen, dont il a déjà été question dans le premier chapitre de ces mémoires (*). On mit le capitaine eu présence de cette dame; elle déclara qu'elle ne le connaissait pas , bien qu'il lui rappelât toutes les circonstances de leur première entrevue , sans chercher à faire valoir 1 important service qu'il lui avait rendu, de con-

{*) Voyez page 22.

cert avec son commandant. Bédos resta muet d'indignation.

Le 22 octobre, peu de temps après le retour de ces prisonniers, Aubertin reçut l'ordre de se rendre à Niort, où était le dépôt de son bataillon , pour s'occuper de le réorganiser.

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