‹ MémoiresChapitre 34 sur 80 · CAMPAGNE DE NAPLES. — FRADIAVOLO · texte numérisé non relu

CAMPAGNE DE NAPLES. — FRADIAVOLO

— gnrÇr:

CHAPITRI XXI.

Fiadiavolo. — Dispositions contre lui. — Légers engagemens. — Il est surpris. — Ruse Uès ingénieuse.

Michel Pezza , dit Fradiavolo , brigadier des armées du roi Ferdinand iv , et créé , par ce prince, duc de Cassano , commandait un corps de partisans avec lequel il inquiétait les campagnes, surprenait les cantonnemens , enlevait les convois et empêchait l'opinion publique de se manifester en faveur de Joseph. 11 avait, pendant le siège de Gaëte, rendu d'importans services au prince de Hesse Philipstadt, et, chaque jour , plus audacieux et plus entreprenant , il était devenu la terreur du pays situé entre le Volturne et les états du saint père. Sa réputation et son influence s'accroissant par le succès continuel de ses coups de main , le gouverne-

ment sentit le besoin de s'occuper sérieusement de ce partisan habile et redouté.

On proposa au général Radet , chargé de l'inspection et de l'organisation de la gendarmerie dans le royaume, le commandement de la colonne mobile contre Fradiavolo , mais s'en étant excusé en raison de ses occupations nombreuses^ le roi me fit presque aussitôt appeler, et j'allai prendre ses ordres au palais de Portici.

Ma colonne devait se former, à Gapoue, de plusieurs détachemens .d'infanterie tirés de la garde royale , de Royal - Africain , de la légion Corse, du i" de ligne et du 2* léger napolitain, ainsi que de deux bouches à feu et d'un détachement de dragons. La force de cette colonne pouvait s'élever de 8 à 900 hommes.

Fradiavolo se trouvait à cette époque avec environ i,5oo dans le groupe de montagnes compris entre la mer , les états ecclésiastiques et le Garigliano. D'après mes instructions, je devais passer celte rivière, chercher l'ennemi partout et ne plus le quitter, dès que je l'aurais rejoint. On avait pris des mesures pour qu'il ne pût sortir de la contrée dans laquelle il s'était jeté : le général Duhesme, avec sa division , couvrait à cet effet le patrimoine de Saint- Pierre; et le général Goulu, avec une brigade, occupait le val de Sora. Le Garigliano était

bordé de troupes , et le général Valentin , qui commandait l'arrondissement de Gaëte , devait empêcher Fradiavolo de se rembarquer.

Je jugeai que , pour une opération qui exigeait une suite rapide de marches et de contremarches dans toutes sortes de terrains, les deux bouches à feu m'embarrasseraient, et, après les avoir renvoyées de Muciano sous l'escorte des dragons, qui devaient me rejoindre si je les rappelais , je marchai à l'ennemi.

Fradiavolo , informé des dispositions qui tendaient à l'enfermer , ne crut pas devoir attendre ma colonne. Il surprit par une ruse la garde nationale de Saint-Guglielmo, passa sur le corps d'un bataillon campé sous Arce, et prit sa direction vers Cervaro. Je l'y suivis , et peu d'heures après lui, l'on m'y vit arriver. Les montagnes en arrière de ce bourg sont très boisées et d'une pente très roide. Mon détachement, divisé en colonnes , marcha de front aux positions où je présumais l'ennemi, pendant que je manœuvrais pour les tourner. Les tirailleurs ne s'engagèrent que légèrement, et Fradiavolo, qui n'avait fait que très peu de chemin, soupçonnant que ma colonne déjà fatiguée ne pourrait le suivre, se décida dès le soir même à se jeter beaucoup plus avant dans les montagnes. L'arrivée de la nuit, et l'impossibilité de m'aven-

turer dans des bois inconnus, me déterminèrent, autant que le besoin de subsistances, à revenir sur Cervaro, où j'entrai vers dix heures du soir. •

Dès trois heures du matin nous nous remîmes en roLite sur plusieurs colonnes , et je joignis une arrière-garde laissée à dessein de m'arrêter dans les gorges d'Acqua Fondata. Je la poussai très vivement, et fus particulièrement satisfait des grenadiers du 2° léger napolitain , qui donnaient pour la première fois. La nuit qui survint avec une forte averse , nous obligea de coucher dans un petit hameau déserté par ses habitans.

En général , quand on marche dans les hautes montagnes , et nous étions dans l'Apennin , il faudrait toujours s'arrêter vers midi pour n'être pas trempé. Plus tard , les nuages s'amoncèlent, et, pour peu qu'on s'élève, il faut cheminer à travers. Le vent les pousse avec violence, et l'on se trouve toujours sous une pluie froide , ou dans des brouillards d'une densité telle qu'on ne voit rien à quatre pas de soi. Aussi , pour peu que cet état de choses continue , les hommes fatigués courent grand risque de se perdre.

Je m'applaudis plus d'une fois , dans cette marche , d'avoir renvoyé mon artillerie et mes

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dragons. A peine les chevaux et les ânes pouvaient-ils passer sur les traces de l'ennemi. Fradiavolo , qui connaissait tous les chemins, n'en suivait aucun , faisait de fréquentes contremarches ; et , pour ne pas perdre sa piste que les bergers nous indiquaient presque toujours, nous marchions le plus souvent, comme lui, dans le lit desséché des torrens dont nous suivions les sinuosités et franchissions toutes les cascades.

La poursuite durait déjà depuis plusieurs jours , et les troupes sous mes ordres n'avaient que le temps nécessaire à un repos de peu d'heures. J'inondais pendant la nuit mon voisinage d'espions que le ministre de la police m'avait donnés, et d'exprès que j'envoyais à tous les gouverneurs (gouverneurs politiques), pour avoir des renseignemens sur la route qu'avait prise Fradiavolo; mais je n'avais encore pu m'engager avec le gros de son parti.

Un bataillon français, en route pour les Abruzzes , fut informé que ce parti venait d'arriver dans un bois voisin de son gîte; le chef se détermina sur le rapport de ses habitans, à l'y aller surprendre, et l'ayant en effet surpris, lui fit éprouver une perte considérable.

Mon arrivée presque immédiate sur le point où Fradiavolo s'était réfugié après cet événe-

I ÙO MEMOIRES

ment, le mit dans la nécessité de m'opposer encore quelque ruse. « Pour échapper à la co- « lonne qui nous suit pas à pas , dit-il à ses offi- « ciers, je vais vous partager en une douzaine « de petits détachemens ; chacun de vous se k fera passer pour moi, et cherchera, par le « chemin qui lui paraîtra convenable , à gagner « quelque port où il puisse s'embarquer et me « rejoindre en Sicile , où je vais tâcher de me « rendre. »

Fradiavolo , aussi actif dans sa conduite que décidé dans ses résolutions, exécuta de suite celle-ci, et disparut aussitôt pour moi. Les avis que je reçus de plusieurs points éloignés les uns des autres , que Fradiavolo venait d'y passer presque à la même heure , me jetèrent dans une singulière incertitude. Comment ce chef pouvait-il avoir été vu se dirigeant, de sa personne , à la fois sur l'une et l'autre rive du Biferno ; d'après les uns vers les Abruzzes , d'après les autres sur Naples ou sur la Fouille. Je présumai que, pour me donner le change, ce partisan fameux avait divisé sa troupe, et que, ainsi que la chose était réellement, chacun de ses officiers avait pris son nom. Celait le stratagème du maréchal de Piantzau ! Il me restait à pénétrer quelle était de ces petites colonnes celle où se trouvait le véritable Fradiavolo . et

peu de personnes pouvaient me le certifier dans un pays où il é|ait peu connu. Celles qui en auraient acquis la certitude m'en auraient envoyé l'avis trop tard , si je l'eusse attendu pour agir. Je résolus en conséquence de manoeuvrer pour rejeter toutes ces colonnes dans une même direction; et, pour y parvenir, je fis marcher depuis Isernia la légion Corse par le Matese , les détachemens napolitains par la rive gauche du Biferno , la garde royale et les Africains avec moi , par Cantalupo et le val de Boiano.

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