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Lair était froid, et les bergers faisaient çà et là quelques feux. Je m'approchai , vers midi , de l'un d'eux, que plusieurs enfans de huit à dix ans , alimentaient près d'un troupeau magnifique. Nous y mîmes pied à terre pour nous chauffer. Un de ces enfans d'une figure céleste, recouvert d'une peau d'agneau très blanche , nous fit aussitôt faire place par ses petits compagnons et nous offrit du pain, du fromage et du lait que, n'ayant rien pris encore de la journée , mes officiers et moi, nous acceptâmes et que je voulus payer. « Vous m'ôteriez , dit le bel enfant , en refusant poliment mes offres , vous m'ôteriez, Monsieur, le plaisir de vous avoir vu accepter quelque chose de moi. » Cette réponse fut faite avec une grâce vraiment enchanteresse, et tout ce qui m'entourait, officiers, soldats, domestiques, s'accorda pour convenir qu'on n'avait pas vu d'aussi joli, d'aussi aimable berger. Il était d'un village voisin , et nous parut le fils du riche propriétaire de ces moutons, et conséquemmentle chef de ses jeunes camarades. 11 soutint avec nous la conversation avec une naïveté, une douceur, une vivacité de reparties spirituelles, qui nous causèrent tant d'admiration , qu'il devint plus d'une fois depuis , l'objet de nos entretiens.
A peine six semaines s'étaient écoulées depuis
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cette expédition 5 que le commandement de la province me fut donné une seconde fois , et que je reçus en même temps le brevet de colonel de Royal-Corse.
Deux pareilles grâces à la fois , me portèrent à redoubler de zèle ; et bientôt, autant par suite de mes mesures , que par celles du général Digonnet, je parvins tellement à pacifier le pays, qu'on ne tarda point à le parcourir dans tous les sens, seul, sans crainte et sans escorte. Au nombre de ces mesures , je citerai celle du maintien d'une compagnie de faux brigands , dont le chef , en apparence insoumis , obéissait à mes instructions et servait à l'enlèvement des bandits isolés , qui n'avaient pas déposé les armes.
Je citerai encore une autre mesure politique dont le résultat combla mes espérances : après m'être concerté avec les évêques et le préfet , la province étant toujours en état de siège, je fis célébrer une fête de réconciliation : on brisa dans cette fête , avant la bénédiction du Saint- Sacrement, tous les stilets et les poignards qui existaient encore dans les communes.
J'ordonnai aussi d'arrondir la pointe des couteaux; afin qu'on ne pût s'en servir pour remplacer les stilets. Dans les contrées méridionales , le sang ayant plus de chaleur , laisse
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moins de temps à la réflexion , et Thomme offensé saisit toujours, dans son emportement, l'arme la plus homicide pour satisfaire sa vengeance. La province d'Avellino perdait tous les ans plusieurs centaines de ses citoyens par ce genre d'assassinat.
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