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La facilité d'attaquer les convois , la difficulté de les défendre, l'espèce des bêtes de trait qu'on emploie à l'attelage, la connaissance du terrain qu'on doit parcourir, l'importance du chargement, l'instruction des officiers de charrois et le nombre des voitures, telles sont les bases d'après lesquelles doit être déterminée !a force à donner à l'escorte.
Il serait à désirer qu'on employât toujours , pour ces opérations difficiles , de bonnes troupes .et des offi,ciers d'une grande intelligence; leur conséquence est extrêmement liée
aux succès de la guerre ; car les convois en sont l'âme, puisqu'ils sont toujours chargés d'objets essentiels, dont la privation compromettrait le salut et l'existence de l'armée.
La guerre de la Vendée a offert plus qu'une autre (*) le besoin de convoyer, et des difficultés extrêmes à le faire : les haies, les bois dont ce pays est couvert , y permettent peu une défense avantageuse, surtout avec des charretiers (**), dont l'ignorance dans le maniement des fourgons paralyse souvent les moyens de défense de la troupe d'escorte (***).
En déterminant la force de l'escorte d'après les raisons détaillées ci-dessus, il ne faut pas
(*) Il ne faut pas perdre de vue que ceci a été écrit en 1796.
(**) Les équipages n'avaient point encore reçu une organisation militaire.
(***) De tous les convois attaqués dans la Vendée par les insurgés , très peu ont été sauvés, et un bien petit nombre ont été défendus convenablement. La facilité avec laquelle les royalistes se rassemblaient , et leur connaissance du pays , étaient de grands obstacles aux succès des républicains. D'autre part, à la première apparition de l'ennemi , des charretiers coupaient les traits des voitures et s'enfuyaient avec les chev-aux , de sorte que le commandant de l'escorte ne pouvait prendre
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oublier que les chargemens sont un appât bien tentant pour l'ennemi , qui n'a rien à perdre en attaquant, et qui gagne souvent beaucoup à risquer un engagement; il ne faut pas perdre de vue les postes placés, soit pour la sûreté des communications , soit pour celle des villages attachés à votre cause; et l'on doit les regarder comme un moyen secondaire de défense , comme un appui , un point de sûreté.
On a discuté souvent cette question : si la cavalerie convenait mieux à l'escorte des convois que l'infanterie , et les militaires ont été partagés dans leurs sentimens. Les uns ont pensé que la cavalerie valait mieux que l'infanterie dans les pays ouverts , sans toutefois rejeter absolument cette dernière : d'autres ne veulent que très peu de cavalerie, de quelque nature que soit le terrain. Je me range de ce dernier avis, et je suis persuadé que, quel que soit le pays à parcourir, de quelqu'arrae que l'ennemi puisse se servir dans ses attaques , l'infanterie doit être princii^alement chargée de la défense. En effet, une bonne infanterie vaudra partout la cavalerie , et lui a souvent même été très supérieure
aucune mesure défensive , et que les soldats, interdits de la conduite des charretiers, fuyaient souvent après, eux , sans qu'on pût les rallier.
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en plaine (*), La caTalerie cependant est toujours nécessaire à une escorte , moins pour combattre, que pour éclairer la marche et instruire le commandant du convoi de ce
(*) Le général Schulembourg , ayant été attaqué, le 28 octobre 1704, près de Punitz, en Pologne, par Charles XII, et «a cavalerie ayant été défaite , forma ce qu'il avait d'infanterie, environ neuf mille hommes, en un seul bataillon carré, et, malgré deux jours de la poursuite la plus vive, il parvint à faire sa retraite en Saxe, par l'Oder. Ce mouvement fut si beau , que Charles XII se plut à dire que Schulembourg l'avait vaincu. ( Histoire du maréchal de Saxe. )
Le 6 janvier 1793, un corps nombreux de cavalerie ayant entouré le bourg d'Hocheim, près Mayence , et ayant cerné près de trois mille hommes d'infanterie qui s'y trouvaient, ne leur laissait d'autre perspective que celle d'être faits privsonniers ; mais ces braves soldais chargèrent les escadrons ennemis j et s'ouvrirent, à trois différentes reprises, un passage à la baïonnette, pour rentrer dans Mayence, où ils arrivèrent heureusement.
L'infanterie de l'armée de Sambre-et-Meuse a cliargé la cavalerie ennemie à la célèbre bataille de Fleuras; ainsi donc, si l'infanterie est chargée par la cavalerie , elle attendra celle-ci de pied ferme , baïonnette exi avant, beaucoup mieux qu'en marche, 011 son mouvement diminue la force de sa résistance. Il suffit de consulter l'histoire pour trouver des preuves multipliées de la supériorité de l'infanterie.
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qu'elle découvre, afin qu'il ait le temps de prendre des mesures de défense, en eas d'approche de l'ennemi. On peut l'employer à faire de petites charges dans l'action sur les troupes entamées ou dispersées ; mais ces charges ne peuvent être longues ni soutenues : ce serait mal remplir l'objet d'une bonne défense , que d'employer la cavalerie seule à escorter.
Il est important qu'à chaque voiture on attache une ou plusieurs parties de remplacement, telles que roues, timons, etc., pour lever les obstacles qu'elles mettent à la marche, lorsqu'elles se cassent (*) ; la moindre lacune produite par cette cause dans une file, pouvant nuire fortement à la défense et à la célérité du convoi. Mais, comme je l'ai déjà dit, il faut que les employés des charrois montrent aux charretiers à placer et déplacer promptement les roues, à relever des fourgons, à les charger et décharger avec ordre et vitesse ; enfin , le plus essentiel et ce que très peu savent , les ma-
(*) Par le défaut de pièces de remplacement, on perd souvent d'excellentes voitures qu'on est obligé d'abandonner et qu'on laisse pourrir sur les chemins , au milieu des besoins qu'on en éprouve. J'ai vu , sur différentes routes, des caissons neufs abandonnés, et auxquels il ne manquait que très peu de chose.
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nœuvres! de fourgons , et surtout à les bien parquer (*) ; la manière d'exécuter des manœuvres avec agilité et sans confusion, facilite considérablement les mesures du chef de l'escorte. Les employés des charrois , attachés à chaque division de voitures , doivent , en outre , avoir soin que les charretiers ne laissent pas plus de quatre pas d'intervalle entre le derrière de la voiture qui les précède et la tète de leurs premiers chevaux.
Les voitures d'un convoi doivent toujours^ à raison de leur nombre, être partagées en plusieurs divisions égales ; et leur escorte doit être également divisée. Il faut qu'en outre les pelotons et les sections soient bien marqués , afin de manœuvrer avec ordre et aisance. Plusieurs pelotons doivent marcher en colonne à distance entière à la tête , dans les intervalles des divisions et sur les derrières. D'autres doivent marcher par file sur le flanc des voitures , de ma-
(*) Pourquoi n'instruirait-on pas les cliarretiers ? Ces homnxes sont précieux, lorsqu'ils sont tranquilles et peu criards. On néglige trop leur instruction, qui influe toujours beaucoup sur la défense des convois; et il devrait y avoir pour eux des manœuvres de voitures, comme il y a des exercices pour toutes les troupes.
nière que, de quelque côté qu'il soit utile de se mettre en bataille , on n'ait plus qu'à commander alte , et front; par cette disposition, si le convoi est attaqué, on est de suite en bataille, soit à gauche ou par inversion à droite, si l'on a à se défendre de plusieurs côtés. Les avant et arrière-gardes doivent elles-mêmes avoir des hommes avec un sous-officier en avant et en arrière pour les reconnaissances et éviter les surprises.
Le commandant de l'escorte doit jeter sur ses flancs des tirailleurs , non pas pris dans chaque peloton , mais des pelotons entiers , et leur recommander de ne point s'éloigner à plus de cinq cents pas de la colonne; on évitera, par cette précaution la confusion, que les tirailleurs mettent dans les pelotons en voulant y rentrer, et dès qu'ils seront ralliés , on aura de nouveaux pelotons disponibles.
La marche d'un convoi doit être dirigée selon les dangers qu'on entrevoit, et d'après le nombre de troupes qui l'escortent; on doit, dans les pays suspects , se servir toujours de chevaux ou de mulets pour l'attelage , et n'employer des bœufs que dans le cas où les routes sont couvertes par des postes avancés ou par des cantonnemens. Dans les cas pressans, on charge légèrement des chevaux ou mulets qui vont au
trot avec la cavalerie (*) : ce moyen est bon pour faire passer des munitions de guerre en cartouches à l'infanterie , aux postes où un convoi pourrait facilement être arrêté.
Les défilés qui se présentent sur les chemins , doivent fixer fortement l'attention du commandant de l'escorte: il doit, chaque jour de sa marche, faire occuper par des troupes suffisantes, ceux qu'il aura reconnus, et faire explorer leurs environs à une lieue au moins, si le convoi est considérable.
Un grand moyen de faciliter la défense , est d'occuper le moins de terrain possible dans la
(*) Le maréchal de Tingri-iMontmorenci , au siège de Lille, introduisit de la poudre dans cette place, à travers la ligne de circonvallation des alliés. Il fit choix, pour cette entreprise , de deux mille cinq cents cavaliers bien montés, et chargea chacun d'eux de soixante livres de poudre. L'obscurité de la nuit favorisa l'opération , et un officier, qui parlait parfaitement la langue des ennemis, répondit à toutes îes questions qu'on lui adressa dans le trajet, de manière à lever toute espèce de doutes; mais il ne passa que la moitié du convoi, parce qu'un autre officier commit l'imprudence d'ordonner en français de presser la marche, ce qui fit découvrir la ruse. Cette partie du détachement regagna Douai , où elle arriva, m;dgré les Iréqucns engagemens qu'elle eut à soutenir dans son mouvement rétrograde.
marche , afin de rapprocher davantage ses forces et d'avoir pkitôt pris ses mesures. C'est pourquoi on doit faire doubler les files de voitures , si la route est assez large, et si la fréquence des défilés n'oblige pas à déranger souvent cet ordre.
L'artillerie doit marcher à la tète, dans les intervalles des divisions et sur leurs derrières, et être toujours appuyée par de l'infanterie.
Lorsque le convoi devra être plusieurs jours en marche , on choisira pour le parquer pendant la nuit , le terrain le plus libre et le plus favorable à une bonne défense , et on donnera au parc une figure carrée ou triangulaire , selon l'avantage qu'il pourra procurer en cas d'attaque (*) ; et, si on se trouve rapproché de qvielque bourg ou village , on se parquera ( autant qu'il sera possible ) de l'autre côté , afin d'avoir un défilé de moins à passer le lendemain. Le commandant doit placer , pour la nuit, des postes très avancés et soutenus par échelons ; il ne doit permettre à personne de s'absenter pour aller dans les bourgs ou villages, et se tenir continuellement sur la plus active surveillance.
(*) A chacun des angles saillans que donne cette disposition , le grand Frédéric , dans son instruction à ses officiers , parle de placer des chevaux de frise à lances ployantes, qu'on fait appuyer par de l'infanterie. On les dispose, dit-il, de manière à former un redan.
Il doit également veiller , pendant la marche, à ce qu'aucun soldat ne s'écarte , sous quelque prétexte que ce soit , et rendre les officiers responsables de l'ordre qu'il en donne. S'il aperçoit des intervalles trop grands , de l'irrégularité dans la marche, ou des traîneurs , il doit , sans faire arrêter, commander que chacun reprenne son rang dans la colonne , et que personne ne le quitte plus.
Les obstacles fréquens que l'on rencontre en route , occasionnent souvent beaucoup de lenteurs dans la marche d'un convoi , et un ennemi adroit peut profiter facilement de ces momens, pour attaquer avec avantage. 11 faut donc, aussitôt qu'un obstacle se présentera , prendre sur-le-champ des dispositions de défense. Si c'est un pont coupé ou embarrassé , une route barrée , on doit faire passer des tirailleurs de l'autre côté , pour protéger les travaux , et employer le plus de monde possible à réparer , débarrasser le pont ou la route; on se sert, pour l'un de ces cas, des arbres les plus grands et les plus à proximité , que l'on fait abattre et dont on construit un passage solide. Aussi est-il nécessaire qu'on affecte à chaque division du convoi , un détachement de pionniers proportionné au nombre des voitures qui la composent. Ces pionniers , munis de haches , pioches , pelles ,,
et autres instrumens de leur métier, doivent toujours marcher au centre de chaque division. Si l'obstacle ne provient que d'une voiture renversée, on la décharge et on la relève promptement en remplaçant ce qui peut y être cassé; cela doit se faire avec assez de célérité pour qu'on s'aperçoive à peine du retard dans la division. Le commandant doit , du reste , s'arrêter le moins possible ; son principal objet étant d'éviter le combat et de rendre diligemment le convoi à sa destination.
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