CHAPITRE II
De l'Attaque des Convois.
J'ai déjà dit que l'attaque d'un convoi est une opération militaire où l'on ne risque que très peu de choses en pouvant gagner beaucoup. Il n'est pas toujours nécessaire que les forces attaquantes soient d'une force supérieure à l'escorte : pourvu qu'elles soient bien conduites et qu'elles chargent avec impétuosité , elles peuvent faire beaucoup de mal à l'ennemi. Toutefois il est constamment plus avantageux de lui être supérieur en force, soit qu'après s'être emparé du convoi , on veuille donner la chasse à l'escorte , et la faire poursuivre par un détachement proportionné , soit qu'on ait à craindre les secours qu'elle pourrait recevoir.
L'attaquant est presque toujours l^.jnaître de choisir une bonne position sur le chemin où doit passer le convoi : il a aussi pour lui , la surprise qu'il cause , le désordre qu'elle entraîne , et
l'engourdissement des manœuvres dans une attaque imprévue. Ces avantages sont aussi marqués pour lui , qu'ils sont préjudiciables à l'attaqué.
L'officier chargé d'attaquer un convoi , quelque succès qu'il puisse se promettre , ne doit jamais le faire , sans avoir bien reconnu son objet. Cette reconnaissance doit se faire avec prudence , afin de ne point jeter l'alarme dans l'escorte; car, si les tirailleurs se disposent adroitement sur les flancs , il fera bien de ne pas trop s'avancer et de se placer sur quelque hauteur, ayant soin de se couvrir des arbres ou de quelques autres accidens qui peuvent le cacher à l'ennemi. Il laissera sa cavalerie , s'il en a , dans un terrain à sa proximité , mais d'où elle ne puisse être aperçue.
Une escorte bien commandée pourra lui opposer une résistance opiniâtre ; il ne doit pas se rebuter, mais employer tous les moyens possibles pour y causer du désordre, pour rompre la marche du convoi , s'il ne s'est point arrêté ; «nfm , pour mettre le feu à quelques unes de «es parties. D'ailleurs , par une fusillade consécutive , en perlant l'épouvante parmi les bètes de trait et de somme, il augmentera les difficultés de la défense de l'escorte ; mais si elle y répond .avec autant de vivacité , si elle oppose
à chaque moyen d'attaque, une nouvelle défense, il faut en venir promptement aux mains. C'est alors qu'il doit exciter le courage des troupes et employer tous ses moyens à la fois.
Les attaques en tête doivent se faire lorsque le terrain les favorise , et que les troupes sont dans l'impatience de combattre : on doit alors compter beaucoup sur elles.
Les attaques du centre doivent être vives; quelle que soit la résistance , il faut aborder le convoi et se promettre d'autant plus de succès qu'on aura mieux rompu la colonne.
Les attaques en queue ne se font que lorsqu'on a peu de force, ou qu'on veut inquiéter l'escorte, et forcer les divisions précédentes à fuir et à abandonner les dernières.
Il ne faut jamais négliger , lorsqu'on attaque les convvois en tête , d'arrêter par un fort détachement , les forces destinées à en défendre la queue, surtout lorsqu'elles ne sont pas éloignées d'un poste où elles pourraient se replier. Lorsqu'on a assez de troupes pour attaquer à la fois la tête , le centre , la queue , et former une réserve , on doit se promettre un bien plus grand avantage, que lorsqu'on ne peut l'attaquer que dans un point; parce qu'en occupant les troupes des autres divisions du convoi, on empêche Ico
secours qu'elles pourraient donner aux divisions où l'attaque est réelle.
11 faut toujours, autant qu'il est possible, quand on a saisi un poste avantageux, attaquer à la fois les deux flancs du convoi, afin d'empêcher l'exécution des manœuvres défensives. C'est surtout dans les sortes d'embuscades que cette attaque exige, qu'aucun soldat ne doit tirer sans ordre, et qu'il faut recommander le plus grand silence; le moindre bruit pouvant trahir, inquiéter ou renverser le plan, en faisant reconnaître les dispositions prises ; et l'attaquant devant être persuadé qu'un commandant d'escorte ne s'exposera pas, s'il a la moindre preuve de la proximité d'un ennemi en force et maître des chemins où le convoi doit passer.
Pour assurer le succès de son attaque, il faut toujours avoir avec soi quelques obusiers qui , chargés de grenades et conduits par l'artillerie légère, mettent le feu et occasionnent souvent la prise ou la destruction du convoi. C'est dans la crainte des obusiers, qu'on s'est déterminé à subdiviser les voitures.
Si une troupe inférieure voulait attaquer une escorte supérieure , elle ferait bien de ne l'attaquer que d'un côté, afin que, laissant une retraite à l'ennemi , il oppose moins de résistance et abandonne le convoi.
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L'attaquant doit saisir avec adresse toutes les fautes de l'ennemi ; si celui-ci soutient avec vigueur , il doit simuler des fuites et tâcher de l'attirer hors du terrain où il doit se battre; et s'il donne dans le piège, il faut que la réserve donne promptement sur le convoi et le fasse filer sur les lieux les plus sûrs , et les plus rapprochés de l'action. Si l'escorte , à la première agression , lâche pied , l'attaquant doit profiter du désordre , la faire charger par la cavalerie , s'il en a , et s'assurer des voitures. L'attaquant doit se rappeler combien l'officier qui défend , a peu de moyens et combien il peut faire de fautes.
On doit d'autant plus brusquement presser une attaque, que l'escorte sera à proximité d'un poste , camp ou cantonnement assez fort pour donner des secours. Dans ce cas, on doit dresser des embuscades sur les chemins par où ces secours pourraient arriver , afin d'en retarder la marche ou de les forcer à rétrograder. Si cependant, malgré ces mesures , le convoi étant pris ne peut être mis à couvert , il en détellera les chevaux , mettra le feu aux voitures , et si elles sont chargées de biscuits , farines ou légumes , il les fera gâter et répandre. Si , au contraire , on n'a pu s'en emparer , il ne faut pas se retirer sans y avoir fait le plus de mal possible,
et diriger son feu sur ceux qui s'occupent à réparer le dégât et à répartir la charge des voitures brisées ou avariées sur les autres.
Lorsqu'on est bien prévenu de la marche d'un convoi , qu'on a le temps de combiner son attaque, et qu'on ne peut la faire qu'entre des postes considérables , il faut faire faire , par des détachemens , de fausses attaques sur ces postes ; et , si l'on est obligé de se replier , ne se faire poursuivre que du côté opposé à celui où vient l'escorte du convoi.
Une escorte mal conduite court les plus grands dangers ; quelques hussards ou troupes légères peuvent la mettre en déroute. Aussi ne doit-on jamais négliger de le faire lorsqu'on l'a jugé possible au premier coup d'œil. Si cependant on ne veut tenter qu'un coup de main , il faut le faire sur l'arrière-garde , et tomber sur les traîneurs avec impétuosité. C'est toujours avec de la cavalerie légère que doivent s'exécuter ces coups; l'infanterie ne peut pas opérer avec âssez de vivacité.
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