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CHAPITRE III

De la Défense des Convois-

La défense d'un convoi est une opération militaire d'autant plus délicate, que l'attaque en est facile et offre plus d'avantages. L'officier qui en est chargé doit allier la plus grande prudence au courage le plus prononcé ; car tout étant contre lui, il n'a souvent à opposer à son adversaire que les ressources de son expérience et de ses talens.

Dès que le convoi sera placé sous sa garde, il doit , sans le diviser en de trop petites parties, former des pelotons, ou plutôt des divisions de troupes assez fortes pour défendre les divisions ou sections du convoi. 11 étudiera bien la carte du pays qu'il va parcourir , recherchera attentivement les défilés , les bois , les ravins qui peuvent se trouver sur sa route , et ne s'y engagera pas sans être bien certain qu'il n'y court aucun risque. Toutefois , comme ces dispositions ne doivent pas ralentir sa marche.

elles doivent être prises sur-le-champ. A cet effet , le commandant doit pousser en avant une partie de sa cavalerie, ou un petit corps d'éclaireurs, et faire reconnaître, un peu au loin , tous les chemins qui aboutissent à la route qu'il doit tenir. Il doit porter quelques flanqueurs à cinq cents pas de lui, et ne rien négliger pour se procurer des nouvelles de l'ennemi.

Ayant établi l'ordre prescrit ci-dessus dans le chapitre de i' Escorte des convois ^ il fera mettre le sien promptement en marche , et le fera avancer avec activité; il veillera à ce que chaque officier de troupes et de charrois ne quitte pas la division à laquelle il est attaché, et à ce que chaque voiture garde ses intervalles, et n'en occupe pas plus qu'elle n'en doit avoir.

Dès qu'il apprendra que l'ennemi est en marche sur lui , et qu'il le jugera trop éloigné pour qu'il puisse attaquer assez tôt, il fera presser la marche; si, au contraire, il le sait près de lui assez en force , non seulement pour faire une attaque dans toutes les règles , mais même pour prolonger l'engagemen tet revenir plusieurs fois à la charge, il fera parquer, en toute diligence , les voitures dans le terrain le plus libre qu'il pourra rencontrer. Mais si les difficultés de choisir un terrain convenable se présentent en même temps que l'ennemi s'approche,

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il fera doubler la file de voitures le plus étroitement possible. Ce moyen ne couvre pas les chevaux du feu de l'ennemi , comme celui de parquer les voitures; cependant si la route offrait assez de largeur pour qu'on pût tourner les chevaux tête contre tête , et présenter partout le derrière des caissons ou charrettes, il en résulterait un avantage bien grand par le peu de perte qu'on éprouverait en chevaux ou autres bêtes de trait.

Plus on serrera (sans se gêner) les voitures, et plus on sera fort dans sa défense, ayant un plus petit espace à couvrir ; il faut veiller alors à ce que chaque charretier soit à pied , et tienne ses chevaux par la bride.

Le commandant maintiendra ses tirailleurs tant qu'il sera possible de les laisser en avant , et si, lorsqu'ils se replieront, toutes ses mesures ne sont pas entièrement prises, il les fera soutenir; mais aussitôt que ses hommes seront forcés de se retirer , il attendra , pour faire commencer son feu, que l'ennemi soit à moyenne portée des troupes , auxquelles il recommandera de tirer avec précision.

Si l'attaque se fait en rase campagne , et que le commandant du convoi puisse aisément découvrir l'ennemi , il s'attachera principalement à pénétrer le but de ses démonstrations , et aura

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soin de ne pas enlever mal à propos à une division les forces destinées à la couvrir pour une simple attaque; mais il fera porter vers le point où il la jugera réelle , les flanqueurs , devenus , par leur ralliement, peloton de réserve, et il les maintiendra à cette division , aussi longtemps que le feu de l'ennemi pourra l'exiger. Dans le cas où le convoi sera attaqué à la tête d'un défilé, le commandant tirera de chaque division autant de troupes qu'il croira nécessaires à repousser l'ennemi ; mais il ne prendra ce parti que lorsqu'il sera assuré que son front peut occuper celui de l'ennemi , et que celui-ci ne pourra user de ses propres moyens pour attaquer brusquement les flancs du convoi. Cependant, si, malgré toutes les précautions indiquées pour le mettre à l'abri d'une surprise , soit au passage d'un défilé, soit à celui d'un obstacle , on n'est pas parvenu à l'en garantir , et qu'on soit attaqué au moment même où l'on s'est engagé dans le défilé, il faut tirer de sa position tout le parti possible, et faire servir, autant qu'on le pourra, jusqu'à ses désagrémens mêmes. Si le défilé est dans un vallon étroit, et que l'ennemi soit maître des hauteurs , desquelles il puisse rouler des pierres sur le convoi , la défense de celui-ci devient plus délicate ; ce malheur ne peut provenir que de ce

qu'on aura négligé de les occuper ; alors il faut y remédier en chargeant l'ennemi à la baïonnette, et en gagnant soi-même les hauteurs. L'ennemi , fort de sa position , sera certainement d'autant plus dans le cas de la disputer avec avantage, qu'il pourra se trouver couvert par des bruyères épaisses, ou protégé par des rochers à pic; néanmoins, il faudra se résoudre à une vive attaque, à grimper l'escarpement ou les rochers , et à le débusquer de sa position. Aussitôt qu'on l'aura forcé à quitter le bord de la côte , les dangers du convoi diminueront en grande partie ; alors il faudra se conduire comme dans une attaque simple, n'ayant pour but que de contraindre l'ennemi à s'éloigner. Dès qu'on sera maître des hauteurs , et qu'on aura forcé les assaillans à se retirer, le convoi devra être remis en marche , et le commandant aura l'attention de jeter des flanqueurs de chaque côté , et de conserver son ordre de défense jusqu'à l'entière sortie du défdé.

Cette circonstance est éminemment critique; elle vient malheureusement trop souvent de la négligence à faire occuper des hauteurs considérables , mais d'où l'ennemi peut atteindre le convoi; ou de ce que les troupes montées sur les bords de la crête ont été repoussées : toutes les fois qu'un convoi est engagé dans un sem-

blable défilé , le commandant doit, au premier coup de fusil, renforcer le point attaqué, afin qu'il puisse résister avec avantage et sovitenir vigoureusement le choc. L'ennemi peut faire alors un bon usage du canon, s'il en a ; mais s'il ne domine pas de manière à plonger , il ne peut nuire qu'aux troupes de l'escorte, sans endommager nullement le convoi; il faut, dans ce cas, que le commandant se considère comme attaqué sans avoir du canon, puisque, avec ce moyen même de défense , il ne peut s'en servir pour fj^ire taire le canon de l'ennemi , ou lui démonter ses pièces ; il doit alors profiter avec avantage des broussailles , où il jettera de bons tirailleurs , qui, masqués par elles, ne s'occuperont qu'à tirer continuellement sur les canonniers ennemis et leur feront essuyer beaucoup de pertes. L'ennemi , inquiété par ce moyen , ne manquera pas de faire attaquer ces petits taillis pour en déloger les tirailleurs; il faut, dans ce dernier cas, les renforcer, s'il est possible de le faire sans risquer d'affaiblir l'escorte et le corps de défense. Il peut arriver alors que l'ennemi veuille changer par là le lieu de l'action , et y attirer toutes les forces de l'escorte. Le commandant du convoi s'en apercevra par le soin que l'ennemi prendra de doubler seséclaireurs; il fera ordonner aux siens de se retirer aussitôt

que la retraite deviendra nécessaire par l'augmentation successive du nombre des ennemis. Ce serait la plus grande faute qu'un officier pourrait faire, que d'engager là une action assez sérieuse pour le forcer à l'abandon de son convoi. Comme il n'est pas supposable que l'ennemi soit assez peu prudent pour attaquer un convoi , près d'un poste assez nombreux pour fournir des secours, je crois inutile de faire observer que, dans ce cas seulement , on pourrait transporter le lieu de l'action sur le terrain éloigné où l'ennemi chercherait à attirer l'escorte du convoi , et faire filer promptement celui-ci sur ce point , battre ensuite en retraite et former son arrièregarde. Ce moyen serait bon ; mais il ne peut être mis à exécution que dans la supposition que l'ennemi aurait eu la témérité ou la maladresse d'attaquer près d'un corps auxiliaire, sans avoir dressé des embuscades propres à empêcher toute communication avec l'escorte qu'il attaque.

Si le convoi , se trouvant engagé dans un chemin creux seulement, est attaqué par un ou plusieurs de ses côtés , il pourra être facilement couvert et risquera peu pour lui-même, surtout si les forces attaquées font une bonne défense; car alors le feu de l'ennemi ne pouvant plonger, les chevaux et les fourgons ou voitures

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seront à l'abri de toute insulte, puisqu'il ne pourra se servir contre eux de son artillerie , qui lui devenait nécess^re pour occuper les divisions et faire du dommage ; il ne pourra donc pas remplir son but.

Si cependant l'escorte était attaquée avec de l'artillerie, et qu'elle n'en eût pas, le commandant tâchera, par de petites charges faites à propos , de donner à l'ennemi la crainte de voir enclouer ses pièces : ce qu'il faut essayer de faire , sans trop s'éloigner du point de défense. Si , à l'effet du canon , l'ennemi joint celui des obusiers, et qu'il parvienne à mettre le feu dans quelques divisions du convoi , le commandant, dans le cas où le parc serait formé, fera, s'il le peut, porter cette partie hors du parc et du côté opposé au vent , non seulement afin que la fumée puisse incommoder l'ennemi , mais encore afin de changer la direction des étincelles, qui pourraient causer l'explosion des matières infiammables que peuvent contenir les caissons. Si la difficulté d'approcher de la division incendiée augmentait , on ferait , pourvu que le terrain le permît, retirer le parc du côté opposa au vent. Cette manœuvre, exécutée par le conducteur des voitures, serait appuyée de mesures militaires propres à la couvrir et à la protéger.

Si, au lieu d'être parquées, les voitures soîil

simplement doublées, on jettera de côté tous les objets dans lesquels le feu pourrait avoir pris ; et si le vent va^u côté de l'ennemi , il faudra, de préférence, mettre les parties enflammées du côté par où il peut venir, afin de lui opposer ce feu pour retranchement.

En cas de fracas de voitures , on attendra la fin du combat pour s'occuper de faire décharger celles qui auraient reçu du dommage, ne devant s'occuper, pendant l'action, que du soin de conserver et de défendre le convoi et d'éloigner l'ennemi.

Si quelque faute de l'ennemi offre au commandant de l'escorte , la facilité de faire filer une division de son convoi , sans risque , et qu'il soit assuré que la nature du pays et la proximité de quelque poste, peuvent en protéger l'arrivée , il ne négligera rien pour la faire mettre en sûreté, et par là il augmentera ses moyens de défense; dans cette occurrence, il doit redoubler de précautions et donner beaucoup d'occupation à l'ennemi , surtout du côté vers lequel il veut mettre cette division en marche. Il faut, et cela est indispensable, cacher à son adversaire, autant qu'on le pourra, cette opération importante , afin qu'il n'y mette point d'entraves ; mais comme il est assez difficile qu'un ennemi qui attaque bien ne saisisse

pas souvent l'intention de la partie adverse ; on doit être assuré qu'aussitôt qu'il l'aura découverte, il fera son possible pour empêcher la marche de la division ou partie du convoi détachée , ou pour l'enlever entre l'escorte et le lieu vers lequel elle se retire. L'escorte partielle qu'on pourrait donner à cette division ne serait guère considérable, puisqu'on aurait besoin de ses troupes ailleurs ; et si on la donnait assez forte pour soutenir les efforts de l'ennemi , on se trouverait deux actions sur les bras : la seconde, par l'inquiétude qu'elle pourrait donner, nuirait nécessairement à la défense de l'escorte. II ne faut donc détacher une division ou partie du convoi, que lorsqu'on verra la possibilité de la faire filer sans danger, et qu'elle pourra être recueillie par les troupes du poste le plus voisin , qui tenteraient une diversion importante pour la protéger; c'est à ce dernier secours qu'il faut beaucoup s'arrêter, car il est des postes desquels la garde ne peut sortir sans en compromettre la défense, et d'autres desquels il est facile de protéger et de seconder même une opération qui se passe à proximité.

Lorsqu'attaqué par les quatre faces de son parc , le commandant n'a aucun secours à espérer, que l'ennemi lui est infiniment supé-

rieur; si, après avoir épuisé tous les moyens que son génie et la bravoure de ses troupes lui fournissaient, il n'a plus d'espérance de sauver son convoi; s'il a perdu les deux tiers de son monde , il peut alors mettre le feu aux voitures, et se faire jour à la baïonnette, plutôt que de se rendre prisonnier.

Ce cas est le parti extrême; c'est la dernière mesure à prendre, et il ne faut s'y déterminer que lorsqu'après avoir fait tous ses efforts pour résiter, on a eu partout du désavantage; mais si le convoi peut être secouru , s'il est à la portée d'un poste, camp, cantonnement ou place qui puisse faire diversion , on doit se battre jusqu'à ce que , aidé par le secours qu'on espérait, on ait tout à fait éloigné l'ennemi.

Si le commandant du convoi s'aperçoit que la vivacité de son feu nuit beaucoup à l'ennemi, qu'il cause du désordre dans ses rangs , il doit pousser sur-le-champ sa cavalerie sur la troupe entamée, et tâcher, pardes charges vigoureuses, de l'empêcher de se rallier : on profite alors de l'étonnement de son adversaire, et on ne fait de prisonniers que lorsqu'on le voit dans l'impossibilité de renouveler ses attaques.

Dans tous les cas, si le convoi n'est pas attaqué par toutes les faces , les divisions voisines de celles insultées , leur porteront un prompt

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secours, avec la moitié de leurs forces; l'autre moitié maintiendra les charretiers à leurs voitures, et ne leur permettra aucun cri ou clameur qui pourraient mettre le désordre dans la file.

Un officier qui jugera devoir être bientôt attaqué, enverra promptement avertir ceux des postes qui pourront le secourir ; et dans une attaque , dès qu'il verra arriver du secours , il doit redoubler de vigueur et pousser Tennemi de son côté.

Quant au chargement du convoi , la défense est plus ou moins difficile. Un convoi de poudre, où l'ennemi parvient à mettre le feu, est perdu , l'escorte détruite ou dispersée , et ses débris taillés ou faits prisonniers. Ces sortes d'expéditions , sans donner à l'ennemi un profit dont il puisse tirer parti , lui donnent toutefois de grands avantages, surtout si le convoi est destiné à une armée nombreuse , ou pour une place menacée qui éprouve des besoins en munitions. Aussi, dès qu'un officier, chargé de conduire un pareil convoi , se verra près d'être attaqué par des forces qui ne lui permettraient pas de le sauver, s'il engageait une action, il exécutera sa retraite dans le plus grand ordre , sur le point où il pourra le couvrir , et préviendra son général des dangers qu'a courus le convoi, et des difficultés de le mener sûrement à destination.

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Mais s'il n'a pu être prévenu assez tôt, qu'il soit attaqué sans avoir d'espérance de sauver ses voitures , qu'il soit convaincu et qu'il puisse convaincre qu'en perdant du monde, il ne pouvait le sauver, et qu'en le laissant perdre, il eût avantagé l'ennemi , il fera mettre des mèches dans chaque caisson et calculera le moment de l'explosion , de manière qu'en éclatant à l'approche de l'ennemi , celui-ci en éprouve un tort considérable. Mais , dans ce cas , il doit sauver les chevaux et tout ce qu'il sera possible de ne pas perdre , et se retirer promptement vers le lieu le plus rapproché des troupes de son armée.

Ces sortes de convoi , du reste , sont d'une défense si dangereuse , que toujours il leur faudrait une escorte, non seulement capable de résister à de fortes attaques , mais encore d'en changer la position et de l'éloigner du convoi. Il faudrait que l'escorte pût se diviser , sans inconvénient, en deux parties , dont l'une serait uniquement employée à l'escorte , et l'autre à repousser l'ennemi et à le combattre loin de la roule que doit tenir la première , afin d'empêcher l'effet de son artillerie, qui seul perdrait le convoi, s'il parvenait à y porter quelques matières enflammées.

11 faut donc , en général, dans la défense d'un

convoi , couvrir parfaitement ses caissons ; éloigner, autant qu'on le pourra , sans quitter la garde des transports , la présence de l'ennemi ; occuper les hauteurs , ravins , bois , défilés , avant qu'il ne s'en soit emparé , et l'en chasser s'ils en est déjà en possession ; ne pas le poursuivre , quelque mouvement de retraite qu'il exécute; faire filer, autant que possible , une ou plusieurs divisions du convoi, sur un point de sûreté , lorsqu'on peut le faire évidemment , sans risquer de les perdre ; jeter hors du parc, ou de la double file de voitures, toutes les parties embrasées , et cela , toujours du côté opposé au vent et de la manière la plus propre à empêcher l'ennemi d'approcher ; et réparer promptement le dégât , pour se mettre en marche vers le lieu de sa destination.

Alors , faisant reprendre l'ordre de marche , s'il y a quelques détachemens qui aient moins souffert et qui soient moins fatigués que les autres , le chef de l'escorte les emploiera de préférence en tirailleurs. Malgré la retraite de l'ennemi , on ne doit pas se relâcher sur la surveillance et l'ordre , afin d'être toujours prêt à soutenir les nouveaux efforts qui pourraient être tentés, et à les repousser vivement.

Si la défense d'un convoi est difficile, la gloire de l'officier qui en est chargé et le sauve des

mains de l'ennemi , est la mieux acquise et la plus personnelle : on ne doit pas toutefois moins d'éloges aux troupes ; et leur réputation est faite , quand elles ont battu l'ennemi qui les a attaquées.

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