CHAPITRE IV
Moyens de diminuer le Fréquence des Convois et d'en assurer la Marche.
Lors de la pacification de la Vendée, çn i yqS, ou conserva encore des troupes dans quelques postes importans , tels que Machecoul , Montaigu et autres points nécessaires aux communications et à la correspondance de l'armée. Ces postes avaient besoin , d'un moment à l'autre , d'être ravitaillés ; et l'on ne pouvait les pourvoir suffisamment , en raison de la rareté des approvisionnemens dans les grands dépôts ou magasins. Il fallut donc multiplier les convois ; les routes qu'ils avaient à suivre pour arriver à ces places n'offraient et n'offrent encore qu'une suite de défilés, de bois, de haies, infiniment nuisibles à leur sûreté. Les villes et bourgs de l'intérieur du pays vendéen , ne peuvent , pour la plupart, favoriser le commerce , puisque le transport par roulage ne peut avoir lieu sur les chemins ou routes qui y passent. C'est bien différent sur la
rive droite de la Loire , où les villes d'Angers , de Nantes , Rennes , entretiennent nne communication nécessairement suivie, tant pour les relations commerciales, que pour les diligences, malles et autres espèces de voitures de voyage. C'est dans cette partie que le besoin de convoyer était le plus fréquent, et où il n'était guère moins difficile de le faire , à cause des partis connus sous le nom de Chouans , qui exploitaient le pays. Si les communications des villes que j'ai citées ^talent rompues , leurs approvisionnemens devaient en souftrir beaucoup , et des suites plus graves , plus désastreuses devaient en résulter. Ces considérations me suggérèrent les idées exprimées dans ce chapitre.
Les forces placées sur les routes de la Bretagne pour leur sûreté , n'y contribuaient que faiblement, et ce n'était'pas d'elles qu'on pouvait espérer la répression des entreprises des Chouans , parce qu'elles étaient écrasées par les fatigues de leur pénible service d'escorte. Pour que les postes placés sur ces routes y devinssent réellement utiles , il fallait que les troupes n'eussent d'autre service que celui de harceler l'ennemi et de protéger les campagnes; il fallait que, dans les expéditions où elles avaient à parcourir une grande étendue de terrain , aucun pillage , aucune dévastation n'eût lieu; il fallait ôter aux
chefs des Chouans , l'espérance d'accroître leurs bandes , espérance fondée sur le peu de respect de quelques soldats républicains pour les propriétés; et rassurer, par une discipline sévère, le cultivateur inquiet.
Les convois étaient peu en sûreté. La faiblesse des cantonnemens ne permettait de fournir que des escortes faibles. Ces escortes étaient exposées à être battues avec perle , et cela pouvait décourager les troupes et paralyser le commerce. Je proposai alors les mesures suivantes.
Pour réussir à mettre les troupes des cantonnemens dans un état d'offensive, il faudrait diminuer le nombre des convois , les réduire , à de certaines époques, à un seul, faire ime caravane enfin. Cette caravane partirait, je suppose , tous les quinze jours ; elle réunirait les voyageurs et les voitures de transport ; elle coucherait dans les cantonnemens accoutumés j elle serait escortée par une troupe imposante , qui la suivrait depuis son départ jusqu'à sa destination , et se reposerait une semaine.
Admettons qu'une caravane parte le lundi de Nantes pour Rennes , escortée par un détachement de dix-huit cents hommes; elle partira de IXozai le mardi, le mercredi de Bains, et arrivera le même jour à Rennes. Ces dix-huit cents hommes en remplaceraient dix -huit cents au-
très placés à Rennes pour escorter la caravane, qui en partirait le dimanche, le lundi de Bains, et serait rendue le mardi à Nantes. Par cette supposition , on voit aisément que les troupes cantonnées sur les routes ne se mêleraient nullement des escortes ; qu'elles n'auraient d'autre service que celui de leur sûreté ; qu'alors elles pourraient agir efficacementdans leurs environs; qu'alors elles pourraient agir dans des mouvemens combinés ; qu'alors enfin , elles feraient la guerre , d'une manière vigoureuse , aux partis. Ce moyen simple d'utiliser les troupes cantonnées , servirait beaucoup à éclairer la marche des caravanes, à leur donner des renseignemens, presque toujours certains, de la position des ennemis. Ces troupes éloigneraient les bandes ou partis des lieux de passage , et seraient alors dans le cas d'assurer la tranquillité des campagnes.
Une fois les cantonnemens fixés, il serait à désirer aussi qu'on les changeât le moins souvent possible, afin que les troupes s'instruisissent de la nature du pays , connaissance bien importante pour les officiers et les soldats. Ceuxci , dans leurs expéditions , se familiariseraient avec l'habitant de la campagne, et, par une exacte discipline , ils lui inspireraient de la confiance, et une confiance d'autant plus avanta-
geuse, qu'elle tournerait toute au profit des troupes. Les chefs , par la bonne police qu'ils maintiendraient , se feraient aimer dans le pays; ils y seraient servis par les habitans tranquilles, et en tireraient souvent des renseignemens sûrs.
Mais point d'espoir de rétablir la tranquillité des routes , sans cette réunion de plusieurs convois en un seul , et sans la répression absolue du maraudage et du pillage. Point d'espérance de terminer la guerre, et de faire servir utilement les cantonnemens , sans avoir pris des mesures à cet effet. Toutes ces choses influeront sur la grande combinaison générale, qui doit avoir lieu pour l'extinction delà chouannerie; elles ajouteront des ressorts à l'action militaire, si interrompue dans ce pays par les fatigues des troupes.
Peut-être que les partis , instruits de la force donnée aux grands convois ou caravanes , se jetteront en nombre dans les passages difficiles, afin de les y arrêter. Peut-être se réuniront-ils en masse pour écraser les postes, ou attaquer avec plus de facilité, et se promettre plus de succès. Cela n'est pas impossible ; mais les partis auront-ils seuls les moyens d'en imposer , quand on peut être instruit de leurs projets , de leurs mouvemens, parles cantonnemens mêmes, où l'on pourra trouver des ressources, soit pour
remédier aux obstacles, soit pour renverser le plan de l'ennemi ?
Le projet de réunion en caravane n'est point du tout à rejeter ; on en retirera d'abord l'avantage de commercer plus librement, celui de pouvoir faire agir tous les postes dans leurs environs, de leur faire combiner des mouvemens et de tuer le plus d'ennemis que l'on peut.
Ces caravanes auraient besoin d'une police , à laquelle toutes les voitures militaires ou autres seraient tenues de se conformer strictement, sous les ordres du commandant de l'escorte , qui réglerait les heures du départ , les dispositions de marche et les différens changemens que pourraient nécessiter les circonstances.
Sans cette police , la caravane éprouverait des entraves continuelles; et, par elle, on remédierait facilement à tous les obstacles (*).
(*) Ces mesures furent adoptées en Espagne pendant la guerre d'invasion. L'insurrection générale du pays et la force des guérillas en avaient fait reconnaître la nécessité. On n'eut bientôt plus aucun lieu de douter de leur utilité et de leur efficacité , tous les convois escortés et défendus suivant les principes exposés dans cet écrit , échappèrent aux tentatives de l'ennemi.
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