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CHAPITRE IV

Expédition de l'île de Noirraoutier. — Passage du Goa. — Une division vendéenne met bas les armes. — Le généralissime d'Elbée. — Le meunier vendéen. — Commission militaire. — D'Elbée et douze cents Vendéens fusillés. — Le cavalier Cossin. — La division Carpentier a Machecoul. — Madame INaudy et Charette. — Détails sur l'état-major du général Haxo. — Mademoiselle Plantier. — Le délateur. — Encore le maire de Faux.

Vers la fin de l'année 1793, Haxo fit les préparatifs d'une expédition ordonnée par le comité de salut public, contre l'Ile de Noirmoutier, dont les royalistes étaient maîtres depuis quelques mois.

Il y avait long-temps que la marine s'occupait , dans le port de Nantes , de l'armement de la frégate la Nymphe j, qui devait escorter et protéger une flotilie de bateaux pontés, destinée au transport de la brigade ou colonne du général Jordy, dont le point de débarquement était assigné à la tête de l'île dont il est question, du côté de la haute mer.

Aubertin fut charge de faire , à Beauvoir, où

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il fit venir les patrons des bateaux pontés, réunis à l'île de Bouin, la répartition de la troupe sur chacune de ces embarcations.

L'île de Noirmoutier, comme on peut le remarquer sur la carte, présente la figure d'un gigot de mouton, dont le gros bout est du côté de la pleine mer, et le manche, sur lequel est situé le village de Barbatre, du côté de la terre ferme, distante d'une fortelieue, dans la moindre largeur du canal de séparation. Les habitans du pays nomment ce canal Goa ^ Gouet ou encore Goulet. Il est presque guéable à marée basse, et, pour faciliter les communications, éviter les courans que laisse la marée descendante , on avait élevé une espèce de chaussée en pierres (appelée, dans le pays, Charrau) sur laquelle étaient placées des balises pour avertir ses marins. Depuis peu, les Vendéens avaient détruit cette chaussée et ces balises.

Les préparatifs de l'expédition étant terminés, deux colonnes de la brigade Haxo partirent de Beauvoir, le 2 janvier 1 794 , pour aller à Saint- Jean-dc-AIont, ou elles devaient effectuer à gué le passage du Goa ou Goulet.

La colonne de Jordy, qui n'était point avec celles dont nous venons de parler, avait ordre (de s'embarquer pendant la nuit , à l'île de Bouin , pour gagner la haute mer, où croisait la fré-

gâte la Nytnphe, qui devait protéger la marche de ce convoi.

Le général Haxo était accompagné des trois commissaires de la Convention , Turrecu , Prieur delà Marne, Bourboîte, et du général Dutruy, qui, on ne sait trop pour quel motif, avait jugé à propos de venir, en amateur, des Sables-d'Olonne, où il avait laissé sa brigade , chargée d'observer la partie du pays que l'on nomme le marais deChailans, que les troupes républicaines n'avaient pas encore occupé à cette époque (*).

Pendant la nuit du 2 au 3 , la marée étant retirée, une reconnaissance partit deSaint-Jeande-Mont, dans la direction du village de Barbatre. Le détachement approcha assez près pour être entendu des postes ennemis. On tira sur lui à boulet, sans atteindre aucun homme, et le rapport de l'ofFicier commandant fut que les Vendéens étaient parfaitement sur leurs gardes.

(*) Ce marais a près de sept lieues de tour et trois de longueur. Sous Louis XIII, les habitans étaient tous protestans ; depuis, une grande partie a abjuré, mais l'autre est restée inébranlable dans sa croyance. Ils sont tous aisés, et font un commerce considérable de gros bétail et de chevaux.

Les deux colonnes se mirent en mouvement avant la pointe du Jour. Celle dont le général Haxo s'était réservé la direction , marchait la première, et l'autre, sous les ordres d'Aubertin, la suivait à quelque distance. La marée commençait à baisser ; les troupes , entrées par section dans le Goa, s'avancèrent à mesure que la mer abandonnait la plage , traversant les courans, ayant de l'eau jusqu'au dessus du genou. A une grande portée de fusil, sur la droite, on aperçut la frégate ia Nymphe, échouée ; et , plus loin , sans protection , les bateaux pontés qui manœuvraient mollement pour arriver à la pointe méridionale de l'Ile , au lieu de gagner la partie septentrionale (*). Le plan d'attaque se trouvait, par là, déconcerté. Déjà l'on entendait une fusillade assez vive , et quelques coups de canon tirés sur les bateaux dont la marche lente impatientait la troupe qui s'y trouvait embarquée. Bientôt on vit ces mêmes soldats se jeter à l'eau , et aborder l'île sous une grêle de balles.

(*) La Nymphe ayant été entraînée par les courais, il n'avait pas été possible au capitaine de regagner la haute mer, et l'adjudant-généralJordy avait alors donné l'ordre aux patrons des barques de chercher à gagner la partie méridionale de l'île, pour opérer son débarquemçnt à hauteur de Barbatrc.

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A ce moment , le général Haxo se trouvait encore à la distance d'un grand quart de lieue, et pressait la marche de la colonne que la lenteur du reflux empêchait d'avancer aussi vite que le desiraient tous les officiers et soldats. Cependant, le bruit du pas de charge , battu par les tambours des deux colonnes , annonçant aux Vendéens la résolution où l'on était de les aborder avec la plus grande vigueur , ils abandonnèrent leurs pièces en batterie sur la plage, ainsi que le village de Barbatre, avant que le général Haxo eût fait sa jonction avec la colonne Jordy.

Celle-ci avait perdu du monde, et son chef lui-même était si grièvement blessé , qu'on fut obligé de le laisser à Barbatre sous la garde d'un détachement.

Les trois colonnes , fortes ensemble de trois mille hommes , continuèrent à s'avancer dans la direction de la ville de Noirmoutier , qui est à trois lieues de distance de Barbatre. A demilieue de ce dernier village les Vendéens avaientbarré cette partie étroite de l'iie , par un retranchement garni de grosses pièces d'artillerie de côte, derrière lequel ils attendaient les républicains. Cet ouvrage, appuyant des deux côtés à la mer, présentait un front de trois cents toises; mais on pouvait , à marée basse, le tourner à la fois

par la droite et la gauche. C'est ce que fit faire le général Haxo. Pendant ce mouvement les colonnes se trouvaient à portée des batteries ennemies, et n'avaient point d'artillerie. Mais les Vendéens, au lieu de tirer pour éloigner les assaillans , parurent d'abord tenir conseil et observer la marche des troupes qui filaient des deux côtés le long de la mer ; bientôt ils prirent le parti de se retirer, sans tirer un seul coup de canon , et abandonnant, à la hâte , pièces et retranchemens.

A mesure que les républicains s'avançaient , l'île s'élargissait devant eux, sans qu'ils aperçussent aucune masse ennemie sur ce sol ingrat, peu cultivé, et formé en grande partie d'un sable mouvant que la mer y amoncelle tous les jours.

Aune lieue de la ville, des parlementaires vinrent se présenter au général Haxo; modéré, loyal et généreux comme il l'était, il leur eût fait bonne composition ; mais trois conventionnels étaient avec lui... C'est à cette autorité, supérieure à la sienne, qu'il dut envoyer les parlementaires. On peut deviner l'accueil qu'ils recurent des représentans du peuple ; ils furent renvoyés avec des menaces terribles. La troupe, officiers et soldats, murmurait secrètement de cette inhumanité. Arrivés en vue de Noirmou-

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lier, le général Haxo et son état major, ne remarquèrent pas sans surprise , que non seulement cette ville, mais ses approches étaient susceptibles de défense. Les parlementaires s'étant présentés de nouveau , trouvèrent la même inflexibilité dans les conventionnels qui ordonnèrent que les troupes occupassent sur-le-champ la ville, de gré ou de force.

L'avant garde y entra sans résistance; une des deux colonnes resta en dehors pour cerner l'enceinte , et l'autre vint se former en masse sur la place de la commune , où étaient rassemblés six à sept cents malheureux de tout rang et de tout état , dont les armes étaient déposées et remises en monceau non loin d'eux.

L'un des représentans. Prieur de la Marne, ordonna à Aubertin de faire conduire et renfermer ces gens-là (ce fut son expression) sous bonne garde , dans une des églises de la ville , et de les compter scrupuleusement comme des moutons que l'on parque. Le commandant chargea son adjudant-major de cette triste mission.

En voyant les Vendéens se rendre ainsi à discrétion , sans aucune résistance , on put se demander, comment parmi, les chefs de cette troupe, il ne se trouvait pas un homme de tête, capable d'une résolution héroïque. L'ile offrait

de nombreux moyens de défense à opposer aux républicains : pays coupé , canaux larges et profonds, positions avantageuses et d'une conservation facile, etc. La destruction des ponts eût seule suffi pour arrêter les assaillans ; une résistance de vingt-quatre heures aurait forcé les trois mille hommes du général Haxo à se retirer, parce qu'il n'y avait dans l'ile aucuns moyens de subsistance pour eux , pas même de combustibles qui permissent de faire les feux de bivouacs, indispensables par le froid vif qui régnait alors. Mais leur destinée entraînait ces royalistes infortunés. Combien ils se trompaient en croyant à la générosité de trois représentans montagnards ! 11 eût mieux valu cent fois combattre et mourir les armes à la main (*).

(*) C'est ici le lieu de relever uue nouvelle erreur consignée dans presque toutes les relations de cette guerre, et consacrée dans l'ouvrage des Victoires et Conquêtes. On y désigne formellement le général Turreau comme le chef de l'expédition de l'île de Noirmoutier; et ce serait d'après les indications, documens, ou plan de ce même général, que le comité de salut public l'aurait ordonnée. Ces faits sont faux de tous points. Le général Turreau ne contribua à cette opération ni par ses conseils, ni par sa présence. Le succès est dû entièrement au général Haxo , qui a conçu, médité et arrêté le plan d'attaque, sans aide ni assistance d'aucun autre général ;

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Aubertin était logé, ainsi que tout l'état major dans une grande et vaste maison , située sur la place et appartenant à un négociant , nommé Jacobsen. II ne fallut rien moins que la présence de ces hôtes nombreux , pour arrêter le pillage et le désordre qui régnaient dans cette habitation au moment de leur entrée ; elle avait été désignée aux soldats comme le quartier-général , et le magasin principal des Vendéens ; toutes les armoires, les commodes, les buffets, les secrétaires, étaient déjà enfoncés, pillés, brisés. Fort heureusement on n'avait pas touché aux caves qui se trouvaient remplies de vins , huile, eau-de-vie, savon, sucre, caffé, etc. en grande quantité.

Les généraux Haxo et Dutruy accompagnèrent les commissaires conventionnels dans la maison qu'habitait d'Elbée. Ce chef, successeur de Cathelineau , dans le commandement de la

seulement, pour se mettre à l'abri de toute responsabilité sur l'événement , il soumit , avant de le mettre à exécution , son projet aux représentans du peuple qui se trouvaient près de lui. Comme l'iin d'eux s'appelait Turreau, il y a lieu de croire qu'on l'a confondu avec le

général de ce nom, qui, effectivement, commandait dans la Vendée ; mais qui, nous le répétons, ne prit

aucune part à cette affaire.

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