‹ MémoiresChapitre 6 sur 80 · Ml': '.:o 1RES · texte numérisé non relu

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grande armée royaliste, ayant été blessé dangereusement à l'affaire de Cholet le 17 octobre, s'était fait transporter à Noirmoutier, pour s'y faire soigner avec plus de sûreté. Il partageait alors le sort des malheureux qui n'avaient pas eu le courage de le défendre , ni de se soustraire enx-rnémes à une mort plus certaine que sur le champ de bataille. Une garde avait été placée à sa porte, autant pour lui que pour son épous;'. Les représentans lui adressèrent quelques questions, auxquelles il répondit brièvement en partie, gardant le silence sur le reste. Ils lui demandèrent, entr'autrcs, son opinion sur les deux généraux qui étaient présens, mais qu'il ne connaissait pas de vue ; sa réponse fut honorable pour le général Haxo , et il ne s'expliqua point sur Dulruy. Fatigué bientôt de cet interrogatoire, il pria qu'on le laissât tranquille, et qu'on respectât sa femme , jusqu'à ce qu'on eût décidé sur leur sort.

En quittant ]\Iachecoul , le 19 décembre, le général Haxo n'y avait laissé qu'un faible poste, ayant jugé convenable , pour mieux assurer ses derrières, de faire occuper plus fortement Challans , Beauvoir, Bouin et surtout Légé qui, se trouvant dans l'intérieur du pays, devenait un point militaire d'une grande importance. Le 2.5, jour même de l'attaque de l'île de Noirmou-

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tier, Charelte, retiré comme on l'a dit plus haut du côté d'Aizenai et des Essarts, évitant les autres postes républicains, se porta par une marche rapide sur Machecoul , s'en rendit maître sans coup férir et s'y maintint jusqu'au 2 janvier suivant , que la division du général Carpentier vint l'en chasser.

Cependant le général Haxo , inquiet sur le poste de Légé, éloigné de neuf heures de l'île de INoirmoutier, ordonna au commandant Aubertin de partir avec les troupes sous ses ordres, pour aller reconnaître la situation des choses. Cet officier supérieur eut beaucoup de peine à rassembler son monde pour le départ. Le désordre était tel dans la ville, qu'un grand nombre de soldats manquèrent à l'appel ; c'est avec quatre ou cinq cents hommes qu'Aubertin se rendit à Barbatre , où le général devait lui renvoyer le reste de sa colonne , après avoir fait ramasser les absens par des patrouilles de police.

Arrivé à Barbatre, le commandant vit avec douleur que l'heure de la marée serait passée avant qu'il eût pu compléter son détachement. La marée suivante ne devait avoir lieu qu'à onze heures de nuit. A ce moment, la colonne réunie se mit en mouvement, guidée par un meunier qui ne témoignait pas beaucoup de bonne vo-

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lonté, pour franchir le Goa , au milieu d'une obscurité profonde.

On s'aperçut bientôt que la direction changeait à chaque instant , et que l'on faisait peu de chemin. Au bout d'une heure, les soldats mécontens , fatigués de marcher sur un sable mobile et quelquefois couvert d'eau , murmuraient hautement et apostrophaient leur chef; Aubertin questionne le guide qui répond qu'il a perdu la tête, et qu'il ne sait plus de quel côté marcher. Ce n'était pas le moment de menacer et maltraiter cet homme; le commandant lui parle avec douceur , l'engage à rappeler ses idées et lui promet une forte récompense s'il peut conduire la colonne à son but. Mais le parti du meunier était pris; le sacrifice de sa vie lui semblait peu de chose, en comparaison du plaisir qu'il ressentait de faire périr un millier de Meus. Il espérait que cette action méritoire , lui ouvrirait les portes du ciel , en même temps que l'enfer saisirait sa proie, c'est-à-dire,, la masse d'impies que la mer allait engloutir. Toutefois Aubertin fit grâce de la vie à ce fanatique , en le laissant échapper plus tard.

Il n'y avait pas un moment à perdre ; la marée commençait à monter. Le compiandant dirigea, par estimation , la colonne sur le point de passage de l'avanl-veille. Après avoir marché encore

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quelque temps , on arriva sur un terrain vaseux , indice souvent incertain de l'attérage. Pendant plus d'une heure encore, le soldat fit les plus pénibles efforts pour se tirer de cette vase , où le plus grand nombre perdit sa chaussure. Enfin la colonne aborda une côte escarpée , hérissée de rochers, et sans aucun sentier frayé. On jugeait seulement que Beauvoir était à une grande demi-lieue du passage. Dès l'instant que latroupe eut mis le pied sur le rivage , il ne fut plus possible au commandant de la remettre en ordre; chacun se dirigea à volonté. Dix minutes de retard, et plus de mille hommes dont se composait la colonne d'Aubertin étaient ensevelis sous les flots de la mer.

Il était trois heures du matin, lorsque le commandant Aubertin , accompagné seulement de quelques officiers, arriva à Beauvoir. Le rassemblement de la colonne, ainsi que sa mise en mouvement sur Légé , éprouvèrent de grandes difficultés; plusieurs centaines d'hommes étaient absolument pieds nus ; toutefois elle alla, par un temps affreux, coucher, le 6 janvier , à la Garnache , village distant de quatre lieues.

Le lendemtiin elle marcha sur Légé par des chemins presque impraticables. Lecommandant apprit que ce poste avait été inquiété par Cha-

retle lorsque celui-ci fut chassé de Machecoul par la division Carpentier.

Douze cents hommes occupaient Légé, placé d'ailleurs dans une situation favorable à sa défense; il y avait des approvisionnemens et une manutention de vivres.

Charette , ayant perdu sur la côte Beauvoir , Bouin et IN oirmoutier , et ne pouvant plus communiquer que très difficilement avec l'Angleterre , s'était jeté dans la partie de la Vendée , appelée le Bocage, où se trouve, au milieu des bois , le village de Belleville , à deux lieues derrière Légé.

La brigade du général Dutruy, dont le quartier général était tantôt à Challans et tantôt aux Sables-d'Olonne , était en communication avec celle du général Haxo , et occupait, outre les deux lieux qui viennent d'être nommés , Saint- Gilles, le Poiré, Venansaut, Saint-Jean-de- Mont et plusieurs autres postes dans la partie du pays appelé le Marais.

Aubertin resta à Légé le 7 , et en repartit le 9 janvier pour rentrer à Beauvoir le 1 0. 11 y trouva le général Haxo avec une partie de ses troupes ; la colonne Jordy était restée à Noirmoutier pour garder cette île. Pendant l'absence du commandant Aubertin, les commissaires de la Convention l'avaient promu , sans demande et sans

aucune sollicitation de sa part, au grade d'adjudant-général chef de brigade, en récompense de sa conduite distinguée dans les affaires précédentes.

Il faut maintenant relater ce qui s'était passé à Noirmoulier après le départ de la colonne d'Aubertin.

Pendant la nuit du 2 au 3 janvier, on fit, par l'ordre des représentans du peuple, des visites domiciliaires dans toutes les maisons de la ville et les habitations du voisinage ; des patriotes réfugiés accompagnaient les patrouilles, et l'on ramassa ainsi plus de six cents personnes qui furent déposées dans l'église où se trouvaient déjà cinq cent soixante-dix Vendéens.

Une commission, soi-disant militaire, fut convoquée de suite dans la matinée du 4 , pour juger les uns et les autres. Ce terrible tribunal était composé d'individus revêtus, à la vérité, de l'uniforme national, mais n'appartenant à aucun des corps de l'armée. Le plus élevé en grade, ou pour mieux dire, le président, portait l'épaulette de capitaine. On ne savait d'où sortaient ces prétendus juges; ils avaient seulement été remarqués à la suite du général Dulruv. Cette commission ad hoc paraissait avoir des instructions particulières, à la manière dont elle procéda. En peu de jours, elle condamna

douze cents personnes environ , à être fusillées , et cette boucherie eut lieu immédiatement. d'Elbée et son épouse périrent les derniers au pied de i arbre de la liberté. L'infortuné général vendéen , était dans un tel état de faiblesse, qu'on fut obligé de le transpoiter dans un fauteuil au. lieu de son supplice.

On se rappelle que la maison du négociant Jacobsen à iSoirmoutier était un vaste entrepôt de marchandises et de denrées indigènes et coloniales de toute espèce. Cossin , ce cavalier nantais dont il a déjà été question au commencement du chapitre , fut chargé de conduire à jNantes , par mer, la totalité de ces marchandises ; et , comme on n'avait point dressé d'inventaire, le bruit a couru, peut-être à tort, que le dit Cossin en détourna une bonne partie à son profit. La vérité est qu'il ne reparut plus à sa compagnie; qu'il arma en course, et qu'il est devenu un des plus riches négocians de Nantes.

La petite ville de Beauvoir était encombrée des troupes de la division Haxo; il devenait nécessaire de s'étendre eu réoccupant Machecoul , où se trouvait encore la division mobile du général Carpentier. Aubertin reçut l'ordre de se rendre dans cette ville avec sa colonne; il y arriva le 1 1 janvier, et fit part à Carpentier, de l'ordre qu'il avait de le relever dans ce poste.

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Ce général prit de l'humeur, et déclara que setant emparé de la place après un combat opiniâtre et meurtrier, il voulait la garder. Aubertin lui répliqua qu'ayant reçu l'ordre de venir occuper Machecoul , il y resterait jusqu'à ce qu'il eût reçu une décision contraire du général qui l'avait envoyé; et qu'il allait faire loger sa troupe. Cette altercation fut bientôt connue des officiers et des soldats des deux partis. Chacun prit feu , et sans la prudence du chef nouveau venu , on en serait venu aux mains.

Un ordre impératif des représentans du peuple prescrivit au général Carpentier d'évacuer Machecoul; mais avant de partir, cette division enleva d'autorité tout ce qu'elle put ramasser en vivres de toute espèce. Aubertin , en allant remplacer le chef d'état-major de Carpentier dans son logement, y rencontra cet officier, entouré de soldats et de domestiques, qui, n'ayant pu charger une grosse pipe d'eau-de-vie sur le fourgon d'état-major, s'amusaient à la faire couler dans une salle du rez-de-chaussée, par l'ordre de leur maître. Le sol en était inondé ; Aubertin arrêta ce désordre en témoignant toute son indignation à celui qui en était l'auteur.

Lors de son expédition sur INoirmoutier, le général Haxo avait reçu l'avis des représentans

du peuple que la division Carpentier , déjà fameuse par ses incendies et ses dévastations dans les départemens insurgés, viendrait occuper momentanément Machecoul. Elle devait s'y trouver le 19 décembre; mais n'étant point arrivée à cette époque, le général Haxo s'était vu dans la nécessité de ne laisser dans ce poste que cent cinquante hommes, toujours avec l'espoir qu'ils seraient promptement relevés.

On a déjà lu que Charelte était entré , sans coup férir dans Machecoul , qui fut abandonné à son approche par ce détachement trop faible pour opposer de la résistance; et que deux jours après le chef vendéen se retira à son tour, devant la division Carpentier, après un léger engagement.

Nous rapporterons, au sujet de ces derniers événemens militaires dans Machecoul, une anecdote assez curieuse.

Le capitaine Naudy, du 5* bataillon d'Ille-et- Vilaine, avait été choisi par le général pour commander le détachement de cent cinquante hommes qui devait garder ce poste, jusqu'à l'arrivée de la division Carpentier. Il était avarié, et sa femme l'avait accompagné à l'armée. 11 avait son logement dans la maison qu'occupaient ordinairement les généraux des deux partis, lorsqu'ils séjournaient à Machecoul. La proprié-

taire était l'épouse d'un habitant , alors absent , ainsi que son fils , officier dans l'armée royaliste.

Averti de la marche de Charette, Naudynese jugeant point en mesure de résister , fit retraite à la tête de son détachement , avec tant de précipitation qu'il ne put emmener sa femme , ni même prendre son cheval qui resta à l'écurie, et son manteau dans la salle à manger.

Charette arrive : la dame INaudy se cache ; la table est promptement dressée , et le couvert mis pour le chef vendéen. Pendant le repas , la maîtresse de la maison et ses deux filles , demandent une grâce à leur hôte, celle de ne point maltraiter la femme d'un officier des bleus 3 qui n'a pu suivre son mari. Charette l'accorde ; madame Naudy parait aux yeux de l'assemblée , composée, indépendamment de Charette , de six femmes , dont trois accompagnaient ordinairement le général vendéen , et , on l'invite à prendre place au banquet. La nouvelle convive était une petite Bretonne, jeune , vive , spirituelle ; elle s'assied et reprend confiance ; on l'interroge , et elle répond aux différentes questions qui lui sont adressées , en se servant des expressions alors en usage : « Oui, citoyen Charette; oui, citoyenne; etc.» Ce qui fait beaucoup rire les auditeurs.

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Après le dîner, la société s'amusa à danser, à folâtrer, à jouer aux divers jeux où l'on donne des gages ; Charette était en gaîté ; et la toilette extraordinaire des trois amazones de sa suite, excitait encore à la plaisanterie.

La journée du lendemain se passa à peu près de la même manière. Mais la division Carpentier ayant paru le 2 janvier, devant Machecoul , Charette fît promptement ses préparatifs de départ. Madame ÎNaudy descendit dans la salle à manger pour garder à vue le manteau de son mari , qu'elle n'avait pas jugé à propos , jusqu'à ce moment , de déplacer , dans la crainte de fixer l'attention des Vendéens sur ce vêtement. Elle vit sortir de l'écurie le cheval du capitaine, sellé et bridé; et bientôt après, Charette veut prendre le manteau qu'il jeta sur ses épaules. S'approchant alors de ce chef, elle lui dit : » Mais , cher citoyen , ce manteau appartient à mon mari. » Charette rougit, et, sans mot dire, le laissa couler doucement à terre; madame Naudy l'accompagna jusque dans la rue où il enfourcha, avec beaucoup moins de scrupule, le cheval du capitaine. Pensant que ce n'était plus le moment de hasarder une nouvelle réclamation, madame INaudy dut se borner à faire, avec politesse, ses adieux aux partans.

La présence de cette dame , dans la rue , au

moment du départ de Charette et de sa suite , faillit lui coûter la vie. Un jeune tambour était resté , comme elle, dans Machecoul ; caché dans une maison , presque vis-à-vis de celle où elle se trouvait, il observait, du grenier, ce qui se passait au dehors; il crut que madame INaudy était du parti des royalistes. A l'entrée des troupes républicaines , il alla au-devant ; la femme du capitaine en fit autant de son côté ; elle fut reconnue par ce tambour, qui s'empressa de la dénoncer aux soldats , comme l'ayant vue causer familièrement avec Charette. On la saisit, et plus de vingt sabres étaient tirés sur elle , quand , à ses cris, quelques hommes de la compagnie de son mari , que le hasard fit trouver là, désabusèrent les furieux qui allaient l'égorger sans pitié.

A cette époque , Charette , contre lequel opéraient les trois divisions Haxo , Carpentier et Dutruy, n'avait qu'un noyau de rassemblement, présumé de douze à treize cents hommes , y compris une soixantaine de cavaliers. Quand il voulait former quelque entreprise importante , il ordonnait une levée extraordinaire; et, à cet effet, il envoyait des courriers aux commandans des arrondissemens de paroisse. Il ne faut pas croire, ainsi qu'on l'a avancé dans plusieurs écrits, que ces levées s'exécutaient facilement

et d'une volonté unanime de la part des habitans. Souvent ce chef, tant par lui-même que par SCS lieutenans , usait des moyens les plus rigoureux pour faire marcher les hommes appelés, et allait jusqu'à punir de la peine capitale ceux qui s'y refusaient. Sa conscription était encore bien plus onéreuse et plusvexatoire que celle des dernières années du gouvernement impérial. Elle comprenait tous les individus mâles, depuis l'âge de douze ans jusqu'à soixante, sans avoir égard aux infirmités. Il est vrai que les rassemblemens étaient dissous à la première occasion , comme on l'a vu aux affaires de la Garnache et de Beauvoir. Les hommes étaient obligés d'apporter leurs vivres pour le temps que le rassemblement était présumé durer ; et dans tous les temps, les villages pourvoyaient aux moyens de subsistance du noyau qui restait sous les armes.

Le général Haxo, et la troupe qu'il se réservait sous son commandement particulier, arrivèrent à Machecoul vers le milieu de janvier (1794). Le général venait de Challans, compris dans l'arrondissement de la brigade Dutruy ; et il avait laissé un fort détachement à Beauvoir, ainsi qu'à Bouin , pour couvrir l'île de Noirmoutier.

L'état-major de la division Haxo se composait

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d'officiers qui ont acquis, par la suite, plus ou moins de célébrité. On y remarquait l'adjudant-général Sainte - Suzanne , devenu lieutenant-général et pair de France, et ses adjoints Hervo et Rapatel : le premier est mort maréchal-de-camp ; et le second, parvenu au grade de colonel , premier aide-de-camp de Moreau , passé dansles rangsrussesaveccecélèbregénéral, à été tué dans la bataille livrée sous les murs de Paris, en 18 14- Le général Haxo avait pour aide-de-camp, son neveu ( portant le même nom que lui) qui s'est placé, plus tard, au rang des meilleurs généraux de l'arme du génie. Tous ces officiers et l'adjudant-général Aubertin vivaient en commun, à la table de la maîtresse de la maison, où six d'entre eux avaient leur logement, en fournissant leurs rations de vivres. Ils étaient très circonspects de- Yant cette dame (*) et ses deux filles, et ne parlaient presque jamais d'affaires politiques ou militaires : au moins de celles dont on aurait pu tirer des conséquences. Ils savaient que la moin-, dre parole indiscrète pouvait être rendue aux chefs vendéens par le fils de leur hôtesse, qui , servant chez les vendéens, avait souvent î'im-

(*) C'était la même chez laquelle M"* Naudy s'était trouvée avec Chcirettc.

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prudence de traverser les postes républicains pour venir visiter ses parens (*) pendant la nuit. Malheureusement pour lui , ayant rencontré une patrouille qu'il cherchait à éviter, il reçut un coup de fusil dont il mourut. L'étatmajor, ne croyant pas devoir, par convenance , continuer de manger dans cette maison , Aubertin proposa celle où il était logé. Elle appartenait à un médecin, nommé Plantier, employé dans l'armée vendéenne, et dont la fille était restée à Machecoul.

Un des parens de cette demoiselle , chirurgien de son métier, que ses opinions républicaines avaient contraint à chercher un refuge à Nantes, dans les premiers temps de l'insurrection royaliste, suivait alors la division Haxo, et était rentré avec elle dans Machecoul. Il visitait souvent l'état-major, sous prétexte de donner des renseigncmens utiles. 11 y vit sa cousine , qu'il traita fort mal , en l'accusant d'avoir fait plusieurs campagnes avec Charette , et la me-

(*) Ce manège était connu; mais les officiers d'étatmajor fermaient les yeux sur des visites auxquelles ils prêtaient le pur motif des affections maternelles et filiales. Ils eussent tenu à déshonneur et infamie de faire une révélation qui eût conduit le jeune homme et sa famille au supplice.

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naçanl, lorsqu'il retournerait à Nantes, d'obtenir, du féroce conventionnel Carrier, l'ordre de son arrestation. Cette menace, quelque terrible qu'elle fût, ne paraissait pas épouvanter cette demoiselle , soit qu'elle ne crût pas à son effet , soit qu'elle n'en connût pas toute la gravité. On lui fit connaître l'affreux danger qu'elle courait; alors elle avoua qu'elle était sans ressource et sans moyens d'exister autre part (elle partageait la table de l'état-major) , n'ayant ni parent ni ami, hors du théâtre de la guerre, qui pût lui offrir un asile, si ce n'était son frère, officier dans une compagnie de canonniers volontaires, en garnison à Confolens, petite ville du département de la Charente. L'adjudant-général Aubertin lui offrit, tant de sa part que de celle de ses camarades, une somme de cent écus et un passe-port signé de l'étatmajor, pour aller rejoindre ce frère, sous la protection d'une escorte jusqu'aux Sables-d'Olonne, si cela était nécessaire. Cette offre fut acceptée , et le voyage effectué sans malencontre (*). Le chirurgien, voyant que sa cousine lui échappait, fit tomber tout le poids de sa

(*) Si M"' Plantier, qui s'est mariée plus tard, vil encore , elle ne doit point avoir oublié ce service important.

vengeance sur l'ancienne hôtesse de l'état-major, qu'il croyait complice de l'évasion de sa parente. Il dénonça cette dame et ses deux filles à Carrier, qui donna l'ordre de leur arrestation et de leur translation dans les prisons de Nantes. La mère périt sur l'échafaud révolutionnaire; mais les filles furent assez heureuses pour éviter une semblable destinée.

Le pain que l'on distribuait aux troupes du général Haxo était détestable ; mais le soldat prenait patience, espérant qu'on s'occuperait de lui en faire distribuer d'une meilleure qualité. Toutefois, trompé dans son attente, il ne tarda pas a murmurer , et , dans son mécontentement, il se serait peut-être porté à quelques excès, s'il n'avait acquis la conviction que les officiers et les chefs supérieurs ne recevaient pas de rations d'une meilleure qualité.

On a vu précédemment que le maire du village de Paux était boulanger, et qu'il avait fourni gratuitement huit cents livres de pain à la colonne d'Aubertin, le 2 5 novembre de l'année précédente. Ce brave homme, sachant la pénurie où se trouvait la division républicaine, vint, à plusieurs reprises, apporter (pendant la nuit) une certaine quantité de pain blanc à l'état-major ; il faisait près de deux lieues à cet effet, à travers champs, courant les ris-

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qiies d'être tué par les patrouilles de l'un ou de l'autre parti. Père d'une nombreuse famille, il était inquiété et menacé par ses compatriotes, pour avoir refusé de marcher contre les bleus. Il n'osait point passer la nuit dans sa maison, dans la crainte que son propre frère , royaliste zélé, ne le fit enlever par quelques fanatiques du parti. D'un autre côté, refusant de servir les républicains, comme agent secret ou espion, c'était un véritable neutre. Les généraux et les officiers supérieurs, loin de lui en savoir mauvais gré, le regardaient comme un parfait honnête homme, et , à sa considération, protégeaient la commune dont il était maire.

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