‹ MémoiresChapitre 7 sur 80 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Mesures terribles de la Convention contre la Vendée , éludées par la division Haxo. — Poursuite de Charette. — Affaire de Touvois. — Mort du général Haxo. — Son éloge. — Une religieuse trouvée dans les bois. — Aventure de deux enfans, frère et sœur. — Seconde religieuse. — La Vendéenne. — Beau trait d'un caporal.

Vers la fin de janvier, les représentans du peuple , en mission auprès de l'armée de l'Ouest, enjoignirent impérativement aux généraux de poursuivre Charette sans relâche , et fixèrent même l'époque où il devait être pris, en exécution de la loi de la Convention nationale , qui déclarait que la guerre serait incessamment terminée. Cette injonction fut bientôt suivie d'un autre ordre qui prescrivait de faire un désert du pays vendéen , en saccageant et brûlant tous les bourgs , villages et habitations isolées, à l'exception des lieux réputés postes militaires^ dont la désignation était faite.

L'auteur de ces Mémoires affirme, à ce sujet,^ que la division Haxo, suivant en cela l'impulsion de son digne chef, éluda constamment

l'exécution d'une mesure aussi odieuse. Machccoul et tout son arrondissement n'étaient point compris dans l'exception ; et pourtant cette partie du sol vendéen resta intacte. Le manoir même de la Conterie , appartenant à Charette qui en portait le nom, fut épargné. Il n'était pas tellement éloigné et couvert, qu'on ne pût l'apercevoir à gauche de la route de Machecoul à Challans, entre deux petites collines , avant d'arriver à la Garnache. Il fut souvent fouillé par des patrouilles; maislegénéralHaxo et ses officiers éludèrent constamment l'ordre de l'incendier. Dans les fréquentes tournées que firent les représentans du peuple, ils demandaient toujours si les mesures prescrites recevaient leur exécution, et on leur répondait affirmativement. A Machecoul , ils voulaient qu'on ne conservât que la moitié de la ville. Le député Bo , qui insistait fortement sur cette destruction, eut, avec l'adjudant-général Aubertin , une discussion très vive , à la suite de laquelle ce dernier obtint un sursis, qui, dans son opinion, équivalait à un acte conservatoire. Le même officier réussit également à préserver plusieurs villages de leur ruine totale (*).

(*) Il a entre les mains les preuves les pins authentiques de celte conduite honorable.

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Le 6 février, il arriva de Nantes à Machecoul, un représentant du peuple qui ordonna, de rechef, au général Haxo de terminer la guerre de la Vendée dans le plus bref délai. 11 lui offrit le grade de général en chef de l'armée; et, à l'adjudant-général Aubertin , celui de général de brigade, s'ils pouvaient promettre, l'un et l'autre, de réussir. Mais la prise de Charette, qui eût, peut-être, terminé la guerre dans la partie du pays, appelée le Marais, n'était pas, à cette époque , une affaire facile ; aussi , Haxo et Aubertin, trop prudens pour oser assumer la responsabilité d'une promesse si ridiculement exigée , ne répondirent -ils aux offres du conventionnel , que par des protestations de zèle et de dévouement ( il y allait de la vie pour eux, s'ils eussent tenu un autre langage ) , s'engageant seulement à ne prendre aucun repos qu'ils n'eussent atteint le but proposé.

Deux colonnes dirigées par Haxo et Aubertiu, en personne, se mirent en marche pour parcourir et fouiller les campagnes du département de la Loire-Inférieure, au nord et à l'ouest de celui de la Vendée. Le temps était affreux et les chemins impraticables, tous les villages ruinés et déserts. Les habitans avaient fui dans la profondeur des bois , où ils s étaient barraqués. Après cette excursion fatigante, et inutile,

qui dura huit à neuf jours, les colonnes rentrèrent flans Machecoul. A cette époque , une grande partie de l'armée de l'Ouest se trouvait sur la rive droite de la Loire, à la poursuite des débris de la grande' armée royaliste, entièrement dispersée après la déroute de Savenay.

Bientôt les troupes du général Haxo se remirent en mouvement pour explorer la Vendée proprement dite , ou plutôt le terrain ordinaire des opérations de Charette ; mais ce chef, par son extrême activité et la grande connaissance qu'il avait du pays, évitait la rencontre des colonnes : ou bien, profitant de l'imprévoyance de quelques commandans de troupes , autres que celles de la division Haxo , il les combattait souvent avec succès.

Les deux colonnes mobiles du général Haxo étaient à peu près d'égale force; elles présentaient ensemble un effectif de deux mille combattans. Lorsqu'elles s'éloignaient de Machecoul, le général Haxo laissait dans cette ville un poste de quatre cents hommes pour protéger les administrations civiles et les établissemens militaires qui s'y trouvaient placés. Ce détachement était suffisant parce que les colonnes en mouvement et les autres postes environnans , tels que Bourgneuf, Bouin, Beauvoir, Ghallans ,

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Légé, couvraient le quartier-général qui ne pouvait être sérieusement inquiété.

Haxo et Aubertin s'étaient concertés pour l'ensemble de leurs mouvemens. Ils avaient réciproquement l'itinéraire qu'ils devaient suivre, le nom ou la désignation des bivouacs que leurs troupes occuperaient, afin de communiquer avec plus de facilité.

Les deux colonnes avaient quitté Machecoul, à un jour l'une de l'autre. Celle d'Aubertin, mise la dernière en mouvement, le 12 mars, venait de marcher pendant six jours , sans avoir eu de nouvelle de la première , lorsque, le 18 , cet adjudant-général, reçut, par deux ordonnances du général Haxo, l'ordre de se porter sur Touvois, et d'y arriver le lendemain à la pointe du jour.

La colonne se trouvait alors entre la Benatte et la Chottière, en avant du Val-de-Morière ; et elle visitait , suivant ses instructions, toutes les maisons et métairies des environs, abandonnées par les habitans. Elle marcha pendant la nuit du iS au 19, sur Touvois, où elle arriva un peu avant le lever de l'aurore. L'avant-garde, qui ne précédait la colonne que de trois à quatre cents pas , fut accueillie par une fusillade assez vive, partant d'un poste placé à la première maison du village. La colonne ayant doublé le pas ,

en entendant ce feu, les Vendéens prirent la fuite ; un groupe fut atteint dans le village , et le reste poursuivi jusqu'au bois qui n'en est éloigné que d'une petite demi-lieue.

Ainsi que le général Haxo l'avait prévu et mandé à Aubertin, Gharette avait couché dans Touvois ; mais averti à temps du mouvement des républicains, son départ avait précédé de peu d'instans l'arrivée de la colonne. Afin d'assurer sa retraite et celle d'une soixantaine de voitures qui le suivaient, il laissa environ le tiers de ses forces dans le village, avec ordre de se retirer sur la forêt , jugeant bien qu'elles y seraient poursuivies, et qu'en occupant ainsi ses adversaires par une tiraillerie peu dangereuse pour ses gens, il favoriserait la retraite de son convoi et du gros de sa troupe , du côté opposé. Cette manœuvre réussit, en effet, à le soustraire à l'active recherche des troupes républicaines. Il fut en outre servi à souhait par l'obscurité et une brume épaisse qui s'éleva à la pointe du jour. Si le temps eût été serein , on eût pu apercevoir la queue de son convoi, et alors on se serait dirigé de ce côté. Il était naturel d'ailleurs de supposer que le chef vendéen avait pris la direction du bois , pour y attendre son arrière-garde.

La colonne d'ilubertin avait paru seule de-

vant Touvois. Maître du village, cet adjudantgénéral y prit poste en attendant des nouvelles du général Haxo , sur lequel il n'était pas sans inquiétude. Dans l'après-midi deux cavaliers nantais, de l'escorte du général Haxo, joignirent la colonne, et donnèrent les détails suivans : Ce matin même , le général Haxo , en marche avec sa troupe sur Touvois, avait remarqué, en traversant la bruyère de Grande- Lande, à l'embranchement de quatre chemins , des empreintes de pas d'hommes et de chevaux , ainsi qiu^ des traces de voitures , qui indiquaient le passage , tout récent d'une colonne ennemie. Présumant que ce pouvait être celle dont il avait combiné l'attaque à Touvois , il voulut s'en assurer : à cet effet il se détacha de sa colonne, avec ses officiers d'état-major etsoa escorte pour gravir une petite hauteur, du sommet de laquelle il découvrit en effet une colonne assez profonde de cavalerie et d'infanterie, escortant un certain nombre de voitures. Le général républicain se trouvait à ce moment beaucoup plu« rapproché de cette colonne ennemie que de la sienne , dont la marche était ralentie par le mauvais état du chemin qu'elle suivait. Haxo, entraîné par une ardeur inconsidérée, descendit , avec sa suite , de la hauteur , et s'approcha si près des cavaliers vendéens , qu'il y eut quel-

ques coups de pistolets échanges de part et d'autre. La colonne royaliste marchait, l'infanterie en tête au nombre de cinq à six cents hommes, les voitures ensuite, et une compagnie de soixante cavaliers à l'arrière-garde. Arrivé au village de Clouseaux , Charette plaça ses fantassins dans le cimetière de l'église , située sur une petite éminence , et les fit mettre ventre à terre, tandis que les voitures et la cavalerie filaient à droite et à gauche sur les deux chemins qui tournent au pied de l'enceinte du cimetière. Le général Haxo et son escorte avaient suivi la colonne jusqu'à cet endroit ; tout à coup l'infanterie vendéenne se lève et fait , sur ce faible groupe , un feu de peloton bien nourri. Surprise de cette fusillade inattendue , l'escorte d'Haxo tourne bride à l'instant pour rejoindre au galop la tète de la colonne républicaine, et ce n'est que, lorsqu'elle se croit hors d'atteinte, qu'elle voit avec douleur que son général n'est pas avec elle.

Tel fut le triste récit des deux cavaliers nantais, et ce sont les seuls détails véridiques que l'on ait jamais eus sur la fin du général Haxo. Toutes les versions qu'on a pu faire dans un grand nombre de relations précédentes, sont controuvées. On doit s'en rapporter à celle-ci et à quelques rapports royalistes. Ces derniers ont

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fait connaître que le digne général se trouvant un peu en arrière de son escorte , fut renversé d'un coup de feu, comme il cherchait à franchir un fossé, et tué, presque aussitôt par un cavalier vendéen , auquel il ne voulut pas rendre ses armes (*).

Les officiers qui accompagnaient le général Haxo, entre autres son neveu et l'adjudant-général Sainte-Suzanne , donnèrent , le lendemain , la confirmation de ces détails, à l'adjudant-général Aubertin.

Les deux partis , royaliste et républicain , aujourd'hui réunis , doivent un tribut d'éloges à la mémoire du général Haxo : les royalistes , parce qu'il chercha toujours à leur épargner, autant qu'il était en son pouvoir, les maux dont le gouvernement d'alors les accablait , en éludant les ordres qui lui prescrivaient le massacre et l'incendie ; et les français du parti républicain , pour les principes d'humanité que ce brave gé-

(*) Les auteurs de l'ouvrage des Victoires et Conquêtes ^ etc. , ont adopté avec trop de confiance la version du sieur Alphonse de Beauchamp, qvii place l'action au village de Venautsault , tandis qu'elle s'est passée réellement au village de Clouseaux, qui n'est point un bourg , comme l'avance encore cet écrivain.

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néral professait , et les actes généreux dont il leur a donné l'exemple (*).

Il fut vivement regretté de tous ceux qui le connaissaient, et particulièrement des officiers qui avaient servi sous ses ordres. Bon, juste, indulgent avec ses inférieurs, loyal et franc avec ses égaux et ses amis , ferme avec les autorités supérieures : un zèle irréfléchi , un courage trop bouillant ont causé sa mort (**).

Après cette expédition , terminée par un événement si funeste , les deux colonnes retouraèrent à Machecoul.

Le 24, l'adjudant -général Aubertin reçut, du général en chef Turreau, dont le quartiergénéral était à Montaigu , l'ordre de mettre de nouveau la colonne en mouvement pour explorer la rive gauche de la Boulogne , et celle du lac de Grand-Lieu que cette rivière traverse avant de se jeter dans la Loire, au-dessous de Nantes. Cette course, sans résultat, dura cinq

(*) Le général Haxo citait souvent ces vers philanthopiques du chantre de la Pharsalc :

unica teili

Prœmia civilis , victis donare salutern. LrcAiv.

(**) Il portait, ce jour-là, un sabre que lui avait prêté l'auteur de ces Mémoires, et sur lequel étaient gravés les mots : Vive le roi I très apparens, en lettres dorées. Les Vendéens durent être étonnés de trouver une pareillle devise sur l'arme d'un générai lîe !a république.

à six jour*, au bout desquels Auberlin sollicita et obtint la permission de rester quelque temps à Nantes, pour y rétablir sa santé, altérée par les fatigues de la campagne.

Avant l'expiration de ce congé, Aubertin, bien que, à peu près, dans le même étal de souffrance , s'empressa d'obéir à l'invitation du général en chef qui l'appelait à Montaigu, où son activité redevenait nécessaire.

Charette se dérobait toujours aux recherches des troupes républicaines ; jamais ce chef n'avait déployé plus d'activité dans ses mouvemens ; et il tenait dans un éveil continuel tous les postes et détachemens isolés. Souvent même il les surprenait avec avantage.

Aubertin, ayant repris le commandement de sa colonne , parcourut une partie du pays qui avoisine Montaigu , en même temps que plusieurs autres colonnes , parties du même point, marchaient dans des directions différentes. Au conniiencemcnt de cette course, qui dura une quinzaine de jours, des soldats découvrirent une religieuse cachée dans les bois de Vieille- Vigne, succombant de besoin, et dans le plus déplorable équipage ; Auberlin la fit conduire au quartier-général.

C'était à des rencontres de cette nature que devait se borner l'expédition de cet officier su-

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périeur ; car les troupes vendéennes ne se montraient nulle part. Charette renonçant , momentanément, à la levée des masses, avait divisé sa colonne permanente en plusieurs partis isolés , afin d'échapper plus facilement aux recherches qu'on faisait de lui.

Sur le chemin qui passe devant le Val-dc- Morière, la colonne républicaine trouva deux enfans , frère et sœur, dont le plus âgé, n'avait pas plus de trois ans ; ils étaient vêtus proprement et annonçaient une condition au-dessus de celle des simples paysans. Aubertin , qui était alors accompagné de l'adjudant-général Sainte- Suzanne, attendri à la vue de ces deux jolies et innocentes créatures, les adopta sur le champ ; mais son camarade voulut se charger du garçon. Au retour de la colonne à Machecoul, ces deux enfans furent mis dans une pension et fournis de tous les effets qui leur étaient nécessaires , aux frais de leurs prolecteurs.

Quinze jours après cet événement, un paysan vint trouver l'adjudant-général Aubertin et lui remit une lettre, par laquelle on le priait de confier, en toute sécurité, les deux enfans au porteur ; on remerciait cet officier de son obligeance, et on le suppliait, dans les termes les plus pressans, de n'ordonner aucunes recherches pour découvrir à qui ils appartenaient;

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enfin, de ne pas faire suivre le messager qui était chargé de les remener. La demande était si juste, et si convenablement exprimée qu'Aubertin n'hésita point à y faire droit sans restriction.

Dans la même course , l'avant-garde arrêta une autre religieuse qui , l'ayant apperçue la première sur la route, cherchait à l'éviter. Conduite à l'adjudant -général , celui-ci s'empressa de lui donner son manteau pour se couvrir, autant parce qu'il faisait froid et qu'elle n'avait que des vêtemens légers , que pour la soustraire aux regards et aux propos déplacés de la troupe. Elle prit place dans la voiture d'une vivandière, qui suivait la colonne.

Arrivé le soir près d'un village ruiné et désert, où la troupe devait bivouaquer, Aubertin fit venir cette religieuse près de lui, la fit manger à sa table , et lui assigna un endroit pour passer la nuit en toute sûreté. Elle raconta à son protecteur, qu'elle appartenait au couvent du Val-de-Morière ; que le monastère ayant été dévasté et brûlé , elle s'était cachée pendant quelque temps; et qu'elle allaita Nantes, quand on l'avait rencontrée, pour se retirer ensuite dans un village voisin de cette ville; où elle avait reçu le jour. Elle paraissait âgée de trente à trentecinq ans. Son emploi dans le couvent était la direction de l'apothicairerie et de l'infirmerie.

Un transport de malades devait précisément partir le lendemain pour Nantes. Il fut convenu que la bonne religieuse , ayant troqué ses vétemens contre quelques bardes de la vivandière, suivrait ce convoi, bien recommandée au chef de l'escorte, et qu'elle pourrait ensuite aller où bon lui semblerait, dès qu'elle serait arrivée à Nantes.

Trois mois après cette aventure, l'adjudantgénéral Aubertin , en passant dans une des rues de la ville que nous venons de nommer, se sentit tirer doucement par son habit. Il se retourne et voit une espèce de servante , ou femme du commun , qui le regarde avec beaucoup d'attention , et lui demande si il la reconnaît. Aubertin fixe à son tour celle qui l'interroge , et reconnaît en effet la religieuse à qui il a sauvé la vie. Celle-ci lui dit alors qu'elle devait partir le lendemain pour Angers , munie d'un passeport qu'elle venait d'obtenir de l'administtation civile, sur le témoignage de personnes non suspectes; mais qu'elle desirait bien, avant d'entreprendre ce voyage, retourner auVal-de- Morière, où elle avait caché de l'argenterie et de l'argent jnonnoyé. Aubertin l'engagea fortement à remettre cette visite à un autre temps , en lui représentant tout le danger qu'elle aurait à courir dans l'exécution d'un pareil dessein. Il reçut ses adieux avec les protestations le&

plus vives d'une reconnaissance éternelle, et la promesse de prier tous les jours l'Être suprême pourlaconservationdesjoursdeson bienfaiteur.

Dans une marche subséquente, une patrouille ramena à l'adjudant-général une jeune et belle fille , parée ainsi que le sont les riches paysannes un jour de fête. Aubertin la mit sous la sauve-garde de la vivandière , qui était , en quelque sorte, la providence des prisonniers de son sexe. Le chirurgien-major de l'un des bataillons qui composaient la colonne, vit la belle Vendéenne et en devint passionnément amoureux. Il était jeune , beau , bien fait, instruit , et avait des manières agréables. Pendant les quinze heures que cette fille resta avec les républicains, notre chirurgien eut pour elle les égards les plus grands, les attentions les plus délicates ; et l'on s'aperçut bientôt qu'il avait fait de grands progrès dans son cœur.

La colonne faisait une halte assez prolongée, pour attendre le retour d'un détachement envoyé en reconnaissance. Dans cet intervalle , la Vendéenne confie à son nouvel amant qu'elle éprouve le plus vif désir d'aller visiter sa famille, dont l'habitation ne se trouve qu'à une petite distance du bivouac, et elle le prie de l'accompagner. Le jeune homme y consent sans défiance; ils s'esquivent et n'ont plus re

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paru. Toutes les recherches , pour connaître le sort de l'nn et de l'autre, furent infructueuses. Le bruit a couru que le chirurgien avait été impitoyablement massacré par la famille de la sirène vendéenne. Celle-ci a-t-elle été complice du crime? a-t-elle fait d inutiles efforts pour l'empècherPle jeune homme a-t-ilmémeété assassiné?. ... c'est ce qu'on n'a jamais pu savoir. Quoi qu'il en soit, on peut avancer, avec certitude, que les actes de cruauté exercés dans cette guerre , par le parti vendéen, surpassent ceux commis par le parti républicain (nous n'entendons parler ici que des troupes). Les deux partis avaient cela de commun, qu'ils mettaient à mort leurs prisonniers ; mais les soldats républicains ne faisaient usage que de leurs armes pour ces exécutions, qu'on leur commandait légalement, si l'on peut toutefois employer cette expression ; tandis que les Vendéens torturaient souvent leurs prisonniers de la manière la plus affreuse. Pour des hommes que leur profession habitue à braver la mort sur le champ de bataille, le supplice de la fusillade n'est rien ; mais une souffrance prolongée , les terribles angoisses d'une longue et cruelle agonie , voilà ce que chaque soldat de l'armée républicaine avait à redouter. Combien d'officiers , de chefs , de généraux même . se

sont donnés la mort volontairement, plutôt que de tomber entre les mains des Vendéens. Presque tous avaient un pistolet destiné à cette fin ; ils le portaient constamment sur eux , et se tenaient prêts à en faire usage.

On a beaucoup calomnié les troupes républicaines ; on a exagéré les excès qu'elles ont commis. Nous ne voulons pas atténuer ces excès ; ils ont été nombreux et bien condamnables. Mais le soldat n'a-t-il pas été excité et entraîné par l'exemple de ses adversaires , et quelquefois même à l'instigation ou par les ordres de quelques chefs de la plus profonde immoralité? Et d'ailleurs, quelles sont les guerres civiles où la haine , le ressentiment et la vengeance se laissent imposer un frein? Sans parler des autres peuples, tant anciens que modernes, qu'on ouvre l'Histoire de France , qu'on y lise les détails des massacres qui ont eu lieu sous Charles VI, entre les factions de Bourgogne et d'Armagnac; et plus tard , les cruautés de tous genres, exercées par les deux partis catholique et protestant, l'un envers l'autre. L'homme est le même dans tous les temps ; qu'on l'agite , qu'on l'irrite , qu'on excite ses passions ; les mêmes fureurs , les mêmes excès se reproduiront.

Qu'on cesse donc de s'étonner du caractère que prit et que dut prendre la guerre de la Ven-

dée. Elle fut ce qu'elle devait être nécessairement dans une tourmente révolutionnaire , dans un conflit acharné, sanguinaire, atroce.

Un dernier fait épisodiquc, bien honorable pour l'homme qui en est le héros , terminera ce chapitre.

Un caporal du 3' bataillon des Vosges, avait été recommandé par le général Haxo , son parent, à l'adjudant-général Aubertin , et celui-ci l'avait gardé auprès de lui comme secrétaire. Ce jeune homme, dans une des courses, dont nous venons de parler, trouva un enfant, encore au berceau , abandonné sur la route; il le prit, le plaça sur son sac , et le porta ainsi sur son sac pendant plus de huit jours d'une marche pénible et forcée. Arrivé en lieu sûr, il le mit en pension , le recommanda vivement et paya d'avance six mois d'entretien. Cette action transmise au gouvernement, valut à son auteur, le grade de sous -lieutenant. Achille Dérivaux, (c'est le nom de cet officier) , aussi remarquable pour sa bravoure et son mérite militaire que par ses qualités morales obtint par la suite un avancement dont il était digne (*).

(*) Officier de la Légiou-d'Honueur, nommé adjudantcommandant en 18 15; chevalier de Saint-Louis en 181 f^, Achille Dérivaux est maintenant (j8a5) colonel du i^^régiment de dragons ( du Calvados).

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