CHAPITRE VI
Réunion de Charette et de StofBet. — Affaire de Challans. — Le général D*** et sa suite. — Expédition du marais de Challans. — Description de ce marais. — Colonnes infernales. — Conseil de guerre. — ^Nouveau plan. — Affaire de Légé.
L'adjudam-général Aubertin était rentré avec ses troupes, dans Machecoiil , le 18 avril. Il fut informé par les administrateurs du district que Charette venait de donner des ordres pour un grand rassemblement; et que Stofïlet qui commandait l'armée royale de l'Anjou , devait se réunir à ce chef pour opérer ensemble sur la rive gauche de la Loire, et attaquer principalement Machecoul ou Challans, postes éloignés l'un de l'autre, d'environ trois lieues, mais offrant une communication facile.
Ces renseignemens ayant été donnés à l'étatmajor général, Aubertin reçut l'ordre de couvrir Machecoul et d'éclairer le mouvement des colonnes ennemies. Le général Dutruy qui commandait , comme on l'a vu , aux Sables-d'Olonne,
dut faire des dispositions pour la défense de Challans. Ces deux postes n'avaient rien à craindre d'un coup de main ; et on était convenu de diriger de prompts renforts sur celui qui serait attaqué le premier. Toutes les mesures étaient prises pour bien recevoir l'ennemi ; mais au lieu d'attendre son agression, il eut été plus expédient de la prévenir, surtout avec des troupes comme celles dont on disposait , bien meilleures pour l'attaque que pour la défense. D'après le nouveau plan, les opérations des républicains cessent d'être offensives , le moral des troupes n'était plus le même; et la confiance des royalistes devait s'en accroître. La mort du général Haxo était une perte bien fâcheuse dans la circonstance présente; on manquait de chefs qui eussent son expérience , sa vigueur pour assurer le succès des armes; et ses généreuses qualités pour gagner les esprits.
L'adjudant -général Aubertin venait , ainsi qu'on l'a vu, de parcourir récemment une grande partie de la contrée où s'effectuait le rassemblement ordonné par Charette , et il n'en avait aperçu aucun indice. A la vérité , il n'avait pii étendre son exploration dans la profondeur des bois et forêts qui, par leur nature sont à Tabri d'une recherche passagère. Dans une de ses marches , il avait bien remarqué la belle position
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de Freligné , en Touvois , où la colonne avait bivouaqué. Les troupes, en occupant cette position , pouvaient empêcher ou favoriser les récoltes , couvrir Machecoul et Challans , intercepter plusieurs communications, surveiller les hautes bruyères et les bois de Grande-Lande et Touvois : enfin ce point parut tellement important à Aubertin , qu'il crut devoir proposer au général en chef Turreau , d'y établir un camp de deux mille hommes. Turreau ayant quitté l'armée peu de temps après, le général Vimeux, son successeur, auquel il remit ce projet, y fit peu d'attention. Toutefois, sur de nouvelles instances d'Aubertin , et quand une triste expérience eut démontré la nécessité de cet établissement, l'état-major général se décida à l'ordonner , ainsi qu'on le lira en son lieu.
Dans les derniers jours d'avril , Stofilet fit sa jonction avec Charette. Le 3o, ces deux chefs se présentèrent par deux directions opposées , devant Challans. Le général Dutruy se trouvait dans cette petite ville avec des troupes suffisantes pour soutenir cette attaque. L'action fut vive et soutenue de part et d'autre avec courage. A la fin Stofilet , voyant l'inutilité de ses efforts , se retira le premier ; et Charette , dont une division , celle de Guérin , venait d'être culbutée par la cavalerie républicaine , prit
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la même détermination. On s'aperçut qu'il n'y avait , ni union , ni accord entre ces chefs. Le premier rétrograda précipitamment vers l'Anjou , et le second fît sa retraite dans la direction du village de Saint -Christophe de Ligneron.
On avait été prévenu, à Machecoul , de l'attaque combinée des deux chefs royalistes sur Challans. Le général qui commandait les troupes de la division Haxo, détacha, sur-le-champ, une grande partie d'un régiment de cavalerie , récemment arrivé dans la ville, sous la conduite de l'adjudant - général Sainte - Suzanne. Lorsque cette troupe approcha de Challans , la retraite de Stofflet était déjà commencée, et Charette se disposait à faire la sienne. L'adjudant-général Sainte-Suzanne poursuivit quelque temps la colonne de Stofflet , et revint à Machecoul.
L'auteur de ces Mémoires croit devoir donner ici quelques détails sur le général D*** , que le courage des troupes sous ses ordres a signalé quelquefois plus honorablement.
Né à Genève , ce général avait servi , dit-on , dans les troupes suisses à la solde de la France , jusqu'à l'époque de leur licenciement. On ignore comment , sous un gouvernement aussi ombrageux que celui de la république , il avait pu obtenir de l'emploi, et surtout parvenir au grade élevé qu'il occupait. Quoi qu'il en soit,
c'était un homme assez original, facétieux, faisant facilement des vers burlesques , imitant avec beaucoup de vérité, tous les cris de Paris, répétant les propos poissards et toutes les locutions ignobles et bizarres du peuple de cette capitale : enfin , un nouveau Vadé. Il connaissait tous les tours de passe-passe, les ruses, les espiègleries des plus bas aventuriers et des escrocs. Avec de pareils talents on peut amuser, sans doute, et divertir des badauds; mais on n'acquiert pas la confiance des troupes qui attendent plus de gravité, et une toute autre instruction des chefs qui les commandent. Il professait d'ailleurs les principes les plus exagérés en politique. Il se proclamait, lui-même, un jacobin par excellence; et ce titre seul faisait tenir sur leur garde, beaucoup d'officiers qui ne partageaient pas ses sentimens , surtout ceux de l'état major de la division Haxo.
Il avait à sa suite , en qualité d'aides-de-camp ou d'officiers d'ordonnance , trois ou quatre mauvais sujets, ramassés sur le pavé de Paris. L'opinion la plus favorable que l'on pût avoir d'eux, était de les soupçonner d'espionnage; et l'on allait jusqu'à les accuser d'escroquerie et de quelque chose de pis. Il est vrai de dire que D*** les traitait comme des valets, et semblait partager le mépris qu'on avait généralement
pour eux. L'vin de ces hommes faisait des voyages continuels à Nantes, où il avait ime mission inconnue ; ou n'osait trop se plaindre de ses escroqueries journalières dans les lieux publics et chez les marchands ; un autre restait habituellement aux Sables-d'Olonne et se comportait de même ; un troisième , sous différens prétextes, faisait de fréquentes visites au quartier-général de la division Haxo.
Le général D*** , lui-même , venait souvent passer quelques jours dans ce quartier-général, sans que rien motivât son absence de sa division. Il faisait, à tous les officiers d'état major, les protestations les plus exagérées d'amitié et de dévouement, et on les lui rendait du même ton hyperbolique. C'est dans ces communications familières et prétendues amicales, qu'Aubertin et ses camarades purent le connaître et l'apprécier. Il aimait le jeu à la fureur; on joua tous les jeux connus dans les tripots. Il fit des dupes, mais on ferma les yeux sur ses escroqueries ; et sans rompre ouvertement avec lui , on vécut seulement avec plus de réserve.
Voici, de lui, un trait d'impudence et dr jonglerie assez piqtiant. Un jour, en présence de l'auteur de ces Mémoires , il se fait apporter tout à coup encre , plumes et papier, pour ne pas perdre, disait-il, les idées qui lui venaient
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à l'instant, 11 écrit , écrit , écrit , puis il donne lecture de cet œuvre d'inspiration. C'était le rapport emphatique, adressé à la Convention, d'un prétendu avantage, remporté par lui sur une division vendéenne, à laquelle il aurait tué trois cents hommes. Chacun de se regarder et de sourire : lui-même se met à rire aux éclats, et ajoute : « Voilà , mes amis , comme il faut amuser (l'expression était plus énergique ) ces
b là » , Il parlait des conventionnels.
Il avait épousé aux Sables-d'Olonne , une jeune créole qui habitait cette ville avec sa mère et sa sœur. En faisant part de ce mariage au général Haxo et à son état-major, il ajouta en post-scriptmn , qu'une sœur à lui, allait venir de Paris pour le voir ; et qu'alors , il profiterait du premier moment de loisir, que lui laisseraient ses occupations , pour présenter ces trois citoyennes (sa femme , sa belle-sœur et sa sœur) à ses amis de Machecoul ; en effet , il amena ces dames, quelque temps après, au quartier-général. Sa femme était jeune , jolie et gracieuse; la sœur, à part la couleur de sa peau qui était d'un blanc mat , offrait tous les traits d'une négresse. Voulant s'en débarrasser, il la proposa à un capitaine du 109^ régiment, nommé de B***, en lui promettant de l'avancement. De B*** , appartenant à une noble et an-
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cienne famille de Picardie, était un homme doux et honnête, mais d'une simplicité et d'une crédulité extrêmes. Il eut la bonhomie de croire aux promesses de D*** ; le mariage se fit, et de B*** se trouva chargé de la créature la plus laide, la plus vile et la plus infâme du monde. Elle afficha bientôt , dans Machecoul , la conduite déréglée qu'elle avait menée étant fille.
Le pauvre mari, d'ailleurs plein d'honneur et de délicatesse , était inconsolable de la sottise qu'il avait faite ; il n'y vit d'autre remède que le divorce; il alla le demander aux tribunaux de Nantes, et l'obtint.
Quant à la propre sœur du général D*** , c'était une femme d'une quarantaine d'années , d'une stature colossale, avec des traits grossiers, des manières masculines ; enfin, une véritable virago. Elle affectait un air contraint et mystérieux. Son frère disait en confidence qu'elle jouissait du plus grand crédit à Paris; qu'elle était membre de la société des jacobins , et qu'elle avait une mission secrète de leur comité directeur y pour visiter plusieurs départemens. Sans vérifier ces révélations , le général Haxo et son état-major se tenaient dans une grande réserve vis-à-vis de cette agente.
Nous n'ajouterons plus qu'un seul trait à ces
détails , que nous n'eussions peut-être pas fait connaître , s'ils ne devaient servir au grand tableau des mœurs de cette époque de notre histoire. L'adjudaut-général Aubertin avait reçu l'ordre de venir avec sa colonne , prendre position sur la droite du marais de Challans , aux environs du village de Saint-Gervais. Ayant été invité à dîner par un habitant du lieu , chez lequel logeait le général D*** , il y trouva ce dernier. Voulant se débarrasser de ses pistolets qu'il avait retirés des fontes de sa selle, Aubertin les déposa sur la cheminée du salon de réception. D*** et ses aides-de-camp se les passèrent de main en main , pour en admirer le travail qui était en effet très remarquable. Sur les entrefaites , on vint annoncer que le dîner était prêt ; tout le monde passa dansla salleàmanger. Au sortir de table, on rentra dans le salon, et Aubertin voulut reprendre ses pistolets sur la cheminée; mais ils étaient disparus , et il lui fut impossible de les recouvrer , quelque instance et quelques recherches qu'il fît à cet effet. Au sourire de plusieurs assistans , il dut conjecturer que l'auteur du larcin était au moins un des hommes de la suite du général.
Après la tentative infructueuse des royalistes sur Challans , l'adjudant-général Aubertin s'était rendu . avec la troupe sous ses ordres, à la
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position que l'on vient d'indiquer, pour coopérer à une expédition ordonnée par le gouvernement dans cette partie du pays vendéen. Avant d'entrer dans les détails de cette expédition , il convient de décrire le terrain sur lequel eurent lieu les opérations.
Le bourg de Challans est situé à la tête du marais de ce nom , du côté qui regarde la route de Nantes aux Sables-d'Olonne. Dans la partie opposée se trouve le village de Saint-Jean-de- Mont , situé non loin de la mer. Ces deux points sont distaûs , l'un de l'autre, de trois lieues environ ; le petit bourg ou village du Perrier est au centre de cette distance ; et sur les bords du marais , qui peut avoir sept lieues de circonférence, se trouvent plusieurs autres bourgs ou villages, tels que Salartaine, Saint - Gervais , Soullans, etc. dont les habitans n'avaient pas paru , jusque alors, prendre une part bien active à l'insurrection. Dans l'intérieur du marais, on remarque peu de villages ou hameaux , mais un grand nombre de petites habitations isolées , de chaumières; les propriétés y sont divisées en carrés à peu près réguliers, de l'étendue d'une journée de travail , et séparées par des fossés de neuf pieds de largeur sur sept à huit de profondeur. Les habitations sont construites sur un des quatre angles du carré, et très près du fossé ,
dont les bords sont élevés. C'est sur ces élévations qu'on cultive à la bêche les plantes céréales. Chaque carré a son écluse, et le milieu est un gras pâturage où l'on élève toute l'année cette grande quantité de bêtes à corne et de chevaux qui font la richesse du pays. Les chevaux sont grands et forts, mais moins estimés que ceux de Flandre, parce qu'ayant continuellement les pieds sur un terrain détrempé , ils ont la corne tendre et délicate.
Ainsi isolés , les habitans du marais communiquent entre eux , de deux manières : soit en franchissant les fossés de séparation avec leurs drûnples ou perches , hautes de dix à douze pieds, soit en les traversant sur des canots faits de troncs d'arbres du pays; rien n'égale leur adresse et leur célérité dans ces deux moyens de communication. Ils sont , pour la plupart , riches , surtout en numéraire , qu'ils se procuraient, à cette époque, en dépit des mesures révolutionnaires, par la vente de leurs bestiaux; et les bouchers de Paris eux-mêmes , malgré les dangers de la guerre et des circonstances , venaient s'approvisiooner régulièrement dans le pays.
Les femmes y étalent un grand luxe en dentelles. Les jours de dimanches et fêtes , elles en portent des parures qui valent jusqu'à mille
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écu8;et elles vont en visite les unes chez les autres, pour se montrer réciproquement leur toilette recherchée.
Avant l'invasion des troupes répubhcaincs dans le pays , le nombre des bêtes à cornes était évalué , année commune , de cinquante à soixante mille.
Les eaux des fossés sont fournies par la mer ; elles sont d'abord reçues dans un grand et large canal, dont l'entrée s'ouvre et se ferme au moyen d'une écluse construite sur le bord de la mer : à cette extrémité sont les marais salans.
Dans tous les temps , mais surtout en hiver , une grande quantité d'oiseaux aquatiques couvrent la surface des marais ; aussi , les habitans, tous pourvus d'armes à feu, particulièrement de celles appelées canardières, s'exercent-ils de bonne heure au tir; ils y sont très adroits (*).
Dans les derniers jours de janvier, les troupes républicaines avaient déjà fait une tentative pour pénétrer jusqu'au centre du marais ; et , malgré des obstacles multipliés et des pertes
(*) Les canardières ont depuis cinq jusqu'à huit pieds de longueur ; quelques-unes sont du calibre d'une demilivre de balles. Elles se tirent, le canon appuyé sur une fourche ficliée en terre, comme les anciennes arquebuses.
nombreuses, elles avaient réussi à s'établir au Perrier. Mais on ne tarda pas à reconnaître que, de toutes les positions à prendre dans le pays , c'était la plus mauvaise. La troupe était harcelée et canardée jour et nuit. Le général Boussard , qui commandait ce poste, et n'était pas sans quelque mérite militaire, y avait été blessé. D'autre part, la difficulté, dans cette saison, d'y faire arriver des subsistances , déterminèrent les généraux Haxo et Dutruy, dont les troupes avaient concouru à cette opération, à faire évacuer le Perrier, sauf à tenter, dans des circonstances opportunes , une nouvelle expédition dans le pays.
Au mois de mai suivant, cette seconde entreprise eut lieu, d'après les ordres pressans du comité de salut public. Il fut arrêté qu'on opérerait sur la droite, entre Salartaine et Saint- Gervais , avec un corps de trois mille hommes ; il en eût fallu, au moins, dix mille.
Les troupes républicaines s'approchèrent des marais en se déployant ; mais elles furent arrêtées, dès les premiers pas, par les fossés qui divisent les propriétés. On était bien pourvu de planches assez longues pour établir des ponts ; mais la quantité était insuffisante, et on perdait beaucoup de temps, dont les tirailleurs ennemis profitaient, à retirer ces planches pour
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les replacer sur d'autres points de passage. Il fallut occuper plusieurs fermes pour faciliter les opérations; c'est alors que les soldats essayèrent de faire usage des perches ou drimpics des vendéens, et ils réussirent à s'en servir avec presxjue autant d'adresse que ces derniers. Ils franchirent ainsi plus promptement les fossés , ayant leurs fusils en bandoulière. Ce ne fut pas toutefois sans perte , que l'on avança dans le pays.
Les habitans attendaient, d'un moment à l'autre, Charette, qui avait promis de venir à leur secours; il ne parut point, ne fit aucun mouvement et n'essaya pas même une diversion. L'adjudant -générai Aubertin avait été laissé, avec sa colonne, en dehors du marais, pour en éclairer les environs et combattre le chef royaliste , s'il se présentait.
La négligence de Charette , ou peut-être l'impuissance de ses moyens de secours, .occasionna la ruine entière de ce pays , d'une si grand ressource pour le parti royaliste. L'habitant du marais fut dépouillé de ses richesses territoriales et domestiques, et soumis à tous les genres de vexations.
Cette conquête fut peu profitable à la république. Les agens d'une certaine commission de subsistances, s'emparèrent d'une partie du bé-
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tail , et le vendirent clandestinement pour leur propre compte. Le surplus , fut envoyé dans les prairies situées sur les bords de la Loire, entre les ponts de Nantes , où il périt faute de pâture.
Le général Turreau , qui commandait , encore à cette époque , l'armée de l'Ouest , proposa à l'adjudant-général Aubcrtin, le commandement de Belle-Ile; mais cet officier, bien que dans un état de souffrance qui exigeait quelque repos, refusa ce poste. Le général Cambray y fut envoyé et s'y comporta bien ; il passait dans l'armée, pour être filleul de Robespierre; c'était, d'ailleurs, un bon officier.
Dans ce même temps , le même général Turreau , conçut un nouveau plan decampagne , dont il se promettait un grand succès. Il le proposa aux représentans du peuple , en mission à son armée , et ceux-ci l'approuvèrent. Ce plan consistait dans la formation de douze colonnes mobiles, dites infernales, destinées à parcourir tout le pays insurgé , sur la rive gauche de la Loire, pour y poursuivre et forcer Gharetle , de la prise duquel on espérait la fin de la guerre civile.
Cette expédition, suivant les instructions remises aux commandans des colonnes , ne devait durer que vingt-quatre heures ; chaque colonne
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avait ordre de se rendre sur un point indiqué, et de communiquer avec la voisine de droite et de gauche.
L'adjudant-général Aubcrtin , ayant avec lui son camarade Sainte-Suzanne , commandait une de ces douze colonnes. Il se rendit au lieu désigné, distant, de Machecoul, d'environ quatre lieues. Arrivé sur ce point , il poussa des reconnaissances en avant , sur la droite et sur la gauche, sans qu'aucun des trois détachemens ou patrouilles découvrît de parti républicain ni royaliste. A l'entrée de la nuit, une quatrième reconnaissance se porta sur une hauteur voisine, pour voir si quelques feux de bivouac ne se feraient pas remarquer au loin ; elle n'aperçut rien. Aubertin, d'après ses instructions, ne pouvait faire davantage.
Mécontent de l'inutilité de ses recherches , au lieu de rentrer le lendemain dans Machecoul, comme il en avait l'ordre, il prit, sur lui, de rester vingt-quatre heures de plus. Changeant de position, il parcourut et fouilla le terrain dans toutes les directions ; enfin , le troisième jour, après avoir fait un long circuit , la colonne revint, bien fatiguée , au point de départ.
Un représentant du peuple était arrivé, la veille, dans la même ville (Machecoul) , avec une forte escorte, pour recevoir les premières
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nouvelles de l'expédition, dont on attendait, à INantes , les plus heureux résultats. Ne voyant pas revenir la colonne d'Aubertin , au jour fixé , le conventionnel avait témoigné la plus vive impatience, et envoyé plusieurs courriers au-devant d'elle ; les premières paroles qu'il adressa à l'adjudant-général Aubertin, furent: « Où est Charette? »
Après avoir témoigné beaucoup de mécontentement, Bo (*) (c'était le nom de ce conventionnel ) , retourna à Nantes , où il apprit que Charette avait eu l'adresse de passer entre deux colonnes attachées à sa poursuite ,'dont l'une avait été maltraitée , et l'autre mise en déroute, à la suite d'un engagement qui .avait eu lieu. Telle fut l'issue de ce fameux plan, sur la réussite duquel son auteur, et les hommes qui l'avaient approuvé, avaient paru ne former aucun doute.
L'adjudant-général Aubertin reçut l'ordre de se rendre à Nantes, où Bo convoquait un conseil de généraux et d'officiers supérieurs, à
(*) J.-B. Bo était médecin. Nommé successivement par le département de l'Aveyron aux deux assemblées législative et conventionnelle, il fut chargé, par celte dernière, de plusieurs missions dans l'intérieur; et ce fut lui qui eut le comagc de faire arrêter, dès avant le 9 (herniidor, le fameux comité révolutionnaire de Nantes.
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l'effet de délibérer sur de nouvelles mesures à prendre , pour terminer cette guerre désastreuse. Un grand nombre des membres de ce conseil ne connaissaient guère que le pavé de Nantes. Le général Turreau n'y assistait pas , parce que , rejetant sur lui le non-succès de la dernière expédition, on songeait déjà à le remplacer. Un général Robert, chef de l'étatmajor général de l'armée , ne s'y trouvait pas non plus. On avait peu de confiance en ses moyens. C'était un ancien comédien du théâtre de mademoiselle Montansier, et de celui établi dans le quartier du Marais à Paris. Ce Robert ne voulant pas reprendre son premier état, consentit, plus tard, à descendre, du grade de général de division à celui d'adjudant-général, pour rester en activité de service. Aubertin ne rencontra d'ailleurs, aucun officier de sa connaissance dans cette assemblée; le général Dutruy, alors occupé dans les marais de Challans, n'avait pu venir à Nantes ; et l'adjudant-général Sainte-Suzanne , était resté à Machecoul.
Le conseil assemblé , Bo ouvrit la séance et dit : « Il s'agit, citoyens, de faire un plan de campagne; concertez- vous; voilà une table, des plumes , de l'encre, du papier; je vous laisse. » Et, en eflfet, il se retira après cette harangue laconique.
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Aubertin, dans cette réunion ridicule, dont tous les membres lui étaient supérieurs en grade, pensa que son rôle était de garder le silence. Il écoutait ses collègues qui , parlant tous à la fois, sans se comprendre, sans raisonner le moins du monde , ne s'arrêtaient à aucune idée. et ne savaient comment se tirer de la tâche qui leur était imposée. Cependant le conventionnel était dans la chambre voisine, attendant le résultat de la conférence, et s'impaticntant de la longueur de la discussion. Il serait impossible de retracer toutes les sottises et les absurdités que l'adjudant général Aubertin fut condamné à entendre. Presque tous les membres du conseil n'avaient d'ailleurs aucune connaissance, ni du terrain, ni des chemins, ni des distances, ni de la force des postes, d'où l'on pouvait tirer quelques secours, ni du nombre de l'ennemi, de ses moyens, de ses ressources, etc. ; renseignemens indispensables pour combiner les mouvemens, établir les communications, déterminer les correspondances ; ce qu'on avait malheureusement négligé de faire dans la récente expédition des douze colonnes.
On bavardait depuis long-temps, et aucune résolution n'était prise ; enfin , l'assemblée , fixant les yeux sur Aubertin , qui gardait toujours le silence respectueux d'un nouvel initié ,
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invita cet oflScier à communiquer les renseignemeus et les idées qu'il pouvait avoir sur l'objet de la délibération ; et même à se charger de la conception et de la rédaction du plan demandé.
Toute bizarre que fût une semblable proposition, l'invitation était trop pressante et trop positive pour qu'Aubertin osât se borner à donner les renseignemens qu'il possédait , et à faire part de son opinion , en refusant la responsabilité du plan dont on lui déférait la création. Il se rendit donc au vœu de l'assemblée , dont chacun des membres était enchanté de trouver un homme qui les sortît d'embarras par un travail quelconque , que l'on pût remettre au représentant du peuple. Le projet que rédigea l'auteur de ces mémoires fut approuvé dans toutes ses parties , et l'exécution en fut ordonnée.
On était alors à la fin de juin , tout présageait une belle récolte , et les Vendéens , rentrés chez eux , se préparaient à faire leurs moissons. Les troupes républicaines avaient deux objets à remplir : protéger les cultivateurs de leur parti , et harceler ceux du parti royaliste.
L'expédition , qui devait durer cinq jours , avait pour théâtre une contrée fertile et riche en grains. Le centre fut occupé par la colonne aux ordres d'Aubertin, sur laquelle s'appuyaient
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les aulrcs colonnes au nombre de sept. On se battit tous les jours avec les partis ennemis. Muscar , chef du 8^ bataillon du Bas-Rhin , officier d'une grande intelligence et d'une bravoure éprouvée , reçut , dans une de ces rencontres , un coup de feu qui le perça de part enpart (*).La Roberie, commandant d'un corps de cavalerie vendéenne , faisant partie des troupes de Charette, faillit à être pris, et son détachement fut entièrement dispersé.
Ce dernier événement fut le seul remarquable dans l'expédition dont il est question , et qui avait toujours pour but l'enlèvement ou la prise de Charette; il fut impossible de joindre ce rusé partisan.
(*) On a vu ce chef de bataillon , nommé quelques années après au commandement de la place d'Ostende , repousser avec succès un corps anglais qui venait de débarquer pour surprendre ce poste important. Muscar fil trois cents prisonniers en cette occasion. ( Voyez Victoires et Conquêtes ;, etc., tome viii, page 288. )
Il avait été fourrier dans le régiment de Vivarais. Son colonel le fit mettre au cachot comme révolutionnaire ; et, comme on le transférait à Thionville pour le soustraire à la protection déclarée des patriotes de Verdun , où son régiment était en garnison , il s'évada, et vint à Paris pour réclamer auprès de l'Assemblée nationale, qui le rendit à la liberté , et obtint pour lui , du pouvoir exécutif, le grade d'oificier.
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Les plaintes multipliées contre Turreau , relativement aux incendies et aux ravages des campagnes , jointes au mécontentement qu'avait la Convention, de ne pas voir terminer, au gré de son désir, la guerre de la Vendée, décidèrent le gouvernement révolutionnaire , non seulement à rappeler ce général en chef, mais encore à le faire arrêter. Prêt à paraître devant le tribunal terrible, instrument de la vengeance du parti dominateur, Turreau ne dut son salut qu'à la précaution qu'il avait prise de conserver les ordres qui lui avaient été transmis par Carrier, et qu'il n'avait fait exécuter, sans doute, qu'à regret et en gémissant. Après un séjour de quelques mois , dans les prisons de la capitale , il en sortit pleinement disculpé et justifié.
Nous répétons ici que, dans l'arrondissement de Machecoul , ces ordres incendiaires n'avaient pas reçu la moindre exécution. Les chefs trouvaient toujours quelques prétextes pour les éluder. Toutes les communes existantes, lors de la présence des troupes du général Haxo , sur cette partie du territoire vendéen , avaient été conservées , ainsi qu'un grand nombre d'habitations isolées, telles que le manoir de la Conterie , propriété de Charette , et dont il a été déjà question.
Le général de division , Vimeux, fut le suc-
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cesseur de Turreau dans le commandement de l'armée. On vit, avec surprise, une pareille nomination. Ce nouveau chef n'avait aucune espèce de réputation militaire. Ses services antérieurs se bornaient à un séjour de quinze ans dans la ville d'Amiens , où il était établi en qualité de recruteur du réeriment de Bassis^ny. Au bout de ces quinze années , il avait été nommé lieutenant porte-drapeau ; et la révolution , qui déplaçait tant d'individus, l'avait laissé dans cette position , jusqu'au renversement du trône. A cette époque , il obtint un avancement rapide. Le hasard le servit dans le poste éminent où l'on venait de le placer. Il trouva, dans le général Beaupuy, qu'on lui donna pour chef d'état-major , un homme de mérite et de bon conseil. Beaupuy avait été capitaine dans le même régiment où Yimeux était resté si longtemps sergent-recruteur.
A son retour de Nantes à Machecoul , quelque temps après l'expédition infructueuse dont nous avons parlé plus haut , Aubertin apprit que quinze mille hommes allaient être tirés de l'armée de l'Ouest, pour concourir à la formation d'une nouvelle armée sur la Moselle. Il vit avec douleur partir plusieurs de ses compagnons d'armes, au nombre desquels il regrettait plus particulièrement l'adjudant général Sainte-Su-
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zanne. Tous les postes de \a division dont faisait partie Aubertin , et que commandait alors le général Huchet, se trouvaient affaiblis par suite de ce grand détachement ; et on fut même obligé d'évacuer le point important de Légé. La situation des troupes était devenue critique. D'aillevirs nulle disposition à la paix, du côté des Vendéens ; le désir ne s'en manifestait que dans le parti républicain.
Aubertin avait conçu le projet de surprendre Charette dans son quartier-général deBelleville, et il espérait réussir dans cette entreprise. 11 fit part de son plan au général Huchet, qui l'approuva, et fit les dispositions convenables pour concourir à son exécution. En conséquence , une colonne, sous les ordres del'adjudant-général , partit de Machecoul dans les derniers jours de juin, tandis que le général de divis-ion, dont le quartier-général était à Montaigu, sortit de cette ville avec une seconde colonne , pour se porter, par une autre direction, sur le même point deBelleville où les deux troupes devaient se réunir.
Aubertin marcha d'abord sur Légé, d'où il chassa un détachement royaliste qui se retira précipitamment sur Belleville. La distance entre ces deux villages est de deux lieues ; le dernier est entouré de bois, et les maisons sont éparses
çà el là, sous une haute futaie. C'était un excellent poste pour les Vendéens ; et ils n'y avaient point encore été relancés par leurs adversaires.
Le lendemain, la même colonne traversa la forêt de Belleville et arriva devant le village dans le même temps que le général Huchct s^y présentait de son côté. Toutes les habitations étaient désertes, et les portes ouvertes, quoiqu'il ne fut guère que huit heures du matin. Les troupes vendéennes et les habitans, avertis sans doute de la marche des colonnes républicaines , venaient de se disperser dans les bois , hors de toute atteinte. On trouva des tables dressées, et , dans la maison la plus apparente, une de ces tables couverte d'un très beau dessert , consistant principalement en bonbons et autres sucreries. Une autre maison qui paraissait servir de boulangerie et de magasin de vivres, était remplie de pains et de viande fraîche , préparés pour une distribution. On remarquait aussi un terrain très foulé et d'une assez grande étendue, qui semblait avoir servi à l'exercice des troupes ennemies.
Le général Huchet et Aubertin , n'ayant pu remplir leur objet , et ne voulant point s'aventurer dans les bois où s'étaient dispersés les royalistes, se séparèrent; et chacune des colonnes reprit le chemin de ses cantonnemens.
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Celle d'Aubertin revint bivouaquer à Légé; ce bourg situé sur un plateau élevé , avait été récemment incendié , à l'exception de quelques maisons. A la distance de deux portées de fusil , et à l'extrémité du plateau , à gauche de la route qui conduit à Paîluau , se trouvaient des moulins qu'on avait alors entourés d'unépaulemcnt. Légé qui avait conservé une espèce d'enceinte , est une position avantageuse d'où l'on domine la route et la forêt qui vient y aboutir.
Aubertin avait groupé ses troupes en dehors
des dernières maisons ruinées , sa droite appuyée
à la route. Un faible bataillon du 09° régiment
de ligne, était placé aux moulins. Au nombre
des détachemens dont se composait la colonne
républicaine, se trouvaient une compagnie de
cavaliers volontaires du département de la Côte
d'Or, deux pelotons du 8' régiment de dragons
et du i5* de chasseurs à cheval. Cette cavalerie
était placée en arrière du poste des moulins,
dans une prairie à droite et à gauche de la route.
Le bataillon du 69^ régiment fut attaqué peu
de temps après son placement, par une colonne
ennemie qui déboucha tout à coup du bois ,
situé à gauche des moulins. Au lieu de répondre
au feu des royalistes, ce bataillon se retira en
désordre vers le gros de la colonne; la cavalerie
qui ne s'attendait pas à celte surprise, et dont
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les chevaux étaient presque tous débridés pour paître dans la prairie , vit s'avancer sur la route de Palluau un gros de cavalerie ennemie. Les dragons et les chasseurs se trouvant les premiers prêts pour marcher en avant . espéraient qu'ils allaient être suivis par la compagnie volontaire ; mais ne se voyant pas joints par celle-ci, ils d urent rallentir leur marche pour attendre cette troupe. Toutefois le chef d'escadron qui commandait les deux pelotons de ligne, emporté par son courage, et comptant sur ses hommes, continua de s'avancer presque seul vers la cavalerie vendéenne , et fit le coup de pistolet avec le chef qui la commandait. Il fut atteint d'une balle qui le blessa mortellement (*).
L'adjudant-général Aubertin, ayant aperçu de la hauteur où il se trouvait , le désordre qui régnait sur la route et dans la prairie de droite et de gauche , accourut pour y remédier avec le 3* bataillon des Vosges qu'il rencontra sur son passage. Ce bataillon réduit alors à cent soixante hommes d'une valeur éprouvée , et
{''') Quelques fuyards du oq% qui se trouvaient à la hauteur du lieu où se passa cette action , étant dans la prairie, à droite et à gauche de la route, rapportèrent qvie c'était une femme , vêtue en amazone , qui avait ainsi biessé ce chef d'escadron.
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commandé par un brave capitaine , s'avança rapidement sur la route, en traversant les rangs de la cavalerie ainsi que les groupes de fuyards , et faisant honte aux lâches qui cédaient le terrain à l'ennemi. Ce mouvement obtint un plein succès : la cavalerie vendéenne , intimidée à l'aspect des braves qui l'effectuaient, rétrograda , et Aubertin fit réoccuper le poste des moulins.
Le combat ainsi rétabli, la fusillade continua aux environs des moulins avec les Vendéens masqués par le bois. Aubertin fit marcher de ce côté , par un long circuit , les grenadiers de i'Ardèche et l'excellente compagnie de tirailleurs du 11" bataillon d'Orléans, afin de tourner les Vendéens et les placer entre deux feux. Le succès de cette manœuvre fut tel qu'aucun Vendéen n'échappa. Tous furent tués ou blessés mortellement après un engagement qui avait duré jusqu'au soir.
L'officier commandant le bataillon du Sg*, avait supplié l'adjudant-général de laisser reprendre à sa troupe son poste du moulin , où elle promettait de se comporter de manière à eflfacer la honte dont elle venait de se couvrir ; cette grâce lui fut accordée, et deux heures après ce même officier fut blessé mortellement. Transporté dans une des maisons de Légé , il y mourut dans la nuit. Ce fut la seule perte remarquable
éprouvée par la colonne qui rentra le jour suivant à Machecoul.
Aubertin fut appelé de nouveau à Nantes , quelque temps après cette affaire de Légé, par le représentant du peuple Bo , pour y recevoir (les proclamations imprimées , toutes tendantes à la paix, ou au moins à une suspension d'armes ; il était chargé de les répandre dans les villages et de les faire passer à Charette. Ce conventionnel Bo avait pris Aubertin en grande affec tion ; il lui fit voir sur son registre de correspondance, la demande qu'il avait adressée au comité de salut public , pour obtenir en sa faveur le grade dégénérai de division. Aubertin, tout en remerciant le représentant du peuple d'une obligeance qu'il n'avait point recherchée le moins du monde, lui fit observer qu'un pareil avancement répugnait à sa conscience, et qu'il ne croyait pas avoir encore assez fait pour le mériter. La chose en resta là ; le comité de salut public , moins prodigue de ses récompenses que ne le supposait Bo, ne fît aucune réponse à la demande de ce délégué de la Convention.
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