‹ MémoiresChapitre 9 sur 80 · CHAPITRE VIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIL

Parlementaire envoyé à Charette. — Camp de Freligné. — L'Auteur quitte la Yendée. — Surprise et destruction du camp de Freligné. — Observations sur la guerre de la Vende'e. — Conclusion.

De retour à Machecoul , l'adjudant-général Aubertin s'occupa de répandre les proclamations qui lui avaient été remises. Il s'agissait surtout de découvrir le lieu où se trouvait alors Charette. Ce chef n'était point retourné à Belleville , depuis la dernière visite que les républicains avaient faite sur ce point; on le supposait à Saint-Philibert, village situé à la pointe du lac de Grand-Lieu , près de l'embouchure de la Boulogne, et à quatre lieues de Machecoul.

Un officier d'état-major fut envoyé , comme parlementaire, sur ce point de Saint-Philibert , où Charette avait, en effet, son quartier. Ce chef reçut lui-même, des mains de l'officier parlementaire, les exemplaires de la proclamation qui lui étaient adressés, sans aucune lettre d'envoi. 11 en parcourut un, et, sans faire aucune

réponse, rentra de suite dans le village d'où il était sorti pour venir au devant du parlementaire. Celui-ci reprit, de son côté, le chemin de Machecoul.

Nous avons dit que l'auteur de ces Mémoires, avait présenté dans le temps , le projet de l'établissement d'un camp, à la position importante de Freligné , en Touvois, au nord du marais de Challans , au sud de Machecoul , entre cette ville et le bourg ou village de Légé. Le général Beaupuy , chef de l'état major de l'armée , ayant reconnu l'utilité de ce même camp, en avait proposé la formation au général en chef Vimeux qui l'avait approuvé. Les troupes, sous les ordres de l'adjudant-général Aubertin , furent désignées pour cet objet. Leur force totale ne s'élevait pas à plus de douze cents hommes , y compris un détachement de soixante cavaliers, tirés de différens régimens.

Le chef du bataillon des grenadiers de l'Ardèche , Youtier , qui avait quelques connaissances en géométrie, fut chargé de tracer le camp sur l'emplacement indiqué, et de le fortifier. Il n'y avait alors aucun officier de génie attaché à la division Huchet; et il y a lieu de croire qu'il n'y en avait pas même à l'état-major général.

Aubertin vint s'établir dans cette position de

Freligné, vers le millieu de juillet. Il n'y avait aucun approvisionnement de formé au camp , ni aucune ressource dans le voisinage. L'adjudant-général était obligé , tous les quatre jours, d'envoyer la moitié de son monde à Machecoul pour se procurer des vivres ; et il faisait rester l'autre moitié sous les armes jusqu'au retour du détachement.

Le 26 juillet, une colonne de cavalerie vendéenne, forte de trois cents chevaux environ, s'approcha du camp : mais à la simple démonstration d'une sortie de la faible cavalerie des républicains, la troupe ennemie tourna bride et disparut.

A cette même époque, et dans cette position de Freligné, Aubertin reçut, de Challans , l'ordre du représentant du peuple, Bourbotte, de rejoindre le corps de quinze mille hommes , détachés de l'armée de l'Ouest, et qui devaient , de Verdun, point indiqué pour le rassemblement, se porter sur les bords de la Moselle. Cet officier supérieur s'empressa , comme on peut bien le penser , de se rendre au nouveau poste qui lui était assigné.

Avant de quitter l'armée de l'Ouest , il écrivit, de Nantes , au chef de brigade Prat qui lui succédait dans le commandement du camp de Freligné , pour lui recommander l'exécution

ponctuelle des instructions qu'il lui avait laissées. Aubertin portait intérêt à cet officier, avec lequel il avait servi, pendant vingt-cinq ans, dans le régiment de Beauce. Prat avait de la bravoure, mais il était confiant et sans fermeté de caractère. Il se reposait de l'exactitude du service, sur ses subordonnés ; et, d'une indulgence extrême, il ne savait pas punir même une faute légère. Après l'adjudant-major de son régiment (09^ d'infanterie) , l'homme à qui il accordait la plus grande confiance, était son lieutenantcolonel, Mermet. Cet officier, déjà vieux, avait été maître tailleur du régiment de Beauce pendant trente ans. Il n'était parvenu au grade qu'il avait alors, qu'à raison de son ancienneté de service. D'ailleurs, sans aucune connaissance nécessaire à son nouvel emploi. C'était cependant sur lui et sur l'adjudant-major dont nous venons de parler, que reposait la surveillance du camp de Freligné.

On se rappelle qu' Aubertin avait été le premier chef du 11° bataillon d'Orléans; avant de quitter l'armée, il pria le capitaine des grenadiers Bédos, ancien, brave , et bon militaire, de lui mander tout ce qui pourrait arriver d'intéressant à ce bataillon , pour lequel il conservait une vive alfeclion, et dont la plupart des officiers étaient ses amis. Des pressentiuiens la-

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che'ax assaillaient cet adjudant -général , lorsqu'il songeait à la faiblesse des troupes campées à Freligné, aux dangers de cette position, et surtout à la négligence de ceux à la garde desquels elle était confiée.

Aubertin était à peine arrivé à sa nouvelle destination , lorsqu'il fut informé par le capi- ' taine Bédos que le camp de Freligné avait été attaqué quelque temps après son départ, par les Vendéens , au nombre de six à sept cents , qu'il était entièrement détruit , et que les troupes qui le défendaient avaient été écharpées. Bédos donnait les détails de cet événement, bien qu'il ne fût pas présent à l'attaque, ayant accompagné à Machecoui un détachement de quatre cents hommes qui allait y chercher des vivres.

D'après les instructions remises au commandant du camp, les troupes restantes devaient demeurer sous les armes jusqu'à la rentrée du détachement. Cet ordre avait été négligé , et nîéme un grand nombre de soldats se trouvaient répandus dans la campagne.

Devant le front du camp, était une plaine couverte de moissons ; sur le derrière et les deux côtés, se trouvait la partie du pays qu'on appelé le Bocage. A la faveur de ces dernières localités, l'approche du camp devenait assez

facile, surtout si on se relâchait de la surveillance accoutumée , et si l'on ne s'éclairait pas à une certaine distance. Le chef de brigade Prat et son vieux confident Mermet , logeaient sur la droite du camp , dans une maison éloignée de cent pas , au-delà d'un ruisseau très encaissé, sur lequel on avait jeté un pont pour la communication.

Depuis quelque temps, Charette reprenant l'ofTensive avec plus de vigueur , avait obtenu plusieurs avantages sur les républicains. Le 5 septembre, il avait enlevé un des camps établis dans le pays, à l'instar de celui de Freligné, pour contenir la population royaliste , couper les communications entre les divers partis ennemis , et empêcher ceux-ci de faire des progrès. Ce camp était celui de la Roulière , qu'ime colonne, détachée de Montaigu , avait vainement tenté de secourir, et qui, elle-même, avait été maltraitée. Devenu plus entreprenant à la suite de ce dernier succès; Charette en espéra un nouveau dans l'attaque du camp de Freligné.

Le i4 septembre , en plein jour, dans la matinée, un corps assez considérable de Vendéens, se présente devant le camp que nous venons de nommer, et l'attaque avec impétuosité. La troupe qui défendait cette position , n'était nullement sur ses gardes , ainsi qu'on l'a vu plus

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haut , par la coupable négligence des officiers, sur lesquels se reposait trop imprudemment le chef de brigade Prat. Les royalistes étaient déjà au milieu du camp , lorsque cet officier supérieur accourut en pantoufles , pour connaître l'état des choses. La déroute était déjà complète; les soldats, sans avoir essayé de se réunir, et de se former, fuyaient de toutes parts. Prat fut tué ainsi que Mermet et son fils cadet, et un grand nombre d'officiers. Il n'y eut que des résistances particulières, et point d'action proprement dite, comme on pourrait le supposer d'après le récit de plusieurs écrivains. Le capitaine Bédos, et Larue, chef du 1 1*" bataillon d'Orléans , (ce dernier, présent à l'affaire et échappé , grâce à la bonté de son cheval) ont fourni les détails de cette échauffourée à l'auteur de ces Mémoires, et leurs témoignages ne peuvent pas être suspects. Les écrivains du parti royaliste , sans doute pour attacher plus de mérite à la victoire de Charette, (c'était lut qui commandait cette expédition, en personne) ont jugé convenable de faire un récit pompeux de l'action, et de prêter aux républicains une opiDiâtreté de résistance que ceux-ci n'ont malheureusement pas développée (*).

(•) La manière dont la mort du lieutenant-colonel

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L'auteur de ces Mémoires croit devoir les terminer par quelques nouveaux détails sur le théâtre de la guerre civile, en 1795 et 1794?

Mermet (et en général tovite l'affaire) est rapportée dans le tome m des Victoires et Conquêtes » etc. , pages j 58 et 169, est tout à fait ridicule et nullement vraisemblable. On pourrait s'égayer, si un sujet avissi triste le permettait, en voyant un vieillard, sans force physique ni morale, tel qu'était l'ex-tailleur Mermet, métamorphosé en Achille, et se précipitant, avec toute la vélocité du hérosauxpieds légers , hors l'enceinte du camp , pour aller enlever, au milieu des siens, le chef des royalistes, qui, jeune et vigoureux, n'était pas homme à se laisser prendre comme un enfant. Charelte n'a pas eu besoin de la valeur du vendéen Lemoelle pour se retirer des mîains du bouillant Mermet. Sa vie ou sa liberté n'ont pu être compromises un seul instant, et c'est une véritable fable , qvie la narration qu'on a donnée de ce fait. L'auteur de ces Mémoires a connu le lieutenant -colonel Mermet, et il affirme que rien ne lui ressemble moins que le portrait qu'on en a tracé dans l'ouvrage des Victoires, etc. , dont les rédacteurs ont été sans dovite égarés par de faux documens. Il est vrai de dire que ce malheureux vieillard est mort sur le champ de bataille, en se défendant en brave; et que son fds cadet, fourrier dans le 59° régiment, en se jetant sur le corps palpitant de l'auteur de ses jours, y a trouvé également une mort honorable.

qui n'ont pu trouver place dans le cours de son récit.

Les quatre départemens ( d'après la nouvelle division du territoire français , décrétée en 1 790 ) où s'était d'abord développée l'insurrection roya-

nés, lorsqu'une biographie des hommes les plus marquans dans la révolution , est tombée entre les mains de l'auteur; il a été bien étonné d'y trouver l'article suivant :

« Mermet (Albert), général de brigade républicain, « né à Saint-Rambert, près de Lyon.

« Il entra au service en 1768 , et parvint, du rang de « simple soldat au régiment de l'Ile de France , jusqu'au «grade de lieutenant -colonel, qu'il obtint, ainsi que « la croix de Saint-Louis, pour sa belle conduite et ses « services pendant treize campagnes en Westphalie, en « Portugal et en Corse , avant la révolution française. 0 A cette époque, il obtint un avancement rapide, et, 0 devenu^ général de brigade, il fut employé dans la a Vendée, et s'y distingua dans différentes circonstan- (! ces. Il fut tué le 29 fructidor , an 2 , à l'affaire de Fre- « ligné, après avoir fait des prodiges de valeur. »

{Biographie moderne (*), elc, t. 11, p. 382.)

Quelle peut être la source d'où les auteurs de cette biographie ont tiré des renseignemens pour la rédaction de leur article ? nous l'ignorons; mais il est certain que les détails qu'on vient de lire dans ces Mémoires sont de la plus exacte vérité, et qu'il n'y a pas à balancer dans le choix des deux versions.

(*) A Paris , chez Alexis Eymcry , libraire , rue Mazarine n" 5o.

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liste , contre le gouvernement républicain, étaient ceux des Deux-Sèvres, de Maine-et-Loire, de la Vendée, et de la Loire-Inférieure (*). Les localités de cette portion du territoire français, surtout dans la Vendée proprement dite, prêtent naturellement à la guerre de partis. Les rassemblemens les plus nombreux disparaissent , en un clin d'œil , dans les bois et les bruyères dont le pays est couvert dans beaucoup de parties. Les grandes villes y sont rares, et les villages moins nombreux que dans d'autres départemens. Dans les grands intervalles qui les séparent, se trouve une quantité de métairies ou cabanes (comme les nomment les gens du pays ), situées dans des landes, des bocages, dans des closeries, au milieu de marais, avoisinant des forêts. Dans la Vendée, la plupart des habitans des campagnes , favorisés par la nature du sol , élèvent des ti oupeaux considérables de gros bétail qui fait la richesse

(^*) Après la première pacification de la Vendée, aux mois de février et mai 1795, la guerre civile se ralluma de nouveau, et le théâtre des hostilités s'étendit alors dans les départemens du Morbihan , des Côtes-du-Nord, d'Ille-et-Yilaine, de la Mayenne, de la Sarthe, de l'Orne, du Calvados et de la Manche : cette nouvelle guerre fut celle à qui l'on a donné le nom de chouannerie.

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du pays dont il est la principale branche de commerce. Il n'y a giières que deux grandes routes militaires; et les chemins de traverse, encaissés quelquefois jusqu'à plus de dix pieds au-dessous du niveau des terres, sont presque toujours impraticables aux voitures, souvent aux gens de pied , en été comn)e en hiver. Les cultivateurs, pasteurs et métayers vivent isolément et sans fréquentations entre eux, si ce n'est les jours de fête, où ils se rendent par fois visite en allant ou revenant du village, du bourg où ils ont assisté au service divin.

Avant la révolution, le paysan vendéen , loin d'être belliqueux, se montrait doux , paisible, et très attaché à son sol; du reste, plongé dans une profonde ignorance , tenant fortement , dans la simplicité d'une âme pure, à ses croyances religieuses et aux préjugés de ses pères.

La noblesse était nombreuse et pouvait se diviser en trois classes, la haute, la moyenne et la commune. Les individus des deux premières, quand ils n'étaient pas à la cour , ou au service , menaient, dans les villes, la vie oisive du grand seigneur, ou se livraient, dans leurs terres, au plaisir de la chasse , dont ils exerçaient d'ailleurs les droits dans toute leur plénitude. Les nobles de la dernière classe habitaient , dans tous les temps, leur château ou manoir: leur fortune était mé-

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