LE PROFIL D'AMIENS
Placard in-fol. Gravure sur cuivre, en longueur. H. o™o6o, L. o*"333. — Vue de la ville, dans le centre de Testampe; en haut, sur une banderole: Porpillb (sic) damiens, iSgy. On lit comme signature : J,Deweert fe. Au-dessous de Testampe, texte sur deux colonnes.
u as icy, Amy lecteur, le porphille de la ville d^Amyens, laquelle fust surprise de TEspagnol, le II Mars iSgj, par la négligence et pusillanimité des habitans, et pratiques des plus factieux, qui, huit jours auparavant, avoient refusé les garnisons à eux envoyées par le Roy très-chrestien Henri II II* du nom, iceux remonstrans leurs anciens privilèges, la force de leur place et le grand nombre d'hommes y résidant, outre leur fidélité, de laquelle au plus grand besoin ils ne rendirent aucune preuve. Incontinent après, les ennemis, redoubtans un siège, mettent le feu aux fauxbourgs et villages circonvoisins. Ils sont investis, deux jours après, et consécutivement le siège, formé de 45 pièces de canon par S. M., estant lieutenant en son armée Monsieur le Mareschal deBiron. Le 17 juillet, fut faicte une sonie, où, de la part du Roy, meurent les sieurs de Montigny, Maistre de Camp, de Flessan et Fouquerolle; des assiégez, le s' de Mandosse, et autres. Le 2 septembre, le Ravelin est battu. Le 3, Arnantel, chef des assiégez, emporté d'une mousquetade, et, le 5, Monsieur de Saint-Luc tué dans le fossé. Le 14, la mine fit son effect au Ravelin. Le i5, le Cardinal d'Austriche, avec la plus forte et puissante armée qu^eust jamais l'Espagnol, s^avance jusques sur le hault de Long-Prez, oti, estant salué du canon de S. M., se retire en mesme temps à S. Sauveur, distant d'une lieue, où le soir il dresse son pont sur Somme pour jetter secours aux assiégez. Passez qu'ils sont, se trouvent attaquez par les sieurs de Montigny, colonel, de la Noue, de Vicq et Descluzeaux, et si chaudement, qu'ilz sont contraincts de repasser promptement au gros de leur armée, laissans partie de leur pont. Le lendemain, devant jour, font tous ensemble retraite paisiblement et sans rumeur, tirans
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droict à Vignacoun, où ils mirent le feu et aux villages voisins. Ils sont néantmoins suivis en queue par Sa Majesté une grand'lieue, ayant faict avancer des canons, et tirer plusieurs volées dans les bataillons de leur infanterie. Ladite armée cstoit de i5,ooo hommes de pied, 3,ooo chevaux, 18 pièces d'artillerie, avec infinité de chariots enchaisnez ensemble, pour s'en servir contre la cavalerie Françoise. Deux jours après ceste honteuse retraicie, les assiégez parlementent, promettent la place dans six jours s'ils ne sont secourus, en sortent, le 25 septembre, avec armes et bagages : assavoir, 18,000 hommes de pied, 600 chevaux, 160 chariots, 900 femmes, et sont conduits à Dourlan. Ce siège doit estre tenu pour un des plus grands et remarquables de nostre temps, où toutes sortes d'artifices, inventions et machines de guerre ont esté pratiquées, mais principalement avec un incroyable et invincible travail au remuement des terres, si que ni leur grand nombre d'artillerie, ni la profondeur de leurs fossés, ni la force de la place en la partie attaquée, n'ont peu empescher qu'on ne se soit logé pied à pied jusques sur leur rempart et Ravelin, voire de si près, qu'on y est venu aux mains. Or, à peine pourra croire la postérité les cruautez et inhumanitez exercées par lesdicts Espagnolz sur les pauvres habitans de ladite ville, qu'ilz ont traité de la façon des Indiens : ce qui doit servir de patron et d'exemple à toutes villes frontières, accroistre le courage à tous les François de plus en plus à courir sus et rendre très-bon et loyal service à très-puissante, très-magnanime et Auguste Majesté du Roy, auquel Dieu, continuant, voire accroissant ses victoires, veuille donner accomplissement à ses louables, justes et sainctes entreprises.
Par Claude Chastillon, Topographe du Roy.
' A PARIS, chez Jean le Clerc, rue S. Jean de Latran,
à la Salemandre, iSgy.
L'tLstoile a écrit, au verso, cette note, et, en regard, un dizain en vers métriques, hexamètres et pentamètres, composés dans la forme latine par Nicolas Rapin :
« Ladite ville fust rendue au Roy, par composition, l'an
i597, le 25* septembre. Et disoit l'Espagnol qu^il avoit Eût le Roy c Roy d^Amyens », ne Testant auparavant. Mais les privilèges de la ville, assez à propos, pource que lesdits privilèges, desquels ils s^armèrent pour ne recevoir garnison, Tavoient soustraite de Tobèissance du Roy, et par mesme moyen ruinée. »
Sur la reprise d^Amiens.
FRANCE, tu dois, à ce coupj bastir des temples à ton Roy, Pour tesmoignage d'honneur, d'obéissance et cT amour , Puisqu' Amiens est priSj tu peux à son ombre reposer,
Libre de tous partis^ libre de guerre et de peur. Par ce labeur dernier, de rechef le Royaume a conquis.
Lespie a fait pour lui plus que le droit d'héritier. Qu'on crie Vive le Roy ! la France est en sa liberté,
Puisqu' Amiens est pris; qu'on crie Vive le Roy ! Vive le Marsfranqois, de qui Theur aux armes a rempli
Ses citoyens de repos, ses ennemis de frayeur»
N. Rapin. Du i** octobre 1597.