‹ Mémoires-journaux, 1574-1611Chapitre 114 sur 142 · PLAINTE FUNEBRE · texte numérisé non relu

PLAINTE FUNEBRE

d'un habitant de la ville d' AMIENS, SUR LA MORT DE l'aSNE ESPAGNOLISÉ LE I 2 DE SEPTEMBRE iSgy.

Placard in-4<^. Texte imprimé sur deux colonnes. Gravure sur bois, en tête de la première colonne. H. o^go, L. o™65. — A gauche, une femme et un homme, en costume de la bourgeoisie, s'attristent du spectacle que leur offre un boucher, qui dépèce et débite leur âne, après lui avoir arraché ses quatre fers.

Une coupure maladroite, dans le bas de la pièce, a enlevé quelques vers, qu'on remplace ici par des points.

SI la douleur de quelque perte.

Qui ne peut estre recouverte, Nous engrave quelque rigueur,

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Par quelque sinistre malheur, Puis-je cesser le cours des larmes Et faire mes tristes vacarmes, Ayant perdu tous mes moyens, Depuis la prise d'Amiens,

Amiens, dont la/ascherie. Qu'une sanglante boucherie Me rend ainsi triste et pitueux , Mélencholicque et soiffreteux.

Le cœur me fault, quand f ay mémoire De ma teste de brun gris-noire^ De son maintien et gentil nom^

Qui nestoit point de couleur grise, Ains bigaréy et de franc pas.

Ce qui luy causa le trespas.

Car r Espagnol eut grand^envie Dessus safaqon si jollie, Le voyant de mesme couleur Qu'est un Espagnol de valeur.

Au reste, avec de grand sçavoir:

Hélas! il l'avoit bienfait veoir^ Lorsque r Espagnol print la ville, Par trahison et sorte vile.

Car le pauvre, le lendemain, Ne voulut plus manger du pain.

Jugeant qu'il seroit de requeste.

Aussi, hélas! la pauvre beste Depuis n'en demanda morceau.

Plus cher vendu fust qu'un toreau, De cinquante ou soixante livres.

Pour manger, au lieu d'autres vivres.

Après sa funeste tuerie, Estalléfut en boucherie ; Son corps despessé par morceaux^ Sansjetter trippes ne totaux »

Plusieurs, sans verjus ne moustarde.

Mangèrent bien la carbonnade.

Lonfit présent au Gouverneur Du poulmon, dufoye et du cceur. Le reste fut pour la Commune^ Qui fut repeUe de sa fortune.

Aussi gentil qu'un rossignol.

Il mourut, servant l'Espagnol.

Quant il se mettoit à chanter.

On se plaisoit à Vescouter, Tant il avoit une voix claire.

Ay sèment on lefaisoit taire En lui faisant signe des doigts,

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