‹ Mémoires-journaux, 1574-1611Chapitre 115 sur 142 · ANTIDOTE · texte numérisé non relu

ANTIDOTE

CONTRE LE DEFAUT ET GRAND MAL DE CŒUR D^AlBERT,

Cardinal d'Autriche, pour la reprinse d'Amiens.

Copie manuscrite, contenant cette pièce et la suivante. Une coupure, au bas du feuillet, a enlevé quelques vers à la fin des deux pièces.

A COUREZ, médecins de France, Faictes quelque bonne ordonnance Pour ce pauvre guerrier Cardinal!

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Une chaude et bouillante rage Et un froid défaut de courage Sont les deux causes de son mal.

Causes ocultes et contraires, Que vos recettes ordinaires Dompteront difficilement.

Il faut donc attendre la cure De la seule aide de Nature, Mais voicjr bon commencement.

Un flux de ventre, que la crainte Enfante en la personne attainte D'une couarde et lasche peur, Vajà vuidé de tant d* ordure.

Qu'il n'a plus besoing, à cesV heure.

Que d'un restaurant pour le cœur.

Cœur, qui d'une faqon estrange Lui bat, de voir quun César range Encontre un Cler ses bataillons, Quen pièces son secours il taille, Qu'il lui présente la bataille, Qu'il le chasse à coups de canons.

Cœur! qui de regret syncopise

L'Horoscope du mesme Cardinal Albert.

CE nom, qu^expfès ont voulu prendre Beaucoup de vos braves oyeux, Que vous porte:(, vous devroit rendre Naturellement valeureux.

aussi réputay-je à un grand heur, si vous le recevez de bon œil, ayant pour agréable ce gage de Taffection et bonne volonté qu'a de vous rendre service à jamais

Votre très humble et très fidelle serviteur^

Jean Le Clerc.

Briefs éloges des Hommes illustres, desquels les pourtraicts sont icy représente^. Par Gabriel Michel^ Angevin^ avocat en Parlement.

HiLippEs de Com mines, sieur d'Argenton en Poitou, nasquit, l'an 1443, au chasteau de Commines, près de Messine, sur le fleuve du Lis, au pays de Flandres. Il fut nourry en la court du Duc de Bourgoigne, et, en Tan 1464, vint au service du Roy Louis XI, duquel il fut Chambellan et Seneschal de Poictou, et employé en de grandes charges, tant par le Roy Louys, son maistre, que par Charles VI IL son successeur. Il a escrit en françois Phistoire de son temps, qu'on estime la plus véritable, laquelle a esté traduicte en latin, en italien et en alleman. Il cspousa dame Hélène deChambes,de la maison des Comtes de Monsoreau, en Anjou, dont il eut une fille unique nommée Jeanne, qui fut mariée à René de Bretagne, Comte de Penthièvre; il mourut en sa maison d'Argenton, le 17 octobre i3o9, aagé de 64 ans. Il fist édifier une chapelle dans Téglise des Augustins de Paris, où il est enterré avec sa femme et sa fille.

2. Charles d'Amboise, sieur de Chaumont, fils de Charles d'Amboise, Chevalier de l'Ordre du Roy, Gouverneur de l'Ile de France et depuis de Champagne, et de Catherine de Chauvigny, fut en grand crédit vers le Roy Louis XII, par lequel il fut estably Lieutenant au Duché de Milan, où il donna certaines preuves, par ses haults faicts d'armes, de la grandeur de son courage et de sa valeur, tant contre les Suisses que contre les Vénitiens. Il fut Chevalier de TOrdre, Mareschal, et depuis Grand-Maistre de France. Il mourut d'une fiebvre à Corrége, l'an i5i I. Il épousa dame Jeanne de Graville, fille de l'admirai Graville, de laquelle il eut un seul fils, nommé George, qui fut tué à la bataille de Pavie.

3. Gaston de Foiic, Duc de Nemours, fils de Jean de Foix, vicomte de Narbonne, et de Marie d'Orléans, et nepveu du Roy

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Louys Xil, lit preuve de sa valeur en la guerre contre les Vénitiens, a la journiie de GhiaradadJe. II fut général de l'armée contre le Pape Jule II e( autres potentats d'Iialic confédérez. Il rompit en bataille Jean-Pau! Baglion, général des Vénitiens, reprit la ville de Bresse, secourut Boulongne et deliît les coafédérez en la journée de Ravenne, où il demoura vainqueur; mais, poursuivant un esquadron d'Espagnols, il fut tué d'un coup de pique, le jour de Pasques i3ii,en saâeur de jeunesse. 11 est enterré à Milan.

4. ArthusGouffier, sieur de Boisy, fut gouverneur de François I en sa jeunesse, et lorsqu'il estoit seulement Duc de Valois et Comte d'Angoulesme, lequel, y estant parvenu a la couronne, le fit Grand-Maistre de France et surintendant de sa maison. Il estoit Chevalier de l'Ordre du Roy, et fut parluy envoyé vers les Princes Électeurs d'Allemagne, après le décez de Manimilien, Empereur, pour briguer leur faveur et l'eslection à l'Empire. Mais la brigue de Charles d'Auslrîche fut plus forte, et, le sieur de Boisy estant de retour, fit un voyage à Montpellier, afin d'adviser avec le sieur de Croy, qui avoit aussi esié gouverneur dudit Charles, des moyens d'une bonne paix entre leurs maistrcs, ce qui demeura sans etfect, à cause de la maladie dudict sieur de Boisy, dont il décéda au moys de may l3i9.

5. Pierre du Terrail, sieur de Bayard, natif de Dauphiné,run des plus vaillans capitaines de son temps, fut au voyage de Naples, avec le Roy Charles VIII, où il fit de grands exploits d'armes, et depuis en la bataille d'Aîgnadel, et en la prise de Bresse, et roesmes en un duel singulier avec Alphonse de Saincie- Maure, Espagnol. It repoussa les forces de l'Empereur Charles V de devant Mézières. Le Roy François 1 voulut avoir de luy l'accoUade de Chevalier, et enfin fut lué d'un coup d'arquebuse, prés de Rebec et de Biagras, sur le chemin de Roma<>nan. Depuis sa mort, les François lindrent les affaires d'Italie comme desespérez.

6. Louys de la Trîmouille fut, en l'aage de il3 ans, Lieutenant général du Roy Charles VIII, enl'arméede Bretagne contre le Duc d'Orléans, où il obiint la victoire près S. Aubin du Cormier. Il accompagna le Roy au voyage de Naples, et fut à la bataille de Fornoue, Le Roy Louis XII le fit son Lieutenant en Italie, où il reconquit en peu de temps le Duché de Milan. Il fut aussi à la bataille de Marjgnan contre les Suisses (i3i5), où son fils unique Charles de la Trimoitle fut tué, et enfin, aagc de 75 ans, il mourut à la journée de Pavie (i5i4), et est enterre en la chapelle du chasteau de Thouars.

7. Jacques de Chabanes, sieur de la Palisse, fils d'Antoine de Chabanes, Grand-Maistre de France, &i son apprentissage avec

le Roy Charles VIII, au voyage de Naples, et fut compagnon de Gaston de Foix, et, après la mort d'iceluy, fut chef de Parmée victorieuse. Le Roy Louis XII le fit Grand-Maistre de France, après le décez du sieur de Chauroont, dont il se démist, par le vouloir du Roy François I, en faveur du s*" de Boisy, et fut £aict Mareschal de France. Il mourut à la bataille de Pavie.

8. Guillaume Gouffier, sieur de Bonnivet, frère dus"* deBoisy, fut Admirai de France sous le règne de François I. Il fut employé pour traicter l'accord entre son maistre et le Roy d'Angleterre, qui sortit effect, et s'entrevirent les deux Roys à Ardres. Lorsque le Roy estoit à la conqueste de Milan, il entretint en paix les peuples de la Guyenne, et print Fontarabie en Navarre. Au second voyage d'Italie, il fut dépesché pour la conqueste de Milan et empescher les desseins de Charles de Bourbon, qui s'estoit joinct avec l'Empereur, où il fut blessé d'une arquebusade dans un bras, et, finalement, il fut tué à la bataille de Pavie.

9. Jean- Jacques Trivulce, Milanois,a esté très-affectionné serviteur des Roys Charles VIII, Louis XII et François I, et les a assistez, es guerres d'Italie, pour le recouvrement de Naples et de Milan, dont il chassa Ludovic Sforce, et le print prisonnier. Il fut faict Mareschal de France pour récompense de ses signalez services, et enfin, aagé de 80 ans ou environ, il mourut, en la ville de Chartres, d'une difficulté d'urine, et est enterré à Milan, comme il avoit ordonné par son testament.

10. Charles de Bourbon fut fils de Gilbert de Bourbon, Comte deMontpensieretde Claire deGonzague, fille de Ferry, Marquis de Mantoue, et fut, pour sa valeur et magnimité, fait Connestable de France par le Roy François I, l'an i5i6, pour le service duquel il fit de grandes prouesses ; mais, pour quelque desplaisir qu'il reçeut en Cour, attiré par les pratiques de l'Empereur, il quitta le service de son Roy, et, en Tan 1 527, ayant assiégé Rome pour l'Empereur, il la prist d'assault, et toutesfois il ne se ressentit du fruict de la victoire, car il fut tué le jour de la prise, qui fut le 5 may. Il est enterré à Caiete, en la chapelle de la Roque.

11. Odet de Foix, sieur de I^utrec en Gascongne, après la bataille de Ravenne poursuivant un escadron d'Espagnols, fut blessé en vingt endroicts, et estant prisonnier fut mis à rançon ; depuis, il laissa des marques de sa vertu,^ à la journée de Marignan et à la défence de Milan contre les forces de l'Empereur. Il fut esleu Général de l'armée du Roy François I, lorqu'il fit alliance avec le pape Clément VII et le Roy d'Angleterre, pour délivrer Rome occupée par les Impérialistes, laquelle il remist en l'obéyssance du Pape, et, delà passant avec une belle armée pour la conqueste

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du Royaume de Naples, il le réduisit quasi en sa puissance, et, assiégeant Naples, il mourut de peste, au moysd'Aoust i SiS. Et est enterré audict Naples, oCi Ferdinand Consalve, Espagnol, luy a faict dresser un beau sépulchre de marbre, iS ans après sa mort.

II. LouysdeLorraine, Comte de Vaudemont, estoil fîlspuisné de Renti II, Duc de Lorraine, et de Philippes de Gueldre, et petil-fils de Ferry de Lorraine et d'Yolande d'Anjou. Lorsque son frère aisné Antoine, Duc de Lorraine, eut guerre contre les rebelles du Duché de Gueldres, ses subjets, il fut colonnel de l'infanterie et donna preuve trfs-certaine de sa prouesse à Lupescin et au siège de Saverne. Depuis, il lit le voyage de Naples avec le sieur de Lautrec, où il fui esta bly général des Lansquenets, et au siège de Naples il mourut de peste, 1 5i3, au movs d'aoust, et est enterré audict Naples, en l'église de S. Claire.

[3, Théodore Trivulce, Milanoîs, cousin-germain de Jean- Jacques Trivulce, suivit aussy les armes de France et y fit Uc signalez services sous les rtgnes de Louys XII ei de François I, lequel, pour récompense, le tîi MareschaldeFtance.il futestably Gouverneur pour le Roy en !a ville de Gènes, l'an t Siy, et puis aprisil fut commis au gouvernement de Lyon, où il décéda en l'année 1 533, aagé de plus de 75 ans, et fut plaint et regrette de tous comme un bon père.

14. Philippes de Villiers, issu de la noble maison de l'Isle- Adam,eo France, estant Chevalier de Rhodes, fut, l'an i5ao, élcu Grand-Maistre de l'Ordre, et, en l'an i52i, le jour de NoEl, la ville dcRhodes, avec IMsle, fut rendue par composition àSuhan Soliman, après un siège mémorable de neuf mois, et furent les Chevaliers, avec leur chef, mis en l'isle de Malie, où il mourut le 21 d'aoust i534, aagé de ji ans, ayant porté les armes 40 ans pour la défonce de la foy contre les infidclles.

1 5. François, Dauphin de France, tîls aîsné de François 1, nasquit à Amboisc, iSry, en febvrier, et furent sl'S parrains le Pape Léon X, représenté par Laurent de Medicis, Duc d'Urbin, son nepveu, père de la deffuncte Royne Catherine, et Antoine, Duc de Lorraine. Pour la délivrance de son père, il fut, avec son frère puisné, Henry, lors Duc d'Orléans, baillé en ostage D l'Empereur. Il esioit studieux et amateur des bonnes lettres, et plain de générosité; mais, allant vers Marseille contre l'armée de l'Empereur, passant par Lyon, il fut empoisonné par Sebastien de Montecucullo, et mourut, peu de temps après, à Tournon, I 536, aagé de rg à 10 ans.

16. Guillaume de Bellay, sieur de Langey.puisnédel'ancienncet noble maison du Bellay en Anjou, nasquît l'an 1496, etconjoignit

les lettres et les armes; il fut Chevalier de TOrdre du Roy. et Vice-Roy en Piedmont. Il a esté envoyé en ambassade par le Roy François I en Italie, Angleterre et Allemagne ; il mourut le 9 janvier 1 543, à S. Saphorin, au mont de Tarrare, près Lyon, aagé de 47 ans. Sa sépulture est magnifiquement élevée en marbre dans l'église de S. Julien du Mans, dont estoit évesque son frère puisné, qui depuis a esté Doyen des Cardinaux.

17. Philippes Chabot, fils de Jacques Chabot, sieur de Brion, et de Magdelaine de Luxembourg, fut choisi par le Roy François I pour commander à l'armée qu'il envoya en Piedmont pour la conqueste de Savoye, où, estant arrivé, il fortifia les villes de Piedmont pour empescher les desseins de l'Espagnol, et conserva la ville de Marseille. Il fut pris prisonnier, avec le Roy son maistre, à la journée de Pavie, et fut employé au traicté de Madrid. 11 fut aussi gouverneur de Bourgogne et Amiral de France. Il mourut 1 543, et est enterré aux Célestins de Paris» en la Chapelle de la maison d'Orléans, au sépulchre magnifique que luy fit dresser son fils Léonor Chabot» Grand-Escuyer de France.

18. Charles de France, fils troisiesme de François I, fiist déclaré duc d'Orléans après le décez de son frère aisné. Il fit preuve de sa prouesse et de la grandeur de son courage, en la prise d'Yvoy, Arlun, Vireton, Luxembourg, et autres places conquises sur l'Empereur Charles V, la fille duquel luy fut promise en mariage avec le duché de Milan ; mais, estant encores en la fleur de son aage, atteint d'une très ardente fièvre, il mourut 1 545, et est enterré à S. Denis en France, avec son père ^et son frère aisné.

19. François de Bourbon, fils puisné de Charles, duc de Vendosme, et de Françoise, fille de René, Duc d'Alençon, fut seigneur d'Anguien, lequel, en l'an 1544, le 14 d'apvril, rompit en bataille rangée les forces de l'Empereur Charles V, conduites par le Marquis du Guast, et remporta la victoire près de Cerisoles, tant bien descrite par Paul Jove en son Histoire, et s'il n'eust esté tué a la Rocheguyon par la cheute d'un coffre qui luy tomba sur la teste, en febvrier 1 546, il y a apparence qu'il eust esté le plus valeureux et renommé Capitaine et chef d'armée de son siècle. Il fut pourveu du gouvernement de Languedoc, peu auparavant sa mort.

20. Henry d'Albret, fils de Jean d*Albret et de Catherine, Royne de Navarre, succéda au Royaume l'an 1517. Il espousa Marguerite, veufve de Charles, duc d'Alençon, et sœur du Roy François I, aydc des forces duquel il reconquit Pampclune, le 20 de may i52i, et entra en son Royaume qui avoit esté usurpe par les Castillans; mais, un mois après, il fut derechef usurpé

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par la négligence Jes Gouverneurs auxquels le gouvernement du pays avoit esté commis. II mourut li^S, et laissa une fille unique son héritière, mariée à Anloîne, duc de VenUosme, p£rc de nosire invincible Henry IIII, 1 présent régnant,

31- Jean de Bourbon, autre fils puisné de Charles Duc de Vendosme, après la mort de François, son frère, fut seigneur d'Auguien. Il donna preuve de sa vaillance, au siège mémorable de Metz, l'an i55i, qui fut valeureusement sousienu contre les forces impériales. Il fut en Piedmont conducteur d'une armée dei4,ooopiéionsct de 4000 chevaux, pour renforcer le Marcschal de Brissac, lii'i, et les villes de Vulpian et de Montcalvo furent assiégées et prises, nonobstant le secours du Duc d'Albe. Enfin il mourut au lict d'honneur, à la baiaille S. Quentin, le jour S. Laurent, 10 aousi ibiy, deux mois après qu'il eut espousé Marie de Bourbon, fille du Comte de S. Paul, son oncle paternel, et est enterré a la Fère.

11, Pierre Stroîzi, issu de la noble maison desStrozzi de P'iorence, ayant faic[ beaucoup de grands services lani en Italie qu'en ce Royaume, et en Escosse, aux Roys François I et Henry II, fut créé Mareschal de France et fait Chevalier de l'Ordre, cl, après plusieurs prouesses, fut tué au siège et prise de Thionville, en juin 1 558. Je ne puis ici passer sous silence ce' grand philosophe Kyriaque Strozzl, issu de la mesme famille, qui a adjousté aux Politiques d'Aristotc deux livres de sa composition, sans lesquels cest œuvre demcuroit manque; ni pareillement Laurence Strozzi, sa sœur, religieuse de S. Nicolas du Prd en la Toscane, qui s'est tellement adonnée à la poEsie lyrique qu'elle nous a laissé un juste volume d'Hymnes saincls, composez en laùn, sur toutes les fesles et solemnitez de l'année, et est décédée le 10 de septembre 1 5g;, aagée de 77 ans.

33. Charles de Cossé, sieur de Brissac, fils de René deCosséet de Charlotte GouQicr, de la maison de Boisy, succéda à son père non seulement au comté de Brissac en Anjou, mais aussi en t'estat de Grand- Fauconnier, Capitaineries des chasieaux d'Angiers et de Falaise, et au gouvernement d'Anjou et du Maync. Estant premier gentil-homme de la maison de Monsieur le Dauphin, en l'aage de quinze ans, il fil le voyage d'Italie, pour le recouvrement de Napies, sous la conduite du sieur de Barbesicux, chef de l'armée de mer. Depuis, il accompagna le sieur de Humières au voyage de Piedmont. Il combattit en duel le sieur de Funel. puis un grand et furieux lyon qu'il mit en fuite. Il fut Colonnel de l'infanterie en Piedmont, puis Colonnel de trois mil chevaux légers, Grand-Maistre de l'artillerie. Lieutenant du Roy delà les monts, Marcschal de France, et enfin Gouverneur de Picardie, et ayant servy quatre Roys, sçavoir :

François I, Henry II, François II et Charles IX, il mourut â Paris, aagé de 5y ans, laissant des enfans qui ont succédé à sa vaillance, à ses biens et à ses honneurs.

24. Antoine de Bourbon, fils aisné de Charles Duc de Vendosme et de Françoise d'Alençon, espousa en Tan 1548 Jeanne, Royne de Navarre, fille de Henry d*Albret et de Marguerite d'Orléans, et, après le décez de son beau-père, fut Roy de Navarre et Gouverneur de Guyenne. Il avoit esté, dès Taage de 34 ans, Gouverneur de Picardie, où il prist à force d'armes le chasteau de Tournehan et le fit raser, eut victoire sur les Flamans et Hennuyers, secourut de gens et de vivres Therouenne, nonobstant les forces de TEmpereur Charles V, conduites par le comte du Ru, sur lequel il conquist Hedin et plusieurs autres forteresses des Pays Bas. Le Roy Charles IX, venant à la couronne, le fist son Lieutenant général, et au commencement des premiers troubles, assiégeant la ville de Rouen, détenue par ceux de la Religion prétendue Réformée, il fut blessé en Tespaule d*une arquebusade, dont il mourut le 17 novembre i562, laissant pour successeur nostre invincible Henry, qui depuis est miraculeusement parvenu à ceste Couronne.

2 5. ('Vançoisde Lorraine, Duc de Guise, fils de Claude de Lorraine et d'Antoinette de Bourbon, de la maison de Vendosme, a faict de signalez services à cette Couronne durant les règnes de François I, Henry II, François II et Charles IX. Il donna preuve de sa valeur, au siège de Boulogne contre les Anglois, puis au mémorable siège de Metz contre l'Empereur Charles V, qui avoit une armée de cent mil hommes, où son plus oultre fut limité, et en la bataille de Renty : pour récompense de quoy le Roy Henry II, Pan 1 5 55, luy donna les estatz de Grand-Chambellan et de Grand-Maistre de France. Depuis, il fut Lieutenant général du Roy en Italie et conducteur d'une puissante armée pour secourir le Pape Paul II II, assailly du duc d*Albe, Vice-roy en Sicile, d'où estant retourné, il prit d'assault, en sept jours, sur les Anglois, la ville de Calais, le chasteau de Guines, et conquit toute la comté d'Oye ; davantage il prit Thionville, et, le 19 décembre i562, il remporta la victoire de la bataille de Dreux, et, Tan ensuyvant, tenant la ville d'Orléans assiégée, et estant déclaré Lieutenant général en l'armée du Roy, il fut blessé en trahison par Jean Poltrot, le 1 8 février, dont il mourut le 24 dudit mois, et fut honoré à Paris d'une pompe funèbre très magnifique.

26. Nicolas de Brichanteau, sieurde Beauvais Nangis, Chevalier de l'Ordre de S. Michel, fut, en Tan 1 5 36, Guidon des 5o hommes d'armes de la compagnie d'Antoine de Bourbon, lors comte de Marie, qui fut depuis Duc de Vendosme et Roy de Navarre,

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et. l'année ensuivante, il entra dans Theroucnne, qui estoit assiégée par le Lieutenant de l'Empereur Charles V, cl fit trois furieuses sorties sur les ennemis. Il fut aussi a la prise de Landrecy, au siège de Boulogne, et, estant lieutenant du Duc de Vendosme, il se trouva à la prise de Mont-t^mbcrt, Bianquenay d'Yvoy, Mont-médy, et autres places d'importance, et mesmes A la prise de Calais et de Thionville: il eut la charge d'empescher qu'aucun tort ne fust faici aux femmes et filles par l'insolence des soldats victorieux. Il assista â la reprise de Blois, l'an j562, et fut envoyé à Tours on qualité de Lieutenant du Roy, depuis â Mcleun, et au pont S. Cloud, et, estant capitaine de 5o hommes d'armes des ordonnances, il combattit valeureusement a la bataille de Dreux, où il fut blesse et retenu prisonnier. de laquelle blessure, après avoir longuement languy, il mourut en son chasieau de Nangis, aagé de 34 ans, en aoust 1 5(14.

17. Charles Tiercelin, sieur de la Roche du Mayne, dès son jeune aage, se voua aun armes pour servir nos Roys ; d'entrée, il fut enseigne, puis capitaine ; par après archer en la compagnie du duc d'Alenjon-, derechef homme d'armes, puis guidon, après lieutenant, et enfin capitaine de sa compagnie. Il s'est trouvé en sept sièges de villes pour le service de ceste Couronne, et a esté prisonnier a la journée de Pavic et à la bataille Sainct Quentin, 0(1 son fils puisné fut tué en l'aage de :î ans; il avoit en luy une liberté de parler, qui démonstroit la générosité de son courage; il mourut à Chitré près Chasielleraut, le 3 jour de juin 1 5C7, aagc de 85 ans deux mois.

18. Anne, issu de l'illustre maison de Montmorency, fut premièrement élevé en la maison de Longueville, et baillé par le Roy LouysXII ù François l, lors ducd'Angoulesme, pour luy servir d'enfant d'honneur, et fut Lieutenant de la compagnie de cent hommes d'armes du s' de Boisy,Grand-Maistre de France, qu'il conduisit en Italie, lors de l'entreprise de Milan, où il donna preuve de sa vertu, et en la journée contre les Suisses S Marignan. Il fut, ensuite de ce, Gouverneur de Novare et CapitainLde cent gentilhommes de la maison du Roy. Le Roy Henry VI II d'Angleterre l'honora de l'Ordre de la Jarretière; il combatif en duel le comte d'Egmont au siège de Mésiëres. 11 fut Mareschalde France, 1324, et à la journée de Pavieil fut pris prisonnier, et de la il fut Grand-Maistre de France et Gouverneur général du Languedoc, et depuis Lieutenant général du Roy deçà et delA les monts, et entîn Pair et Connestable de France. Il appaisa les troubles survenus en Guicnnc,c[ notammenlA Bordeaux; il a conquis Met! etToul en Lorraine à ccste Couronne, et plusieurs autres places, et, pour couronner sa gloire, après avoir assisté i plusieurs batailles et sièges de villes, il fut

Sdo PIERRE DE L'ESTOILE 1600

blessé à la bataille de S. Denis, en novembre iSôy, dont il mourut à Paris, trois jours après, aagé de plus de 80 ans.

29. Jean de la Valette, autrement dit Parisot, Chevalier de S. Jean de Hiérusalem, François de nation, après le décezdedom Jean Oméga, Espagnol, fut esleu Grand-Maistre de l'Ordre, duquel la mémoire sera tousjours célébrée entre les Chrestiens, pour avoir très-vaillamment soustenu, par plus de six moys, avec peu de forces, le siège que mit devant Tlsle de Malte Dragut Rays, par le commandement du Sultan Soliman, accompagné de cent mille hommes, qu'il fut contrainct de lever, à sa honte et confusion, ayant perdu environ trente mil Turcs, en aoust i565. Ledit Grand-Maistre, après avoir faict réparer et fortifier la ville de Malthe et autres places de Tlsle, décéda sur la fin de Tan x 569.

30. Timoléon de Cossé, sieur de Brissac, fils de Charles de Cossé, Mareschal de France, fut en son enfance instruit aux bonnes lettres par le docte Buchanan, Escossois, et, dès Taage de 16 ans, il se trouva au siège de Bourges, estant Colonnel des vieilles bandes de Piedmont ; il fut employé au recouvrement du Havrede Grâce contre les Anglois, et, après TÉdict de pacification, il fut envoyé en Angleterre pour £aire jurer la paix à la Royne. Ayant eu nouvelle du siège de Malthe, en l'an i565, il s'accompagna de cinq cens braves gentils-hommes et de plusieurs bons soldats de pied, et y alla, en intention de secourir les assiégez, mais, trouvant le siège levé, il passa en Hongrie, où il séjourna quelques temps avec l'empereur, et à son retour il se trouva à la bataille de S. Denis, depuis au siège de Lusignan et à la bataille de Bassac, et enfin au siège de Mussidan, en l'an 1 569, il fut tué d'un coup d'arquebusade, en la fleur de sa jeunesse, n'ayant lors que 23 ans.

3 1 . François de CoUigny, sieur d'Andelot, fils puisnè de Gaspard de CoUigny, Mareschal de France sous le Roy François I, sieur de Chastillon sur Loing, commença à acquérir de l'honneur par les armes, au siège de Landrecy, 1 543, et depuis en EIscosse, incontinent après le sacre du Roy Henry II, où il fut envoyé en qualité de Colonnel de l'infanterie françoise. 11 fut aussi un de ceux qui soustindrent avec tant de valeur l'effort de l'Empereur Charles V, assiégeant la ville de Metz, et qui conservèrent leur nouvelle conqueste. 11 se trouva au siège et prise de Calais, et aux prises des villes et places conquises es Pays Bas, et à la bataille S. Quentin. Après le dècez du Roy Henry II, il fut un des chefs de Tarmèe des prétendus Réformez, et se trouva à la bataille S. Denis, au siège de Chartres, à la journée de Bassac, et enfin mourut Tan xSôg, au moys de may, dans la ville de Xainctes, et fut surnommé le Chevalier sans peur.

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3i. Louys de Birague,Milanois, fils de César de Birague et de Françoise de la Tour, au commencement des guerres de Piedmont, fut Lieutenant colonnel du sieur Marc Antoine Cusan, son beau-frâre, qui suîvoit te party du Roy François I contre l'Empereur, et depuis fut Colonnel de deux raille hommes de pied. U fut Gouverneur de la ville de Sainci Jaco. qu'il garda vertueusement contre le camp de l'Empereur Charles V, conduit par le Duc d'Albe. Il fut choisi par le S' de Brissac pour l'entreprise faicte sur le chasteau de Milan, et enfin, après avoir faict fort long-temps service à ceste Couronne, il mourut Q Saluées, Lieutenant pour le Roy delà les monts, l'an iSyi, aagé de 63 ans.'

33. Gaspard de Colligny, sieurde Chastillon, frère aîsné du sîeur d'Andelot et du Cardinal de Chastillon, pour l'un des premiers exploits de ses armes, reçcut une arquebusade en la gorge, au siège de Bains, l'an [343. Depuis il fut au siège dcCarignan etï la bataille de Cerisoles, et, pour tenir en bride les An^lois qui estoient dans Boulogne-sur-Mcr, il dressa un fort, en l'an 1 54S, qui les gehenna extrêmement. Il fut un de ceux qui soustindrcnt le siège de Metz, et après icetuy il fust faict Admirai de France, l'an r 55i, et Lieutenant du duc de Vendosme en Picardie. A la journée de Sainct-Quentin, il fut prisonnier. Après le liécez du Roy Henry II, il fît paroistre qu'il estoit homme de grande entreprise, car, estant l'un des principaux chefs des prétendus Réformez, il se saisit de la plupart des bonnes villes du Royaume et prist les resnes du gouvernement militaire, et se trouva en toutes les batailles et expéditions de guerre si amplement descritcs par nos histoires. Enfin, en aoust iSjï.il fut tué â Paris, le jour S. Barthélémy.

34. Biaise de Montluc, natif de Gascongne, par sa vaillance et adresse au faict des armes, de simple Gentilhomme a mérité d'estre Mareschal de France et Lieutenant du Roy, n'y ayant eu aucunes batailles, rencontres mémorables, entreprises, assaut!, prises et dcfences de villes, depuis 1S21 jusques en l'an 1571,011 il ne se soit trouvé, ayant reçcu à diverses fois 14 blessures. Les historiens de nostre temps en font foy, et mesmes les Commentaires qu'il a escriis en l'aage de 75 ans. Somme, il a servy fidetlement cinq Roys, François 1, Henry II, François 11, Charles IX et Henry III, et est décédé l'an iS??, aagé de 77 ans, ayant immortalisé sa mémoire par ses actes généreux, comme aussi a faict son frère, Evesquc de Valence, par sa doctrine, éloquence et bon conseil.

35. PhilippesStrozzi, fils de Pierre Strozii,Mareschalde France, nasquit à Venise, l'an 1541, et, en l'aage de 7 ans, il fol amené en France, ofi il fut nourry en l'exercice des lettres et des armes.

Il apprint les rudiments de la guerre, en l'aage de 1 5 ans, soas ce grand guerrier Charles de Cossé. Il fut depuis au si^e et prise de Calais et de Guines. Après le décez du sieur d'Andelot, il fut Colonnel général de Finfanterie françoise, et le Roy Henry III, instituant l'Ordre du S. Esprit, le choisît des pre* miers pour estre Chevalier. Enfin il fut esleuchef de Tannée de mer qui fut dressée pour le secours de Dom Antoine, Roy de Portugal, composée de 55 voiles et 32 enseignes de gens de pied; et, s*estant mis sur mer, il tomba entre les mains de l'Espagnol* qui le fit tuer de sang froid, et mourut le 28 juillet i582y aagé de 41 ans.

36. Jacques de Savoye, duc de Nemours, fîlz de Philippes de Savoye, comte de Genève, et de Charlotte d'Orléans, de la maison de Longueville, fut très belliqueux, de grand entendement et prudence au faict de la guerre, comme il a monstre par effect durant les guerres du Roy Henry II contre l'Empereur Charles V et son filz le Roy d'Espagne, et du temps des guerres civiles pour le faict de religion. Il a esté Gouverneur de Lyon, où il s'est comporté si vertueusement qu'il en a esté aymé et admiré des habitans de la province; mesmes il a esté Lieutenant général du Roy au Lyonnois, et a esté chef et conducteur d'armée, en Tan 1569, pour empescher le passage en France au comte Palatin, Duc des Deux Pontz. Finalement, après beaucoup de services faicts à la Couronne, il mourut l'an 1 583.

37. Guy, comte de Laval, issu d'une des plus nobles et anciennes familles du Royaume, dont y a eu des Connestables, Admiraux et Mareschaux de France, estoit né pour des choses grandes, si la mort par trop hastive ne Teust si tost mis au tombeau : car il mourut en sa jeunesse, au moys d'avril i586, du regret qu'il conceut de la mort de ses trois frères puisnés, les sieurs de Sailly,dc Tanlay et de Rieux, deux desquels, peu de jours auparavant, moururent des blessures qu'ils reçeurent de la défaicte du régiment de Tiercelin en Xaintonge, où ledict sieur de Laval fit des vaillances incroyables, et le sieur de Tanlay estoit naguères décédé à S. Jean d'Angely. Hz sont tous quatre inhumez au chasteau de Taillebourg.

38. Anne de Joyeuse, iilz de Guillaume, vicomte de Joyeuse, Mareschal de France, fut pour ses mérites tellement aymé par le Roy Henry III qu'il le fit son beau«frère, luy faisant espouser la sœur de la Royne Louise de Lorraine, puis érigea la vicomte de Joyeuse en duché, luy bailla Testât d'Admiral de France et le gouvernement de Normandie; enfin il le fist son Lieutenant général en l'armée de Poictou, où il alla accompagné d'une belle noblesse, et y mourut à la journée de Coutras, en octobre 1 587, et, son corps estant apporté en la ville de Paris, on lui

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fit des obsèques aussi magnifiques qu'à un des Enfans de France ou au premier prince du sang.

39. Henry de Bourbon, filsaisnéde Louys,prmcedeCondé,qui fol tué à la journée de Bassac, et de Léonor de Roye, comtesse de Roussy, fut prince trts illustre, non seulement pour son incomparable vaillance, singulière expérience au faict des armes et sage conduite requise en un parfaict capitaine, mais aussi pour sa magnanimité, clémence, libéralité, et autres vertus. 11 reçeut, à la bataille de Couiras, un coup de lance au costé, qui, l'ayant engagé sous son cheval, causa tel préjudice à sa santé, que, le 5 mars i588, il mourut d'une forte maladie d'estomach et d'une difficulté de respirer, laissant Charlotte Catherine de la TrimouiUe, sa femme, enceinte de Henry, son fils posturae, dont elle accoucha le 1" septembre ensuivant, qui, pour la grande promptitude et vivacité de son esprit, bonté de sa mémoire, courtoisie, docilité et gentillesse de mœurs, donne à un chascun espérance d'égaler, voire de surpasser en vertu et générosité ses prédécesseurs.

40. Henry de Lorraine, fils de François de Lorraine, duc de Guise, et d'Anne d'Esté, de la maison de Ferrarc, fut pourveude Testât de Grand-Maistre de France après le décei de son pÈre, aux vertus et vaillance duquel il a succédé, comme il a faict paroisire au siège de Poictiers, qu'il défendit si vertueusement, en l'an 1S69, avec le duc de Mayenne, son frère; puis après, en la défaicte des Reistres conduits par le sieur de Thoré, 1S75, et encores mieux en une seconde défaicte merveilleuse d'une puissante armée d'Allemans \ Auneau, en Beausse, en novembre 1 387, lesquels eiploitz sont plus que suffîsans pour éterniser sa mémoire. Mais, par un malheureux désastre, il tinii ses jours d'une mort violente, en la ville de Blois, le a3 décembre 1 588, en suite de laquelle on a veu depuis de très grandes révoltes qui ont presque ruyné de fond en comble Testai de ceste ancienne Monarchie.

41. Bernard de Nogaret, sieur delà Valette, esioit issu delà famille de Guillaume de Nogaret de Sainct Félix, du pays de Languedoc, homme de grand savoir, d'extrême hardiesse et de grande entreprise, qui fut Chancelier de France du temps du Roy Phitippes le Bel et de son (ils Louys Huiin. 11 a esté un des plus valeureux gentilz-hommes de son temps et a faict de grands services aux Roys Charles IX, Henry 111, et au Roy Henry 1111. Son défunct père estoic chef.enl'an i5C»,de iS cornettes de cavalerie, avec lesquelles il se présenta au siège de Chartres pour secourir les assiégez, et assista au siège de la Rochelle, en l'an 1573. Il a faict de grands faicts d'armes en Dauphinû et Provence, et meimes en une noUble défaicte des Suisses, qui fut

cause que, l'an i588, il fut pourveu de Testât d'Admiralde France, par la résignation du duc d'Espernon, son frère, et est décédé en février 1592.

42. François de la Nou6, natif de Basse Bretagne, s*est rendu admirable, tant par la cognoissance des bonnes lettres que par le maniement et expérience des armes, et a rendu preuve de Tun et de l'autre, comme tesmoignent ses Discours politiques et militaires et les Observations qu*il a faictes sur plusieurs choses advenues aux trois premiers Troubles; aussi, que les Histoires de nostre temps font foy qu'il s'est trouvé aux batailles de Dreux, de S. Denis, de Bassac et de Moncontour, et aux sièges et prises de plusieurs villes; et ,depuis que le Roy Henry II H est parvenu à la Couronne, il a grandement faict paroistre sa valeur et grandeur de courage, sçavoir : au secours qu'il donna à Senlis assiégé par le duc d'Aumale, à la bataille d'Ivry et au siège de Paris; et finalement il est mort pour le service du Roy, lorsqu*il assiégeoit la ville de Lambale en Bretagne, en Tan iSgi.

43. Arman de Gontaut de Biron fut faict Mareschal de France, l'an 1 577, par le décez du S' de M ontluc. Aussi se ressembloientils en vaillance et générosité, estans tous deux Gascons et tous deux parvenus aux estats et honneurs mditaires par mesmes dégrez, et s*estant tous deux trouvez à toutes les journées, rencontres et sièges mémorables qui ont esté depuis qu'ils ont esté capables de porter les armes. Il a esté au siège de Chartres, en l'an i568; de Poitiers, en l'an 1569; à la bataille de Moncontour, au siège de la Rochelle, et, toutesfois et quantes qu'on a fait la guerre aux prétendus Réformez ; mesmes contre les Allemans, à Auneau, en Beausse, il a fait de grandes prouesses. De son temps, estant advenue la révolte des principales villes du Royaume et de la pluspart des subjects du Roy, il a esté l'un de ceux qui a le plus travaillé à maintenir ledroictde Sa Majesté. Les journées d'Arqués et d'Ivry, et les sièges de Paris, de Rouen et d'autres villes, en font foy. et la prise de Clermont et Beauvoisis; et, estant décédé, en l'an 1392, au siège d'Espernay, il a eu cest heur, que son fils, succédant h sa qualité de Mareschal de France en la fieur de son aage, et, à sa générosité, a parachevé par ses héroïques exploits ce qu'il avoit si bien commencé, ayant esté l'un et l'autre des principaux restaurateurs de cest Estât.

44. Anne d'Anglure, sieur de Givry, fils de celui qui fut tué combatant valeureusement pour le service du Roy, en Tan 1 562, à la bataille de Dreux, a monstre qu'il n'estoit moins vaillant ny moins affectionné au service de son Prince que son père. La fuite du duc d'Aumale et de ceux qui assiégeoient Senlis, en l'an 1589, et les batailles d'Arqués et d'Ivry, où il commandoit à une trouppe de Chevaux légers, en rendent une suffisante

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preuve, comme aussi tes sièges de Paris, de Corbeil, de Noyon, de Rouen, de Chartres, Ue Dreui et Je Laon, auque! il fut tue en l'an i5(i4, ayant quelque temps auparavant espousé la filie du Chancelier de Chyverny, veufve du marquis de Neesle, qui estoil mon de la blessure qu'il nvoit reçeue ù la journée mémorable d'Ivry.

45. Louys de Gonzague, duc de Nevers, issu de l'illustre maison des Ducs de Mantoue, en Italie, de par sa femme, lîlle aisnée de François de ClÈves, esi parvenu au duché de Nivernois et autres grandes seigneuries, et, en continuant la générosité et vaillance de ses prédécesseurs, a faict de signalez services a ceste Couronne. Il fut, en l'an 1 573, au sicge de la Rochelle, et en l'année i588, Lieutenant général du Roy en l'armée de Poictou, où il prit de force Maulcon et Montago, et l'année suivante la Ganache. Incontinent apràs la conversion du Roy Henry IIII, il fut envoyé ï Rome, i593, pour rendre, au nom du Roy, l'obéyssancc au Pape Clément Vil!, et, estant de retour, il asseura, en l'an iSgS, la Picardie, et fortifia Amiens, Corbie et S. Quentin, estonnces de la puissante armée conduite par le comte de Fuentis pour le Roy d'Espagne, et mesmes envoya avec de belles troupes son fils unique, le duc de Retelois, dans Cambray. Mais, quelque temps après, il mourut, fasché, d'une part, de la perte de la ville, qui s'esioit rendue à l'Espagnol, et, d'autre part, content de ce que son fils s'cstoit monstre si vaillant en la conduite du secours qu'il y avoîi jette et de ce que le Pape avoic donné sa bénédiction au Roy.

46. François d'Espinay, sieur de S. Luc, sera a jamais recomroandable à la postérité, à cause de sa valeur, grandeur de courage et dextérité au faict des armes. Le Roy Henry 111 lui donna le gouvernement de Bro'ùage, cl le Roy Henry IIII le fît son Lieutenant général en Bourgogne, en l'année i5r)2, et, après le décez du sieur de la Quiche, il fui Grand-Maistre de l'Artillerie de France. 11 avoit espousé Jeanne de Cossé, fille de Charles, Mareschal de Brissac, et, après son trespas, il composa des Regrets funèbres sur sa mort, en vers fran;ois, esqucls II a monstre la gentillesse de son esprit et lesmoigné qu'il n'estoii moins sçavant que vaillant. Estant au siège d'Amiens, le 5 septembre 1597, il fut tué dans les tranchées, et obtint ce grave et digne tesmoignage de sa valeur, par la bouche de Sa Majesté, d'avoir, ce jour-ia, perdu un très vaillant et très tiJèle serviteur; et tout le camp déplora ceste perle commune i toute la France, comme d'un des plus braves capitaines de son siècle et des plus signa* lez gentils-hommes du Royaume.

47. Robert Gaguin, dés son jeune aagc, fit profession de l'Ordre des Mathui'ins, en Picar^lic, et, estant venu esiudier à Paris, il

fut Docteur en Décret, et esleu Général de son Ordre Fan 1473. Les Roys Charles VIII et Louys XII Tavoîent en telle réputation, qu'ils Tont envoyé par diverses fois en ambassade, tant en Italie, vers le Pape et les Florentins, qu'en Angleterre et Allemagne. Il a escrit l'Histoire de France et autres livres. Il mourut le 22 may i5oi, et est enterré en l'Eglise des Mathurixu de Paris, la nef de laquelle il avait faict parachever, et bastir le Cloistre, et dresser la Bibliothèque.

48. Georges d'Amboise, fîlspuisné de Pierre d'Amboise, Cluuih bcllan du Roy Louys XI et d'Anne de Bueil, de la maison de Sancerre, avoit une gentillesse d'esprit admirable, et une prudence incroyable, qualitez qui le firent aimer au Roy Louys XII, de sorte qu'il le fit son Lieutenant général delà les monts. Le Pape Alexandre VI luy envoya, en l'an 1499, le chappeau de Cardinal, et. Tannée ensuivante, il le fit L^t en France pour 18 mois, et avoit tel crédit envers les Cardinaux, qu'après le décez d'Alexandre, ils l'eussent esleu Pape, n'eust esté Tempeschement que luy donna le Cardinal Ascagne Sforce, qu'il avoit délivré de prison. Il appaisa une grande sédition qui s'esleva en l'Université de Paris, esmeue contre le Chancelier de France Guy de Rochcfort. Il fut Archevesque de Narbonne, et puis de Rouen, où il procura l'establissement du Parlement qui y est. Estant Légat, il réforma les Quatre Mendians, et mourut en l'an i5o9.

49. Charles, Cardinal de Lorraine, fils puisné de Claude de Lorraine, duc de Guise, et d'Anthoinette de Bourbon, fut, dès l'aage de six ans, instruict aux lettres et disciplines, oii il profita tellement, qu'il a esté l'un des plus doctes prélats de nostre temps et doué d'un esprit esmerveillable en toutes choses. Cest pourquoy le Roy Henry II le fit chef de son Conseil privé. Il fut archevesque et duc de Rheims dès l'aage de 14 ans. Il a prcsché publiquement plusieurs fois en la présence de Henry II, François II et Charles IX, et sont imprimées deux de ses harangues remarquables : entre autres, l'une qu'il fit au Colloque de Poissy, i56i, et l'autre au Concile de Trente, i562. Il mourut à Avignon le 26 décembre 1 574, aagé de 49 ans et 10 mois, et est inhumé en l'Eglise cathédrale de Rheims.

50. Charles, Cardinal de Bourbon, fils puisné de Charles de Bourbon, duc de Vcndosme, et de Françoise d'Alençon, fut prince plus apte pour la paix que pour l'art militaire : aussi fut-il destiné à l'Eglise, pour le régime et gouvernement de laquelle il sembloit estrc né. U fut Cardinal, estant encore jeune, puis Archevesque de Rouen et Abbé de S. Germain des Prez lez Paris. Il a fondé une belle Chartreuse à Gaillon, et un collège pour les Jésuites à Paris, rue S. Antoine. Parce qu'aux derniers troubles on se servoit de son nom, il fut

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mis en seure garde A Blois, puis conduit à Chinon, et finalement à Fontenay-!e-Coratc, en Poiciou, auquel lieu, accablé de malaJie et de vieillesse, il mourut, en l'an 1 390, lors du siège de Paria, aagé de 07 ans ou environ.

5i. Odet de Colligny, fils de Gaspard de Coliîgny, Mareschal de France, et frère de Gaspard et François de Colîigny, fut dédié à l'cstat ecclésiastique dès sa jeunesse et fut pourvcu de l'évesché de Beauvais. En l'an i533, lorsque le Pape Clément VII vint à Marseille pour le mariage de Catherine de Médicis, sa niepce, il fut créé Cardinal, et depuis fut Archevesque de Tolose. Il assista au Colloque de Poissi, en l'an i3ûi. Mais, ayant changé de religion, il porta les armes, et enfin se retira en Angleterre, où il décéda, en l'an j 37 1 , lorsqu'il brassoit le mariage de Henry 111, lors duc d'Anjou, avec la Royne Elisabeth.

53. René de Girague, Milanois, lils puisné de Galéas de Biraguc et de la tille de Théodore Trivulce, Mareschal de France, fut instruict aui bonnes lettres, ci par dégrez est parvenu à Testât de Chancelier de France. Il fut premièrement Conseiller au Parlement de Paris, puis Maistredes Requestes, Premier Président a Thurin et Ambassadeur pour le Roy au Concile de Trente, et vers l'Empereur, et, à son retour, i! fut Gouverneur de Lyon, et enfin Garde des seaux et Chancelier, et, après le décez de sa femme, il fut Evesque de Lavaur et Cardinal, et mourut à Paris, le 14 novembre 1 333, âgé de 76 ans, et est enterré, avec sa femme, â S. Catherine du Val des Escolliers.

53. Pierre d'Epinac, issu de la noble et ancienne maison d'Epinac en Forest, et, de par sa mère, de l'illustre famille d'Albon de S. André, fut Archevesque et Comte de Lyon et Primat des Gaules. Le Roy Henry III l'ayant ouy haranguer pou r le Clergé, aux Estais de Blois de l'an t37t>, commenta â en faire grand estât et ik l'aimer, pour l'avoir recogneu l'un des'plus dignes prélats de son ordre, d'un esprit prompt et vigoureux, et d'une éloquence admirable; se souvenant que. toutes les fois que ce torrent de paroles et de raisons se desbordoit sur quelque matière, il cmportoit toutes les voix de son Conseil. Et s'il ne se fust embrouillé dans le pariy de la Lygue, vraysemblablement le Roy luy eust donné la garde de ses Seaux de France, et luy eust procuré un chapeau de Cardinal. 11 mourut à Lyon en l'an 1600, et luy a succédé, à l'Archevescbé, le hls de M. de Bellièvre, très digne Chancelier de France.

54. François de Faucon, natif de Monipellier, fils de Falcodc Falconi et de Charlotte de BuccUi, nobles Florentins, desquels les prédécesseurs se retirèrent de Florence, à cause des grandes esmotions de laRépublique, et s'habituèrent en Languedoc et en Provence, fut personnage d'excellent et rare esprit, et d'une

mémoire admirable, qui luy demeura entière jusques à Textrême vieillesse de 81 ans. Il fut, dès sa jeunesse, employé en de grandes négociations par le Roy François I et les Papes LéonX et Clément VII. Il fut Evesque d'Orléans, où les marques de sa piété et libéralité se voyent encores aux ruines de l'une des voûtes qui restent de TEglise de Saincte Croix. Depuis, il a esté Evesque de Carcassonne, où il décéda en septembre 1 565. Son nepveu et héritier Claude de Faucon, sieur de Ris, mérite d'estre inséré en ce lieu, lequel ayant esté Conseiller au Parlement de Paris, depuis Président aux Enquestes, et enfin Conseiller d'Estat et Premier Président de Bretagne, après avoir fidèlement servy les Roys Charles IX, Henry III et IIII, mourut à Paris, le 29 septembre 1601, aagé de 65 ans.

55. Guillaume Viole, Parisien, issu de la noble et ancienne famille des Violes, fut premièrement Conseiller d'Eglise au Parler ment de Paris, qu'il exerça si long temps, qu'il parvint à la Grand' Chambre, puis, par la résignation d'Eustache du Bellay, il fut pourveu de l'Evesché de Paris, où il fist son entrée le 18 de mars 1 565, après avoir esté sacré ; mais il en jouit fort peu, et n'eut quasi le moyen de faire paroistre combien il estoit digne de ceste charge, parce que, dès le 4 de may 1567, il mourut et fut enterré en l'Eglise de Nostre Dame, cathédrale de son Evesché. Je ne puis en ce lieu oublier le docte Abbé de S. Euverte d'Orléans, qui estoit son cousin germain paternel, prélat duquel la mémoire durera éternellement, pour la parfaite cognoissance qu'il avoit des langues, sanctifiées en l'arbre de la Croix, et pour son érudition singulière et science astrologique qui le rendoient admirable envers les plus doctes.

56. Jean de M orvillier, Evesque d*Orléans, natif de Blois, issu de la famille de Philippes de Morvillier, qui fut Premier Président au Parlement de Paris dès l'an 1420, et de Pierre de Morvillier, Chancelier de France en l'an 1461, a esté en très grande estime et réputation vers les Roys François I, Henry II, François II, Charles IX et Henry III, et employé par eux aux traictex d'importance, accords et pacifications de ce Royaume; aussi estoit-il pourveu d'une rare doctrine, d'un merveilleux jugement et d'une longue expérience au maniement des affaires de i'Estat. Il mourut à Tours, le 23 octobre 1577, aagé de 70 ans, et est inhumé dans l'Eglise des Cordeliers de Blois, ayant esté quelque temps Garde des seaux.

57. Jacques Amiot, de Melun, fut choisi pour estre précepteur des Enfans de France, fils du Roy Henry II, lesquels, estant parvenus successivement à la Couronne, ont grandement honoré et rccogncu ses mérites, l'ayant faict pourvoir des Abbayes de Bcllozane et de S. Corneille de Compiégne, de i'EVesché

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d^Auzerre et de Testât de Grand-Ausmonier de France. La renommée de ce prélat est espandue par tous les lieux où la langue Françoise a cours, et est réputé le plus sçavant et plus fidèle traducteur des livres grecs en nostre vulgaire, qui ait esté, et spécialement des œuvres de Plutarque, qu'il a faict parler françois, et par ce moyen il a grandement embelly et enrichy nostre langue, et plusieurs doutent si Plutarque parle mieux, en sa langue, par la douceui; de la Grèce que par la grâce d'Amiot, en françois. Il est décédé audit Auxerre, Tan 1 592.

58. Nicolas de Thou, fils puisné d'Augustin deThou, Président au Parlement de Paris, et de Claude de Marie, fut Conseiller audit Parlement, et depuis Evesque de Chartres, lequel a esté si soigneux du salut du peuple qui luy estoit commis, qu'il a composé un juste volume d'Instructions pour Tintelligence et usage des Sacremens de l'Eglise, et, sur le déclin de son aage, il a eu cet heur qu'en février 1 594 il a oint et sacré le Roy Henry IIII en la ville de Chartres, et a veu que, depuis ce sacre, toutes les villes et subjets révoltez se sont remis, comme par miracle, en peu de temps, en l'obeyssance de sa Majesté, tout ainsi qu'il advint du temps de Charles VII, après qu'il eut esté oingt à Reims par Arnaud de Chartres, Arche vesque de Reims et Chancelier de France.

59. Claude Despence, natif de Chaalons en Champagne, issu de noble famille, tant de l'estoc de son père que de sa mère qui estoit des Ursins, après avoir esté instruict es disciplines et sciences humaines, s'adonna à la Théologie, en laquelle il fut excellent Docteur. Il estoit très fameux Prédicateur, et a esté appelé par les Roys Henry II, François II et Charles IX, aux assemblées qui ont esté faictes à Melun, à Bologne, à Orléans et à Poissy, pour composer les dlfiférents sur le faict de la Religion. Il a composé plusieurs escrits de sa profession, en latin et en françois, et mourut à Paris, le 5 octobre 1571, en l'aage de 60 ans, et est enterré en TEglise de S. Cosme.

60. Jacques de BiUy, issu de la noble maison de Prunay, nasquit à Guise, lorsque son père Loys de Billy, puisné de Courville, commandoit pour le Roy, en l'an i535. Il estoit homme très docte en Hebrieu, en Grec et en Latin, et a traduit plusieurs livres grecs et latins, entre autres les œuvres de ce grand Evesque et Théologien S. Grégoire de Nazianze. 11 a esté abbé de S. Michel en l'Her, près La Rochelle, et estoit frère de Jean de Billy, autrefois prieur de la Chartreuse de Gaillon. Il mourut à Paris, le jour de Noël i58i, et est inhumé dans l'église S. Séverin.

Gi. Gentian Hervet, natif d'Olivet, près la ville d'Orléans, estoit Docteur en théologie des plus renommez de l'Université de

Paris, et chanoine en i*Eglise Cathédrale de Rheims, lequel a composé plusieurs livres de sa profession et en a traduit de grec en latin, et de latin en nostre langue, et, entre autres, les 33 livres de la Cité de Dieu de S. Augustin, avec le Commentaire de Louys Vives. Il décéda en l'aage de 85 ans, et est enterré audit Rheims.

63. François Olivier, Parisien, fils de Jacques Olivier, Premier Président au Parlement de Paris, fut, pour sa sufiisance et mérite, fait Chancelier par le Roy François I en l'an 1 545, et il monta à cet estât par les grands dégrez du Palais : car il fut premièrement Advocat au Parlement, depuis Conseiller, par après Président, Ambassadeur, et Chancelier d'Alençon, et enfin Chancelier de France. II mourut à Amboise,ran 1 56o, le 3o mars, et est enterré à Paris en l'Eglise de S. Germain.

63. Michel de THospital, natif d'Auvergne, fut subrogé au lieu dudit deffunct Olivier. Il fut premièrement Auditeur de la Rote a Rome, et, s'estant retiré en France, il fut Conseiller au Parlement de Paris, depuis Surintendant de la Chambre des Comptes, puis après Chancelier de Madame Marguerite, Duchesse de Savoye, et finalement Chancelier de France. Outre qu'il estoit très savant jurisconsulte, philosophe et orateur, il avoit acquis une perfection de composer toutes sortes de poésies latines fort élégamment. Il mourut, aagé de 68 ans, en mars 1 573.

63. Philippcs Hurault, comte deCheverny, issu d'une noble et ancienne maison de Bretaigne, estoit homme de grande conduite, sçavoir et expérience aux aôaires d'Estat, qualités qui l'ont élevé à ce souverain faite et comble d*honneur, qui est d'avoir eu la garde des Seaux de France. Après le décez du sieur Cardinal de Birague, il fut Chancelier en chef, et Chancelier pareillement des deux Ordres du Roy, auxquels estats, durant l'orage des troubles derniers, il s'est si prudemment gouverné, qu'en mourant il a acquis le tiltre d'un des plus sages et advisez personnages de son siècle *.

65. François de Montholon, aisné de la famille des Montholons de Bourgongne, originaire de l'ancienne ville d'Authun, fut premièrement Advocat célèbre au Parlement de Paris, après Advocat du Roy en l'an i533, puis Président en ladite Cour, et enfin Garde des Seaux de France, lorsque le procès fut £aict au Chancelier Poyet, et mourut l'an 1544'.

66. Gilles le Maistre, Parisien, surnomme Magistri, ayant esté advocat fameux au Parlement de Paris, fut en l'an 1540 Advo-

1. LEstoile a écrit à la suite et en marge : auquel les œuvres se voient sur les notaires, comme celles de son prédécesseur sur les libraires, a . LEstoile a écrit ici : il estoit père de ma mère.

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cat Général, qu'il exerça dix ans avec grande réputation ; puis, en l'aa i55i, lorsque Pierre Bertrandi eut la garde dei Seaux de France, il fut Premier Président audit Parlement, plein de piété, doctrine et intégrité. H mourut audit Paris (1 b6i), et est enterré en sa chapelle aux Cordelîers.

67. ChristofledeThou, Parisien, seigneur de Celi, fils d'Augustin de Thou, Président au Parlement de Paris, et de Claude de Marie, ayant, dés son retour des estudes de Droict, esté advocal fameux audit Parlement, succéda à Testât de son delfuni père, et, après le décez de Monsieur Magistri, en décembre i563, fut pourveu de l'ofKce de Premier Président, qu'il a iras dignement exercé durant les guerres civiles jusques au i" de novembre tS8a, auquel jour il décéda, aagé de 74 ans, et esc enterré en sa chapelle en l'église de S. André des Arcs. Il fut aussi Chancelier de feu M. le Duc d'Anjou et de Brabant. 11 avoit l'esprit fort vif, prompt et vigilant, avec une gravité modeste; il faisoit plaisir â tous et avoit le public en irès grande recommandation. Il a laissé des enfans et gendres, héritiers de sus rares vertus et de ses honneurs, ensemble de sa doctrine incomparable.

68. Chnsiofle de Harlay, Parisien, extraict de noble et ancienne race, fut Conseiller au Parlement de Paris, et depuis l'un des quatre Présidents de la Cour : auquel estât il a vescu en telle intégrité, et rendu avec tant d'égalité la justice à un chacun, qu'il a laissé a tous, en mourant, une sauefvc odeur de sa vie; ei, son tils aîsné ayant succédé i sonest^t et â ses vertus, il les a tellement accruSs que, pour le respect d'icelles, l'an iSSa. le Roy Henry III le fit chef de son Parlement, où il s'est comporté si dignement, mesmes au plus fort de l'orage des troubles derniers, que le Roy à présent régnant s'est autant, par sa justice, conduite par un tel chef, falct craindre et redouter à ses sujets révoltez, qu'aux estrangcrs par sa valeur incomparable.

60. Pierre Seguicr, Parisien, mérite d'estre grandement recommandé pour son scavoir, éloquence, bonne vie, et autres perfections qui estoient en iuy. Ayant plaidé long temps pour les parties au Parlement, il y fut Advocat du Roy l'an 1 55o, et enfin Président- Il décéda en l'aage de 76 ans, en ]58o, le 1 5 d'octobre, et est inhumé en sa chapelle, à S. André des Arcs. Il a veu tous ses enlans, imitateurs de sa vertu, pourveus de grands estais, de son vivant, et de présent il y en a deux dignes Présidents de la Cour.

70. Guy du Faur. sîeur de Pibrac, fils d'un Président du Parlcm<;nt de Tholose, fut premièrement Conseiller au Grand Conseil, et Juge Mage audit Tholose. Il fut Ambassadeur pour le Roy Charles IX au Concile de Trente, où il fit paroistrelcs forces de son éloquence, qu'il avoit apprise de Pierre Bunel, son

Sya PIERRE DE UESTOILE 1600

précepteur, et depuis en l'exercice de Testât d*Adyocat Général au Parlement de Paris , et au voyage qu'il fit par deux fois en Pologne, et à son retour fut Président de la Cour et Chancelier de feu M. le Duc d'Anjou : peu au paravant lequel il décéda en Pan 1 584. Charles Paschal, naguères Advocat du Roy au Parlement de Rouen, a amplement descrit sa vie en langage pur romain.

7 1 . Jean de la Guesle, sieur de la Chaux, Auvergnac, fils du Gou* verneur du Comté d'Auvergne , ayant esté premièrement Conseiller au Parlement de Paris, fut pourveu de Testât de Premier Président du Parlement de Bourgongne à Dijon, où il se gouverna avec tant d'honneur et de réputation, qu'après le décex de Monsieur Bourdin, en Tan i Syo, le Roy Charles IX iuy confia la charge de son Procureur Général au Parlement de Paris, au grand regret des trois Estats de Bourgongne, lesquels, par leurs députez, firent en vain supplier le Roy de ne leur ester leur Président, auquel ils offrirent bailler sur la province dix mil livres de pension, outre ses gages et pensions ordinaires. Elstant la Bourgongne sur le poinct de se remuer, il y fut envoyé par le Roy Henry III , où il assoupit par sa dextérité le feu de la division qui s*y allumoit. lia faict paroistre grandement sa vertu en Texercice de ce grand et important estât, et notamment aux Estats de Blois de Tan 1 579, et à l'Assemblée de S. Germain en Laye, et, s'estant démis d'iceluy en faveur de son fils aisné, en Tan 1 583, le Roy iuy donna un office de Président au mesme Parlement, qu'il a exercé six ans en toute intégrité; et enfin, regrettant le malheur de la France, lorsque la rébellion s'estendoit par les principales villes de ce Royaume, il mourut, Tan 1 589, en sa maison du I^ureau en Beausse, près la ville d*Espemon, et a laissé cinq enfans héritiers de sa vertu, le deuxiesme desquels est à présent très digne Archevesque de Tours, et le troisiesme, gentilhomme de singulière érudition et valeur fut tué, Tan 1 591, au siège de Dreux, sur un ravelin de la ville, qu'il avoit gaigné pour le Roy.

72. Barnabe Brisson, Poitevin, fils du Lieutenant de Fontenayle-Comte« fut dès sa jeunesse Advocat au Parlement de Paris* où il donna en peu de temps preuve de sa rare doctrine et suffisance; et, y ayant demeuré assez longtemps, il fut pourveu de Testât d* Advocat Général audit Parlement, puis après de Président. Le Roy Henry III Tavoit en telle réputation, qu'il Tenvoyapar deux fois en Angleterre en qualité d'Ambassadeur, et, voulant faire réduire en un Code toutes les Ordonnances des Rois ses prédécesseurs, il Iuy donna ceste charge, dont il s'acquitta très dignement. Il a laissé plusieurs doctes escrits qui le rendront tousjours très recommandable à la postérité. Après la rébellion

lOoo BELLES FIGURES DE LA LIGUE IjZ

de Paris, il resta seul Président au Parkmcni, et les plus séditieux ne se pouvans persuader qu'un si grand personnage favorisasi il bon escieni leur party, ils le traisnèrent par force es prisons du Peiit Chastelct, It i5' jour de novembre 1 5^1, et là, sans cognoissance de cause, le firent mourir misérablement, au grand regret de tous les gens de bien et amateurs des lettres.

73. Jacques Paye, sieur d'Espeisses, Parisien, issu de noble et ancienne famille en Lionnois, de l'estoc de son parc, qui mourut Président aux Enquéries du Parlement de Paris, et du maternel, de celle des Viole, aussi des plus anciennes et mieux renommées de Paris, fut premièrement Conseilleraudit Parlement et Requestes du Palais, puis Maistre des Requestes de l'hosiel, pour recompense des signalez services faits au Roy Henry III, en son voyage de Pologne, ayant le premier apporté nouvelles de son retour et lettres de Régence â la Royne mère. Il fut Advocat du Roy audit Parlement (i38o), où ÎI fît paroistre la force de son é\0' quence et profond sçavoir, comme tesmoi^nent ses harangues imprimées. Il sceul prudemment s'eschapper de Paris avec le Roy son maistre le jour des Barricades, et l'assista si courageusement, que, le voyant abandonné de la pluspart de ses villes et subjets à ces grands sousievemens de Blois, il prit le timon en main avec un office de Président pour eittablir le Parlement â Tours, et y conduisit si bien les affaires, en ceste plus grande ardeur des troubles, qu'il rompit les premiers cfTorls de la Ligue ; de sorte que le Roy, qui sembloit le plus foible, parut en peu de temps au-dessus de ses ennemis, et aprÈs son funeste parricide, conserva tellement (bien que seul pour lors chef et Président audit Parlement), par les incomparables efforts de sa valeur, ladite ville de Tours, capitale de la province, et tout le pays d'aleaiour, en l'obéyssanee du Roy, succesr.eur, lors fort esloigné et renserré vers Dieppe, que peu après il y fut recogneu et receu très heureusement; et depuis, se trouvant au siège de Paris, l'an i5go, â la suite de son maistre, sembla que Dieu l'y eust appelé pour venir mourir à ses pieds, car, estant là atteint d'une fièvre mortelle, en l'aage de 46 ans, il se fit porter à Senlis, afin que, comme il avoit vescu constant et fidèle au service du Roy, il flnist ses jours en unt ville recommandée de pareille constance et fidélité, où i! fut enterré le 19 de septembre, et grandement regretté de Sa Majesté et de tous les bons François. 74. Jean Estiennc Duranti, fils d'un Conseiller ,iu Parlement de Tholose, fut Advocat des plus fameux dudit Parlement, depuis Advocat du Roy en l'an 1 568, et enfin premier Président en l'an i58i, qu'il exerça avec toute intégrité jusques au 10 février iSSg, qu'il fut malheureusement massacré par la populace rebelle dudit Tholose, parce qu'il estoit très fidèle serviteur du

Roy. Il a vescu 56 ans, et est enterré aux Cordeliers dudit lieu. Son livre De ritibus Ecclesiœ, imprimé à Rome depuis son décez par le commandement du Pape Sixte V, monstre suffisant* ment sa doctrine et de quelle religion il estoit.

73. Guillaume Budé, Parisien, homme de rare et prodigieuse érudition, par ses incomparables escrits en grec et en latin, a frayé aux amateurs des lettres le droict chemin pour parvenir à l'immortalité. Il a esté secrétaire du Roy, puis M aistre de la Librairie Royale et Maistre des Requestes. Il mourut à Paris le 25 d'aoust 1540, aagé de 73 ans, et est inhumé à S. Nicolas des Champs.

76. François de Montholon, Parisien, fils aisné de François de Montholon, Président et Garde des Seaux, ayant tous) ours fuy les estats et offices, fut, en Tan i588, au temps des derniers troubles, pour son intégrité de vie et sçavoir, choisi entre les Advocats célèbres du Parlement, par le Roy Henry III, pour estre Garde des Seaux de France, et mourut en ceste sublime dignité l'an 1 590 , en la ville de Tours , peu de temps après le décez du Roy son maistre*.

77. André Tiraqueau, natif de Fontenay-le-Comte en Poictou, et Lieutenant dudit lieu, fut pourveu d'un estât de Conseiller au Parlement de Paris par le Roy François I, auquel on avoit faict récit de sa grande érudition. Le grand nombre des escrits qu'il a laissé à la postérité monstrent assez combien il estoit laborieux et assidu, et qu'il avoit cognoissance de toutes les sciences. Il mourut à Paris, en son extrême vieillesse. Tan 1 558.

78. Baptiste du Mesnil, Parisien, a esté des plus renommez en doctrine et benne vie, qu'aucun autre qui ait esté de son temps. Ayant esté l'espace de 1 7 ans Advocat des parties au Parlement de Paris, il fut, l'an i 558, pourveu de Testât d' Advocat du Roy, qu'il a exercé très dignement jusques au 12 aoust 1569, qu'il décéda, regretté de toute la Cour, et fut enterré à Paris à Sainct Jean en Grève, en l'aage de 5i ans dix mois quatre jours.

79. Gilles Bourdin, Parisien, fut Advocat au Parlement de Paris, puis Lieutenant Général au siège des eaux et forests de France, peu après Advocat Général audit Parlement en l'an 1 555, et enfin Procureur Général du Roy en l'an i558 jusques au 23 janvier 1570, qu'il mourut d'une apoplexie, aagé de 53 ans ou environ. 11 estoit fort sçavant es langues hébraïque, arabesque, grecque, latine et autres plus usitées en Europe, et, en l'aage de 28 ans, il fit un Commentaire grec sur une comédie d'Aristophane, intitulée Cereris sacra célébrantes^ qu'il dédia au Roy François dès l'an 1343. Il avoit parfaicic cognoissance de toutes sciences,

I. L'Estoile a écrit au bout de la ligne : il estoit frère de ma mère.

i6oo BELLES FIGURES DE LA LIGUE ^yi

outre la Jurisprudence et la routine du Palais. Il a commenic en latin l'Ordonnance de l'an i53g, ei a vescu sam le règne de quatre Roys, remply d'un grand ztle envers Dieu, d'une sinRuliÈre intégrité pour le faict de ta justice et d'une ardente affection en ce qui concernoit le public, qui rendront sa m<^moirc à jamais recoromandable à la postérité'.

80. Guy de l'Esrai, Angevin, fils de Guillaume de l'Esrat (qui avoit esté Auditeur de Rote à Rome, puis Conseiller au Grand Conseil, et enfin Lieutenant Général et Président au siège Priîsidial d'Angers) et d'Anne de Qodct.de Blois, fut premièrement Conseillerau Parlement de Bretagne, depuis Séneschal de Nantes, Président Présidial et Lieutenant Général audit Angers. Les remonstrances qu'il a faicles, aux ouvertures de la Jurisdiction en son siège, rendent assez de preuve de sa profonde érudition, de son gentil esprit et de la candeur de ses mœurs. Il mourut à Paris, le 4 de may 1 SH3, aagé de îy ans seulement. Depuis son décez, son estât de Lieutenant Général a presque toujours été en litige; mais, finalement, Marin Boilesve, sieur de la Maurouzidrp, en a estépourveu dés l'an 1389, lequel, pour ses mérites, et pour avoir bien conservé et maintenu la ville d'Angers durant ces derniers troubles en l'obéyssance du Roy. a esté par luy honoré du titre de Chevalier, par lettres patentes du 19 may I !>g7, vérifiées en la Chambre des Comptes et en la Cour des Aydcs, les 24 novembre et 1 1 décembre ensuivons, et, par autres lettres du mois de janvier 1 3q8. luy a esté permis d'adjousier à ses armes deux ou trois fleurs de lys, ce qui mérite une plus particulière recommandation.

81. Philippes Dece, Milanois, très grand jurisconsulte et subtil, de Pise, où il avoit pris femme et estoit Docteur régent. Il fut attiré à Pavie. et là, pour avoir trop librement donné son advis pour le Concile de Pise contre le Pape, sa maison fut pillée, et fut contraint se retirera Bourges, où il leut deux ans, et puis à Valence. Estant retourné en Italie, il mourut 3 Sienne, le 12 octobre 1 335, aagé de plus de 80 ans, et est enterré â Pise.

81. André Alciai, aussi Milanois, jurisconsulte très cxceïlent, estoit aussi pourveu d'une merveilleuse vivacité d'esprit, d'un grand sfavoir et jugement. C'est luy qui le premier a chassé la barbarie d'entre les interprètes du Droici. Il a composé plusieurs livres de sa profession , et a enseigné à Bourges, Orléans, et autres Unlversitez de France, comme aussi il afaicten Italie, à. Padoue, h Bologne et ù Pavie, où il mourut, l'an 1548, A l'aage de 56 ans.

S3. François Duaren, de Saint Bricuc en Bretagne, a laissé plusieurs Commentaires sur le Droict, dont il faisoit profession, qui B grande doctrine et érudition. Il a

gage poly et pur romain, en continuant ce que le grand Alciat avoit si bien commencé. Sa principale demeure a esté en la ville de Bourges, où il estoit réputé le premier jurisconsulte de son temps, et y est mort, Tan i SSq, aagé de 5o ans.

84. Éguinaire Baron, notable jurisconsulte, estoit aussi Breton, natif de TÉvesché de Léon, lequel a enseigné long temps le Droict es Universitez d'Angers et de Bourges, et estoit en réputation d*homme très docte et très diligent. 11 mourut audit Bourges, en aoust i55o, en Taage de 55 ans.

85. François Balduin, fils d'Antoine Balduin, Advocat du Roy à Arras, fut grand et fameux jurisconsulte , et fort versé en l'histoire et aux lettres humaines, qu*il a tousjours conjointes avec la profession du Droict qu'il a enseigné quasi en toutes les célèbres Universitez de ce Royaume, et principalement à Angers, où il estoit demeurant, lorsqu'en Tannée 1573 il fut mandé pour respondre aux Ambassadeurs de Pologne qui estoyent venus à Paris : en laquelle année, aagé de 53 à 54 ans, il mourut, et est enterré au Cloistre des Mathurins.

86. Jacques Cujas, Tholosain, après avoir esté instruit aux lettres grecques et latines, s'adonna à l'étude du Droict romain, duquel il a esté si admirable interprète, qu'il a remporté le prix par dessus tous les jurisconsultes modernes, etqu*il est recogneu pour estre un miracle de nostre siècle. 11 a esté recherché pour sa singulière érudition, de toutes les Universitez de France. Ayant leu à Caors, à Valence en Dauphiné, et à Thurin, il a enfin esleu son dernier domicile à Bourges, où, en Tannée 1 590, il décéda. Le Roy Thonora d'un estât de Conseiller au Parlement de Grenoble, lorsqu'il estoit à Valence, sans qu'il fust tenu y résider. Ses œuvres, qui courent par tout le monde, tesmoignent assez sa doctrine solide, et vaut beaucoup mieux se taire que dire trop peu de louanges d'un si grand et rare personnage.

87. Antoine Le Comte, fils de Jean Le Comte, Lieutenant Général de Noyon en Picardie, a aussi esté fort célèbre jurisconsulte et Docteur régent es Droicts en l'Université de Bourges, où il a demouré et fait profession d'enseigner le Droict jusques à Taage de 57 ans, qu'il décéda en Tan i586. Il a beaucoup profité au public par ses lectures, doctes escrits, et par l'exacte correction qu'il a faite des fautes qui se trouvoient esparses parmy le Cours

88. François Hottoman, Parisien, Tun des plus grands jurisconsultes de nostre temps, et fort bien versé.en Thistoire et autres sciences, a falot profession du Droict en plusieurs Universitez de France et d'Allemagne, et nous a laissé grand nombre de doctes escrits. 11 mourut à Basle (1590), aagé de 63 ans.

89. Hugues Doncau, jurisconsulte, fut receu Docteur es Droicts,

i6oo BELLES FIGURES DE LA LIGUE 377

k Bourges, par François Duaren.eiena faict profession en France

ei en Allemagne jusques à l'aage de 65 ans qu'il mourut. Ses Commentaires sur le Droict renJent preuve de sa grande doctrine et solide jugement.

90. Jean Robert, iils de Jacques Robert, qui fut Conseiller au Siège Présidial et Docteur régent Es Droicis i Orléans, cl Sénateur à Milan, du temps du Roy François I", a succctté â l'estat et profession de son père, audit Orléans, et, par ses lectures cl doctes escrits, s'est acquis le tiltre de très savant jurisconsulte. Il décéda k Nevers (1S90J, ayant laissé quatre enfans, desquels l'aisné, Anne Robert, est recogneu pour l'un des plus célèbres Advocats du Parlement de Paris,

91. Mathieu Charretier, race d'Alain, qui fut excellent Historiographe et Secrétaire du Roy Charles VII, estoit la lumière des grands advocats de son siècle, en toute espèce de piété, probité et science, lequel mourut (1 SSg), aagé de 84 ans, laissant un fils du mesme nom et gendre du premier Garde des Seauï de Montholon, qui, ayant esté Conseiller au Parlement de Paris, par le temps de Si ans, fort renommé pour son intégrité, décéda en l'aage de S5 ans, l'an 1593. L'un et l'autre sont enterrez à S. André des Arcs, en leur chapelle'.

91. Charles du Moulin, Parisien, Advocat au Parlement de Paris, et Maisire des Requesies de Navarre, par ses livres composez en latin et en françois, a donné preuve qu'U estoit l'un des plus grands jurisconsultes de son temps et des mieux versez en l'histoire saincte et profane. Il a escrit sur la Coustume de Paris et a fait des notes sur toutes les Coustumes de ce Royaume qui sont de grande authorité. Il mourut à Paris en décembre j566, et sa mémoire est très recommandabic pour avoir esté un des principaux défenseurs et conservateurs des privilèges et libertez de l'Eglise gallicane.

93. Jean de Luc, Parisien, Advocat au Parlement de Paris, puis Secrétaire du Roy et Procureur Général de la Royne, a grandement mérité du public pour le recueil qu'il 3 faict des Arrcsts de ladicte Cour, qu'il a couchez en si bons termes latins, qu'après le très docte Budée, il n'y a aucun qui ait mieux exprimé en langage romain les formules du Palais. 11 florissoit sous le règne du Roy Henry 11.

94. Pierre Pithou, de Troyes en Champagne, sieur de Savoye, AJvocac au Parlement de Paris, a esté tellement adonné à la lecture des bons autheurs, et y a faict un si grand advancement, qu'il mérite d'estre surnommé le Varron françois. Il a esté sub-

stitut de Monsieur le Procureur Général du Roy en la Chambre de Guyenne en Tan i58a, et lorsque la Gourde Parlement fut restablie, après la réduction de Paris, en Tan 1594. Il décéda, au grand regret de tous les hommes sçavants, aagé de 5y ans, le i«r jour de novembre iSgô, à pareil jour qu'il estoit né. Sa vie est insérée au Commentaire qu'il a faict sur les Coustumes de Troyes, amplement descrite par Josias Mercerus.

95. François Grimaudet, Angevin, fut premièrement fameux Advocat à Angers, depuis Conseiller au Siège Présidial dudit lieu, et enfin Advocat du Roy, et Eschevin de la ville, lequel, par ses escrits laborieux, s'est acquis un grand renom entre les jurisconsultes, qui le rendra perpétuellement recommandable à la postérité. Il mourut audit Angers, le 19 d'aoust i38o, enTaage de 60 ans.

96. Anthoine Matharel, Auvergnac, a esté Advocat célèbre au Parlement de Paris et Procureur Général de la Roync, fort bien versé en l'histoire, et curieux défenseur des droits et de la succession héréditaire de la Couronne de France, comme on peut juger par la response qu'il a faicte à la Franco-Gallie , de François Hottoman, en l'an i5j5.

97. Jean Fernel, d'Amiens, Conseiller et premier médecin du Roy Henry II, grand philosophe et mathématicien, mourut à Paris, le 26 d'avril i558, aagé de 52 ans, et est enterré dans l'église de S. Jacques de la Boucherie.

98. Jacques Sylvius, aussi d'Amiens, très sçavant Professeur du Roy en médecine, aagé de 63 ans, décéda à Paris (i553), et est inhumé au cœmetière des Pauvres Escolliers, devant le Collège de Montaigu.

99. François Rabelais, de Chinon en Touraine, médecin du Cardinal du Bellay, excellent en sa profession, rare en doctrine, facétieux et raillard, ayant quitté l'habit de Cordelier, mourut Curé de Meudon lez Paris, 11 a traduit les Aphorismes d'Hippocrate.

1 00. Guillaume Rondelet, de Montpellier, Docteur et Professeur du Roy en médecine, et Chancelier de TUniversité dudit lieu, ayant parfaicte cognoissance, entre autres choses, de la nature des poissons, mourut (i566), aagé de 60 ans, sans avoir jamais beu de vin.

loi. Jean de Gorris, Parisien, fils de Pierre de Gorris, de Bourges, fut médecin des premiers et plus renommez de son temps, philosophe naturel et très docte en Grec, et mourut en l'aage de 72 ans, l'an 1577.

102. Laurent Joubert,de Valence en Dauphiné, célèbre médecin du Roy Henry III, premier Docteur régent, Chancelier et Juge de r Université en médecine à Montpellier, mourut, le 9 octobre i382, aagé de 53 ans, à Lombez.

i6oo BELLES FIGURES DE LA LIGUE 379

io3, Jacques d'Alechamps, de Caen en Normandie, Docteur et Professeur en médecine à Lion, a esté un des plus doctes et rares personnages de nostre temps, tant en sa possession qu'en tout genre de bonnes lettres. Il a commenté l'Histoire de Pline.

104. André Vesale, de Bruxelles, célèbre médecin du Roy d'Espagne, et réputé le plus docte anatomiste et chirurgien de son aage, appelle par Faîlope Stupendum naturœ miraculum, a éternisé sa mémoire par ses doctes escrits.

io5. Ambroise Paré, de Laval, premier chirurgien des Roys Charles IX et Henry III, ayant travaillé 40 ans à Pesclaircissement de la chirurgie, en a composé un bel œuvre en françois, qui a depuis esté traduit en latin.

166. Clément Marot, de Caors enQuercy, valet de chambre du Roy François L Poëte des Princes et Prince des Portes de son aage, mourut à Thurin (1544), aagé de 60 ans.

107. Mellin de S. Gelais, Angoulmoisin, Abbé de Reclus, Ausmonier de François, Dauphin de France, PoÊte et Garde de la Bibliothèque du Roy, décéda à Paris en Taage de 67 ans, et est enterré à S. Thomas du Louvre.

108. Jean d'Aurat, Limosin, Po^tc du Roy en Grec, en Latin et en François, et Professeur de la langue grecque, mourut à Paris, aagé de 80 ans, en Tan i588.

109. Pierre de Ronsard, Gentilhomme Vendosmois, THomère ou le Virgile de France, et le Père des Portes françois, décéda à S. Cosme lez Tours, le 27 décembre 1 585, en l'aage de 61 ans.

1 10. Joachim du Bellay, Gentilhomme Angevin, poëte très renommé, mourut en Paage de 35 ans, à Paris, le i*' janvier i559, et est enterré à Nostre Dame, où il estoit archidiacre.

111. Louys de Mazures, natif de Tournay en Flandres, a esté un des poëtes françois qui plus heureusement nous ait traduit le Virgile en nostre vulgaire.

1 12. Esticnne Jodelle, Parisien, sieur du Lymodin, très excellent poëte latin et françois, mourut à Paris, en juillet i573, aagé de 41 ans.

1 1 3. Remy Belleau, natif de Nogent le Rotrou, au Perche, poëte très docte, décéda à Paris, le 7 mars 1577, aagé de 5o ans, et est enterré aux Augustins.

1 14. Robert Garnier, Manceau, de la Ferté Bernard, Conseiller, puis Lieutenant criminel au Mans, a remporté le prix des Portes tragiques françois.

1 15. Charles de Saincte Marthe, Poitevin, oncle de ce grand Scévole de Saincte Marthe, lumière de ce siècle, fut Lieutenant Criminel d*Alençon et poëte latin et françois, beaucoup renommé, qui mourut environ l'aage de 40 ans (i555).

1 16. Jean Anthoine de Baïf, Vénitien, fils de Lazare, Maistre des

38o PIERRE DE L'ESTOILE 1600

Requestes, très sçavant es lettres grecques, et bon poète françois, décéda, l'an iSSp, aagé de 57 ans.

117. Maurice Sceve, Lyonnois, estoit,au jugement mesmesde Ronsard, homme du tout grand en sçavoir, et excellent poète de son temps.

1 18. Didier Erasme, de Roterodam en Hollande, très docte Professeur des lettres humaines, s'estant acquis un renom immortel par ses œuvres, mourut à Basle (i536).

1 19. Christoâede Longueil, de Malines, fils naturel d*Ântoine Longueil, Évesque de Léon Cii Bretagne, très grand orateur latin, mourut à Padoue (i522), à 34 ans.

120. François Vatable, Picard, et Jacques Tusan, Champenois, tous deux Professeurs du Roy, l'un en Hébrieu et l'autre en Grec, très sçavans en leur profession, décédèrent en mesme jour, peu de temps auparavant le trespas du Roy François I, Père des Lettres.

J2I. Guillaume Postel, de Barenton en Normandie, Professeur du Roy en deux langues estrangères, a vescu 96 ans, et est décédé le 6 septembre i58i.

122. Oronce Fine, de Briançon en Dauphiné, excellent Professeur du Roy es Mathématiques, mourut à Paris, le 6 octobre 1 555, à 16 ans, et est enterré aux Carmes.

123. Jacques le Febvre d'Estaples, Docteur de Sorbonne, a le premier chassé de Paris la doctrine sophistique, et, s*estant retiré à Nérac, y mourut plein d'ans et d'honneur.

124. Jules César Scaliger, issu des Princes de Vérone, très excellent philosophe, poète très docte et grand médecin, mourut à Agen, ayant laissé son fils Joseph, d'incomparable doctrine.

125. Pierre Ramus, de Cuth en Vermandois, Professeur du Roy en Éloquence et Philosophie, s'estant bandé contre Aristote, fut hay de ses collègues, et tué le 24 aoust 1572, ayant fondé une chaire pour un Professeur es Mathématiques.

126. Adrien Turnebus, d'Andely en Normandie, succéda à Tusan en la profession de la Langue grecque, et fut Thonneur des lettres et l'ornement des hommes doctes de son temps. Il mourut à Paris, aagé de 53 ans (1 563), ec est enterré auprès de Sylvius.

127. Pierre Belon, du Mans, Docteur en médecine, homme de grand travail à rechercher les choses rares, mourut (1564), ayant laissé des livres de ses voyages.

128. Michel Nostradamus, de S. Remy en Provence, Médecin du Roy, grand Mathématicien et Astrologue, décéda à Salon de Craux, le 2 juillet i566, aagé de 62 ans.

129. Guillaume Philander, de Chastillon, citoyen de Rome, s'est acquis le renom d'architecte très excellent par les Notes qu'il a faictes sur Vitruve.

i6oo BELLES FIGURES DE LA LIGUE 38[

i3o. Jean Stadius, Brabanjon, Gérard Mercator de Rupelinondc, et Abraham Orlelius, d'Anvers, insignes mathématiciens et géographes de la Gaule Belgique, ont grandement mérité du public par leurs compositions et cartes géographiques : desquels lepremier mourut â Paris(i 697), â5i ans; le second à Duysbourg (rSgSI, à 8a ans. et le dernier a Anvers (iSgS), à 71 ans.

i3t. Jean Anihoine Muret, Lîmosin, très excellent orateur et poëte, a paru comme une claire lumière en la ville de Rome, dont il fut Tait citoyen, et y mourut, aagc de 3? ans, l'an i5S5, regrette de tous les hommes Sfavans.

i33. François de Belleforest, Comîngeois; André Thevet, Angoulmoisin, et Biaise de Vigenaire. Bourbonnois, méritent une singulière recommandation, le premier et le dernier pour avoir par leurs élégantes compositions et fidelles traductions beaucoup enrichy nostre langue, et Thevet pour avoir voyagé par dix-sept ans aux terres incogneuCs, dont il a basty sa Cosmographie.

i33. Robert Estienne, Parisien; Christofle Plantain, Tourangeau, imprimeurs célèbres, el Claude Garamond, Parisien, tailleur et fondeur de lettres, ont éternisé leur mémoire parmy le monde pour avoir conduit l'excellent an d'Imprimerie à sa perfection, et avoir faict revivre par icelle tous les bons autheurs Hébrieux, Grecs, Latins et François.

134. La France n'a pas seulement produict d'illustres guerriers et doctes personnages, mais aussi d'excellens Peintres et Statuaires en grand nombre, et entre autres François Clouet, dit Janet, Tourangeau, valet de chambre du Roy; Anthoioe Caron, de Beauvais, et Germain Pilon, Parisien, qui par leurs ouvrages tant bien élaboureï se sont immortalisez, commeaussi a faict Aubin Olivier, natif de Boissy, en France, inventeur et conducteur des engins de la Monnoie du Moulin, qui est en risle du Palais, à Pans.

Advertissement au Lecteur.

D'autant qu'il ne l'est trouvé atie^ de place pour imprimer tout teiÈlogtt ainsi qu'ils amieal esté dreisef, j'aj est* nétessiti i'akArfgtr et ae<oarcir piusieuTS d'iceia. el principalement depuis Philippe Deee, jurisconsulte, jutques à la fin. Mais si qnelqu'u» a désir de les reoir plus au long, il en pourra trouver partie dans les Eloges latins de ce grand personnage Stirole de Sainele Marthe, Loudunoïs, et dans le Promptuaire des Uédailles, et partie dans la Bibliothèque et Supplémott de Gesnerus, el dans la Prosopographie et Biiliothiqae d'Antoine du Verdier, el autres qui ont escril de pareil inijett,

A PARIS, chei Jean le Clerc, rue S. Jean de Lairan, à la Salemandre. Avec privilège du Roy.

38a PIERRE DE L'ESTOILE iSgi

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