REPRÉSENTATION DES CÉRÉMONIES
Et de l'ordre gardé au Baptesme
de Monseigneur le Dauphin et de Mes-Dames ses sœurs
à Fontainebleau le 14 de septembre 1606.
Grande gravure sur cuivre, occupant le centre du placard in-fol. Le nom du graveur se trouve, à droite, dansices inscriptions, sur une barrière en bois: L. Gaultier, sculp, 1606. — Avec privilège du Roy. Jean le Clerc exe, — Cette estampe représente la chapelle de Fontainebleau, avec la cérémonie du baptême du Dauphin. A gauche, dans le fond, l'Enfant royal, revêtu des insignes royaux, est assis sur une table; TÂJchevêque, qui va le baptiser, reçoit la déclaration du parrain et de la marraine. Autour d'eux, le cortège, avec cierges allumés; au milieu, dans le haut, la Reii et le Roi, chacun dans sa tribune; près d'eux, sur une galerie extérieure, les Chevaliers de l'Ordre, portant le costume de l'Ordre avec la devise : Dédit has, dabit his ultra. Au-dessous, dans une autre tribune ouverte, des personnages de la Cour. Dans le bas, tout le premier plan est rempli par la garde du Roi, portant des torches et tenant la hallebarde haute. H. totale de l'estampe, o°>26o, L. o°*345.
Pompa renascentis baptismate principis ista est Delphini, Christo adscripti; cui respice quanto Francia concursu plaudat, quo pectoris œstu, Et pater Henricus, Medicœaque mater anhelent, Laeti, fert*e suam generoso e stemmate prolem Nomen, et omen avi LuDOvia : talibus ergo Auguriis puer adnascens, caput exere, et olim Flectere disce tuos sancte, pâtre auspice, Francos.
N. Rich. P.
Aux VRAIS François.
'ESSiBURs, m'estant de tout temps délecté à faire estendre !ce qui estoit de ma vacation et industrie, au plaisir, contentement et utilité de ceux qui ont l'ame caractérée de la redoutable marque des François (qui est le sacré Lys, la terreur de ^s ennemis) f je me condamnerois maintenant moy-mesme et penserois mériter quelque rigoureuse censure, si je désistois de mon commencement et je ne donnois de la suite à mes premiers et plus fréquens desseins, qui sont de servir la France : à laquelle, par plusieurs et divers témoignages, qui sont recogneuz en toutes occurences dignes d'une mention honnorable, j'ayfaict paroistre que j'estois plustost nay pour gratifier ma patrie que procurer du bien à mes particulières affaires. Infinitez d'ouvrages, qui sont veus de tout le monde, asseurent assez, et sans autre garantie, ce que je dis. Prenez donc ce que je vous donne, en continuant mes premières erres et brisées. C'est le tableau (ou, si vous voulez), la carte narrative de ce qui s'est fait, passé et célébré, au Baptesme de Monseigneur le Dauphin et de Mes Dames ses sœurs. La représentation oculaire et nalfve délinéation ne vous en peut estre qu'aggréable et profitable, et présume que l'objet journalier qu'en auront, par ceste pourtraicture, ceux qui n'y estoient pas croiront plus facilement ce que leur réciteront ceux qui estoient présens. Les discours qu'on en a faicts ne le vous persuaderont si bien que ceste peinture : on est plus souvent esmeu et persuadé parce que l'on voit que par ce qu'on oyt, et, comme dit le Philosophe :
Ce que V oreille prent n'a point tant d'efficace, Pour esmouvoir le cœur, que ce qui par l'œil passe.
Mon présent aura la force de confirmer ceste maxime et de vous induire à avoir la mémoire de ce Baptesme toujours saincte et éternelle en l'ame. Je n'ay rien espargné (comme c'est ma coutume) piour vous contenter, faisanf observer et garder, en ce dont je désire que vous jouyssiez, la perfection de la pourtraicture et la vérité de l'histoire. Au surplus, ce qui n'a peu estre représenté par la figure, il sera suppléé par le discours suivant. Or, voyez et oyez ce qui vous est représenté et monstre par la bonne volonté et affection que je porte au public. C'est
Vostre très-affiectionné serviteur, Jean Le Clerc
Briefve narration de ce qui s est passé au Baptesme de Monseigneur le Dauphin et de Mes-Dames ses sœurs, le 14. septembre 1606.
Par I. D. F. P.
SI la France eut sujet, en Tan 1601, le 27 de septembre, jour de S. Cosme, de se resjouyr et esteindre ses angoisses passées par la naissance de Monseigneur le Dauphin, ce jour, 14 de septembre 1606, jour auquel il renaist par le sacré Baptesme,
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luy doit estre pareil en joye et festable. Où il eut sa naissance, il prent sa renaissance. Il y estançonne son aage du support et du sousiien qui nous fait Chresiiens. 11 se lave de ceste onde lustrale et salutaire qui meine la frégate de nostre vie au havre de salut. O journée pour luy heureuse et victorieuse, où il débelle le Prince de ténëbres et fait trembler les Ouoroans, qui craignent que sa future vaillance ne leur arrache la Palestine, et qu'il ne plante les Lys où leurs Croissans doivent dccroîstre ; qu'il ne prenne vengeance de son ayeul Sainci Louys, et bref, qu'il ne face une seconde France du Levant, assiste des Roys, ses beaux-freres, que luy allieront ses ^œurs, qui pareillement ont esté, en mesme jour que luy, régénérées par le sacrement de Baptesme, qu'ils receurent lous en la court du Donjondu chastcau de Fontaine-Bleau !
L'ordre des cérémonies fut tel. Les Cent Suisses de la Garde du Corps marchoienc les premiers, porlans chacun d'eux une torche ardente en la main. Après suivoient les Cent Gentilshommes servans, qui marchoient avec un bel ordre, et de rang, ponant pareillement des Hamheauic de cire vierge, la clarté et splendeur desquels sembloît vouloir faire relever le soleil de nuit, pour esclaircr h ces sacrées solennités. Ceui-cy estoieni suivis des Gentils-hommes de la Chambre, qui avoient aussi chacun un flambeau ardent en la main. En queue d'iceux ESloieni les trompettes, tambours, fifres, haultbois, qui faisoient resonner l'air des fanfares d'allégresse et de resjouissance. Les neuf Héraults paroissoient, suivis des Chevaliers de l'Ordre et de Monsieur le Grand Prévost, qui marchoit le premier : le Baron de la Chastre portoit le vase, Monsieur de Montigny le bassin. Monsieur de la Roclicpot le coussin, Monsieur de Chemeraut le cierge, Monsieur de Liancourt le cresmeau, le Mareschal de Fervacque la salière. Monsieur de Bois-Daulphin portoit la petite Madame, derrière laquelle estoit une suite de douze Gentils-bommes, ayant chacun d'eux un flambeau. Madame de Chemeraut y estoit, qui soutenoît la queue de sa robe. Monsieur de Lorraine marchoit pour parrain, cl le seigneur Dom Jean représcntoit Madame la grand' Duchesse de Florence pour marraine: par lesquels elle fut nommée Christine. Tel estoit l'orJre du Dapiesme de Madame. L'aiguière estoit portée par Monsieur de Lavardin, le bassin par Monsieur le Mareschal de la Chastre, le coussin par Monsieur de Suilly, le cierge par Monsieur de Monibazon, le cresmeau par Monsieur d'Espernon. et la salière par Monsieur d'Eguillon. Monsieur le Prince de Joinville portoit Madame, et Mademoiselle de Rohan portoit la queue du manteau d'hermine- Madame d'AngouIesme nurcboit pour marraine, toute seule, $ani parraint reprtMntant
Madame la Duchesse du Pays Bas. Madite Dame estoît suivie de Mademoiselle de Montmorency, qui luy portoit la queue : les Damoiselles qui finissoient cette suite estoient Madamoiselle de Vandosme, Madamoiselle de Mayenne, Madame de Rohan, Madame de Suilly, et fut Madite Dame nommée Elisabeth. Pour le regard du Baptesme de Monseigneur le Daulphin, Tordre y fut tel que s'ensuit. Premièrement marchoit Monsieur de Vaudemont qui portoit le cierge, Monsieur le Chevalier de Vendosme portoit le cresmeau, Monsieur de Vandosme la salière, Monsieur de Montpensier Paiguière, Monsieur le comte de Soissons le bassin. Monsieur le Prince de Condé portoit Monseigneur le Daulphin, assisté de Monsieur de Souvré qui le portoit pour luy; Monsieur de Guyse portoit la queue du manteau d'hermine ; vingt Seigneurs de remarque suivoient, qui tenoient chacun un flambeau ardent en la main. Après, marchoit pour parrain Monsieur le Cardinal de Joyeuse, Légat pour trois mois, pour cet effet, de Nostre Saint Père le Pape Paul V. Madame la Duchesse de Mantoue y assistoit en personne pour marraine; une auguste suitte de Princesses alloit après, savoir* Mesdames les Princesses de Condé, de Conty, de Soissons, de Montpensier (laquelle a mis le cresmeau sur la teste de Monseigneur le Dauphin, lorsqu'on le baptisoit), Madamoiselle de Bourbon, toutes avec leurs grandes robbes à grandes queues trainantes, lesquelles estoient extrêmement enrichies d'or et de pierreries, qui fiiisoient esclore un jour brillant de l'obscurité de la nuit. Là fut nommé Monseigneur le Daulphin Louys, qui se fit grandement admirer pour son asseurance et promptitude de response à ce qu'on luy demandoit. Seul et sans ayde, devant toute l'assistance, il récita Pater Noster^ Ave Maria et Credo, Présage qu'il sera quelque jour le Bouclier de la Foy, un Lyon foudroyant en ses batailles, et un Agneau en ses victoires, suivant la vertueuse trace de son père. Ce fut Monsieur le Cardinal de Gondy qui le baptisa, estant revestu d'ornements Pontificaux, assisté de douze tant Archevesques qu'Evesques. Toutes ces solennités finies, un superbe festin fut préparé, où Sa Majesté avoit à main droite Monsieur le Légat, Madame la Duchesse de Mantoue, Madame d'Angoulesme, Monsieur de Lorraine et le seigneur Dom Jean. A main gauche estoit assise la Royne, Mesdames les Princesses de Condé, de Conty» de Soissons, de Montpensier, Mademoiselle de Vandosme, Mesdames de Guyse, de Mayenne, de Rohan, de Suilly, et Mademoiselle de Montmorency. Messieurs les princes de Condé, de Conty et de Montpensier servoient à la table du Roy. A la table de la Royne servoient Messieurs de Vandosme, de Guyse et de Vaudemont. Monsieur le Légat estoit servy de Monsieur de
Candale et Marquis 4e Rosny, Monsieur de Bassompierrc et Comte de Saux. Tout le festin estoit divisé en quatre tables. ApTis que ks tables furent levées, toutes sortes de réjouissances et d'allégresses entrèrent en lice; les ballets furent exercez : la noblesse, désireuse de communiquer aux yeux des spectateurs sa grande )oie intérieure (causée par ces trois baptesmes], fit des preuves remarquables de sa gentillesse. Dieu veuille que le tout soit à sa gloire, que les années de nostre Roy soient nestoriennvs, que Monseigneur le Daulphin puisse croistre comme un Ephialte, pour pratiquer au profit de la France les martiaux enseignemcns de son pËre, et planter les Lys François parmy les palmiers d'Idumée!
A Paris, chej Jeam Le CtERC, rue S- Jean de Latran,
à la Salemandre Royale. 1606.
Avec Privilège du Roy.