‹ Mémoires-journaux, 1574-1611Chapitre 42 sur 142 · PRÉPARÉ POUR HENRY DE VALOIS · texte numérisé non relu

PRÉPARÉ POUR HENRY DE VALOIS

A Paris, pour A. du BreuiL Avec permission, et approbation des Docteurs de la Faculté de Théologie'. — M. D. LXXXIX.

Gravure sur bois, ea tête du placard, in-folio, texte sur i col. H. o"i4o, L. 0*242,

A droite, Henry de Valois, accompagné de deux hermites infernaux, à pattes d'oiseaux de proie, dont Tun porte un chapelet à la main, et l'autre au col, lesquels ne sont autres que des Pénitents du Roi, s'avance vers l'entrée de l'Enfer, qui vomit des flammes.

Les Hermites infernaux.

Laisse^, Henry, laisse:^ les monastères humains. Et cesse:{ de hanter Feuillans et Capuchins,

I . L'EstoUe a ajouté : Notable attestation pour des Docteurs de Sorbonne !

i3a PIERRE DE L'ESTOILE 1589

Qui sont les lieux ausquels ave:{fait rhipocrite, Et vene\ avec nous porter V habit étHermite.

L'Hertnitage est tout presty nous l'avons préparé, Et de chesnes et de fers tout à neuf réparé.

Pourquojr, ne feigne^ point: tout y est en bon ordre.

Frère Henry de Valois.

Je le veux bien, Fratres, mais il faut sqavoir V ordre,

Et 'qui est le pater de ce lieu retiré.

Car, es qu'en iceluy vous m^eussie^ attiré,]

fauroiSy à mon advis, un peu par trop affaire,

Si je changeois d' advis à m'en pouvoir deffaire.

Les Hermites infernaux

Le pater, frère Henry, est un homme incogneu, Monstreux, noir, enfumé, fort puissant et cornu. Qui n'a nul blanc en l'œil. Mais neperde^ courage Pour cela, car je suis du susdit hermitage Fidel le secretain, tellement que je peux, Au dire coustumier, faire d'un diable deux.

Frère Henry de Valois.

Fratres, s'il est ainsi, vous m' estes agréables : Aussi bien suis-je au rang des hommes misérables. Je veux vivre avec vous et mourir désormais Et délaisser qa bas chasteaux, villes, palais. Et sceptre couronné, à cil qui le mérite, Et veux tout maintenant porter V habit d*hermite; Mais je suis en soucy de tous mes serviteurs Qui seront, à V instant, coquins ou crocheteurs, Ou bien trop assurés auront pour récompense La corde autour du col, au bout d'une potence.

i589 BELLES FIGURES DE LA LIGUE i33

Les Hermites infernaux.

^011^ ne sommes, Henry, en ce lieu assemble^ Pour vous faire aucun tort. Je vois que vous tremble:^. Dites-nous queV frayeur assaut vostre personne? Car de vous voir craintif grandement je m'estonne. Et non seulement moy, mesme mon compagnon A de ceste frayeur mauvaise opinion.

Dites-nous donc le mal qui poinçonne vostre ame Et quel est le chagrin qui vostre cœur entame ? Vous aveu la couleur d'un moine renyé.

Morne, pasle et deffait, comme un excommunié. Il est vray que jamais le trahistre, de nature. Ne porte gayement une belle figure, AinSy recellant dans soy un tas de passions, Couve dedans son sein cent mille trahisons.

Frère Henry de Valois.

Or, je voy maintenant que je suis descouvert Et que rien sous le ciel n'est caché ne couvert! Les Dieux advisent tout et prennent cognoissance Des maux faits et commis depuis nostre naissance. Tout se monstre à leurs yeux, quelque caché qu'il soit, Et puis salaire seur un chascun en reçoit.

Cest maintenant qu'il faut, hélas ! qu'il faut que die, Moy meschant de Vallois, où gist ma maladie.

Mes frères, entende^-moy, quijà estes grisons, Qui me voule:( mener dans vos noires prisons, Entende:{, s'il vous plaist :je vous diray l'affaire Et le mal qu'esperois, après icelle faire; Pourquoyfay commandé à cinq ou six bourreaux Mettre à mort les Guisards, des François les flambeaux, Espérant, par après, que leur mort innocente Deust faire ma fureur dessus tous triomphante.

i34 PIERRE DE L'ESTOILE 1589

Les Hermites infernaux.

Nous le sçavons, Fratres, car les Princes infernaux Ont/ait pour ce malheur chauffer tous leurs fourneaux . Mesme quasi Pluton chascunjour croist sa rage. Qui ne vous tient captif dedans nostre Hermitage, OU sere^ bien venu... Haste^-vous vistement De venir avec nous, pour faire le serment.

Je sqay bien que T habit de gris vous sera propre : Changeons, prene\ le mien et me baille\ le vostre.

Frère Henry de Valois.

O que je suis heureux de sçavoir où loger, Non comme vagabondis en pays estranger, Mais avec mes amis qui, jour et nuict, sans cesse, Pour me desennuyer, me chatouillent et caressent! O bien heureux celuy qui peut vivre avec eux Et qui peut comme moy leur estre gracieux!

O bien heureux, Fratres, bien heureux Fhermitage Que vous ave\ receupour infini partage!

Pourquoy, tout maintenant je veux me despoUiller, Et d'un long manteau gris, comme vous, m' habiller.

i589 BELLES FIGURES DE LA LIGUE i35

La Marmitte renversée des Huguenots, Politiques, Atheïstes, Espemonistes,

Libertins.

Avec la complainte des Ministres et Predicans

DU Royaume de France.

Gravure sur bois, en travers. H. o"*284, L. o"*370.

Au milieu de Testampe, la Marmite, contenant cinq personnages dont on ne voit que les têtes. A gauche, Henri de Valois cherche à faire pencher la Marmite, pendant que Jacques Clément lui enfonce un couteau dans le ventre, et que, de Tautrc côté, le roi de Navarre s'efforce de soutenir ladite Marmite. Derrière eux, les mignons du Roi, d'Aumont, Biron, d'O, etc. A droite, on voit Jean d'Espernon le SouFFLB-FEU, comme l'indique l'inscription gravée au-dessous de lui. Les vers (?) sont sur deux col., dans un cadre au-dessous de l'estampe.

Las! Prince des Navarrois, tu te romps la teste De penser relever nostre pauvre Marmite^ Puisque nostre bon Roy^ qui en estoit le support, Par un Frère Jacobin a esté tué et mis à mort. Je pense qu'en Angleterre il nous faudra aller, Puisqu'en ton païs ne pouvons pas retourner,

TOY, Jean d'Espemon, tu as beau y souffler, Le bois que fais apporter ne sert de rien au feu. Le brouët est espandu, que tu avoisfait dresser : Il faut que tu en sois banny et aille en autre lieu, Et aussi d'Aumont, Biron, etd'O, tous tes compagnons, Qui en une nuict estes venus, comme les champignons.

i36 PIERRE DE L'ESTOILE iSSq

Le Départ du Roy de Navarre du bourg Saint-Clou, et la conduite du corps de Henry de Vallois à Poissy, accompagné du désespéré Despemon, Du Gastz, et de Larchant, et leurs alliés,

A Paris, par Roland Guérard et Nicolas Prévost, demeurant rue Montorgueil, au bon Pasteur.

Gravure sur bois, en travers, avec inscriptions gravées sur la planche. H. o"i99, L. 0*325.

Le cortège funéraire défile de gauche à droite; en tête du convoi : AvEN-GAROE DU RoY DE Navare. Ensuite : Le corps de Henrt de Valois, sur un char couvert d'un drap noir semé de larmes d'argent, avec Tinitiale couronnée du défunt (H.). Auprès du char, trois pleureurs à cheval : Épernon» Legas, LiOtcHAN ; derrière, le Rot de Navarre et sa suite, tous à cheval. Dans le lointain : Saint-Clou, les bois

DE POISCY (51c), et POISCY.

Les vers sont sur trois col., dans le cadre de l'estampe.

L*homme, à quelque grandeur qu*il puisse parvenir. Soit par Vejfort des armes oupcir succession^ De mourir, chacun jour, il luyfault souvenir, Et que subject il est à putréfaction :

Par quoy^ durant le temps d'une tant briejve vie, A employer ses ans à bien/aire ayt envie.

Las! nous le voyons bien, entre nous^ Despemon y Du Gast, et de Larchant, à la mort d'un tel Roy, Qui tant se promettoit d'eslever nostre nom!

Nous ne luy saurions moins qu'aprester ung charoy Et tous ses officiers le conduire à Poissy, Avec deuil, pleurs et larmes, ayans le cœur transy.

Combien ceste grand' irouppe et arméejurieuse, Par laquelle esperoit soub^-boulleverser Paris, L'accompagnant, sera grandement doutloureuse t En pleurs se sont changés leurs désespérés cris : El ce Roy Navarrois, qui le maine à Compiègne, Preine exemple sur luy, qu'ainsi ne lui en preîgne.

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