I. Add. Mb. de Troyes : a qui en porte un extrême regret
a. Add. Ms. de Troyes : (que le Roy en a tiré depuis, de puissance absolue).
248 PIERRE DE L'ESTOILE Oct. 1606
que cela leur appartenoit, ledit Chevalier, pour les accorder, leur dit « qu'il en falloit planter deux; qu'il y en auroit une pour l'un, et l'autre pour l'autre ' ».
[Pendant ce mois, les rumeurs populaires, insolences, injures et outrages, aboutissantes à sédition, furent grandes et piquantes, à Paris, contre ceux qui alloient et venoient au presche à Charenton : si qu'il ne se passoit dimanche ne feste qu'il n'y eust nouvel amusement et folie. Pour à quoi donner ordre (du commandement
ïomesme de Sa Majesté) fut avisé de dresser à la Porte S. -Antoine une potence pour y attacher le premier, tant d'une Religion que d'autre, qui seroit si osé d'attenter aucune chose contre le repos publiq. Sur quoi s'esmeut une grosse querelle entre les Lieutenants civil et criminel, sur la potence qu'on y devoit dresser, à sçavoir auquel des deux il appartenoit de la faire planter. Mais, comme ils étoient là dessus en grands argus et contestations, le Chevalier du Guet les appointa fort judicieusement et plaisamment (soit qu'il y allast à la bonne foy ou autre-
20 ment), leur disant, pour les mettre hors d'intérest, « qu'il en faloit planter deux ; qu'il y en avoit une pour Tun, et l'autre pour l'autre. »]
La constitution entière du temps de ce mois [pendant lequel je fus à Gland avec beaucoup de plaisir et repos] a esté vernale et non automnale , ressentant son printemps et son mois de may (n'y aiant plu un seul jour).
Rosée, Procureur en Parlement (ung de mes créanciers et des plus rudes), mourust, en ce temps (j'ay sceu
3o depuis que ce fust sur la fin de septembre), en sa maison
I. Cet alinéa étant autrement rédigé et déreloppé dans le Ms. de Troyes, nous ayons cru deyoir reproduire ci-après cette seconde rédaction entre crocliets.
Oct. 1606 MÉMOIRES-JOURNAUX 249
de Ruel,près Paris, de la maladie; et falut, pour l'enterrer, envoler quérir des corbeaux de Paris, qu'on recouvra à graisse d'argent, ung seul des villageois ni des siens n'y aiant voulu mettre la main.
[En ce temps, il n'estoit nouvelle, à Paris et partout, que de fils et de filles de bonne maison , hommes et fenmies de qualité, qui s'alloient rendre à ces nouvelles religions de Capussins, Feuillans, Recollettes, Carmélines et Capussines (qui se nommoient filles de la Pas- 10 sion, çt portoient une couronne d'espines sur leurs testes quand elles alloient en procession), leur reigle estant la plus austère de toutes, c*est-à-dire la plus sublime en folies et excès d'esprit.]
[Lapluspart de ceux et celles qui s'y rendoient estoient meus d'une simple et sotte dévotion, persuadés par ces esprits abuseurs des derniers temps dont parle l'Apostre en sa première épistre à Timothée, chap. IV. Autres y estoient portés par diverses sortes de désespoirs, et beaucoup par fainéantize et lascheté, aimans bien à ne rien ao faire. Tous et toutes, en général, préféroient les inventions et traditions des hommes aux commandemens de Dieu : si qu'on y pouvoit voir ressuscitée la doctrine erronée et superstitieuse de ces vieux hypocrites de Scribes et Pharisiens, condamnée par la propre bouche de Jésus-Christ.]
[Entre ceux qui s'y rendirent, en ce temps, furent le comte de Fiasque (que le Roy en a tiré depuis, de puissance absolue) et le jeune Mole... ^]
[Le dimanche devant la Toussaints, mon curé de
3o Gland, à cause des chiens enragés qui couroient dans ce
pays et en mordoient quelques-uns, publia, en son
I. Voir ci-dessus, pages 346-247, la rédaction du Ms. de Paris.
aSo PIERRE DE L'ESTOILE Oct. 1606
prosne, un placcard imprimé, de demie feuille, pour la Confrairie de Mons'' S^ Hubert, d'Ardenne, laquelle faribole je voulus qu^il me donnast. Et depuis j^appris de quelques bomies gens du pays, mesmes de mes subjets, que ce que M. S* Hubert ne pouvoit faire, une damoiselle de la Religion, proche de là, le faisoit et en guarissoit beaucoup, ses onguens aians plus de vertu que les volages de M. S< Hubert : ce que j'ai bien voulu noter, contre la superstition du temps.]
îo Novembre.
Je partis de ma maison de Gland, pour revenir à Paris, le mardi 7* du présent mois de novembre, auquel jour s'esleva un vent si grand et impétueux, entremeslé de foudre et tempeste, qu'estans arrivés sur le soir à La Ferté sous Jouerre, sous la conduite de Dieu, sans laquelle nous estions en danger de courir grande fortune, nous fiist dit que la foudre du ciel venoit de tumber sur deux maisons de ladite ville, qui en estoient presque toutes bruslées. Et le cocher qui nous condui- 20 soit, ayant abandonné nostre coche, à une lieue près de la ville, à la merci des vents et de la tempeste, pour secourir un honmie de cheval que la foudre et le vent traînoient avec son cheval à la rivière, fust cause de lui sauver la vie, mettant cependant au hazard les nostres au gré de ses chevaux ^
[Estant revenus à Paris, nous y trouvasmes une de nos cheminées par terre, comme beaucoup d'autres de la
I. Var. Ms. de Troyes: aNostre cocher, à une lieue de U Tille» saura la Tie à un homme de cheval qui se trouTa tellement enreloppé de la tempeste 3o que, sans son aide, le Tent et la foudre Tentrainoient, lui et son cheral, à la riTÎère. »
Nov. 1606 MÉMOIRES-JOURNAUX 25i
ville en tumbèrent, le ravage que les vents y firent aiant esté très grand, comme par tous les autres endroits de la France.]
Le vendredi 10^ de ce mois, aiant fait reveue de mes livres et papiers, que j'avois portés à Gland, je les ay retrouvés tous, ne m'en défaillant qu'un, que j^ay donné à Charbonnier, à sçavoir : le Traicté de la Propidence de Dieu^ de Lespine.
Le lundi i3% j^achetai les trois bagatelles suivantes,
loqu^on crioit par ceste ville : Almanach pour Vannée qui vient; Traicté merveilleux d'un Monstre, et un Verbal contenant V injure faite à VEvesque de Castres par les Président et Conseillers de la Chambre de VÉdit audit Castres. Elles m'ont cousté trois sols.
Le mardi 14®, P. Le Bret m'a donné un Édit du Roy d'Angleterre, qui se vendpit secrettement, touchant le bannissement des Prestres et Jésuistes.
Le mécredi i5®, un mien ami m'a donné un petit livret nouveau, imprimé, intitulé le Chevalier Jrançois^
ao qui est un second Soldat françoiSj mais non si bon ni si aguerri que l'autre : car il ne contient que redites injurieuses hors de propos, mal basties [et digérées. Il se vend publiquement, au Palais et partout, et son prix est de dix sols ; qui ne vault pas dix deniers.
Le Preux m'a donné, ce jour, le Catalogue des livres de Francfort de ceste dernière Foire, que j'ay mis avec les autres. Il n'y a rien de nouveau de receuillable que TEusèbe de M. Lescalle, les Conciles nouvellement imprimés, et VAmphitheatrum Honoris^ rimprimé de nou-
Soveau à Anvers, et augmenté d'un quatriesme livre par les Jésuistes : digne tesmoingnage de leur impudence et malheur de nostre siècle, où on void tout permis, fors bien dire et bien faire.
252 PIERRE DE L'ESTOILE Nov. 1606
Il y en a un autre contre eux, intitulé le Passepartout des Jésuites^ qu'un mien ami m'a asseuré estre droUe et bien fait, et m^a promis me le faire voir.
J'ay fait, ce jour, un pacquet, coté de trois G G G, de trente-deux bagatelles (entre lesquelles toutefois y en a qui méritent ce nom) publiées depuis le premier juillet jusques au dernier septembre de cest an 1606.
Le jeudi 16*, un mien ami m'a preste un gros bouquin, escrit à la main, in-folio, contenant un ramas
10 d'histoires tant profanes qu'ecclésiastiques, et est intitulé : Che livre chi est à sire Jean de Lesseville, presire et natif d*Orberch^ en Vévesché d'Arras, au Doienné de la Bassée; lequel livre il escrivit de sa propre main en la ville de Hautay^ d'enprès la Bassée^ Van de grâce 1467. Priei pour lui. après bubu dodo.
Je lui ay rendu son livre le mardi 21* de ce mois, n'y aiant rien trouvé, après l'avoir couru, digne de remarque comme je pensois, ains toutes pures fadezes.
Le vendredi 17* de ce mois, ung mien ami me dit,
20 parlant de la maladie, qu'un des marguilliers de l'église S.-Sauveur à Paris lui avoit conté, le jour de devant, comme pour une chose estrange et toutefois très-véritable, que le mécredi 8* du présent mois , sur le soir, il avoit fait un grand esclaîr, et sans tonnerre, veu ' de ceux de la rue S.-Denis et de là autour; et qu'à l'instant mesme avoient esté frappées de peste neuf maisons de la paroisse S.-Sauveur, qu'il lui spécifia par noms et surnoms, lesquelles avoient esté toutes vidées dans vingt-quatre heures de ladite maladie. [Et est à noter
3o que, ce jour, il faisoit froid, ce qui rend tels effets plus merveilleux.] Chose assez malaisée à croire pour la
I. Var. Ms. de Troyes : a de tout le monde et principalement de... »
Nov. 1606 MÉMOIRES-JOURNAUX 253
brieufveté du temps, et toutefois asseurée d'un homme qui le pouvoit sçavoir.
Cela me ramanteust qu'à Theure mesme que cest esclair se vîd à Paris, estans par les champs et arrivans à la souppée près Claye, en vismes plusieurs sans tonnerre, malgré qu'il feit froid, et qu'incontinent après survint une grosse pluie, mais qui ne fust de durée.
Le lundi 20* de ce mois, ung mien ami m'a preste, comme il m'avoit promis, le Passepartout des Jésuites. 10 II est imprimé in-8°, sans nom de lieu ni d'aucteur, portant ce titre : le Passepartout des Pères Jésuites, apporté d'Italie par le docteur Palestine, gentilhomme Rom^ main, et nouvellement traduit de V italien. Imprimé à Romme. Livret assez plaisant et piquant, mais qui toutefois ne mord ni n'agrafe si serré que ceux des Jésuistes. Lequel j'ay rendu le 27* de ce mois, après l'avoir fait passer en diverses mains.
J'ay acheté, ce jour, ung sol, un Nouveau jubilé du Pape^ qu*on crioit devant le Palais.
ao Le mardi 2 1« de ce mois, j'ay acheté les bagatelles suivantes : le Tumbeau de l'abbé Tiron; Traicté de VAn^ tiquité et Vénération et Privilèges de la Sainte Cha^ pelle de Paris, par S, Rouillard; Pourtrait au naturel d'Apollonie Schreière, aagée de vingt-deux ans^ vivante depuis cinq ans sans boire ni manger jusques à présent. Ces trois m'ont cousté cinq sols.
J. Leclerc m'a donné, ce jour, le pourtraict en taille douce qu'il a fait du Baptesme de M. le Dauphin. M. Despinelle m'a preste, ce jour, ung livre de ses re- 3o cueils in-folio, escrit de sa main, où il y a plusieurs folastreries et mesdisances nouvelles, desquelles je suis jà tant farci et rebuté que, si ce n'eust esté qu'il eust pensé que je l'eusse fait par mespris, je ne l'eusse accepté,
a54 PIERRE DE L'ESTOILE Nov. 1606
pource qu^en la recherche curieuse de tels escrits, outre la perte du temps qu'on y fait, il y va souvent de l'offense de Dieu, qui est le pis, et la cause pourquoi je me suis résolu de ne m^y amuser davantage. Je lui ay rendu, le vendredi i5« décembre.
[Ce jour, fiit mis en terre, à Paris, M. de Monantheuil) médecin, homme de bien et mathématicien très docte.] Le mécredi 22*, j*ay acheté, dix sols, ung petit livret,
10 d'un docteur de Venise, contre les Censures du Pape, lequel se vendoit fort secrettement, le Nonce du Pape en aiant fait faire les recherches jusques dans les imprimeries, pour le bruit qu'il avoit, et non sans cause, d'estre bien fait.
Il est intitulé : l'Examen du P. Paul, Docteur en théologie à Venise, Religieux de l'Ordre de Servi, contenant la response aux censures de nostre S. Père le Pape Paul V contre la sérénissime République de Veni^e; traduit de l'italien en françois. « Maledicent
20 illi, et tu benedices (Ps. 108) .» MDCVL
[Un mien ami me monstra, ce jour, une lettre qu'on avoit escrit à Madame de Rohan, de Venise, par laquelle on lui donnoit advis que dans ladite ville de Venise on preschoit publiquement que le Pape n avoit aucune puissance sur ce qui estoit du temporel, mais du spirituel seulement, et que la jurisdiction de Sa Sainteté avoit esté, du commencement, confinée de telles bornes, et qu'il les y faloit replanter.] [Ung mien ami m'a monstre, ce jour, des lettres qu'on
3o lui escrivoit de Romme, en dacte du 3^ de ce mois, par lesquelles on lui donnoit avis des appareils de guerre que le Pape faisoit faire contre les Vénitiens, et qu'il avoit levé, pour cet efiect, force capitaines, comme aussi
Nov. 1606 MÉMOIRES-JOURNAUX a55
avoient fait les Vénitiens de leur part; et que les choses s^aigrissoient de jour en jour.]
[J'en vis une autre, ledit jour, de Romme, par laquelle on mandoit qu'il faisoit fort cher vivre,' pour les imposts que Sa Sainteté avoit fait mettre sur tous les vivres, lesquels sUls continuoient, n'y avoit moien pour le pauvre peuple de subsister; qu'on en avoit veu pleurer le Pape, et pour le regard de la guerre, encores que les préparatifs en fussent grands, toutefois la bonne mine â
10 l'italienne couvroit le jeu, et qu'on eust bien voulu estre à recommencer.]
VExamen de Paul Servi, Religieux et Docteur à Venise, avec d'autres siens escrits publiés en ce temps pour les Vénitiens contre les censures du Pape, se voient à Paris et sont fort loués et recueillis de tous les honnestes hommes et doctes. Sa vie, persuadant encore plus que ses escrits, le fait admirer et révérer â Venise comme un saint homme et donne \m grand poids et auctorité à ses livres.
ao Le jeudi 23*, j'ay acheté, six sols, VExamen contre les censures du Pape, que Le Bret m'a voit vendu 10 sols : qui servira à faire courir, de çà et de là, â mes amis, comme aussi dès aujourd'hui l'ay preste à M. de Lassi, mon cousin. — Qui me l'a rendu le samedi 25« du mois. Ce jour, un mien ami me fist parler à un Jacobin, fort honneste homme et docts, qui avoit assisté M. de Bourges à sa fin, laquelle il m'asseura avoir esté très heureuse et très chrestienne, contre l'opinion de beaucoup et la mienne mesme... '.
Bo Le vendredi 24^, M. de Lassi m'a donné une mesdi-
I. Voir ci-desBus, p. 24.3, la rédaction de cet alinéa d'après la Tersion du Ma. de Troyes, reportée par L'Estôilé au mois de septembre.
2 36 PIERRE DE L'ESTOILE Nov. 1606
sance de Cour, assez bien faite, intitulée : Visions d'Ainst arque. Elle est aenigmatique, et, par quatrains, contient plus de 200 vers.
Le samedi 25% j'ay preste à M. Despinelle mon Examen contre les censures du Pape contre les Vénitiens. — Lequel me Ta rendu le mardi 28*, et aussitost Tay represté à M. Duranti, mon gendre, qui me Ta renvoyé le dernier de ce mois.
On m'a donné, ce jour, les Prières du Jubilé. 10 Le jeudi dernier de ce mois, j'ay preste à M. de Chantecler mon second tome des Mémoires de France^ relié in-8° en parchemin. — Qui me Ta rendu, le 18® de décembre ensuivant.
On m'a donné, ledit jour, de plaisans vers latins, qui courent, sous le nom de Rappin, contre Lipse, sur sa robbe fourrée quMl légua, à la mort, à sa Bonne Vierge et Sainte, tant célébrée par ses escrits. Ils sont intitulés : In donarium Lipsii.
On m'a preste, ce jour, ung nouveau livre de M. Dor- 20 léans , imprimé à Paris in-4^, avec privilège du Roy, intitulé : les Ouvertures des Parlemens^ par Loys Dorléans; duquel les hommes doctes font estât, et qui toutefois a esté défendu et saisi à la requeste de T Advocat du Roy Servin, plus (ainsi qu'on estime) en haine de Taucteur et de la Ligue (pendant laquelle ont esté faites ces Ouvertures)^ que pour autre chose qui y soit à reprendre. Lequel j'ay rendu le mesme jour à mon nepveu de Benevent, qui me Tavoit fait prester, n'aiant eu loisir de le lire.
Ce mois de novembre, tout au contraire de l'autre,
3o fust humide, venteux, mal sain et maussade : ce qui
causa force maladies et renouvela, en quelques endroits
de la ville (mais peu), la mauvaise et contagieuse; de
laquelle, pour monstrer que l'effroi à Paris a esté plus
Nov. 1606 MÉMOIRES-JOURNAUX aSy
grand que le mal et la terreur comme panique, on a fait une remarque curieuse, mais notable, à sçavoir : qu^il a esté remarqué et tenu pour certain, de tout temps, que tous les jours, dans ladite ville de Paris, quand la peste n'y règne point, il y meurt huict personnes, l'un portant l'autre; et que, ceste année, encores que la peste y ait esté, il n'en est point mort davantage jusques à ceste heure, tant de ce mal que d'autre.
[En ce mesme temps, courust un Advis (que j'ay veu)
'^d'un docteur catholique rommain à un prestre, curé de Venise, qui lui avoit demandé conseil, sçavoir si, en bonne conscience, il pouvoit demeurer à Venise et y faire sa charge, célébrant la sainte Messe et administrant les Sacrements, attendu les excommunications et défenses du Pape, ou s'il en devoit sortir et s'en retourner, comme beaucoup d'autres. A quoi ledit docteur respond que, tant s'en faut qu'il lui conseille d'en sortir; qu'il trouve, au contraire, qu'il feroit très mal, pour l'excommunication du Pape, qui de soy est nulle, abandonner sa charge et
20 vocation où Dieu l'a appelé. Le Discours, qui est latin, est très beau, fortifié de belles allégations et auctorité.La conclusion s'y lit en ces termes :
Quamobrenij cutn Censurce publicatœ a Summo Pontifice Paulo V, ut supra demonstratum est^ nullœ sint, quia sunt instar scripturœ formatœ in aqua vel aer^e, hoc est sinefundamento et sine materia, existimo quodnon debeas illas observare necquicquam inEcclesia tua innovare, idque ut scandalutn vites, Quod quidem omîtes illi prœbuerunt qui, sive in errore ignorantiœ^
3o sive ex alio sinistro affectu, maluerunt civitate exire quant persistere in ceîebratione et administratione Sacramentorum^ sicut ob Religionem et Reipublicœ bo*nunt Princeps mandaverat.]
p. Dc l'Estoili. — VIII, 17
a58 PIERRE DE L'ESTOILE Not. 1606
[L^ Advocat du Roy Servin fit, en ce temps, imprimer à Paris une lettre latine, qu'il composa et envoia à Messieurs de Venise, intitulée : Pro libertate Status etReipublicœ Venetorum, Gallo^Franci ad PhilenetumEpistola. Laquelle fut si bien reçue de la Seigneurie, qu'elle députa devers lui un gentilhomme, pour Ten remercier et lui présenter de sa part une fort belle chaîne d'or, qui fut généreusement refusée par ledit Servin. Ladite chaîne toutefois, estant espaisse, valoitbien TÉpistre, et s'en fiist
10 trouvé prou qui eussent aussi bien ou mieux fait pour ce prix-là.]
[Leschassier, advocat en la Cour, au mesme temps, composa un Discours sur le mesme subjet, qui fust trouvé bien fait, et imprimé in-8° par Bérion, intitulé : Consultatio Parisii cujusdam, de controversia inter Sanctitatem Pauli V et Sereniss. Rentpublicam Venetam, ad virum clariss. Venetum. On lui en présenta une chaîne d'or, qu'il prist fort bien, laquelle n'approchoit de prix à celle de M. Servin, qui en attendoit possible autre
ao récompense et plus grande ( ainsi qu'on disoit), ce que ne faisoit cestui-ci.]
L'ouverture du Parlement, qui se fait tousjours huict jours après la S. Martin, fut différée à la huitaine, à cause du peu de monde qui estoit revenu, et mesme de ceux du Palais, chacun aiant voulu prendre Tair des champs : ce qui causa un grand bien à Paris pour la maladie.
Décembre.
Le samedi 2« de ce [mois, j'ay donné à ma tante Da*lainville un Bénéfice deJésus-Christ^ relié en veau noir^ 3o in- 16®, lequel m'a cousté, au Palais, dix sols : livret singu« lier et que tout bon Chrestien doit avoir.
Dec. 1606 MÉMOIRES-JOURNAUX 259
J'ay acheté Y Amphitheatrum Honoris^ des Jésuîstes, augmenté, à ceste dernière Foire, d'un quatrîesme livre. [ Se vendoit à Paris publiquement et sans recherche.] Il m'a cousté, relié en parchemin, cinquante sols, ne m'estant voulu encores desfaire du premier, jusques à ce que, par la conférence que j'en veux faire faire, j'aye veu ce qu'il y a de changé ou retranché, ne me pouvant persuader le contraire, quelque chose qu'on en die. — En toutes sortes qu'on le veuille ou puisse prendre, c'est 10 un livre sceleratissime doctus et doctissime scele^ ratus.
Le lundi ii«, j*ay acheté, du Preux, auquel on les avoit envoiées de Genève, deux bagatelles nouvelles sur la mort de M. de Besze, imprimées nouvellement audit lieu, l'une in-4®, françoise, et l'autre în-8^, latine, et m'ont cousté quatre sols.
Le mardi 12®, Bérion m'a preste la copie d'un livre en vers françois, qu'on lui a baillé pour imprimer, lequel il m*a prié de voir et lui en dire mon advis. Il est intitulé : 30 /e Petit Nain combattant le Afom/e, composé, ainsi qu'il m*a dit, par une damoiselle gasconne de la Religion.
Au bout est un tableau de l'abomination de la grande Paillarde, pris du XVIP chapitre de l'Apocalipse, qui est le plus scabreux du livre et que je suis d'avis d'oster, s'il a envie de donner cours et vogue à son Petit Nain, assez joli et digne, à mon jugement, de sortir au jour et comparoistre en publiq.
Au commencement, y a un petit dialogue bien gentil 3o de r Auctcur à son Livre, compris en ces six vers :
Ou vas-tu, Petit Nain? — Je vay faire la guerre. — Et à qui, Petit Nain? — Aux En/ans de la terre.
a6o PIERRE DE L'ESTOILE Dec. 1606
— Que veux'tu leur oster? — L impure Vanité.
— Quelles armes as-tu? — La pure Vérité.
— Le Monde te haira, — Contre lui, je secoue Sa terre, son néant, sa poussière et sa boue.
J'ay acheté, ce jour, dix sols, les Arrests donnés en faveur de la Roine Marguerite par la Cour de Parlement, en cest an 1606, avec les plaidoiers de M. Servin, imprimés nouvellement ensemble in-4^; au bout desquels on a inséré le Contraa de mariage, en latin, de la Roine-mère, 10 fait Tan i533, qui n'avoit encores esté imprimé, et que j^avois mesme preste audit Servin, extrait de mes manuscripts.
Le mécredi 1 3«, j'ay acheté un livre nouveau, imprimé à Genève, in-8*^, intitulé : Tropologie de B. Loques^ Dauphinois; lequel, relié en parchemin, m'a cousté un quart d'escu.
Le jeudi 14*, j'ay acheté une nouvelle bagatelle, intitulée : Discours de la cruauté des cruautés^ pure fadèze qu'on crioit devant le Palais, et que je croirois, 20 plus tost qu'autrement, avoir esté bastie en quelque cabaret de là auprès. Elle m'a cousté ung sol.
J'ay preste, ce jour, et consigné entre les mains de M. Despinelle, mon gros Registre- Journal in-folio, tout escrit de ma main, contenant les choses plus mémorables avenues sous le règne de Henri III, où le bon et le mauvais, le véritable et le mesdisant, sont peâlemeslés ensemble, et dont j'ay fait un livre à part du meilleur, qui est pour moi seul, et non pour autres (lequel il m'a rendu le 10® février 1607). Il m'a donné des poésies 3o courtizannes, qui y courent, propres pour amuser des esprits oisifs, curieux et mesdisans, tels que porte nostre siècle. Entre les autres sont ceux-ci : le Combat de l'A'
Dec. i6o6 MÉMOIRES-JOURNAUX 261
mour et du Repos^ vers de Malherbe, avec la response de Berthelot, et trois ou quatre mesdisances.
Le vendredi i5«, on m'a fait voir des Stances sur le trespas de M. de Sens, faites par un nommé Le Digne, dont les quatre derniers vers sont les meilleurs :
Il faut doncques cesser toutes plaintes funèbres : Le vivre des mortels n'est qu'une vanité; La vertu seulement, qui luit dans les ténèbres, Demeure perdurable en toute éternité,
10 Le lundi 1 8«, j'ay acheté, i o sols, un Aduis d'un gentilhomme vénitien, nommé Antonio Querino, à la Répi^ blique de Venise, sur r excommunication du Pape, et est imprimé in-8°, assez bien. Discours libre et joli, mais non si bien fait que VExamen du Religieux.
J'ay acheté, ce jour, 5o sols, l'Ouverture des Plaidoiers de M, Dorléans^ reliés en parchemin, in-4*^. L'imprimeur n'en avoit eu encores main levée : qui estoit cause de les tenir chers, se vendans jusques à un escu.
Le mardi 19% on m'a preste une lettre latine, qu'on aodit estre de M. TAdvocat du Roy Servin, imprimée nouvellement in-4*^, intitulée : Pro libertate Status et Rei' publicœ Venetorum, Gallo^-Franci ad Philenetum Epistola. Laquelle j'ay rendue, le jour mesme, après l'avoir leue, en aiant trouvé meilleur le milieu et la fin que le commencement, et le tout encores guères bon.
Le jeudi 21% on m'a donné la Bulle du Pape contre les Vénitiens, avec la Protestation à l' encontre de ladite Seingneurie, traduitte du latin en françois, et imprimée nouvellement par J, Petit.
3o Bérion, le mesme jour, m'a donné ung Discours latin de M. Leschassier, sur le différend du Pape et des Véni-
262 PIERRE DE UESTOILE Dec. 1606
tiens, qu'il venoit d'achever d*iinprîmer et tirer de dessous la presse. Il est intitulé : Consultatio Parisii aujusdam de controversia inter sanctitatem Patdi V, et Sereniss. Rempublicam Venetam, ad virum clarissi^ mum Venetum. Anno MDCVII.
Ce discours est bien fait, et, à mon jugement, n^en doit rien aux aultres. Uaiant leu et examiné de près, je juge en devoir beaucoup à ceux qui ont escrit sur ceste matière, et toutesfois il ne se peult mieux, puisqu'il en a eu 10 une chaine.
Le vendredi 22®, j'ay preste à M. Duranti, mon gendre, les Plaidoiers de M. Servin , reliés en parchemin, en deux volumes in -8®, qui me les a rendus le i8« octobre de Pan suivant 1607.
J'ay acheté, ce jour, ung petit vieil livre, intitulé : l'Union de toutes discordes^ par Herman Bodium, qu'on descouvre Picard par son langage, imprimé in-8® Tan 1527. Il y avoit longtemps que je le cherchois, pour en estre la doctrine pure et évangélîque; et 20 Tay trouvé par hasard, en l'Université, chez un libraire que je ne congnois autrement, qui me Ta vendu frippé, mais net dedans, et relié en veau noir, dix sols.
Le samedi 23®, j'ay preste à mon nepveu de Bénévent mon Stetnmata Lotharingiœ^ relié en veau noir, infolio, qui me Ta rendu le mardi i3« janvier 1607.
M. Despinelle m'a donné, ce jour, des Vers de Fran^
çois Malherbe au Roy, sur la réduction de Sedan; et
moi, j'ay donné à M, Despinelle, cedit jour, une Vilandle
et une Resverie, faites par un chanoine d'Orléans, nommé
3o Lescluse. Œuvre digne d'un chanoine.
J'ay emprunté, ce jour, de Madamoiselle de Fontenay, les Sermons de Calvin sur Job, pour y passer les festes, n'aiant encore recouvert les miens, qu'il y a tantost un
Dec. 1606 MÉMOIRES-JOURNAUX a63
an que M. Greban me garde. (Je les lui ay renvoiez le dernier de Tan présent 1606.)
Le mardi 26*, j'ay preste à M. de Chanteclerc le troisiesme tome des Mémoires de France. — Il me Ta rendu ce 17® janvier 1607.
Le jeudi 28*, M.de Lassi, mon cousin, m'a preste ung livre de Poésies latines et françoises, escrit à la main, relié en parchemin, in-folio, ramassé des divers escrits des plus doctes hommes et poètes du siècle, comme de M. le 10 président De Thou, MM. Rappin, Passerat, Borbonius, Salm. Macrinus, FI. Chrestien, Bucchanan, Besze et autres ; la plus part non imprimés et bien dignes d'estre recueillis. — Je lui ai rendu le io« janvier 1607.
Dudit jour, j'ay preste audit sieur de Lassi un de mes livres de Meslanges^ relié in-4®, en parchemin, qui me Ta rendu le 3 septembre de Tan suivant 1607.
Le vendredi 29®, M. Despinelle m'a donné des Vers nouveaux de Malherbe au Roy, sur la réduction de Sedan, et d'autres, de Porchères, qui sont bien faits, sur la 20 tnort du fils du duc de Savoie, et sur un voiagefait par S. A. à Nostre^Dame de Mondevis. Le tout à la main, non imprimé.
Le dernier de ce mois et an 1606, Tavemier m'a fait une promesse de cent francs, paiables dans six mois, pour des livres et papiers de pourtraîcture, que je lui ay vendus laditte somme, et dont je lui ay donné terme jusques audit temps, et non plus.
En cest an fust publiée la Bonne Aventure de Cascarette. Cascarette est la jeune Baulieu, contré laquelle 3o Motin, irrité, publia ceste bouffonesque mesdisance qui couroit à Paris.
Ce mois de décembre fust de constitution himiide et mal saine, toute contraire à la saison, laquelle ainsi dé-
a64 PIERRE DE L'ESTOILE Dec. 1606
réglée causa force maladies, principalement des cathairres et maux de gorge, avec fiebvres pestilentes, furoncles et apostumes : présages de la continuation et augmentation de la peste non estainte, duquel fléol de Dieu nos pecchés sont bien dignes, voire de plus grands. Adultères, puteries, empoisonnemens, meurtres, assassinats et duels si fréquens à Paris, à la Cour et partout, qu'on n'oit parler d'autres choses, mesmes au Palais, où l'injustice qui y règne rend effacée la beauté
10 et lustre de cest ancien et auguste Sénat.
En la semaine dernière de cest an, furent^ â Paris seulement, commis quatre meurtres et assassinats, sans trois duels donnés audit mois, sans aucune recherche et punition. Un gentilhomme, nommé M. Descufan, regretté de tous ceux qui le connoissoient, et de moi entre autres, tué en duel, après avoir, devant que s'aller battre, prié Dieu deux heures, le voulant faire semblable à lui, comme font tous les autres de l'une et l'autre Religion : de nom Chrétiens, mais d'effea pires que Mamelucs, Arabes,
20 ni Turqs et Payens, faisans une profession toute contraire à TEvangile et au Christianisme.
Le dernier jour de ce mois et an, on m'a donné des Conférences nouvelles de Cospeau avec le ministre de Monluel et autres, où chacun, sans fruia ni édification, veult, par belles injures et reproches, tirer la vérité de son costé.
Les AdvantsdeNoël' de cest an i6o6,ung théologien, nommé le Recteur, qu'on dit estre d'Avignon, prescha les Advants dans l'église Saint- Pierre-aux-Bœufs, à Paris,
3o aussi hardiment, séditieusement et licentieusement, contre la paix et repos publiq, que si on eust esté à la veille
I. Le Ms. de Troycs précise la date : « Le dimanche io> de ce mois...»
Dec. 1606 MÉMOIRES-JOURNAUX 265
des Barricades. Un président et un eschevin, nommé GoufFé, lui en pensans remonstrer quelque chose, il leur fist response qu'il n'en avoit pas assez dict. Et tout le mal qu'il en eust fut que les paroissiens et marguilliers lui ostèrent ia chaire le lendemain, et la baillèrent à un autre.
Dudicour, Conseiller en la Cour, fils d'un petit larron de financier, vérifia le proverbe qui dit que le troisiesme héritier nejouist d'un bien mal acquis: car, sûr la fin 10 de ceste année, après avoir perdu tout son bien au jeu, et la plus grande part de celui de sa femme, et vendu son estât, servit de conte et risée aux compagnies de Paris. On disoit qu'il avoit Joué trente-cinq mille escus.
[Comme firent aussi le trésorier du Hameul et de Mesraes, petit friponneau de Conseiller, l'un et l'autre banqueroutiers infâmes d'honneur et de biens, enfans fols, qui, au lieu de réjouir leurs pères, donnent tristesse à leur mère : et tout pour avoir délaissé la crainte de Dieu qui est le Chef de Sagesse. Et, auparavant ceux-ci, un nommé 20 Bazin, Secrétaire du Roy, pauvre misérable et fuitif : ceste saison en estant aussi fertile, comme est vide de toute preudhommie et crainte de Dieu.]
[ Sur la fin de ceste année, on reçut advis certain du Grand Duc de Moscovie, Démétrius, tué cruellement par ses sujets; laquelle mort avoit balancé long-temps entre si et non, de façon que M. de Lescalle en escrit de Leyden en ces termes à M. Dabin : De Moscovita Demetrio idem accepimus quod in tuo schedio relatum est, Sed nuspiam veterum Grœcorum mentiendi tant a licentia 3o/ttiV quantum sibi permisit hodiema vanitas in hac Sçythica tragœdia.
Voici ce qu'en dit le compilateur des nouveautés de ce temps, M. C, lequel il nous faut suivre, faute d'autre.
i66 PIERRE DE UESTOILE Dec. 1606
et duquel je l'ai extrait, mot pour mot, de son tome VI, livre IV, p. 92, gS et 94.
m De Demetrio, Magno Moschovorum Duce, hoc tempore, ex partis ad nos relatum est locis eum a subditis suis tali ocçasione trucidatum occubuisse. Suborta erat primo in multorum animis suspicio, cum Jesuitis tantopere faveret, eum non legitimum regni hœredem et Basilidisfilium quem sese venditaverat^ sed Jesuitarum machinationibus subornatum et intrusum esse. Hinc
10 cum in Jesuitarum gratiam religionemjam et ceremonias mutare inciperet, Polonis, quos magna copia secum adduxerat, plusquam Moschovitis exhibere honoris videretur, nec uti consueto ejus loci more copulatio matrimonialis a Patriarchafieret, permittere vellet, sed Jesuitam sacra et solemnitates nuptiales peragere oporteret, tantam in subditorum animis commotionem excitavit, tantumque in se odium provocavit, ut congregati magno numéro, captata ocçasione cum finctis nuptiis genio Dux indulgeret, multosque Polonos et Jesuitas
20 convivio excepisset, eruptionem ex improviso in Pala-tium ejus fecerint, eumque cum omnibus Polonis et Je* suitis trucidarint, nova nupta in monasterium detrusa et pâtre ejuscustodiœ mancipato. Habuerat ille quidem satellitium célèbre admodum, trecentorum nempe militum germanorum, quibus Arcis custodia demandata erat, Cum igitur Moscopitœ magno numéro in Arcem pénétrassent, ipsique arma sua deponere constanter recusarent, superati quidem post pugnam modicam sunt etfurore Moscorum maxima ex parte trucidati.
3o In Pàlatium autem Magni Ducis Demetrii ut venerunt, Mosci matrem ejus primo, quœ hactenus in monasterio quodam delituerat, jam vero a Demetrio ad Aulam revocata erat, interfecerunt. Dux vero,
Dec. 1606 MÉMOIRES-JOURNAUX 267
ipsetnet vitam suam modis omnibus conservatam
cupiens, a conclavi uno ad alterum confugit, donec, ex
fenestraprosiliens, crus alterum confregit ut surgere
amplius et turbis se substrahere nonpossety qui truci-
datum eum in forum pertraxerunt, adductamque si^
mul mulierem aliquam, vestitu matris Demetrii indu-
iam, essetne hicjilius suus rogarunt, qua non esse
respondente, infrusta dissectum igné cremarunt,
Ceterum,Demetrio hac ratione e medio sublato, Ma^
10 gnum Ducem alium Emancum Bogdansuscium, àlio
quidem nomine Joannem Waschavium dictum, qui,
sororis Basilidis f liant matrimonio sibi junctam
habens, facti totius primarius auctor extitit, elege-
runt. De cujus quidem fortuna, temporis ptogressu,
cognoscere plura licebit.]
Année 1607
Janvier.
Le mardi 2®, en une main de papier et demi quarteron de plumes, cinq sols.
Le vendredi 5% j'ay acheté, trois sols, une fadèze nouvelle, intitulée : le Sot amoureux.
J'ay fait, ce jour, un pacquet de ving-six bagatelles ramassées depuis le premier octobre jusques au dernier de décembre 1606; entre icelles sont quelques discours 10 notables pour la Seingneurie de Venise contre les censures du Pape, qui ne sont à négliger, et entre autres, celui d'un Religieux dudit Venise, nommé Paul Servi, qui mérite d'estre receuilli. J'ay cotté ledit paquet de trois H. H. H.
Ledit jour, Fonteni m'a donné des Anagrammes de sa façon, qu'il a fait imprimer pour la Roine Marguerite, où entre autres y en a ung, tout à la fin, qui est sublin et rencontré de mesme, tiré (ainsi qu'il dit) de la Sainte Escriture, fort convenable à la qualité, vie et profession 20 de ladite dame, dans le nom de laquelle, qui est Marguerite de Valois, se trouve : Salve, Virgo, mater Dei. Il y en a encores un autre de mesme, qu'il y a mis, qui suit cestui-ci, de pareille estofie et grâce ; lesquels deux il semble avoir réservés pour la bonne bouche, à fin que d'une tant belle conclusion et si à propos on jugeast tout le reste, qui ne vault pas mieux.
Janv. 1607 MÉMOIRES-JOURNAUX 269
Ledit Fonteni m^a donné, pour mes estretines, un plat de marrons de sa façon, dans ung petit plat de faïence, si bien faits qu'il n'y a celui qui ne les prenne pour vrais marrons, tant ils sont bien contrefaits près du naturel : se rencontrant plus heureux en cest ouvrage qu'en celui des anagrammes.
Le jeudi 1 1^ de ce mois, M. de Gréban m'a renvoie mes Sermons sur Job, que je lui avois preste dès le 1 1* février de Tan passé i6o6, il y a onze mois.
10 J'ay acheté, ce jour, huit sols, V Histoire des Amours tragiques de ce temps, imprimée nouvellement en ceste ville, in- 16® : non pour chose qu'elle vaille, mais pour m'en servir à autre subject. L'aucteur estle sieur de Laffemas, jadis tailleur, et maintenant advocat, qui ne fait autre chose qu'escrire et brouiller le papier; et auquel Sa Majesté dit, un jour, comme il lui présentoit un Uvre qu'il avoit fait, qu'il entendoit que « puisque les tailleurs comme lui faisoient les livres, que ses Chanceliers doresnavant lui fissent ses chausses. 9
20 Le vendredi 1 2<^, mourut à Paris, en sa maison, Albert le Febvre, aagé de 72 ans, mon médecin et bon ami, auquel le publiq et le particulier perdent beaucoup, pour estre un des premiers de son art et des plus experts, et qui avoit le sçavoir joint à la preud'hommie : chose pour le jourd'hui assez rare et principalement en ceux de sa profession.
Le lundi 1 5«, j'ay acheté, un sol, un nouvel Édit du Roy pour la défense des passemens d'or et d'argent ', à commencer du premier mars prochain, premier jour de
I. Vor. Mb. de Troyes : «r En ce temps, fut fait un Edit pour la défense 3o des passemens d'or et d'argent» Tobserration duquel deToit commencer le ic'mars seulement, premier jour du Karesme, auquel temps sont mis ordinairement sur le bureau les réformations, qui se renouvellent d*an en an, et se gardent en une saison comme en l'autre. »
270 PIERRE DE L'ESTOILE Janv. 1607
Karesme, où volontiers telles réformations se publient et renouvelent, et se gardent en une année comme en Pautre.
M. Despinelle m'a donné, ce Jour, une lettre du Terrail à M. de Rosni, avec des vers françois faits sur le Roy de la Febve, et autres nouveautés et fadèzes.
J'ay donné, de mon E^stude, à Matthieu de L'EstoiUe, les Odes d'Horace, commentées de Fîgulus, reliées en marroquain doré, in-S**.
I o Le mardi 1 6*, on m'a preste un livre nouveau, imprimé in-8®, sans nom du lieu où il est imprimé, sinon qu'on tient que c'est à Venise [id est Paris, à mon jugement). Il est intitulé : Nicolai Grossi junioris, Veneti civis philosopki, et L V. C, Antiparainesis, ad Cœsarem Baronium Card,, pro Serenissima VenetaRep. C'est une response à Baronius, lequel depuis un peu a perdu beaucoup de sa réputation. Chacun l'estime et la tient pour bien faite. Il y a, au bout, sept attestations de sept docteurs de Venise. — Je l'ai rendu, le mécredi 7*, à
î»oM. Duranti, qui me l'avoit preste.
Le mécredi 17*, Bérion m'a donné de son impression trois petits traictés nouveaux latins, contre les censeurs du Pape pour la Seingneurie de Venîze, l'un de Marsilius^ Tautre de Paulus, Venetus, Ordinis Servorum^ et le tiers d'un/rafer Fulgentius, Il m'a donné aussi deux copies du petit livret qu'il m'avoit fait voir avant que l'imprimer, intitulé : le Petit Nain qui combat le Monde^ dont j'en ay donné un à M. Despinelle.
Le samedi 20*, Bérion m'a apporté la copie d'un livre
3o qu'il veut faire imprimer, et dont il désire avoir, par mon moien, un privilège. Il est intitulé: Les Darsd^Hégésias contre lapeurlde la mort, représentés par GuiU lemard, natif de Partenay en Poictou.
Janv. 1607 MÉMOIRES-JOURNAUX 271
Celui dort qui est mort, et celui est mort gui dort; mais, en l'âme, le mourir nepeult tomber, non plus que le dormir.
Le lundi 22% on m^a fait voir une lettre du Cardinal d'Evreux au Roy, qui couroit ici escrite à la main, recommandable seulement pour le bien dire et éloquence de son aucteur. J'en ay tiré une copie.
Le mardi 23^, G. Le Noir m^a vendu, trois sols, une Response nouvelle latine à Baronius, imprimée in-4^ à 10 Sedan; qui est une nouvelle batterie contre le Pape, mais de laquelle les canons, tirés de Tarsenal de Genève, ne Toffenseront tant queceux de Romme. Elle est intitulée : Christianorum Reipublicœ Venetœ civiumetamicorum ad antichristianam Cardinalis Baronii Parœnesin Responsio. MDCIL — Geste batterie ne vault rien.
Le mécredi 24^, on m^a donné une nouvelle fadèze en envers, intitulée : Consultation sur des cas de conscience, par le Père Cotton, jésuite, et Du Ferrier, ministre de Charenton.
ae II en court une autre bien droUe, qu^on m'a promise : Les Proumenades de M* Guillaume par les cinq Cham^' bres du Palais.
[Le vendredi 26* de ce mois, fut jouée, à THostel de Bourgogne, à Paris, une plaisante farce, à laquelle assistèrent le Roy, la Roine, et la pluspart des princes, sein* gneurs et dames de la Cour '. C'estoit un mari et une femme qui querelloient ensemble : la femme crioit après son mari, de ce qu^il ne bougeoit tout le jour de la ta-
I. Ces premières lignes, biffées psr L'Estoile, ont été rédigées à nouTeau, 3o comme suit : [a Une plaisante farce, jouée en ce temps à l'Hostel de Bourgogne» représentant les actions Traiment farcesques des hommes de ce temps, et les injustices et oppressions de ce misérable siècle , fist la closture de ceste année. Le Roy, la Roine, et la plus part des princes, seigneurs et dames de la Cour^ estant pour lors à Paris, y assistèrent. »]
372 PIERRE DE L'ESTOJLE Janv. 1607
verne, et cependant qu^on les exécutoit tous les jours pour la taille qu^il falloit payer au Roy, qui prenoit tout cequ^ilsavoient; etqu^aussi-tostqu^ilsavoient gagné quelque chose, c'estoit pour lui, et non pas pour eux. <c Cest ce pourquoi, disoit le mari se défendant, il en faut faire <( meilleure chère : car, que diable nous serviroit tout le « bien que nous pourrions amasser, puisqu'aussi bien ce ce ne seroit pas pour nous, mais pour ce beau Roy ? Cela « fera que j'en bevrai encore davantage, et du meilleur:
10 « j'avois accoustumé de n'en boire qu'à trois sols, mais, « par Dieu, j'en bevrai doresnavant à six. Pour le moins, « Monsieur le Roy n'en crocquera pas de cestui-là ! Va « m'en quérir tout à ceste heure, et marche! — Ah ! malce heureux ! répliqua ceste femme, et à belles injures ; merci « Dieu ! vilain, me veux-tu ruiner avec tes enfans ? Ah ! « foy de moy, il n'en ira pas ainsi I » Sur ces estrifs, voici arriver un Conseiller de la Cour des Aydes, un Commissaire et un Sergent, qui viennent demander la taille à ces pauvres gens, et, à faute de payer, veulent exécuter.
*^La femme commence à crier après; aussi fait le mari, qui leur demande qui ils sont, ce Nous sommes gens de <c Justice, disent-ils. — Comment, de Justice ? dit le mari, ce Ceux qui sont de Justice doivent faire ceci, doivent ce faire cela; et vous faites ceci et cela (descrivant naîfvece ment en son pathois toute la corruption de la Justice ce du temps présent). Je ne pense point que vous soyez ce ce que vous dites ; monstrez-moi vostre commission î — ce Voici un arrest, dit le Conseiller. » Sur ces disputes, la femme, qui s'estoit saisie subtilement d'ung coffret sur
3o lequel elle se tenoit assise, le Commissaire l'ayant avisé, lui fait commandement de se lever, de par le Roy, et leur en faire ouverture. Après plusieurs altercations, la femme ayant esté contrainte de se lever, on ouvre ce
Janv. 1607 MÉMOIRES-JOURNAUX 273
coffre, duquel sortent à Tinstant trois diables, qui emportent et troussent en malle M. le Conseiller, le Commissaire et le Sergent, chaque diable s*estant chargé du sien. Ce fiist la fin de la farce de ces beaux jeux, mais non de ceux que voulurent jouer après les Conseillers des Aydes, Commissaires et Sergens, lesquels, se prétendans injuriés, se joingnirent ensemble et envolèrent en prison messieurs les joueurs. Mais ils furent mis dehors, le jour mesme, par exprès commandement du Roy, qui les ap-
10 pela sots : disant Sa Majesté que, «s'il faloit parler d'intérest, qu'il enavoit receuplus qu'eux tous, mais qu*il leur avoit pardonné et pardonnoit de bon cœur, d'autant qu'ils Tavoient fait rire, voire jusques aux larmes ».
[Chacun disoit que long-temps on n'avoit veu à Paris farce plus plaisante, mieux jouée, ni d'une plus gentille invention, mesmement à l'Hostel de Bourgongne^ où ils sont assez bons coustumiers de ne jotier chose qui vaille.] Le samedi 27®, j'ay acheté, de Richard Tutin, quatre gettons d'argent nouveaux de ceste année 1607, pour
20 mettre avec mes autres différents, qu'il y a vingt ans que j'amasse par curiosité. J'en ay, à ceste heure, sept vingts deux. Lesdits quatre m'ont cousté quarante-cinq sols.
La constitution de ce mois, chaude, humide et mal saine, toute contraire à la saison, sans aucune gelée, entretient les maladies à Paris, et mesme la mauvaise, de laquelle mourust un jeune advocat, nommé Le Telier, demeurant chez Bijon, rue du Battoir'.
I. Var. Mb. de Troyet : «et mesme les mauvaises et contagieuses, desquelles plusieurs personnes moururent, et, entre les autres, un avocat, 3o nommé Le Telier, que je connoissois... »
P. DC L'ESTOILE. — VlII. 18
Î74 PIERRE DE L'ESTOILE Fév. 1607
Febvrier.
Le samedi 3*, j'ay acheté, quatre sols, une nouvelle bagatelle, intitulée : Trente-deux Demandes proposées par P. Cotton, avec les solutions du ministre Dumou' lin, qui lui en propose soixante-quatre autres.
J'ay preste, ce jour, à M. Darpantigni, le neufviesme et dixiesme tome de mes Œuvres S. Thomas, relié en veau doré, in-folio. — Qui me les a rendus le lundi 12.
[Le dimanche 4* de ce mois, Monseigneur le Prince iode Condé envoia appeler M. de Nevers pour se battre avec lui, sur quelques paroles dites par ledit sieur de Nevers, dont Monseigneur le Prince s'estoit tenu pour offensé. Le duc de Nevers y aUa, et peu s^en falust qu'ils ne vinssent aux prises, lorsque le Roy, en estant adverti, y envoia en diligence et appointa ceste querelle, avec réprimande à Tun et à Pautre, principalement à M. de Nevers, qu'il dit avoir trop peu respecté, en y allant, la qualité de M. le Prince, son parent.]
Le lundi 5*, Bérion m'a donné un escrit nouveau d'un ^oMarsilius, Neapolitain, pour les Vénitiens, contre le Cardinal Baronius, intitulé : Duo Vota. N'est que de deux feuilles in-8®.
Le jeudi S% M. Darpantigni m'a donné (selon que je l'en avois prié) son opinion par escrit sur le S.-Sacre« ment, et pour la réconciliation des opinions sur ce subject. Laquelle estant particulière, et toutefois bonne pour une ouverture d'accord, sera (comme je lui ay dit) rejettée des uns et des autres. Elle contient une petite page d'escriture.
3o J'ay acheté^ ce jour, au Palais, le Passe-Partout des Jésuites, qui m'a cousté douze sols.
Fév. 1607 MÉMOIRES-JOURNAUX 275
Le samedi io«, j'ay acheté une nouvelle bagatelle, nouvellement imprimée à Saumur, qui est une Response d^un ministre de Thouars, nommé Rivet, à Tabjuration d'un ministre, autrefois Gordelier, nommé Olivier Enguerrand; et m'a cousté quatre sols. Ce ne sont qu'injures et redittes, lesquelles, tant d^une part que d'autre, je ne daingnerois ramasser : tant s'en faut que je les voulusse acheter, n'estoit que je prétens m'en servir en meilleure chose.
10 Le lundi 12% M- Guittart m'a donné un getton d'argent, fort beau, et dont je n'en avois point de mesme, que j'ay mis avec les autres, et en ay à ceste heure sept-vingtstrois différents.
M. Mesnard, Conseiller en la Cour, m'a donné des vers latins, qu'il a faits pour ceux de Venise, contre Vtxj communication du Pape Paul V«.
On m'a donné, ce jour, une petite fadèze nouvelle^ que M. le Prince a faitîmprimer, intitulée : VAlmanach de la Cour.
ao [Le jeudi i5% ung savetier fust pendu, au parvis Nostre-Dame, pour avoir proféré des blasphèmes exécrables contre le Fils de Dieu et sa Mère. Son dicton fust supprimé pour l'énormité desdits blasphèmes, dont il avoit le bruit partout faire mestier et marchandise.]
Le jeudi 1 5% j*ay preste à M. Darpantigni mon Prima Secundœ de S. Thomas, in-folio, relié en veau doré. — Qui me l'a rendu le 18® de ce mois.
A. Perier m'a vendu, ce jour, six sols, un petit livret nouveau, intitulé : la Chimxre, ouPhantosme delaMen^
3o dicité, relié en parchemin, in-8**. Du Jonc, aucteur; et y a des traits dedans gentils et hardis.
Le samedi 17®, j'ai preste à M. Darpantigni mon Gre* gorius de Valentia, relié en veau noir, in-folio : qui
276 PIERRE DE L'ESTOILE Fév. 1607
me la rendu le mardi 27* jour de Quaresmeprenant.
Le lundi 1 9®, on m^a donné ung nouveau petit bagage imprimé, qui est un abrégé des opinions de ceux de Venise contre les censures du Pape.
M. Despinelle m'a donné, ce jour, diverses poésies non imprimées, entre lesquelles y a Huict sonnets de Ronsard en faveur d'une des files de la feue Hoinemère, qu'on a tirées des mains de M. Gallandius.
Le mardi 20^, mon cousin deLassi m*a donné un Ar» 10 rest notable de la Cour de Parlement de Bordeaux contre le Cardinal de Sourdts, en dacte du 3o* décembre
Fonteni, le Boiteux, m'a donné, ce jour, ung Plat artificiel, de sa façon, de poires cuittes au four, qui est bien la chose la mieux faite et la plus approchante du naturel qui se puisse voir. Il m'adonne aussi son énigme de la Cloche.
Le jeudi 22«, j'ay receu du sire Tavernier onze francs, pour des pourtraitures que jeluiavois baillées à vendre i 20 la Foire, laquelle a duré trois semaines entières, le Roy l'aiant fait prolonger pour le plaisir que la Roine prenoit à s'y promener, et lui, à jouer : aiant esté ceste Foire la moins pressante et insolente, mais la plus desbauchée pour le jeu, qu'on ait encoresveue, et à laquelle je n'ay ni gangue ni perdu, n'y aiant porté ni bourse ni argent.
Ce jour, se battirent en duel Messieurs de Soubize et Boccal, et fut M. de Soubize griefvement blessé (par sa faute, ainsi qu'on disoit), aiant forcé Boccal au combat; lequel il ne vouloit accepter, respectant son ranc et 3o sa maison, laquelle touche de parenté au Roy, [et ne s'y hazarda qu'à l'extrémité.]
Paie, ce jour, à un couvreux, deux testons, pour avoir recouvert un endroit de mon cabinet où il pleuvoit.
Fév. 1607 MÉMOIRES-JOURNAUX 277
A M« Abraham, ledit jour, ung teston pour une livre de papier, et en plumes et ancre, trois sols six deniers.
A un pauvre garson, nommé La Pourie, deux testons, pour m'avoir transcript tout plaîn de poésies ; aiant en ce plus d'esgard à sa pauvreté qu'à chose que j'en eusse affaire.
[Le vendredi 23«,le Roy, séant en son Conseil, donna audience à des Députés de La Rochelle, sur le refus quMls faisoient de recevoir les Jésuistes, que Sa Majesté, Topar importunité, avoit consenti d'y envoler. Un eschevin, nommé Yvon, porta la parole et parla si librement et hardiment que le Roy s'en offensa et l'appela séditieux. Finalement, Sa Majesté ayant pris le loisir d'y penser, ils furent renvoies, avec promesse qu'ils ne les auroient que pour le Karesme.]
Le vendredi 23% j'ay donné à Nicolas une pièce de dix sols, pour avoir nettoie mon estude et mon cabinet, qui en avoient bon besoin.
[Ce jour, finist la Foire, que le Roy avoit prolongée de
ao trois semaines, pour s'y pourmener et passer le temps :
où le Roy alla encore Taprès-disnée, y perdit sept cens
escus, à trois dés, contre M. de Villars, et donna à la
comtesse de Moret un chappelet de trois cens escus.]
Le mardi 26*, jour de Quaresmeprenant, j'ay acheté,
un sol, deux fadèzes, qu'on crioit, sur le Balet de M. le
Prince, qui fust fait le mécredi 2i« de ce mois. L'une
s'appelle les Affiges, l'autre pour les Peintres, toutes
deux convenables au jour.
Le mécredi 28® et dernier de ce mois, mon nepveu de
3o Gerocour ma donné une nouvelle Ode, de sa façon, à la
Roine Marguerite, qu'il a fait imprimer et est très-bien
faite.
J'ay preste, ce jour, à M. deChantecIer,mon/iri>/oir^
278 PIERRE DE L'ESTOILE Fév. 1607
de François II, reliée in-8° en parchemin; et lui, m'a preste Y Apologie de Servi , imprimée in-8°, qui est une des bonnes pièces qu^il ait faites, encores que tout ce qui part de sa main est bon et receuillabie. — Il me Ta rendu le lundi 5 may, et moy, je lui ai renvoie son Apologie.
En ce mois, qui fut humide et malsain, régnèrent force maladies à Paris, principalement de fluxions et cathairres, dont y en avoit peu qui ne s'en trouvassent atteints. Quelques morts subites, entre autres une remarie quable d'un jeune homme, nommé Miramion, frère du Lieutenant général d'Orléans; lequel, après avoir bien disné et fait bonne chère sur le Petit More, où il avoit traicté une compagnie à six escus pour teste, ainsi qu^on disoit, mourust tout soudain, et rendit l'esprit à la table mesme où il avoit disné, jouant à la prime, et ayant encores les cartes à la main ; et avoit gangné six ou sept cens escus. Cela avinst le samedi 10® de ce mois.
[En ce mesme temps, mourust, à Paris, de la maladie, une riche papetière, qu'on nommait Carrel, qu'on avoit 20 surnommée, à cause de son extrême avarice, la riche vilaine. Le fils de M. Hélin, médecin, jeune homme de grande espérance et âgé de vingt-sept ans seulement, mourust, en mesme temps, à Paris, au grand regret du père, affligé d'ailleurs de plusieurs maladies et entr'autres de la pierre'.
[Les desbauches, folies, balets, paillardises, duels et autres vices et impietés estoient, en ce temps, plus en règne que jamais, commç si par icelles nous voulions provoquer Dieu à courroux, au lieu de l'appaiser.] So Continuation de balets, duels, blasphèmes, et toutes sortes de desbauches et folies.