LES COMŒDIENS DE LA COUR
€ Sire, desfentes-vous de ces Comœdiens :
Vous aure^y malgré eux, asses( de comœdies; JTen sqai qui feront mieux que ces Italiens, Sans que vous couste un sol leurs fascheuses folies.
— Ton conseil est fort bon, Rosni, je le veux bien^ ao Puisqu'ils riauront jamais de ma chère finance.
Mais dis*moi,je te prie, et m'apprens le moien Pour trouver, sans argent, des farceurs dans la France?
— Sire, premièrement, pour un bon Petrolin,
Qui sqait faire aux amans ung doux maquerelage
Et qui a de nature un aspect de faquin.
Ce cocu de Sigongne est fort bon personnage.
c J'ai desjà descouvert un galant Pantalon, Qui sqait bien contrefaire un noble de Veni^^e.
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Sera-t'il pas gentil, ce gaulois Chanvalon, Puisqu'il en a le ne^^ la barbe et la franchise?
— Rosni, tu ne dis pas qu'ils faut un Zanon, Qui ne sache rien faire et qui soit imbécille?
— O SirCy le voici ! Ce sot de Montba{on :
Enpeult'On trouver ung qui soit plus mal habille?
a Or, pour un amoureux^ qui soit asse^ gallant Pour faire à Ys^abelle un amoureux langage, Je veux que ce plaisir soit au comte Morguant, lo Puisque [lui] si souvent il en fait à son page.
— Il faut un Gratian, qui fasse le pédant, Et qu'il ne sache rien au f omis de la doctrine,
— Le seingneur Maiutenon fait fort le s^ffisant : Donnons- lui ceste charge, il en a bien la mine,
« Je sqay une beauté qui sçaura bien lier Le cœur des beaux amans qui ont bonne escarcelle. Vous la connaisse:^ bien. Madame de Cimier :
Cest elle qui fera galamment VY^abelle.
c Sa sœur a le visage et tous les meilleurs tours, 20 Pour estre maquerelle, ainsi que Francisquine ; Il faudra qu^elte serve et guide les amours Que tous les compagnons auront dans leur poictrine,
« J'ay' un brave Espouvante, un vaillant Calabrois^ Qui est, à ce qu'il dit, le foudre de la guerre; Cest ce vanteur Victri, qui, en dix mil endrois, S' est fait voir unpoltron,feingnant d" estre un tonnerre.
m Jestois bien empesché de recouvrir ici.
Pour achever la bande ^ une troisiesme dame;
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Mais le Comte du Lude, en amoureux souci^ Ne sera point marnais pour leur servir de femme*
« Et parce qu^ilyfaut un second amoureux, Qu^ils lefacent servir et d* amant et d'amie ; Je lui ay destiné son suivant valeureux, Aussi rusé que lui en fart de Sodomie.
€ O troupe valureuse! 6 bienheureux farceurs, D'avoir avecque vous ce Pétrolin Sigongne !
Vous sere\, par son nom, les meilleurs batteleurs Que Von ait jamais veu dans VHostel de Bourgogne!
En ce mois, moururent, à Paris, Madamoiselle de Rosay, mère de M. Courtin, Conseiller en la Grand Chambre, aagée de quatre-vingts ans;
Ung vinaigrier, aux fauxbourgs S.-Marceau, nonmié Biaise de Bré, aagé de cent-cinq ans ;
M. Petit, Advocat en la Cour, aagé de soixante-quinze ans;
Madamoiselle de Molevault, en la fleur de son aage, qui fust enterrée de nuict, dans les Cordeliers, comme 20 estant morte de la maladie;
Et un Procureur, nommé Hulon, de moyen aage, qui mourust, à Foritenay, d^un flux de sang, et à qui Dieu (auquel il mourust) donna une vision de Theure de son départ, qui advinst précisément ainsi qu'il Pavoit veu.
Novembre.
Le lundi 10* de ce mois, veuille S. Martin, le fossoyeur de réglise S.-Jean, à Paris, aiant envie de faire la S.-Martin, et n'aiant de quoi, s'advîsa d'un moien
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pour avoir de Targent, quUl communiqua à deux ou trois goinffres aussi altérés que lui, à sçavoir: du corps mort d^une femme qu^iiy avoit ung an quMl avoit enterré dans réglise, lequel on avoit mis dans un cerceuil de plomb, qu'ils avisèrent d'oster dudit cerceuil et faire argent du plomb, pour faire le lendemain leur S.-Martin. Ce qu'aiant exécuté la nuict, et jette là le corps tout nud qu'ils couvrirent de terre seulement, en sortist telle puanteur en Téglise, qu'il yen eust ung delà paroisse qui
10 en mourust, et une femme grosse qui en avorta. Enfin le mistère aiant esté descouvert, le mari de la* femme fist emprisonner le fossoyeur, qu'il vouloit faire pendre comme il avoit bien mérité. Mais la Justice aiant esgard à son grand aage et au long service qu'il avoit fait à réglise, sans jamais avoir esté repris d'aucun maléfice, joint son ingénue et franche confession du fait qu'il avoit perpétré par nécessité, lui sauva la vie.
Le dimanche 16® de ce mois, sur les onze heures du
20 matin, tumba mort, en la rue S.-Jean-de-Beauvais, à Paris, M. Charron, homme d'Eglise et docte, comme ses escrits en font foi.
A l'instant qu'il se sentist mal, il se jetta à genoux, dans la rue, pour prier Dieu ; mais il ne fust sitost agenouillé que, se tournant de l'autre costé, il ne rendist rame à son Créateur.
Le lendemain, comme on estoît prest d'enlever le corps, rÉvesque de Beauvais, passant par-là, Tempescha, et dît qu'il voioit bien (et toutefois il ne void goutte)
3o qu'il n'estoit pas mort. Aussi les médecins y estant appelés, dirent tous d'une voix qu'il l'estoît et que c'estoit une apoplexie qui l'avoit su£foqué en un instant. Devant ce jugement des médecins, on faisoit courir le bruit, en
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rUniversité, que TÉvesque de Beauvais avoît resuscité un mort.
Le mardi i8®, mourust, en sa maison, à Paris, Sebastien Nivelle, marchand libraire, aagé de quatrevingts ans, droit et fidèle en son estât, et homme de bien, et * ung des plus fidèles et entiers de TEstat. Il avoit esté marié avec sa femme jbien quarante-cinq ans *.