CHAPITRE XII
Suite du précédent ^Bravoure du Prince, Sa réparation envers un officier.
x 795-1796 M§r le duc de Berry passa par tous les grades militaires, et prit le 23 juillet 1796, le commandement de la cavalerie, en remplacement de M§w le duc d'Enghien, qui prit celui de l'avant-garde. Placé entre l'ancienne gloire et la nouvelle gloire de la France , le duc d'Enghien étoit toujours le premier homme que rencontroit l'ennemi.
Dans les campagnes de 1795, 1796 et 1797, Mgr le duc de Berry se trouva présent à tous les combats. A l'affaire de Steinstadt qui dura toute la journée , l' avant-garde de l'armée de Condé fut chargée de l'attaque du village. M°r le duc de Berry échappe aux officiers qui Tentouroient, entre dans le
(37) village avec les premiers hussards qu'il Ite Part. rencontre , le traverse au milieu d'un feu Llv- L terrible , s'y maintient plusieurs heures sous une pluie de bombes et de boulets , et revient tout couvert de sang et de la cervelle d'un brave officier du génie , nommé Dumoulin , tué auprès de lui par un obus.
A la tête de pont d'Huningue , M>r le duc de Berry visitoit les ouvrages. Il s'étoit arrêté sur le revers de la tranchée avec quelques officiers. Ce groupe attira le feu de deux pièces de canon , placées de l'autre côté du Rhin. Les boulets portèrent et couvrirent de terre le jeune Prince qui ne fut sauvé que par le gabion même renversé sur lui.
A Kamlach , à Munich , à Schussen- Pûed, Msc le duc de Berry combattit encore. 11 étudia les mouvemens du général Moreau dans sa belle retraite , prenant des leçons de cet habile ennemi. Il sollicita de
Ire Part, l'archiduc Charles la faveur de suivre le
Liv. I. siège de Kehl : le chevalier de Franclieu ,
aide-de-camp de M>r le duc de Bourbon ,
fut tué dans les ouvrages à ses côtés. A
Offembourg , il alloit journellement à la
tranchée ; et, comme il le dit lui-même dans
Lemv à une de ses lettres, il entendit siffler force
M. Le comte •" J
d Haute- frouiets obus et mitraille.
foi-t, 7
L'exactitude que Msr le duc de Berry mettoit dans ses devoirs militaires, il la vouloit trouver dans les autres. Sa vivacité l'emportoit quelquefois. Il avoit blessé par des paroles sévères à la parade un officiergénéral ; celui-ci fit une réponse hardie que ses camarades essayèrent en vain de couvrir de leur voix; le Prince l'entendit, et cacha son émotion. Il laissa partir ia colonne, fit ensuite appeler l'officier, l'emmena dans un bois avec des témoins , et lui dit : « Monsieur , je crains de vous avoir of- » fensé ; ici je ne suis point un Prince, je
s. suis un gentilhomme français comme Ire Part.
» vous ; me voici prêt à vous donner toutes Llv- 1- » les satisfactions que vous exigerez. » Et il met Tépée à la main. L'officier tombe à genoux, et baise cette noble main qui vouloit non faire une blessure , mais panser celle de l'honneur : c'est Henri IY et Schomberg.
P'Pàrt.
Liv. I.