‹ MémoiresChapitre 11 sur 36 · TOME III. S · texte numérisé non relu

TOME III. S

ii4 HÉMOIRES

Mais , hékis \ qu'apprîmes-nous le lendemain avant midi ? L'arrestation et le meurtre du duc d'Enghien : des criears à voix de Stentor ne nous le confirmèrent que trop. Qu'on juge de notre stupeur !

Nous sûmes qu'il s'était agi d'abord de trans* porter le prince au Temple et de l'y juger/ mais qu'on s'était décidé ensuite pour Yincennes.

Ainsi fut trandié le dernier rejeton ^e ce rameau des Bourbons, si éminemment illustré sous le nom de Condé. L'Europe indignée ne vit qu'un lâche assaAinat dans ce meurtre, qualifié de coup d'Etat par les ministres et les séides de Buonaparte. On verra comment mon auguste souverain , le roi de Prusse, crut devoir s'exprimer à eê sujet dans son manifeste du 9 octobre 1B06.

Qu'on juge de l'impression que fit, dans Paris, cet événement , par la manière dont M. de Dalberg % ministre plénipotentiaire de . Baden , en' rendit compte à sa cour : « L'exécution atroce du 4c malheureux duc d'Enghien, dit -il, a produit « une sensation difficile à rendre. Tout Paris est « consterné ; la France le sera : l'Europe entière a doit frémir. »

' Aujourd'hui M. le duc de Dalberg , le même que M. le général Sayary, duc de Rovigo^ inculpe dans ses Mémoires, à l'occasion de cette même catastrophe.

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Ce meurtre , si justement qualifié d'atroce , a déjà doiané Heu à plus d'un débat historique, sans que la matière néanmoins soit encore épuisée : je pense même pouToir répandre quelques nouvelles lumières sur les circonstances de ce fatal événement, obscurci et défiguré à dessein par ceux même qui y ont lé plus participé.

Par exemple , dans un premier Mémoire , et dans sa dernière et volumineuse publication, M. Savary, aujourd'hui duedeRovigo, s'efforce de charger le prince de Talleyrand de ce crime inutile, pour en diminuer l'odieux déversé longtemps tout entier sur Buonaparte par l'opinion publique; comme si un autre que Buonaparte avait pu ordonner la violation d'un territoire étranger et un meurtre pareil ! En effet, comment laver sa mémoire d'un forfait qu'a son lit de mort il a revendiqué avec une impénitence atroce? Il n*ap^ partenait qu'à celui de ses aides -de -camp qui présidait à ses coups d'État, d'apporter tant d'in* térêt et de maladresse à paUier le crime le plus révoltant de l'homme dont il fut le séide.

A l'en croire , il ignorait encore le nom de l'illustre prisonnier, au moment où lui-même ordonnait tout à Yincennes pour le prononcé du jugement , et J'exéeution de la sentence de mort prescrite et résolue d'avance. Est-il vraisemblable

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que M. le général Sav$iry, qui venait d'être- saisi du commandement supérieur du Temple , et qui était déjà pourvu de celui de la gendarmerie d'élite, ait ignoré la circonstance que je vais rapporter , et qui a été connue d'une partie du public ainsi que des prisonniers eux-mêmes?

Enfermés ce jour -là (le 20 mars) dans leurs chambres avant six heures du soir, les prisonniers du Temple eurent connaissance qu'on y attendait un prisonnier de haut rang, qu'on disait être le duc d'Enghien. Le malheureux duc devait en effet arriver au greffe entre neuf et dix heures du soir. Trois messages se succédèrent dans la soirée, et le dernier alla porter l'ordre des Tuileries de conduire le duc d'Enghien directement au château de Yincennes.

Dans une première publication, M. Savary avait bien avoué que la voiture où était le duc d'Enghien était arrivée dans Paris dès onze heures du matin , mais sans indiquer où cet infortuné prince avait été déposé avant d'aller à Vincennes» A présent il nous dit que la voiture, après avoir été retenue à la barrière jusqu'à quatre heures du soir , fut conduite par les boulevards extérieurs à Yincennes même, où le prince fut constitué prisonnier. Ici se révèle la réticence de M. le général Savary; car je tiens non seulement d'un grand

nombre de prisonniers et des guichetiers, mais du concierge du Temple, de Fauconnier enfin, qu'aussitôt qu'il eyt été décidé que le prince ne serait ni mis au secret, ni déposé dans la tour de cette prison d'État, la victime fut transférée au lieu de l'exécution. Or, près d'un jour entier s'est passé à délibérer sur lé sort réservé au duc d'Enghien ; c'est donc au Temple qu'il devait d'abord être transféré. Croit- on que l'aide-decamp Savary n'en ait rien su, lui qui devait pré* sider à l'exécution définitivement ordonnée à Vincennes ?

Essayons maintenant de remonter aux causes de ce meurtre. Tout ce que débite à ce sujet M. Savary, dans le second volume de ses. Mé-^ moires , n'est qu'un tissu de suppositions . absurdes. Ne pouvant les accréditer que par une fable, il s'étaie de bruits sans consistance, s^naés long-tenips auparavant, et d'après lesquels le duc d'Enghien n'aurait pas craint de se rendre incognito , noiî seulement à Strasbourg , mais à Paris même.

Qu'on lise la lettre de cet infortuné prince , écrite huit mois avant sa catastrophe , qui y est en quelque sorte pressentie, et on verra Iç cas qu'on doit faire des assertions de M. Savary, duc de Rovigo. Cette lettre , datée d*Etteinheira

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le i8 juillet i8o3, est adressée au prince de Condé : '

(K Âssuréoieut, cher papa, il faut me conuattre a bien peu pour avoir pu dire ou chercher à faire a croire que j'ayais mis le pied sur le territoire ce républicain , autreraeût qu'avec le rang et à la « place où le hasard m'a fait naître. Je suis trop « fier piour courber bassement ma tête ; et le ce premier copsul pourra peut -être venir à bout <K de me détruire , mais il ne me fera pas m^hur « milier. On peut prendre l'incognito pour voyà-* ec;ger dans les glaciers de la Suisse, comme je Tai « fait l'an passé , n'ayant rien de mieux à faire ; (( mais pour en France , quand j'en ferai le voyage « je n'aurai pas besoin de m'y cacher. Je puis donc « vous donner ma parole d'honneur la plus sacrée «c que pareille idée ne m'est jamais entrée et ne a m^entreta jamais dans la tête »

Il résulte pourtant du système de M. Savary, que Buonaparte n'a ordonné l'enlèvement du duc d'Ënghien , que parce que la police s'imagina que ce prince était le personnage mystérieux qui , dans l'investigation de la conjuration , n'était encore qu'un sujet de conjecture. Selon M. Savary, ce personnage venait furtivement à Paris épier

V » J'ea donnerai \t fac-similé.

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les progrès de la coBJuralion y afi& df en aftsurer te succès^ tt nkn émissaire , envoyé à Etteinheiw au-delà du Rhin » ayanjt coafîrmé «pie c'était lé due d'Ënghieu, Tordre de so» eJHjèvetnent ne fut plua diffém

Quand oxk s'avise de revètn* use faUe des coupleurs de yhlalcÂre, U &Ut au Aïoins avoir fait une étudei particulière de Vévénetaent ^ et né pa» tonner à la foiâ daens Tinvraiseibblance etTaiia-' chrontâne-

A quelW époCfue la oon^uraition fat^éUe ccm^ plétemeat révélée k la pdicei de BàonqMirté?

le 1 5 €^vrie(r , par la déclaratioli de fiôuvèt de lx»ier, comme je TM établi. Ce fut par suite de cette grave dédaration que Georges et Pidiej^» lur^tsuccessiveiB^iit découverts et aitétés avant la fiik de février et dans les premiets jours de mars^ Qr, {6^40 n^rs seui$rM»i, et après leur ^j*]fe$tati(H]., eut ïiim Ib conseil privée qui décida rtnlèv'emie^al; du duc d'Enjg^hîeii : alors il n'y avait plufi ni pfecsoniiage mystérieux ni aucune obacu-» rijt^ dan» Tessenc^ de la conjuration^ ^ elle était révélée tout entier e« I)ès le i & février Bojoiaa^airle savait donc qu!un prince en efiEet devait débar* qucir , sQais dans, le cas s^jdeineibt d'un accord p^Lriait ent^t^e Picbegru , Georges et Moffeaû ^ et que ci9t accond J»'ayant pas^ encore eu lieu^ le

quatrième débarquement n'avait pas été efifectué. Et où se trouvait le prince qui devait débarquer? En Angleterre, et ce n'était certainement pas le duc d'Engbien, alors à Etteinbeim , sur les bords du Rhin. Que fait Buonaparte ? Dans la nuit même où lui parvient cette révélation importante, il donne à son aide-de*camp , chef de ses gendarmes , à M. Sàvary , la mission secrète de se transporter à la falaise de Béville , pour y attirer le prince sur la plage par de faux signaux. Mais^quel était donc ce prince? Monsieur, comte d'Artois , frère de Louis XVIII , aujourd'hui Charles X. Que fait l'aide-de-camp , chef des gendarmes? Il prend au Temple le jeune Troche, capturé avec les autres détenus pour avoir fait lui-même les signaux au cutter anglais qui était en croisière ; il l'endoctrine , lui promet sa grâce , et remmenant avec lui , court sur la plage avec des gendarmes déguisés. Là , il passe six à sept ntiitë à provoquer et à épier le débarquement du comte d'Artois , mais heureusement sans aucun succès. Que serait- il arrivé si le prince, attiré par les faux signaux, fut tombé dans le piège que lui tendait l'aide-de-camp Savary ? Sans aucun doute , l'aide-de-camp eut conduit lui-même sa royale proie dans les fossés de Vincennes , et l'eût fait fusiller de nuit par ses gendarmes , après lui

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avoir fait attacher vraisemblablement à sa boutonnière , de méine qu'au ducd'Enghien, une lanterne pour ne pas le manquer.

Il n'y eut, grâce au ciel, qu'une seule victime ; mais il est évident qu'on espérait en immoler deux à la fois : c'est ce que Buonaparte et ses affîdés appelaient en finir.

On peut maintenant juger Vhomme qui, depuis cinq à six ans, s'efforce, par des incriminations maladroites et par des réticences captieuses ^ de se disculper de sa participation au meurtre du duc d'Enghien. A l'en croire , Buonaparte lui dit^ quand il vint encore tout fumant du sang versé à Yincennes lui en faire son rapport : « Voilà ff quelque chose qui me surpasse : voilà un ce crime, et qui ne mène à rien.» Quelle hypocrisie à la Tibère , si ce propos a été réellement tenu ! Ce crime fut enfanté par le besoin d'imprimer la terreur dans les esprits , et aussi pour donner à la faction des régicides un gage sanglant en échange d'une couronne. Voilà la vérité.

Le général HuUin , quand notre secret eut été levé, vint au Temple; nous le vîmes se promener avec M. Armand de Polignac, qui nous apprit qui il était. Il nous dit que ce n'était point un méchant homme ; qu'il l'avait connu dans son en&nce ; et pourtant c'était lui qui venait de présider la

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commission militaire de VifioeQn«s« Mais on.dir^ sait que M. HuUin, de même- que At* Real, n'a^ vaient pas pensé que rexécutiôa du malheureux duc pût être aussi précipitée qu'elle le fui ; et que . M. Real, partant de Paria dé très gravid matin pour se rendre à Vincennes, afin de connaître la juge^ ment, fiit frappé d'étonneme^ot lorsqu'il a|^>rit quHl avait reçu son exécution. Qu'on Use l'éicrit éloquent et serré de M. Dupin l'aîné sur l'iUégaUté de cet acte féroce, et on se formera une idée juste du caractère de celui qui l'a ordonné.

Les objets que nous avions alors sous les yeux, au Temple^ ne faisaient qu'ajouter à nôtre, pro^ fondé douleur. On nous avait transférés, mon neve» et moi, précisément dans la chambre qu'a-r vait occupée la Reine , et nous y vîmes encore le paravent vert dont j'ai déjà parlé ,. et qui avait caché son lit. Nous pùnieB déchiffrer quelques lignés au crayon sur les murs , et ^u'on noua assura avoir été écrites par la porineesscî Elisabeth, Le psaume De profundis y était tracé aussi tout au long.

On nous donna pour ooinpagnons d'infortune; dans la même chambra, M. Bupré de Saint-Maur, et M. Yerdet, qui avait logé Pichegru. M. Yerd«t, employé dans une aâsninisipation publique ,'habi* tait avec sa femme une maison isolée, rue du Puits.**

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de-rHermite , et c'est chez lui que les pf iacipaux perjsounages de Ip. conspiration avaient trouvé un asile. Lès agéns de la police y avaient découvert près de deux mille francs, tant en argent qu'en or, de la poudre , des cartouches et des bsdle& M. Yerdet me paraissait abattu. Le soir, pour le distraire , ainsi que M. de Saint-*Maur, nous fai- sions avec eux , mou neveu et moi, une partie de cartes à laquelle Fauconnier visait ordinairement prendre part.

Parmi tous ces prisonniers marquans que je savais si près de moi , on sent bien que celui qui m'intéressait le plus essentiellement était Piche*gru; Je nenégligeai. rien, malgré une «irveillance sombre et sévère, pour savoir, par mon fidèle Deschamps, tout ce qui se rapportait à Pichegru. Quand j'appris les particularités de la conspira*tion dont il était accusé , et les recherches qu'on faisait de ceux qu'on appelait ses complices; quand je le vis subir trois ou quatre interrogatoires et confrontations par jour, j'eus quelque raison de redouter que, par un coup d'État, auquel les gouvernemens révolutionnaires de France avaient si aisément recours, on n'en ^nt, pour se défaire de moi , à m'impliquer dans une conjuration dont je connaissais si particulière^ ment celui qui en était réputé le chef. Les propos

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des geôliers, les questions captieuses qu'élevaient les moutons^ tout me &isait appréhender qu'il n'y eût un plan formé pour ma destruction personnelle. Une telle anxiété d'esprit, cent fois pire que la mort même, se prolongea tout le temps que dura ce procès fameux.

Quant à Pichegru , le colonel Bay étant dans le chaufifoir du Temple, vit M. Real et M. Desmarets qui sortaient de la chambre du général : ils venaient de l'interroger. M. Réal dit , en passant , « Quel homme que ce Pichegru ! » C'était un des derniers interrogatoires. Les prisonniers ont toujours cru que c'est celui qui décida de son sort.

La veille du jour où il fiit trouvé mort dans son lit , nous entendîmes dans la soirée un grand bruit dans la tour, qui dura quelques minutes , comme si l'on eût renversé des meubles les uns sur les autres, ce qui nous fit tomber les cartes des mains. Fauconnier nous quitta brusquement, pour voir ce qui occasionnait ce bruit. Il revint un peu après ; nous n'étions pas encore couchés. Son visage était tout effaré, et nous nous aperçûmes qu'^n nous parlant ses lèvres tremblottaient. Nous lui demandâmes ce qui s^était passé; il nous répondit que cela ri était rien, qu'il ne fallaU pas nous en occuper.

Le lendemain , à six heures du matin , on

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vint chercher M. Yerdet, à qui Pon ne donna que le temps de prendre une chemise et un mouchoij* de poche. Il nous fit ses adieux les yeux mouillés de larmes. Son agitation était extrême. Il nous fut rendu le surlendemain, tout pâle et tout défait. Nous lui demandâmes où on l'avait mené. « Âh mon Dieu ! nous dit-il , j'ai été con- « duit à Pontoise , pour reconnaître le cadavre « du pauvre Raoul ', que j'ai logé chea^ moi avec « Pichegru , et qui était parvenu à s'évader. On « Fa poursuivi jusqu'à Pontoise, et là, se voyant « prêt à tomher dans les mains des gendarmes, il a s'est brûlé la cervelle. Jugez quel spectacle j'ai « eu sous les yeux ! »

Le même jour, M. Verdet fut appelé à la chambre d'instruction. Nous attendions so re* tour avec anxiété, quand il reparut enfin. Il nous dit qu'on l'avait questionné au sujet du malheureux qui s'était suicidé , et qu'il avait été chargé de reconnaître; puis il ajouta : «c l'ai remarqué parmi et ces gens-là , et surtout parmi les guichetiers , un

«air de stupeur extraordinaire; et en passant,

« qu'ai- je vu , grand IHeu , sur la table ! le plâtre ce de la figure de Pichegru ! Je suis sur qu'il lui est

« arrivé malheur! » Â ces mots je me sentis couvert d'une sueur froide, et j'éprouvai un serrement

' Raoul Gaillard, dît Saint -Vincent.

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de cceur inexprimable. « Nous saurons tout, lui a dis^je eu tremblaint, mais il faut que vous me os laissiez questionner le valet de prison Chr^sto- « phe y quand il viendra faiire la €hambi*e. » En effet ^ Christophe étant survenu , je lui dis : « £h « bien , mon cher Christophe ^ comitient cela est- « il arrivé? — Eh mon Dieu, me rép<)ndit-il j le «savez^vous? Eh bien, oui, il est moft; oii l'a et trouvé étranglé, et l'on nous a dqliné les ordres <c les plus sévères de n'en point parler aux pri- « sonniers. » Bien que je m'attendisse à ce coup fatal , je fléchis sous mes jambes et tombai sur ma chaise, 'presque sans connaissance.

J'ai toujours été pénétré de la conviction que le malheureux Pichegru a été étranglé dans la soirée du 5 avril , au moment où nous entendîmes le bruit extraordinaire dont j'ai rendu compte. Il est positif que personne ne crut alors qu'il se fôt étranglé lui-même, dans son lit, en tordant autour de son cou sa cravate, avec un petit morceau de bois dérobé à un fagot. Tous les physiologistes reconnurent l'impossibilité du suicide, d'après les détails que donna le gouvernement lui-même sur la manière^ dont la strangulation s'était opérée. Mais il est devenu presque de mode aujourd'hui de disculper Buonaparte de ce crime et d'autres encore. Celui-ci pourtant

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nW que le pend&nt renforcé du meurtre de f^incennesj qui précéda de peu de jours, et qu'il est impossible de uier, bien que des apologisjteft maladroits s'efforcent aussi de le pallier et de l'atténuer systématiquemotit

Parmi ces écrivains si gauches figure en pr^ mière ligne l'aide-de^camp Savary , duc de Rovigo , plus apte à manier le sabre de la gendat^ merie que la plume de Thistoire , et qui s'imagine follement que la France ne croira que ce qu'il aura écrit Le public a sous les jeux sesfatigans et inconcevables Mémoires» Qu'est-^e qu'on y trouve? quelques pages d'une naïveté curieuse, surmontée par un systènie de réticences combinées, et par la plus impudente apologie de Napoléon.

Quel degré de confiance peut inspirer ce sin^ guli^r apologiste , quand on en vient à discuter les crimes politiques de celui dont il se complaît si maladroitement à faire un héros irréprochable et sans tache. Que conclure de ces huit gros volumes? que si l'empire de Napoléon s'est écroulé, c'est la faute de tout le monde , de toute la France, de tout l'univers , excepté de Napoléon et de son ministre de la police Savary, duc de Rovigo.

Examinons maintenant la version de M. Savary sur la mort de Picbegru : il s'efforce également

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d'établir^ et pour cause, que Pich^gru s'est étranglé luirinéme ; ce n'est pas la première fois qu'il s'est étu4ié à donner le change sur ce triste événement de l'ëpoque. Que nous disait- il dans une précédente brochure, non seulement sur la mort suspecte de Pichegru , mais encore sur la un non moins déplorable du capitaine anglais Wright ? « qu'il n'avait jamais été au Temple ; a qu'il n'y» avait que faire ; que la surveillance de a cette prison d'État était uniquement dévolue au «ministre de la police Fouché ; qu'étant, lui, « aide-de-camp de l'Empereur, il se trouvait par « conséquent tout-à-fait étranger à ce qui avait Qc pu se passer au Temple. » Voilà la substance de ses premières justifications quand, déténu à Malte après la défaite de Waterloo et la rechute de Napoléon, il s'efforçait de se blanchir, à la face de l'Europe , des participations odieuses qu'on lui imjputait.

Mais ce système de dénégation intrépide n'étant plus sQutenable aujourd'hui dans huit, gros volumes à^ Histoire contemporaine , lamcés dieyaiut un public défiant et scrutateur, il a fallu en échafauder un nouveau , en venir aux biais , aux réticences, aux sophismes, aux suppositions artificieuses. Tomber dans l'imposture grossière, c'eût été provoquer des démenti^ trop palpables. Le

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génét'al Satary aura pensé d'ailleura, quaat aux événemex» de la prisoD du Temple, qu'il devait lès traiter d'autant pins insidieusement ^ qu'il pourrait bien rencontrer quelque témoin ogu«^ laire, incommode, importun, avec qui il n'y aurait à espérer aucune composition.

Je suis un de ces témoins-là , et je oommence par déclarer que le général Savary, au su de tous \ts prisonniers, a eicercéie commandement supérieur de la garde du Temple pendant presque toute l'instruction de l'affsiire dePichegru, Georges et Moreau ; que cette garde était très forte , car, outre les gendarmes , on y avait placé des soldats en sentinelle, qui en gardaient l'enceinte. Or, personne au monde ne sait mieux que le général Savary ce qui s'y est passé du 5 au 6 avril, k Tmnbre de la nuit, de même que dans les fossés de Yincennes seize jours auparavant.

Avec quelle incroyable inconséquence parlet-il de Pichegru ! « Picbegru , dit-il , adppta le <c système d'une dénégation absolue. » Je le nie. Pidxegru ne voulut compromettre aucun de ses compagnons d'infortune; mais quant it ce qui, avait rapport à lui-même, quant à ce qui regardait son puissant ennemi , hélas ! il ne parla que trop ; il ne se montra que trop disposé à ne rien taire devant ses juges. « Lorsque je serai devant

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