‹ MémoiresChapitre 13 sur 36 · TOME III · texte numérisé non relu

TOME III

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cordait de voir sa femme et son enfant. On le lui apportait tous les jours : c'était bien le plus charmant petit enfant que j'aie vu de ma vie.

J'épiai, de concert avec mon neveu Vitel, l'occasion de communiquer avec Moreau. Cela m'avait déjà réussi à l'égard du marquis de Rivière, même pendaut qu'il était au secret dans la chambre vis-à-vis de la mienne , et dont je n'étais séparé que par un vestibule obscur. Ce vestibule ne recevait de lumière que par une petite lucarne située au-dessus de mon lit, et là, au moyen d'un bâton ^ au bout duquel j'attachai une ficelle, je faisais passer au marquis des billets au crayon, auxquels il répondait : c'est ainsi que nous pûmes nous mettre au courant de beaucoup de choses.

Enfin , malgré la surveillance extrême de nos gardiens et des espions dont nous étions environnés, je trouvai l'occasion de parler furtivement à Moreau. Il avait reçu du vin de Clos-^

Fougeot^ et il en fit distribuer quelques bouteilles à des prisonniers qui étaient souffrans, et auxquels il témoignait sa compassion. Mon fidèle Deschamps m'en apporta deux. bouteilles, et me dit : a Voilà pour vous et votre neveu, et « celui-là , c'est du bon. Encore si vous saviçz

« d'où il vient C'est le général qui m'a dit d'en

a porter à quelques pauvres prisonniers qui ne

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« peuvent presque se tenir sur leurs jambes.

ce Quel brave homme ! quel homme humain! J'ai «pensé de voua le faire goûter, et, je peux vous <c]e dire, c'est avec sa permission. »

Je le remerciai de son attention et l'en récompensai. Deux jours après , il me dit que le général n'était pas très bien , et qu'il se promenait dans le corridor. Je trouvai l'occasion si favorable que je la saisis saps être remarqué. Le général en me voyant approcher, me fit signe de le suivre dans la chambre, qu'il referma, et sans me dire un seul mot, me prit la main, qu'il me serra affectueusement en poussant un soupir. «Nous ne ce pouvons nous entretenir qu'un instapt , me « dit-il ; j'espère que vous êtes parfaitement trancc quille sur le papier que vous m'ayez remis. Je « puis vous dire que j'ai vu avec plaisir qu'il n'a (c pas été question de vous dans mes interroga- <c toires, ce qui me prouve combien vous avez été oc prudent. Mais quel est donc le démon qui a « pu pousser ces gens-là à venir comme des fous <c en France pour leur perte et pour la mienne? « Je ne sais comment tout ceci finira. » Nous nous séparâmes ; lui , très affectueusement ; moi , très satisfait de ses assurances et de son maintien.

Tout étant disposé pour la traduction des accusés devant le tribunal criminel et l'ouverture

des débats publics, les détenus compris dans la procédure reçurent r<M*dre de se tenir prêts pour être le lendemain transférés à la Conciergerie. Les préparatifs de ce départ mirent tout le Temple en mouvement. On aurait dit les apprêts d'un long voyage. Les uns cordaient leurs malles^ d'autres ficelaient leurs paquets; ils s'appelaient pour ^'entr'aider les uns les autres. Les uns chantaient, les autres sifBaieat , tous s'étourdissaient : il n'y avait de réflexion et de tristesse que pour ceux qui allaient rester au Temple.

Georges Gadoudal, qui avait tant plaisanté, avec ^es gens sur la destinée de la république, lui qui s'était si fort égayé aux dépens de la famille im*périale , et de la nouvelle cour qui allait régir k France , prit la veille de son départ pour la Conciergerie un air tout- à -fait grave et so«* knnel. Il changea absolument de ton et de mar pières : au lieu de se promener et de continuer à raconter à ses gens des anecdotes burlesques et piquantes, ou de leur parler de la guerre de la Vendée, comme il l'avait fait jusqu'alors pour les distraire, il s'assit dans un des coins du jar^* din, au pied d'un arbre, tandis que ses aides-decamp et ses officiers se tenaient debout devant lui* Mon neveu s'approchant alors, entoidit que Georges leur faisait une exhortation toute pater-

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aeUe. Il les appelait à toQt moment Mes chers enfans ! mes braves amis I II \icav recommandait de faire tous leurs efforts pour se rendre maîtres d'eux-méines , et pour conserver leur sang-froid au tribunal derant lequel ils allaient compara raître; il leur disait surtout de ne jamais répondre avec précipitation, humeur, ou arrogance ans questions que leur adresseraient les juges, de crainte de leur xâontrer le moindre trouble , la moindre timidité , ce qui serait indigne de la cause pour laquelle ils s'étaient dévoués; qu'ils devaient tous se considérer comme les juges de leurs juges, et se bien pénétrer de cette idée : « Quand vous ne vous sentirez pas assez forts en «vous-mêmes, leur disait-il, tournez les yeux « vers moi ; pensez que je suis à côté de vous, et fc que je ne puis pas avoir un sort différent du «vôtre. Oui, me% chers en£ans, nous sommes « destinés à ^ voir le même sort, et c'est le beau « côté de nos affaires I »

Il leur recommanda e&pressément d'être doux, indulgens les uns envers les autres , de redoubler d'affection, d'égards entre eux; qu'il n'y avait de la fisiûte d'aucun d'eux , s'ils étaient tombés dans une situation si critique ; qu'il fallait bannir toute espèce de récrimination à ce isujet; que Dieu avait voulu encore cette fois que le

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mal Teût emporté sur le bien , parce que la France avait beaucoup dé crimes à expier, et que d'ail* leurs pour qu'on pût désirer y vivre, et y trouver quelque jouissance, il faudrait que les révolutionnaires eussent tous disparu, ou du moins que leurs principes eussent passé de mode. « Quel «temps ne faudrait -il pas encore, ajoutait- il, ff pour que notre patrie redevienne heureuse ? «c La vie d'un homme n'y suffira peut-être pas, « mes chers enfans ; de ce côté-là , nous n'avons « rien à regretter en cessant de vivre. »

Il leur recommanda également de montrer de Tafi&bilité aux gens qui les avaient gardés et servis pendant leur détention , quoiqu'il y en eût ' parmi eux qui les eussent traités de scélérats et de brigands. « Remarquez , leur dit-il , que ces a épithètes ont aujourd'hui une signification ab- « solument contraire à celle qu'elles avaient au- «c trefois. Notre bon roi Louis XYI , qui a habité « comme nous cette tour, a été appelé traître et « tyran. Croyez-vous qu'il s'en soit fâché ? Notre «Seigneur lésus^- Christ (et à ce nom ils incli- « naient tous la tête) fut aussi traité de séditieux a et d'imposteur. Vous voyez, mes chers amis, « que les hommes ne se trompent jamais autant ce sur les mots que quand ils font de mauvaises <c actions.

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a Je VOUS recommande, dit-iï en finissant , de « vous aider en véritables frères lès uns les autres Qc dans les courts momens qui nous restent pour ce penser à Dieu ; comptez donc plus sur vous- <c mêmes , et sur l'assistance de vos camarades , « que sur celle du prêtre qu'on vous présentera , « qui ne sera peut-être qu'un bourreau travesti. « Montrez à tout le monde dans votre contenance , « dans vos discours, et sur votre visage , que vous « avez beaucoup de ce courage et de cette résoluce tion qui m'ont tant donné de confiance en vous , (( et qui auraient triomphé des ennemis de notre a foi et de notre Roi , si nous n'avions pas été c( indignement trahis. »

Ils rentrèrent dans la tour les uns après les autres , marchant lentement , et parlant tout bas sans s'inquiéter de ce qui se passait autour d'eux. Georges les suivit , après les avoir fait tous défiler devant lui.

Tous les prévenus quittèrent le Temple dans la matinée; il n'y resta que les prisonniers qui avaient logé, sur la route de Falaise à Paris, Pichegru avec ses amis; Georges et sa suite. Hs étaient très nombreux , et tous gens de la côte et de la campagne. Ils eurent non seulement la liberté de se promener dans la cour et dans le jardin, mais encore celle dé visiter toutes les

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chambres et tous les cachots da Temple. Mon neveu , tout aussi curieux que ces bonnes gens , usa de cette permission dans toute son étendue. En entrant dans une des chambres des accusés ^ il trouva tous les cahiers de la procédure épars sur le plancher ; il les emporta dans la sienne, et les a e^ncore en sa possession»

Le général Moreau, avant de SQ^tir du Temple pour se rendre ^ussi à la Conciergerie, fit distribuer aux prisonniers qui restaient quelques douzaines de bouteilles de vin, U n'oublia pas mon neveu, qui lui serra la main comme il traversait le corridor conduisant au grand escalier. Il le regarda saps lui parler ; mais sur son visage était noblement peinte sa grande infortune.

Le Temple devint très bruyant pendant quelques jours. Les campagnards voulaient absolument qu'on les rendît à la liberté et à leurs fa*milles. Us s'assemblèrent tumultueusement le dimanche de Pâques^uries dans la grande salle, dont on avait ôté tous les lits. Là , ils se mirent à chanter, puis à danser. Dans le moment où ils étaient le plus en train « mon neveu apprit par un des guichetiers ce qui s'était passé ia veille au tribunal. Il en fit part à un nommé Leclerc, qui figurait parmi ces paysans. Touché de compassion pour les accusés , et pénétré çn même temps d'in--

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dîgnation contve ses camarades qui se divertissaient, Leclerc va auprès d'eux, et, donnant un grand coup de pied sur le plancher, il leur dit d'une voix sévère : « Malheureux brutaux que <c vous êtes ! est*ce-là la vie que vous devez faire a dans cet endroit maudit, quand vous savez que « ceux qui l'ont habité avec nous et qui viennent ce de le quitter sont sur le point de perdre la vie? « qu'on prie et que l'on chante le De profundis. «Voici ce monsieur (en parlant de mon neveu) a qui aurJ la bonté de nous lire dans un beau « livre, »

C'était un volume de Bourdalouey que mon neveu Yitel avait acheté sur les quais quelques jours avant son arrestation , et qu'il avait dans sa poche quand on l'arrêta; heureusement on le lui laissa; il renfermait un sermon sur la mort. Rien ne peut être comparé à la docilité et au recueillement attendrissant de ces bons villageois.

Les débats de ce grand procès durèrent douze jours. Une foule innombrable assiégeait le Palaisde-3ustice; et là, de même que dans tout Paris, l'opinion se manifestait tout haut. Elle donnait de V effronterie aux partisans et aux amis de Moreau„* selon l'expression de M. Savary, qui, après un laps de vingt-cinq ans , insulte la cendre de cet illustre général de la manière la plus indécente

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et la plus sauvage dans le deuxième tome de ses Mémoires. L'exemple de l'effronterie fut donné par ses propres gendarmes, qui, chargés d'empêcher que Moreau ne recueillît les applaudisse* mens du public quand il parlait, applaudissaient eux-mêmes. On sait qu'après une de ces audiences caractéristiques , Georges dit à Moreau : fit Encore une audience pareille, et il ne tiendra cpqu'à vous d'aller demain coucher aux Tuilea ries. » Malgré son plaidoyer, qui fut noble et touchant , Moreau , bassement chargé par la déposition de Lajolais, eût été condamné, si, dans une de ses entrevues avec Pichegru , la présence de Georges eut été constatée et admise. Le silence et l'admirable maintien de Georges sauvèrent Moreau. Une simple condamnation à deux années de détention mit à couvert sa vie et son honneur. Le général Savary frémit encore à présent d'avoir vu cette proie illustre lui échapper : il appelle cela un ridicule jugement. « Ce jugement, ce dit-il, choque lé sens commun le plus ordinaire. « Moreau était plus coupable que Georges , quoi- « qu'il eût mis à sa participation à la conjuration « des restrictions qui suspendirent et peut-être a firent échouer l'entreprise. » M. Savary va jusqu'à insinuer que les membres de la caur criminelle furent gc^nés à la cause de Moreau. <x Le

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«résultat du procès, ajoute cet interprète des a sentimens dé son maître , contraria Buonaparte « en ce qu'il lui enleva V occasion d'humilief' Mo^ a reàu en lui faisant grâce. » Mais , comme le dit si courageusement le juge Clavier à un émissaire de Napoléon, qui était venu l'assurer que ce dernier ne désirait la condamnation de Moreau que pour lui faire grâce : <c Et qui nous la fera à ^nous?n Yoilà par quels sentimens les jug^ furent gagnés à la cause de Moreau.

Il est de fait que Moreau aurait péri, ou comme Pichegru ou autrement, si on n'avait pas fait connaître à Napoléon que la tranquillité de Paris pouvait eu être compromise. lÀ grande majorité des soldats et des officiers de la garnison étaient pour Moreau. Les représentations de quelques uns des courtisans du nouvel empereur, •tels que Fouché, Real, Thuriot, etc., devinrent victorieuses par l'eshibition qui lui fut faite d'un écrit de deux pages et demie , répandu furtivement dans tout Paris, sous ce titre : L'Opinion publique sur le procès du général Moreau , par un citoyen..., dédié à Napoléon Buonaparte. Le courageux auteur de cet écrit était, comme on Fa su depuis , un simple employé de la préfecture du département de la Seine , nommé La Folie.

Je ne passerai pas non plus soua sileùce le ferme

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et noble maintien qu'apportèrent dans œ prMès fiimeux mes deux honorables amis , l'abbé Sicard et l'abbé Darid.

L'abbé Sicard vint déposer en £siveur de l'abbé David avec Taccent du courage et dé l'amitié la plus franche. « L'accusé David et moi étions tous < deux , dit-il , membres de la congrégation des « prêtres de la doctrine dhrétienne. Il y a à peu ce près vingt ou vingt-quatre ans que nous oons a liâmes d'amitié. Je n'eus aucune ' occasion de a condaître ^i lui autre chose que beaucoup de «loyauté, de franchise , d'équité, de connaisfc sances, beaucoup de gaité et d'esprit.

« Depuis ce temps-là nous nous étions perdus a de vue. Il fut fait curé de son pays, et moi cha- « noine de Bordeaux.

« J'ai appris dans le temps qu'il était le con- «seiller, le médecin, l'arbitre, le père de ses «paroissiens. Il alla depuis aux armées, et se* «recommanda de Pichegru, en lui disant que a les révolutionnaires de 1 79:2 l'avaient obligé de a quitter sa cure , en le menaçant de la mort ; et <c j'ai su qu'il avait été accueilH par ce général, et « qu'il l'avait suivi dans toutes ses actions. Après « tout ce temps-là il revint à Paris , où il m'a « cultivé , et où ifious nous sommes beailcoup vus.

a Ensuite il m'a fait part des projets qu'il avaitde

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« renouer l'ancienne amitié (jpà avait régné entre a le général Moreau et le général Picbegru. Il rae <c dit qu'il avait ce projet, parce qn'il ne pouvait « pas croire que cieux hommes de cette portée « restassent brouillés faute de s'entendre.

«c II me fit part de son projet d'aller demander «au général Moreau un rendez*vous pour lui « communiquer l'intention qu'il avait de le raott commoder avec le général Pichegru.

« Mes principes ayant toujours tendu à rapcc procher les hommes et à voir tous les hommes « se souvenir et ne pas oublier qu'ils sont frères , «me firent applaudir à ce projet:

oc L'abbé David vint me £siire part du rendezce vous qu'il avait obtenu, et me dit qu'il allait « s'occuper de réunir ces deux amis , et qu'il allait « écrire à Pichegru. Il me fit part de la corresponoc dance de l'un et de l'autre. Après cela il partit « pour l'Angleterre ; je le sus par deux lettres qu'il e m'écrivit à l'instant de son départ. Depuis ce « temps^là je l'ai vu au Temple; j'allai demander « au grand-rjuge la permission de le voir pour lui a porter les consolations de l'amitié, parce que «mes principes, comme ceux de tous les bon*»

« nétes gens, sont de ne jamais abandonner des « amis malheureux. »

L'abbé David ne fut pas moins noble dans sa

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défense; il ajouta au plaidoyer de son avocat les considérations suivantes y qu'il débita lui-même , et qui firent beaucoup d'effet.

a Vous m'avez reproché, magistrats, d'avoir or correspondu avec un proscrit , et c'est la seule ff &ute que vous puissiez me reprocher ; mais ce « proscrit était mon ami , ce proscrit était un « grand homme. L'honnête homme n'abandonne «pas ses amis dans le malheur et la détresse. « Vous venez d'en voir un bel exemple à mon oc égard. L'honnête homme ne les abandonne tout « au plus que dans le vice et l'infamie. La postéa rite ne regardera jamais Pichegru comme un «infâme, et j'ai le bonheur de n'avoir jamais eu ce d'amis infâmes.

« Pélisson n'abandonna - pas le surintendant « Fouquet dans sa proscription , et la postérité ne celui en fait aucun reproche; au contraire, ce a trait fait plus d'honneur à Pélisson , que tous « ses ouvrages. J'espère que mon attachement ce pour Pichegru pendant sa proscription , ne me « fera pas plus de tort que celai de Pélisson pour « Fouquet. Il est vrai que des actes émanés des « autorités révolutionnaires de 1793, et qu'on a ce honorés du nom de lois , condamnent une paccreille correspondance; mais j'espère que des « lois émanées d'un gouvernement résolution-

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a naire, c'est-à-dire d'un gouvernement sans prin- « cipes,. n'entreront pour rien dans vos jugemens. « J'espère que vous jugez déjà qu'une proscrip- <c tion n'est qu'une relation du gouvernement à a des individus, mais ne peut faire loi dans les ff relations d'individu à individu.

ce Magistrats , le premier consul doit avoir des a amis ; il doit même en avoir beaucoup , car deçc puis Sylla , personne n'a fait plus de bien à* ses «amis. Je suppose qu'à la journée du 18 brua maire il eût échoué : sans doute il eût été « proscrit lui-même. Je vous le demande ; blâme- « riez-vous ceux qui, malgré sa proscription, (c correspondraient avec lui et travailleraient à « le faire rappeler? Je ne le- pense pas; et voilà « pourtant le seul reproche qu'on puisse me faire. «Magistrats, ma vie est dans vos mains: je ne « crains pas la mort; je sais que quand en revoie lution on a choisi d'être honnête homme , on a doit s'attendre à tout et se résoudre à tout. »

L'arrêt de la cour criminelle, du i^li prairial (10 juin 1 804) , prononça sur le sort des quarantesept personnes impliquées dans la conjuration. L'abbé David et une vingtait^e d'autres accusés furent acquittés, mais non relâchés par le gouvernement. Jules de Polignac , Leridan , BoUand et la fille Hizay partagèrent le sprt de Moreau ,

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et ne furent condamnés, par punition correctionnelle, qu'à deux années d'emprisonnement; enfin une vingtaine d'accusés , à la tête des-, quels figurait Georges Cadoudal, furent condamnés à la peine de mort. Mais le nouvel em-^ pereur, voulant faire parade de miséricorde , réduisit à douze les condamnés à la peine capitale, et fit grâce à huit d'entre eux , parmi lesquels figuraient M. de Rivière et M. Armand de Polignac. D'après ce que j'ai su à Paris, dans le temps, et depuis à Londres même , je crois pouvoir dire que l'auguste personne qui s'intéressait si notoirement et au marquis de Rivière, son ami, et à M. Armand de Polignac, fit tout pour les sauver. On assure que la cupidité d'un des chefs de la police, que je m'abstiens de nommer, et même celle d'un des familiers de Murât , alors gouverneur de Paris, furent amorcées adroitement. Lès uns portent la somme offerte à trois cent mille francs, d'autres à cinq cent mille. Cette négociation clandestine ayant réussi , le nom du marquis de Rivière et celui de M. Armand de Polignac furent ajoutés à la liste déjà arrêtée en conseil privé des condamnés qui , par suite de leurs révélations, recevraient des lettres de grâce ou de commutation de peine. Voilà le mobile de l'acte de miséricorde qui a été tant vanté depuis.

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Telle fut l'issue de cette conjuration mal ourdie, et qui eut pour premier effet d'affermir le pouvoir contre lequel on l'avait fomentée et dirigée, sans la moindre connaissance du cœur humain , ni de l'état réel des aSadres et des esprits à cette époque.

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