CHAPITRE XXI
Les condamnés se pourvureat eaap|>ely et on en ramena quelques uns au Temple. Mais ceux qui étaient voués à la mort, tels que Greorges et ses adhérens , furent transférés à Bicétre. Cette dernière circonstance me fit éprouver un sentiment douloureux. D'un autre côté, quand je songeais à l'issue de ce grand procès , en ce qui concernait Moreau, qui en était quitte pour deux années d'emprisonnement, je me félicitais de ce que cet illustre capitaine avait, pour ainsi dire, échappé à son puissant ennemi.
Teus alors encore plus de facilité de voir Moreau, réintégré au Temple, où lui et moi jouissions d'un peu plus de liberté. Je le trouvai tout-4-fait serein et résigné, s'occupant à faire tapisser sa chambre, dans l'idée qu'il ferait ses deux années de détention au Temple même. Ce fut ce jour-là qu'il me dit : oc Quant à vous , M. Fauche , vous êtes ce détenu pour aussi long-^temps que Buonaparte « sera au pouvoir. Il ne vous pardonnera jamais «d'avoir été attaché à Pichegru; mais comme « vous êtes sujet du roi de Prusse , et qu'il a
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a encore besoin de le ménager, si vous aviez une a connaissance à Berlin qui put arriver directe* « ment au Roi, et Tintéresser assez pour qu'il vous ce fit réclamer directement , vous pourriez tout ce espérer de cette démarche. Dansée cas, écrives^; « madame Moreau vient ce soir : je lui remettrai «c votre lettre,, qu'elle fera partir. »
J'allai de suite dans ma chambre , et je pris la liberté d'écrire à S. A. S. M^ le duc de Brunswick, qui m'avait montré beaucoup de bontés , par suitQ des rapports que j'avais eus avec ce prince, et aussi de la protection qu'il avait accordée à l'établisse-* ment de mon frère dans sa capitale. Je lui peignis ma situation, et tout l'intérêt que le général Moreau prenait à ce que je fusse mis en libeité. Ma lettre arriva au généreux duc, qui ne perdit pas un moment; il se rendit lui* même à Berlifi, et Sa Majesté daigna ordonner une démarche directe, en temps opportun , auprès de Napoléon, démarche qui ne reçut cependant son effet qqç huit à neuf mois plus tard. •
Pendant les quarante-huit heures que je restai encore au Temple depuis cette entrevue, j'eus l'occasion de revoir Moreau et de recevoir ses épianchemens. Moreau voyant que son ennemi n'avait pu le détruire, et même ayant déjà l'espérance d'obtenir de voyager, ou du moins de faire
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cïianger sa détention en un exil; prévoyant en outre que Napoléon courrait tôt ou tard à sa perte , crut devoir se ménager d'avance les moyens de rentrer dans sa patrie. Ce fut alors qu'il me doîina les instructions dont je parlerai dans la suite, et que je fîs connaître après ma mise en liberté, non seulement à S. M. le roi de Prusse, mais à M. le comte de Nowosiitzoff, ministre de Russie à Berlîh. Ce sont également ces mêmes instructions qui me furent redemandées en 1 8 1 2 , quand l'empereur Alexandre envoya M. de Svinine à Moreau, alors aux États-Unis d'Amérique, pour l'attirer à son quartier-général.
Soit que mes communications avec le général Moreau fussent éventées , soit qu'on eût à mon égard un autre dessein dont je parlerai tout à t que le 13 juin, dans la matinée,, fier que j'allais être transféré à :t de la Grande-Force. A peine temps d'en informer mon neveu Edouard Vitel, que cette nouvelle imprévue plongea comme moi dans une véritable affliction.
En arrivant à la Grande-Force je fus fouillé de la manière la plus sévère ; ce fut au point qu'on me fit déshabi]ler;,puis on me conduisit ■ dans une chambre nouvellement plâtrée , et doat le séjour ne pouvait être que très pernicieux. Je
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ne savais coinnient m'expliquer Textrême rigueur du traitement qu'an me faisait subir, ni les minutieuses et dures précautions que prenait envers moi le gardien qu'on m'avait donné, et qu'on nommait Léopard^ nom qui lui allait à merveille. On ne m'avait laissé ni couteau ni fourchette , et cet homme venait couper lui-mémé mes alimens avec son couteau portatif; je ne pouvais donc manger qu'en sa présence, et seulement avec une cuillier. Jamais je n'éprouvai tant de dégoût ni de vexations. Ma chanrbre était non seulement très malsaine et d'une malpropreté révoltante, mais infectée de puces et de punaises, qui ne me laissaient pas un moment de repos.
Dans mon affreuse position , les condamnés à mort étaient ceux que je regardais comme les moins à plaindre : j'enviais leur sort. J'appris que tous avaient montré autant de résignation que de courage , car on peut dire que Georges avait fait passer la surabondance du sien dans l'âme de ses compagnons d'infortune! Il refusa, m'à-t-on as« sure, d'accepter la grâce qu'on lui faisait entrevoir s'il consentait à la solliciter lui-même : il ne s'y serait prêté qu'autant qu'on l'aurait accordée à tous les condamnés collectivement. Il paraît \x\&ax^ que ceux-ci croyaient que leur chef recevrait sa grâce sur l'échafaud. Mais (xeorges s'étant
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aperçu qu'ils avaiéi^t cette idée , demanda comme une faveur que sa tête tombât la première.
Teus connaissance peu de temps après qu^nne décision prise à Tégàrd de mon neveu Edouard Vitel, qui était resté au Temple, le renvoyait à la frontière : il obtint de venir me voir, et me confirma la mesure dont il était l'objet, et qui détruisait tout son avètiir. J^étâis heureux de le savoir libre, au moins; mais j'en inférai que ma détention serait illimitée , puisqu'on ne s'était pas occupé de moi. Mon âme fut brisée par cette pensée accablante. Je sollicitai alors comme une faveur d'être réintégré au Temple; mais je n'y fus écroué de nouveau qu'après plus de deux mois de détention à la Grande-Force. J'y restai trois semaines au secret, pendant lesquelles on m'annonça que Napoléon faisait mettre en liberté, à l'occasion de son avènement k l'empire, un. grand nombre de prisonniers après un exaiûen préalable des motifs de leur détention.
La visite de la Grande-ForCe fut dévolue au maréchal Augereau. En passant devant la porte de ma chambré , il s'informa dii prisonnier qui y était irenfermé. On me nomma ; à quoi il répondit : <c Oh ! pour celui-ci , ce n'est pas encore son « tour de sortir ; il y est pour long-temps. » Quelle sentence !
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Aiigei'eâu etitra en&irfte chez un prisonnier mon voisin , et qui dédamait des tragédies par passe-temps : telui-ci fttt plus heureux.
Ma santé s'étant altérée dans eet affreux séjour» je tombai sérieusement itialade, et on Jugea de- Toii- me transporter à Finfirmerie. En passant pour y aller, je traversai une salle où je vis plus de vingt prisonniers presque nus , qui faisaient un sabbat infernal. Ils chantaient à tue-tête une espèce de psalmodie figurée devant eux au moyen de pelles posées en guise de notes de musique, les unes en haut, les autres en bas , d'où ils tiraient ce refrain :
Pelle en haut, pelle en bas , Pelle qni n'a pas de manche ;
Pelle en haut, pelle en bas , Et pelle qui n'en a pas.
Ce refraiin me parut aussi plat qu'assourdissant. Peut-ét^e ces misérables y attadiaient-ils un sens caché. Pendant les intervalles ils proféraient des horreurs.
Eu entrant «dans Tinfirmerie , je restai comme stupéfait d'y trout^r moà pauvre ami Fènouillot : il fut ravi de tne voir, et 4x)uché Comme moi de la conformité de notre malheur. Cette rencontre imprévue allégea nbs peines.
Pendant ma convalescence , on me permit de
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me promener quelques heures dans la cour : là, je fus témoin d'une scène bien affligeante pour l'espèce humaine. Je vis une pauvre mère qui , sortant de faire des démarches-pour obtenir la liberté de son fils, à peîoeâgédedîx ans, pleurait de n'avoir pas réussi. Ce petit misérable dit à sa mère, d'un ton goguenard : «Tuesbienbéte deVaffliger: je « connais mon Code : j'en ai pour tFois mois v je - « n'ai pa! Me; je n'ai été pris
a que de re par là , en tenues
d'argot, é pris la main dans
le sac.
Jt des( la cour au moment
où le gardien châtiait, à grands coups de fouet, ' ces mauvais garnemeos. Je voulus intercéder; le gardien me répondit: ce Ah! monsieur, si vous a connaissiez leur perversité, vous ne parleriez a pas en leur faveur ! d U m'expliqua le motif pour lequel il les frappait; il tait horreur : à un âge, si tendre ils se vautraient dans le vice le plus infâme. Pendant ma détention , je fis connaissance avec un M. Cairy, qui avait eu occasion de me voir chez M. Daudré à Âugsbourg. Il me reconnut, et me raconta pour quelle cayse il était incarcéré. L'anecdote est assez curieuse. Il m'apprit que c'était pour avoir rendu un service bien important à l'agence du Roi, et particulièrement à M. Dan-
dré. Veid le Êiit: M. Dandré avait, me dit-il, une somme de cinq cent mille francs à réclamer chez- le banquier Simon , où il l'avait mise en dépôt à l'époque du 18 fructidor (4 septembre 1797). Il en était très inquiet étant alors au fond de l'AUemagne, et aurait bien consenti, disait-il, à faire le sacrifice de la moitié de ta somme pour être sûr d'avoir l'autre. M. Cairy se chargea d'à) vrement : i l'honnête d remettre la seulement i
attendu que la somme avait toujours été tenue à la disposition du propriétaire. M. Cairy toucha ' les cinq cent mille francs, les porta à M. Dandré en Allemagne, et ne reçut de lui, me dit-il, que vingt mille francs pour l'indemniser de ses démarches; ce qui était loin des deux cent cinquante mille francs qu'il aurait volontiers consenti à abandonner si M. Cairy ne s'était pas offert.
Mais ce qui est pis encore , c'est que , par suite des relations que ce dernier avait eues pour cette affaire seule avec M. Dandré, agent du Roi, il devint l'objet de la surveillance de la police , et encourut la perte de sa liberté, qu'il ne parvint à recouvrer que long-temps après et avec peine.
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Il viiyt alons à ma conkiaissance, d'après ce que m'avait dit mon ami FeBoùillot ,et par suite des démarches que je disais faire pour me tirer de ta Grande- Force y que M* le coïiseiiler d'État Real et d'autres affidés du gouvernement de Napoléon avaient eu réellement le projet de faûre réviser les jugemem rendus en feveur des déportés du t8 fructidor (4 septembfhe 1797); t*6st^ à^dire qu'il ne s'agissait de rien moins qUe d'en^ tamer une nouvelle procédure au sujet de la conspiration royaliste dé cette époque. Ceci eut gravement compromis le curé Jœglé, le baron de Saint4acques , mon ami Fenouillot^ Demougé et moi, qui tous étions dans les maiâs de la police , de même que la baronne de Reidh, qUi, ayaât aussi été arrêtée^ était détenue aU3c Madelonnettes. Heureusement que Napoléon , après avoir entendu la lecture d'un rapport qui concluait à dontier suite à cette affaire, s'y opposa, et dit : « C'en est assez ! »
C'est vraisemblablement à cette circonstance qUe je dois d'avoir été réintégré au Temple.
D'après ce que j'ai dit de la Grande-Force , on croira sans peine que j'éprouvai un vif sentiment de reconnaissance envers la Providence divine , quand j'appris que j'allais bientôt quitter cette horrible prison pour retourner dans celte du
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Temple. J'y rentrai avec joie, et y fus éetoné de Aoûveau le t6 août, eoi&tne prévemi de liianœu* vres contre la sûreté de l'Etat. Ainsi je n'étais plus prévenu cette fois de cdnspiràtitm comme lorsque j'y étais entré en i8oa , mais de manoeuvres seu^ leinènt. La différence était assez essentielle.
Fauconnier m'y redonna mon ancienne chambre qui avait été arrangée et tapissée par moi lors de ma détention première : je la trouvai singulièrement délabrée par le séjour que tant de prisonniers y avaient £iit depuis. Je lus, avec le plus grand soin et même avec la plus vive curiosité, toutes les lignes qu'ils y avaient tracées, soit avec du charbon, soit au crayon. Toutes exprimaient, et sans aucun mélange d'espérance, l'ennui^ le chagrin, le désespoir.
A force de chercher si je n'en découvrirais pas dé la main de mon pauvre Pichegru, je trouvai ces mots écrits près de la cheminée : «Moi, Ch. P... , ce j'ai été vendu et livré à la police de Buonaparte ce par l'infâme Janson , ancien maire de Besançon. » Je ne pus retenir mes larmes en voyant ces désolantes paroles tracées par une main si chère.
Je sus dfepuis , par la notoriété publique , que c'était le nommé Leblanc^ demeurant rue Chabannais, chez qui Pichegru s'était réfogié en dernier lieu, qui l'avait livré pour la somme de cent
mille francs , qu'il reçut des main^ de Murât , gouverneur de Paris. Je me trouvai alors embarrassé de concilier l'imprécation de Pichegru contre l'ancien maire Janson, avec cette dernière circonstance. non moins odieuse.
J'essayai également de tromper mes ennuis en traçant quelques vers qui peignissent ma situation ; j'y fis allusion aux impressions cruelles que mes ennemis avaient cherché à donner contre moi, en insinuant que je n'étais venu à Paris, en 1802, que pour y organiser l'assassinat du premier consul. Voici ces vers médiocres, autant que je puis me les rappeler :
Yictime du soupçon , mais absous par mon cœur, Ces murs m'^ont tu souffrir et braver le malheur. L'honneur fut mon seul guide ; il est mon seul refuge. Quel que soit mon destin , mon cœur sera mon juge ^ J'y descendrai toujours sans craindre d'y trouver Le germe d'un désir qu'il ne puisse approuver; Et je pourrai me dire à mon heure suprême , Je n'ai jamais perdu l'estime de moi-même.
Toutes les traces du grand procès dont j'ai en partie rendu compte n'étaient point effacées encore au Temple; il recelait plus d'un prisonnier qui, à cette occasion, avait perdu la liberté, sans laquelle la vie n'est plus qu'un supplice. On y avait même laissé avec le capitaine Wright la
plupart de ses officiers et même quelques uns de ses matelots, capturés, comme lui, sur la côte et à bord de la même corvette qui avait servi au débarquement des conjurés. Rien ne peut égaler la sollicitude que montrait le capitaine Wright pour ces intrépides marins , compagnons de son infortune. Il leur envoyait tous les jours de sa table de quoi les sustenter , la ration médiocre qu'ils tiraient de chez le concierge n'étant pas suffisante pour satisfaire leur appétit.
La mort suspecte dé Pichegru avait tellement bouleversé ce brave capitaine , qu'il s'attendait à éprouver le même sort.
Mon neveu Vitel m'a raconté depuis , à son sujet , qu'il avait au Temple avec lui deux jeunes garçons de l'âge de sept à huit ans, mousses à bord de sa corvette. On l'avait séparé , on ne sait trop pourquoi, de ces deux enfans, qui appartenaient, comme c'est l'usage en Angleterre , à des familles de distinction. Ils furent enfermés dans une chambre basse, dont la fenêtre, en forme de soupirail , était au niveau du terrain. Ce lieu humide et obscur leur était très nuisible; ils en fiirent effectivement malades. Garder des enfans de cet âge au secret, quelle barbarie! Fauconnier intercéda pour eux. Ils furent visités par le médecin Soupe , qui conseilla de leur donner de l'air et
de leur faire prendre de Texereice. Mon neveu les vit se promeper. A quoi pei^se-t-on qu'ils employassent ce moment de récréation et de liberté? A gambader, à sauter, à jouer? Point du tout Ils prenaient des morceaux de charbon , et allaient dessjiner à la hâte sur les murailles du Temple des centaines de potences, auxquelles pendait l'Empereur, dont ils avaient soin d'écrire le nom« Ceci était trop en évidence pour ne pas être remarqué et signalé* On enferma de nouveau au secret ces deux enfans d'Albion , si acharnés contre leur ennemi naturel. Mon neveu ne les vit plus sortir de Ijeur espèce de c^hot : ils quittèrent ensuite le Temple.
Le temps qui «'écpulait me paraissait d'une longueur mortelle depui3 que j'attendais l'effet que devait avoir produit la démarche de M. le duc de Brunswick en ma faveur : je savais par mon frère qu'elle avait été réellement t^itée par ce noble protecteur de ma famille. Mais on s'était contenté d'en faire l'objet d'une simple demande k Paris. Napoléon répondit à ceux qui sollicitaient : « Si je le mettais en liberté aujourd'hui, « demain il ferait des complots contre moi, et « dans huit jours U reviendrait au Temple. »
Je n'étais pas homme à me décourager. J'éori*vis à mon frère, à plusieurs reprises, qu'il né me
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rest^ plu$ d'e^ioir que daaxs le^. hontes de & M. le roi 4^ Prusse , miva souverain 9 et il fut les solU^ citer en personne. Il obtint du Roi les ordres les plus pressons pour le marquis de Luccbesini, SQu iiqiiiistre en, France , et il partit de suite pour Neucbàtel , d'où il se rendit avec ma belle-iSœur à Paris. Là» par leurs démarches, ils cherchèrent l'un et l'autre à accélérer la décision qu'on pro-* mettait sans cesse, et qui paraissait toujours suspendue. Ma belle-sœur, un jour de parade au Carrousel , se présenta à Napoléon , et lui de-» manda avec assurance ma liberté. La manière dont il l'écouta et lui répondit lui fit comprendre que la liberté ne tarderait pas à ra'étre rendue, bien qu'il y eut dans son ton de voix quelque chose de sec et de sévère.
Peu de jours après , Fauconnier vint m'ap* prendre qu'on s'occupait beaucoup de moi dans le cabinet de M. Desmarets. H >en parla , et bientôt tous les pinsonniei^ surent que j^étais à la veille de leur faire mes adieux; ils m'çn complimen-: tèrent tous et le malheureux capitaine Wright, en particulier. Voici ce qu'il me dit à la porte de son secret : «c Mon cher Fauche, si vous ne pouviez « pas vous rendre en Angleterre , je vous demande « en grâce d'aller voir le chevalier Jackson k JQer- <(:lin.y faites^lui paît de aaa position^ et dites-lui
a bien que je m'attends à éprouver le sort de Pir ce chegru. Je ne sais si on . dira que je me suis oc étranglé avec un tourniquet ; mais je vous le ce dis, et dites-le à vos amis, j'ai trop de principes a de religion et de force d'âme pour me suicider'; (cet lors même que cela ne serait pas, l'espoir «d'informer moi-même mon gouvernement et oc ma nation du traitement qu'on fait endurer à <cmes gens, et d'en avoir satisfaction, suffirait « pour me soutenir contre la pensée de me dé- «c truire. » Je voulus lui donner des espérances : un soupir fut sa seule réponse.
Enfin , après sept mois d'instances et de réclamations , après les sollicitations les plus vives de la part de tous les honnêtes gens de Neuchâtel , et d'après une lettre de S. M. le roi de Prusse, Napoléon , fatigué aussi des démarches de M. de Lucchesini, fut, pour ainsi dire, forcé de m'accorder ma liberté. On y mit pour condition que je serais conduit par la gendarmerie sur le territoire de Sa Majesté Prussienne.
Deux jours après je reçus de mon ambassadeur un passe-port pour Neuchâtel, et la recommandation suivante 9 adressée au lieutenant-général de Blùcher, commandant de Munster, et à M. le major-général de Mosch, comniandant de WeseL
a Le ministre d'État de S. M. le roi de Prusse,
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ccmarquts de Lucchesini , a l'honneur de préVenir ff leurs excellences , messieurs les généraux comte mandans à Munster et à Wesel , que le sieur a Fauche-Borel , sujet de Sa Majesté Prussienne ^ ce porteur de la présente , sortant des prison^s du «Temple, est autorisé à poursuivre sa route où dbon lui semblera y et il prie leurs excellences ce de favoriser le sieur Fauche-Borel dans l'objet ce de son voyage autant qu'elles lé jugeront utile <c et convenable.
a Signé y LE MARQUIS DE LUCCÔESINI.
«Paris, le 16 février i8o5. »
Mais quant à la manière de me rendre à Wesel , le gouvernement français voulut bien m'en éviter le souci sans en faire néanmoins les frais ; et voici comment.
Dès que j'eus fait mon paquet, dès que Faiiconhier m'eut délivré mon écrou, lui-même m'accompagna avec mon frère et deux gendarmes jusqu'à Saint-Denis. Là, il me recommanda d'une façon particulière à mes deux gendarmes y: et nous nous séparâmes.
Qu'on juge combien je fus surpris et aflEligé en apprenant de mes conducteurs que j'allais être obligé dé voyager par la correspondance, c'esl^à-dire de brigade en brigade , et que la