‹ MémoiresChapitre 16 sur 36 · TOME III · texte numérisé non relu

TOME III

2tt> MÉ1MD1RES

Seconde Note au comte de NowosUt^offy

le 1% fuiUet îSoS»

« Le bruic qui s'est répandu à Londres de b «Domti^ation du généml Moreau au grade de éclieuteû^ût^ général au sernce d'Autricbe, ne « peut être cousidéré que eomme très Càcheux tit sous tous les rapports*

« L'inconvénient le phis prodiain est d'exposer « la personne de ce général, car il suffît du soup- « çon pour e»^iter Buonaparte à écarter de la « manière qui pourrait lui paraître la plus sure « Huditidu qu'il ne peut s'empêcher de consi- « dé^er cointne l'instrument le plus propre à dé- « trtfire sa puissance en l'attaquant dans ses fon- « démens mêmes.

^ Que la vérité de la nouvelle répandue n'eadste « ptti , ce)a;Qe suffit pas pour obvier totalement à « l'opinion que le fait %'ait pas été éisoaté comme «mesure évesituelle. Dès* lors l'on doit croire « pesitivenieht qu'elle e^ faite pour éveiller le « fiKmpçoii,et exciter Tinquiélude de ffaonme le «cplus attentif à tout ce qui peut ébranler sa « fortune.

« Cette observation paraît devoir £atire sentir (( la convenance de s'occuper le plus tôt possible

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«à placer le général Moreau dans une situation « où il soit parÊiitement en sûreté»

« £n avisant aux moyens qui remplissent cette « intention, il n'est pas moins intéressant desta- « tuer définitivement sur la distinction qui pour- « rait être annoncée au général Moreau relatif <( vement à sa personne, parce qu'on ne saurait « perdre de vue que ce ne sera jamais que sous « certaines conditions que l'on pourra lé décider « à prendre les armes.

ic II ne peut pas échapper à la sagesse et à la

«( pénétration de l'empereur Alexandre et à ses

a qonseils que si , contre toute attente , le général « Moreau, ne paraissait pas dès le début sous le «jour le plus favorable pour mettre en évi- « dence la pureté de ses vues , sa présence dans a une armée étrangère ne lui donnerait que le « caractère d'ennemi de la France ; or, ses succ( ces dépendent essentiellement de la persuasion u qu'il pourra inspirer aux Français, qu'il ne veut « être que le libérateur de sa patrie et un média- « teur entre les puissances étrangères et la France ce d'une part, et de l'autre enire le roi de France a et les Français qui appréhendent, de son retour, <c la perte des avantages que la révolution leur a

« procurés.

<c Une des premières mesures a prendre dans

ai a MÉHQIRES

« le moment serait de publier, sous le nom d'an c( ami du général Moreau , une lettre de réfutation (c du bruit qui vient de se répandre à son sujet, ff en insérant dans cette lettre des remarques qui ce pussent même préparer les esprits à concevoir « de ce général l'opinion qu'il est à désirer qui or prévale dès qu'il paraîtra sur la scène politique; tf car , quels que puissent être les talons du géce néral Moreau , ce n'est pas tant de ceux-làqu'il (K faut attendre ses succès que de la pente qu'il a donnera à l'opinion , en vertu de laquelle pour- (K rait arriver parmi les troupes françaises une « défection . qui doit être le vrai but des puis- « sauces , et sans laquelle la victoire ne pourrait CI être considérée que comme très incertaine , ou , i< tout au moins, comme chère et tardive. »

Troisième et dernière Note au comte de No\^o^

siltzojfy \^ juillet 180 5.

«c Les diverses notes que j'ai eu l'honneur de « soumettre à Votre Excellence ne pouvaient avoir « pour objet que de présenter les moyens d'as- <c surer le succès que j'ai pensé que l'on pouvait « attendre d'une mesuré que j'avais cru cornac prendre par le discours de Votre Excellence et <r de M. Jackson , mesure qui avait été conçue «c également par le cabinet russe et le cabinet

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«britannique. £Ue donne inévitablement lieu à « diverses questions , dont la solution est indisa pensable pour en assurer l'efficacité.

« Le général Moreau seraitril disposé à prendre « le commandement d'un corps destiné à agir «contre l'ennemi que des puissances, non proccnoncées jusqu'à ce moment , pourraient avoir à a combattre ?

ce Tai observé qu'à cet égard les dispositions du «(général Aloreau ayant été énoncées par lui- «même, l'on ne pouvait compter sur luiqu'au- «tant que les conditions qu'il croit nécessaires « pour assurer ses succès seraient remplies.

(ç Ges conditions consistent en ce^e la guerre «ait pour objet prononcé le renversement du « gouvernement usurpateur de la France ; que lui, a général Moreau, ne soit employé que sous les ce drapeaux russes ou prussiens.

« Quels sont les moyens dé convaincre le gé- « néral Moreau de la sincérité des offres qui lui ce seraient faites ?

« Les rctpports dans lesquels je me suis trouvé « avec le général Moreau , et que je n'ai pu assesà a développer dans une dernière entrevue , m'ont ce donné lieu de croire que je pouvais , sans prête somption, me considérer non seulement comme aun médiateur utile, mais même coinme indis-

9x4 . MÉMOIRES

« pensable, pour obtenir k confiance de ce gé* « néral; et ri, dans cette circonstance, je me suis ff proposé à cet effet, d'est peur assurer le succès ce et la réussite de l'mitireprise. •

« Je m'abstiens de répéter lés obserraticrnscon-^ «t^iues dans mes^ précédentes notes. Je crois ^ néanmoins cetivenable d^insister sur le motif ce qui m'a fait appuyer sur l'importance de ne pas « fournir à l'enneini lé trop spécieux prétexte qu'il cr trouverait pour exalter la Tanité nationale des et Français dans l'apparition du général Moreau ce sous les drapeaux des puissances. Les présence tions de la nation française à cet égard scmt trop ce généralei»#(t enracinées , pour ne pas donner « lien à des soupçons éqnitalens par leurs, effets Cl à la néalité, qtie tout Français qui se serait voué « à leur service n^est qiie l'instrument d'une amce bition étrangère opposée à la restauration de la et France.

« A cet égard, je n'ai fait que m'énoneer selon ce l'expérience du passé , et selon k disposition et générale que j'ai reconnue dans tous les France çais sans distinction. Je n'ai été que l'interprète ce des sentimens d'autrui. Si je pouvais £ûre pasce ser dans les autres la conviction où je suis per^ et sûMiellement de la sincérité de toutes les puis-* ^ sauces , qui , sans aucun doute , n'ont d'autre

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« but qu'ane paix fondée sur des conditions égaalement favorables à la France et aux autres «États, la mission dont je pourrais être chargé « auprès du général Moreau ne sou£Erirait aucune a difficulté.

m Mais il s'agit aujourd'hui de préventions qui <x équivalent à des opinions^ certaines , et que le a temps seul peut effacer à Faide de mesures « pour l'adoption desquelles on doit ae owfier a entièrement dans la sagesse de^ souverains et a de leurs ministres; par là on arrivera plqs sûte- «c ment et le plus promptement possible au but « qu'ils peuvent se proposer, en ne considérant la a gu^re que comme un moyen-inévitable d'éta* «blir la tranquillité de l'Europe sur des bases « solides et durables.

« Le seul point susceptible aujourd'hui d'exci- «ter m<Hi inquiétude, consiste daus le danger a que peut courir la personne du général Mor «reau, qui peut être considéré cc^nmé étant « menacé dès l'instant même où le soupçon de tt son ennemi personnel aura pu être éveillé ; cette «inquiétude a même déjà été exdtée en n^i « par l'information que j'ai reçue d'Angleterre i « qu'un dessein de jce genre avait été annoncé « par les feuilles publiques comme conçu par le « gouvernement.

2i6 MÉMOIRES

« Le passé prouve assez à quel point il est dan- « gereux que les secrets les plus importans écfaap- « peut avant que leui^s objets soient remplis ; « mais ici la prudence de Votre Excellence, et la « sagesse de son cabinet me rassurent sur les ce effets de mon zélé. Ma conduite antérieure m'a a suffisamment fait connaître ; j'ai résisté à d'assez «f fortes épreuves pour oser me flatter que je ne « saurais laisser aucun doute* sur la nature et la « constance de mes sentimens.* )>

Ces notes, j'en ai la certitude, furent mises sous les yeux de l'empereur Alexandre , auquel leur vrai sens alors échappa. Les ministres se bor^ nérent à proposer à Moreau le grade de général dans les armées russes : il le refusa. Ainsi que je l'avais annoncé , il ne voulait point servir sous les drapeaux étrangers; mais bien comme auxiliaire à la tête d'un corps français sous la protection des alliés. Il avait d'ailleurs, sans aucun doute, le pressentiment de l'infériorité , et de la présomption des généraux qu'on opposerait à Buonaparte.

Cependant l'Autriche venait d'accéder formellement au traité de Saint-Pétersbourg du 1 1 avril , et la troisième coalition continentale était formée. On voulait y rattacher aussi le cabinet de Prusse : celui de Saint-Pétersbourg s'en occupa essentiellement, et Tempereur Alexandre

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ouvrit une correspondanpe personnelle avec Fré* déric-Guillaume , qull aimait et estimait particulièrement.

Il s^agissait surtout de réveiller l'esprit militaire de la Prusse, que le système de neutralité avait pour ainsi dire amortie M. d'Antraigues y réussit complètement, par son heureuse fiction du Fragment du XV IIP livre de Poljrbe, que je fis im-. primer à mes frais chez Deker, imprimeur du Roi , à Berlin. Soutenu secrètement par le baron de Hardenberg et par la Reine elle-même , j'obtins de lui qu'il se chargerait de l'impression de cette production guerroyante en dépit de l'in-^ fluence du parti français, qui, prenant le masque prussien , défendait le maintien du système pacifique. Jamais -aucune publication de circonstance n'avait eu, en Allemagne, un débit aussi rapide ni un succès aussi prodigieux. La sensation qu'elle produisit devint le thermomètre des sentimens nationaux de la Prusse , et dès-lors on ne douta plus que cette monarchie ne fut entraînée dans la ligue européenne.

Il était bien naturel que ce nouvel armement réveillât aussi les espérances de Louis XVIII. Le moment était propice , et le comte d'Avaray en m'en voyant , au nom du Roi , les déclarations que ce monarque avait données le 2 décembre 1 804 à

^id MÉMOIRES

CaliHar, et qui n'étaient point encore unirerseUenaent connues , me feisait sentir tout l'intérêt que mettait Sa Majesté à la publication de œlte.pièce importante. Avant d'eti donner ici une idée , fen ferai connaître l'origine.

Quand , w mois de mai précédent, Napoléon Bupnaparte avait usurpié le titre impérial , le Roi s'était «oppressé d'envoyer une protestation* à tous les souverains» Il voulut concerter de plus avec son frère et avec tous les princes de sa fa-> mille, une seconde et plus solennelle protestation qu'il avait l'intention de faire circuler en France. Le Roi avait indiqué aux princes la Suède comme point vde réunion : le lieu du rendez-vous était là petite ville: de Calmar. Les deux augustes frères s'y rendirent le 5 octobre 1804. Là, Louis XYIII posa, de concert avec Mojbtsiedr, les hases de sa déclaration du 2 décembre suivant Considérant le nouvel état de la France et les changemens survenus depuis 1 789 , le Roi accordait à ses sujets tout ce qui était compatible avec la monarchie. En effet, tout fut renfermé dans cette déclaration : amnistie générale et solennellement annoncée; conservation de grades; emplois, avance» ment, proportionnés aux services. Le Roi ouvrait à. chacun la porte du repentir : voulant se déclarer le protecteur des droits et des intérêts de tous , il

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était bien sur de ne trouver dans sa famille aucune opposition. à ses Tues paternelles; eu un mot, la déekration de Calmar c'était la Charte anticipée. En voici la péroraison éloquente :

« Frattçais!

« Au sein de la Baltique , en face et sons la « protection du ciel y fort de la présence de notre « frère , de celle du duc d'Angouléme , notre nece veu, de l'assentiment des autres princes de <c notre sang , qui tous partagent nos principes a et sont pénétrés des mêmes sentimens qui nous «animent, attestant et les royales victimes, et a celles que la fidélité , l'honneur, la piété, Tinft npcence , le patriotisme , le dévoûment , offricr rent à la fureur révolutionnaire , ou à la soif et « à la jalousie des tyrans ; invoquant les mânes du « jeune héros que des mains impies viennent de <c ravir à la patrie et à la gloire ' ; offrant à nos «peuples, comme gage de réconciliation, les « vertus de l'ange consolateur que la Providence , « pour nous donner un grand exemple, a voulu « attacher à de. nouvelles adversités en l'arrachant, <c aux bourreaux, et aux fers : nous le jurons ! «c jamais oh ne nous verra rompre le nœud sacré «qui unit inséparablement nos destinées aux

■ ' Le duc d'Eiighien.

aao MÉMOIRES

ce vôtres, qui nous lie à vos familles, à vos coètlrs, « à vos consciences ; jamais nous ne transigerons « sur l'héritage de nos pères, jamais nous n'aban- <x donnerons nos droits. Français ! nous prenons <c à témoin de ce serment le Dieu de Saint-Louis , <K celui qui juge les justices.

« Donné le deux décembre , Tan de grâce mil « huit cent quatre , et de notre règne le dikième ,

ce 5^/iô, LOUIS,» • Et plus bas ,

et AxEXAirDRE-AiTGiLiQUB TALLEYRAND- « PÉRIGORD.

« Lk cqmte D'AVARAY. »

Dans ces circonstances , ne voulant rien £sdre sans l'attache directe de mes souverains , je remis à Sa Majesté la reine Louise , de glorieuse et touchante mémoire, la déclaration du roi de France, en lui faisant connaître combien le monarque mettait d'intérêt à la publication de cette pièce importante/ La Reine, le surlendemain, en me la rendant, me dit ; <c Nous avons fait, le Roi et « moi, trois lectures de cette intéressante pièce; ce Sa Majesté vous autorise à faire ce que le roi de a France demande ; mais évitez de comprom^îttre « la Prusse. »

D'après un avis aussi gracieux qu'essentiel aux

DE FAUCHB-BOREL. aai

iHtéi^ts du Roi, je me rendis en toute hâte à Leipsick et à Dresde, où je fis imprimer cette déclaration royale à dix mille exemplaires, et en petit format in-3ift,% afin de pouvoir l'envoyer par la pdste comme une lettre, ce que j'e£Fectuai avec un succès prodigieux. Toutes les autorités françaises, les administrations, le sénat, les principaux officiers de l'armée, les imprimeurs-libraires, ainsi que l'élite delà capitale et des provinces, reçurent en même temps la déclaration de Louis XYIXI, qui fut répandue avec profusion. £t c'était à l'époque même où Buonaparte avait donné les ordres les plus sévères aux pamphlétaires et aux journalistes de tous les pays qui étaient sous sa domination et son influence , de ne parler jamais ni en bien ni en mal des Bourbons , qu'il voulait &ire oublier.

Or, voici ce qui arriva. Dans les salons de Paris on s'abordait, on se den|Landait ; quelles nouvelles ? Et lorsqu'on pouvait s*ouvrir, on se disait à voix basse : J'ai reçu par la poste une pièce bien extraordinaire. — Quoi donc ? •^- Une déclaration de Louis XVIII , datée de Calmar. -^ Et moi aussi. *

' J'en fis aussi une autre édition in-8^ et en grand papier, et je la fis réimprimer plus tard à Londres , et répandre sur le continent.

t»»2 MÉMOIIŒ»

L'ezempkdre qui parvint au marédial Lefebvre * fut porté par ce maréchal à Napoléon lui-^meme. Napoléon fut tellement irrité qu'une pièce de cette nature fut ainsi répandue , malgré Tinquisition de sa police, qu'il manda de suite aux Tuileries , non seulement le ministre Foucbé , mais aussi IML Desroarets, chef de la division secrète.

«<ïomment, leur dit-il, n'avez^-Yous pas em- « péché Fintroduction d'un pareil écrit ?» Us alléguèrent qu^on s'était servi pour le répandre «du moyen le plus expéditif et le plus simple , cqlui de la poste ; que la potice était bien parvenue k intercepter plusieurs exemplaires , parce que tes adresses avaient paru suspectes ; que , pour que tout fût intercepté , il aurait fallu supprimer toutes les dépêches d'un ou deux courriers successifs ; moyen dont on aurait usé sans doute , sauf examen , si on avait pu savoir au juste l'époque et l'objet de l'envoi qui avait été fait clandestinement d'un pays-étranger ; que, du reste, la police avait reconnu , sur un grand nombre d'adresses des exiemplaires saisis, récriture de Fauche^Borel. aït où est ce Fauche-Borel ? demanda Napoléon. — A Berlin. » Il se tut , renvoyant sans doute

' Depuis duc de Dantzick.

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à un moment pk» opportun ses plaintes' et sès^ nouTelles poursuites contre moi.

Cependant la Prusse , ou du moins son cabi-« net, hésitait à s'engager dans cette nouvelle lutte : des conseils divisés la tiraillaient en sens contraire. Le devoir comme la reconnaissance me commandaient de communiquer à Leurs Majestés tout ce que je connaissais des projets de Napoléon contre la Prusse. Je le fis, soit directement, soit par l'intermédiaire des ministres , et parttcuttèrement par le canal du baron de Hardenberg. Indépendamment des renseignemens que je^fis parvenir à Leurs Majestés , par ce digne et respectable ministre, j'avais déjà fait connaître par des lettres^ antérieures les manœuvres des agens secrets de ïïapôléon à Berlin et ailleurs , dont les résultats préparaient tant de maux à l'Europe , ^ particulièrement k la Prusse. Enfin, voyant fhési-. tation des <;on6eiis du Roi , et combien le parti de la neutralité s'agitait pour tenir te cabinet de Berlin en dehors de la coalition, je pris la liberté d'écrire à la Reine pour lui demander une audience. La Reine daignât me recevoir en présence du Roi, et voici quelle fut son interrogation : 9 M. Fauche, vous pouvez peut-être «nous dire quels sentimens vous supposez à « Napoléon sur la Prusse ? » le répondis à Sa

Majesté que j'étais persuadé que Napoléon nourrissait le projet d'anéantir la Prusse, ou tout au moins de la réduire à son marquisat de Brandbourg. La, Reine se retournant alors vers le Roi, laissa échapper ces paroles : « Je vous l'avais bien « dit ! — Je dois faire connaître à Vos Majestés , « repris-je , comment j'ai pu savoir d'une manière « aussi positive que j'ose l'annoiacer, cette résoluce tion bien déterminée de Buonaparte. Je fis au «c Temple la connaissance de Félix Le Pelletier de « Saint*Facgeau , frère de Le JPelletier de Saintce Fargeau cpii , membre de la Convention , a' été ce assassiné par Paris, au Palais-Royal, pour avoir ce voté la mort du Roi. Ce Félix Le Pelletier, d'une K tournure fort agréable, ayant de l'esprit, des a connaissances, des opinions toutes républictcaines, mais de bonne foi, a été secrétaire a d'un des négociateurs du traité de Râle. S'étant ce déclaré contre Buonaparte au 1 8 brumaire , il « fut confiné à l'île d'Oléron, s'évada, fut repris, ce et mis au Temple. Là, j'eus avec lui plusieurs a entretiens dans l'un desquels il me dit : Vous «t êtes Prussien , M. Fauche; bientôt vous ne sere^ « plus que Suisse. — Pourquoi cela ? lui réponcc dis-je. -— Parce que nous avons signé la destruo ce tion de la Prusse au traité de Baie. Nous avions « pour instruction de lui accorder tout ce qu'elle

DE FAUCHE-BOREL. aaS

« demanderait pour obtenir sa neutralité , que « plus tard elle nous restituerait au centuple , « heureusç de corisei'ver son marquisat de Brande- « bourg. Eh bien, je sais d'une manière certaine «que ce plan du comité de salut public, Buo-. « naparte brûle du désir de le réaliser, et n'en «attend que l'occasion !» '

Leurs Majestés me parurent frappées , mais point étonnées de ce que je venais de leur apprendre. « Continuez , me dit la Reine, à nous oc donner connaissance de ce que vous serez appelé (c à faire dans l'intérêt des Bourbons. »

A peu de temps de là , encouragé par ces royales paroles, je me sentis autorisé à écrire au Roi que je n'hésitais point à déclarer à Sa Majesté, dans les circonstances graves où était la monarchie (la guerre était à peu près résolue ) , qu'il importait d'appeler des États-Unis d'Amérique, le seul homme qui, par ses talens et sa haute expérience, pût fournir au moins d'utiles conseils dans la guerre ; et j'ajoutais que cet homme , c'était le général Moreau. Le Roi me demanda des renseignemens à cet égard; je les donnai. Ils furent conformes aux notes que précédemment, les 5, 12 et i5 juillet, j'avais remises au comté de NovrosiltzofF.

Cependant le retard que les chefs de la nou-

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