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velle coalition apportèrent à concerter un pbn de campagne, l'inconcevable légèreté avec laquelle ce plan fat discuté et arrêté, la précipitation encore plus inconcevable qu'apporta la principale armée de rAutriche à faire sa pointe vers le Rhin , sans même s'assurer une base d'opérations, tant d'impéritiës et d'erreurs préludèrent à des revers aussi inouïs qu'inattendus.
Il nef restait plus qu'4 entraîner la Prusse fran* chement pour compléter la coalition. Ceci devait faire pencher tout-à«-fait la balance. Enfin l'esprit militaire de la Prusse se réveilla, soit par l'effet de la violation immédiate de son territoire quand le corps d'armée du maréchal B^rnadotte franchit les margraviats au mépris de la neutralité, soit par suite de l'impukion qu'avait donnée préalablement à l'esprit national de la Prusse l'écrit du comte d' Antraigues , que j'ai déjà eu l'occasion de caractériser comme une des plus heureuses fictions de la politique contemporaine. Cet écrit, fort de choses et de raisonnemens , intéressait d'autant plus que tout y était personnifié au moyen d'allusions ingénieuses et transparentes , à l'aide desquelles l'auteur invoquait avec éloquence, pour la sûreté de l'Allemagne et de l'Europe , l'appui de l'empereur Alexandre , sous le nom d'Arsace.
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vc C'est hors de vous /y disait-il aux monarques oc et à leurs conseils, c'est hors de vous qu'il fiiut «c chercher aujourd'hui un appui contre l'ennemi « commun , une assurance contre vos frayeurs , et (K un gage pour votre mutuelle sûreté.... Allez au «milieu des Parthes, vous y trouverez les quact lités que vous n'avez plus : fermeté dans les «résolutions, courage pour entreprendre, célé- « rite pour exécuter.... Ce projet parait chiméricc que! Mais à qui? A ces hommes vieux, esclaves ce de l'hahitude , dont la nature mutila l'esprit et « le cœur, incapables de concevoir une haute pen- * « sée, plus incapables de l'apprécier quand elle a apparaît à leurs regards étonnés. Des hommes ce de ce caractère , lourds fardeaux des empires <r qui les nourrissent , n'ont jamais osé exposer « leurs opinions ; ils les murmurent à l'oreille des «Rois dont ils n'étudient que les faiblesses.... « Oui, je le répète, c'est d'Arsace qu'il faut in- «voquer l'appui; maître d'un peuple dont la « valeur égale l'obéissance, maître absolu, égalece ment chef de la religion et de l'État, la loi le « fait craindre , la religion le fait obéir, ses vertus « le font aimer, et, dans ses bienfaisantes mains, « ce nouveau pouvoir a rendu les autres super- « flus. On m'objecte que , loin des dangers qui « nous menacent, il serait indifférent à nos desti-
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«nées, et c'est en effet ce qu'il pensierait sans ce doute s'il eût choisi ses conseillers au milieu a de voiis. Mais ce qu'on me présente comme a obstacle est précisément ce qui fait la force de «mon opinion. Arsace sait qu'inaccessible aux « attentats des Romains, leurs principes peuvent « atteindre où leurs armes ne sauraient parvenir ; a il sait que ces principes funestes, ennemis des c< Rois, des dieux et des hommes, acquièrent de «nouvelles forces, lorsqu'ils sont favorisés par « les succès; il sait qu'il faut éloigner des hommes « l'aspect du crime heureux , et jouissant avec « triomphe des pleurs et du sang qu'il fait ré- « pandrè ; il sait qu'il n'existe pas de frontières « pour des opinions perverses portées sur les ailes a de la victoire , et que c'est les armes à la main « qu'on en impose aux brigands, et non en s'hu- « miliant devant eux. Il est étranger à nos inté- « rets, me dit-on; cela est faux : lorsqu'on com- « mande aux Parthes, on n'est étranger à au- « cun des intérêts de l'univers ; et Arsace peut-il « rétre? Dieu lui a donné la force, et il a la vo- «lonté. Oui, il est étranger, non à vos intérêts, « mais à vos haines, à vos jalousies, à vos ambi- « tions , à vos perfidies ; il l'est à la honte de vos con- « seils et à l'influence de vos conseillers, et c'est « par cela seul qu'il devient l'unique lien de votre
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« iéunion....,Les Romains n'ont qu'un vœu, qu'un « sentiment, qu'une volpntç- Vous ne les vaincrez « qu'en imitant cet effrayant accord qui les rend «invincibles, et, Arsace seul peut . cimenter cet « accord. Au faîte delà puissance, il ne peut rien a convoiter au-delà de ce qu'il possède. Maître a d'une grande partie de l'univers , il lui reste «une gloire à conquérir, celle d'être le sauveur « du mopde , et il ambitionne cette gloire , parce cf qu'il n'existe, que celle:là qui puisse se trouver « à la hauteur de son âme.... Séparé de Rome (( par d'iacommensurables déserts, la nature seule «s'est chargée de. défendre l'empire des Parthes « de la tyrannie des Romains ; le courage des « Parthes les épouvante autant d'ailleurs que leurs a inexpugnables frontières, et néanmoins Arsace « vous offre fees invincibles légions ; fier de régner «sur le plus valeure.ux et le plus soumis des peu- « pies , il lui appartient essentiellement d'affermir ce les trônes, parce qu'il honore le sien, et il ap- «partient à ses peuples de le seconder, car ils « connaissent tout le bonheur que leur assure le a trône. Ce ne sont point dçs dissentjimens qu'Ar- «sace apporte au milieu 4^ vous; sa puissance «vous offre tout ce qui peut éteindre ceux qui « vous divisent. Garant mutuel de l'avenir, il vous fi dit : Laissez -moi sauvfjr Tuniyeris; aidez -moi
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oc dans cette noble entreprise , vous en recueillerez « tous les fruits, et jj^ vous garantis à Fun et à « l'autre votre mutuelle sécurité.... »
Cette heureuse conception du comte d*Antraigues fut en quelque sorte la préface du traité de Potzdam .entre l'empereur Alexandre et le roi de Prusse. Le i •' octobre eut lieu l'entrevue des deux souverains , qui , à Potzdam même , sur le tombeau du grand Frédéric, se promirent d'unir leurs efforts pour réprimer l'ambition de Napoléon.
Dix-sept jours après ce gr^nd événement poli* tique, qui devait et pouvait dès lors changer la face du monde , la défaite entière du général Mack sans bataille rangée, et la capitulation de son armée à Ulm, anéantirent presque sans coup férir l'armement avancé de la coalition, et la laissèrent presque sans défense. Ce revers donna une force morale immense à Buonaparte, réveilla ses partisans en Allemagne, et fit tergiverser de nouveau la politique du cabinet prussien. L'occupation de Vienne d'un côté, et Tarrivée des Russes de l'autre , allait mettre aux prises , pour la première fois, Alexandre et Napoléon.
La perte de la bataille d'Austerlitz , livrée si imprudemment le 2 décembre, avant que l'armée prussienne (ut en ligne , fit crouler toute Tagres-
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sion européenne, et laissa le vainqueur maître, pour ainsi dire, de T Allemagne.
On annonça d'abord , à Berlin , que la bataille avait été gagnée par les Russes , et je m'empressai d^écrire cette nouvelle à M. le général de Meuron, à Londres, en profitant du départ d'un courrier de cabinet ; c'était le dernier qui pût passer avant \e^ glaces. Ma lettre causa une joie générale en Angleterre : elle fut portée à M. Pitt , qui en laissa prendre communication. TXx jours s'écoulèrent avant que la vérité fut connue. Elfe attéra tellement ce grand ministre, que lorsqu'en lui donnant le détail de la bataille oh lui parla du grand nombre de morts et de blessée , il dit en soupirant, et vioi aussi fat été atteint à J aster lit z.
Au contraire , le comte d'Haugwît^ , envoyé par le roi de Prusse comme négociateur à Vienne auprès de Napoléon , pour agir dans les intérêts des monarques, s'était écrié à la nouvelle de cette méiiie bataille : « Dieu merci , nous voilà «sauvés! » Et changeant tout à coup, de son propre mouvement, le système de son cabinet, il le livra pour ainsi dire à la discrétion du vainqueur. Dès-lors l'influence de la France reprit dans les conseils de la Prusse tout son ascendant.
Mes opinions , bien connues à Berlin comme
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partout ailleurs, éreiUaieat depuis loDg-temps l'attention de la légation française. L'activité de mes démarches et l'importaDce de mes publications avaient inquiété le gouvernement de Buonaparte avant même la bataille d'Austerlitz : j'étais suivi et observé en tous lieux. On soupçonnait que la reine de Prusse m'aidait tacitement de sa puissance , et en effet c'était par elle que j'avais eu le bonheur de réussir dans k mission que m'avait donnée S. M. Louis XVUI. On savait que j'avais trouvé le moyen de faire imprimer, publier et réjTandre partout o utile, la déclaration de Cal rendit de nouveau l'objet d gouvernement français. Son dait partout , et je devins .
même de la Prusse, le sujet et de ses plaintes. Mais la meilleure comme la plus belle des Reines daigna me faire avertir que trois commissaires français venaient d'arriver pour faire des réclamations contre moi, et que je courais le risque d'être enlevé. Je n'eus que te temps de m'échapper pourme réfugier à Londfes , en passant à dessein à Lunebourg. Mon frère qui, dans cette circonstance, resta à Berlin, y eut trois semaines les arrêts dans ma propre maison-
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Ainsi., non seulement les événeroens politiques me forcèrent de' quitter un pays où ma personne était exposée au danger de l'influence fr:^|çaise , mais encore ces mêmes événemens ruinèrent toutes mes espérances, en m'erapéchant de jouir des ayantages que le roi et la reine de Prusse avaient daigné me promettre, et dont ils avaient chargé le baron de Hardenberg de m'assurer les effets. Ce ministre peu de temps auparavant m'avait engagé à acheter une maison pour former un et d'imprifnerie , dont e de Sa Majesté ; mais JUS du Koi étaient sur [. Lombard, secrétaire guerre qui allait avoir lieu mettait le Roi hors d'état de suivre ce projet en ma faveur. Le peu d'intérêt que m'avait témoigné M. Lombard, et le crédit dont il jouissait alors, né me-laissèrent aucun doute qu'il'avait paralysé les bonnes intentions du Roi à mon égard. Je n'en montai pas moins une maison assez considérable de librairie sous le nom de mon frère François , à qui je faisais commandite. Obligé bientôt après de quitter Berlin , je perdis près de deux mille livres sterling, formant le montant des avances que j'avais déjà faites pour former cet établissement.
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En quittant la Prusse j'étais dans la ferme conviction que ce royaume éprouverait sous peu le sort ^ l'Autriche : des renseignemens positifs, des lettres particulières, tout me i'annon^it.
Le fait est qu'un changement total de poli* tique eut lieu bientôt dans le cabinet prussien : la retraite du baron de Hardenberg , et le rappel à la tête des affaires du comte de Haugwitz, furent le présage des malheurs qu'éprouva bientôt la monarchie dont Frédéric-le-Grand, pendant son long règne, Ait le génie et la providence.
Comme l'avait dit éloquemment le comte d'Antraigues : « La Prusse n'a de force politique réelle <K que la force militaire , et de moyen de nourrir oc cette force qu'en l'alimentant d'honneur et de « gloire* »
Portant plus loin encore la prévision de ses dangers, et évoquant l'ombre du grand Roi, il s'était écrié trois mois avant la crise : « Et toi, si <c ta grande âme réside encore au milieu de cet (T empire, protège de ton immortel génie oe trône « que tu as créé, ce Roi que tes derniers regards « aperçurent environné alors de toutes les espé- « rances de ton peuple désolé ; ce Roi que tu « promis à ce même peuple, lorsque, prêt à quit- « ter la terre , tu lui dis : il me recommencera ; « éloigne de lui ces perfides conseillers qui jamais
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ce n^osèrent approcher de ton trône ; protège , <c grand* Roi ! ce prince plein d'honneur, de pro- <c bité, de justice, à qui il n'a manqué que d'avoir ce plus de confiance en son propre génie , moins a de confiance en ses conseils , et des conseils plus (c fidèles que ceux dont son inépuisable bonté s'est <c laissé environner. »