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CHAPITRE XXII

Malgré les revers du contiDest, je ne désespérais point encore de la cause des Rois, et encore moins de celle de l'Europe, dont les cal)inets,à mon avis, ne s'attachaient point assez aux vrais intérêts de la France, intérêts communs etinséparables. D'après mes idées , je résolus , en me rendant à Londres, de passer au quartier -général du roi de Suède qui était alors à Lunebourg. Je savais que ce prince, plein d'ardeur et d'élévation d'âme, avait signé avec l'Angleterre à Beckeskog , le 3 octobre précédent, un traité d'alliance, et que ce traité en le rangeant dans la coalition étendait les stipulations ofFensives et défensives déjà convenues contre l'ambition de Buonaparte. Je vis auparavant M. le comte de Fersen à Boitzembourg, qui me donna l'itinéraire et la marche à suivre pour voir le Roi.

Arrivé à Lunebourg , je pris la liberté d'adresser à Sa Majesté le neuve te d'Aiitraigues que je venais r, ainsi que deux exemplaii'es le

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S. M. Louis XVIII. Ma lettre au Roi était conçue en ces tenpes :

Lunebourg, le 22 décembre i8o5«

A 5. M. le roi de Suède, à son quartier^général.

«Sire,

«Permettez qu'à mon passage pour TAngle- « terre , j'ose prendre la respectueuse liberté de « faire parvenir à Votre Majesté la brochure ci- « jointe qui a fait sensation à Berlin ; je l'accom- « pagne de deux exemplaires de la Déclaration « de Louis XVIII , qui ferait effet, si elle pouvait « pénétrer dans les armées françaises. C'est par « ces sortes de productions , et là présence d'un « prince français dans l'une des armées coalisées , « surtout dans celle de Votre Majesté , qu'on réus- «sirait à désorganiser complètement Farmée de « Buonaparte. Mon séjour de trente-trois mois « au T€n;iple , mes rapports avec le général Piche- «gru et autres, m'ont convaincu que ce moyen « est un de ceux , et peut-être le seul qu'on pour^ « rait employer avec efficacité. J'ai acquis la certi- « tude que si Buonaparte éprouvait un seul revers « en Allemagne y il lui serait bien difficile de pou- «voir retourner dans ^a bonne ville de Paris ^ « où l'on pleure sur ses succès. Les hommes qui

« Vont placé où il est , s'empresseront de le dé^ <c posséder dès que la fortune r abandonnera un <c moment. On se prononce plus que jamais en « France , et surtout à Paris , pour le rétablissent ment du souverain légitime ; mais la prudence «veut qu'on ne fasse rien qu'au moment. où ccBuonaparte éprouvera des revers, et on les «c désire plus qa^on ne les craint en France.

«J'ai vu une personne à Berlin, employée en <c première ligne -, qui a quitté Paris après la cpn- « naissance qu'on y avait eue du combat de Trafic falgar; elle m'a fait connaître les dépositions « des esprits à cette époque : les détails qu'elle « en donne sont du plus grand iatérét. J'en ai « donné un aperça , à mon passage à Boitzem- 4( bourg, à M, le comte de F^rsen »

Le Roi , après avoir reçu cette lettre , daigna me faire appeler pour me donner audience. Je fus introduit par M. le comte de Wetestiiedt. ^n passant dans une première pièce , j'y vis beaucoup d'offîoîers d'état-major. M. de Wetestbedt me fit entrer aussitôt danà le cabinet du Roi , à qui je trouvai un air dievaleresque : il avait un grand col noir^ portait la t^e haute , parlait avec beaucoup de vivacités se montrant très animé 4xmtre Buonaparte, et dévoué aux Bourbons. Ce |»rince me fit un accueil très bienveillant; il

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écouta avec beaucoup d'intérêt tout ce que j*eus occasion de lui dire toudiant la situation* des affaires.

Immédiatement après cette première audience , j'écrivis au Roi une seconde lettre. Là voici :

A S. M, le roi de Suède.

«Sire y

« Je n'avais osé me flatter que sur ma roiite « j'aurais l'extrême bonhi^ir de rencontrer Votre «Majesté, et d'en obtenir l'audience gracieuse tf qu'elle a daigné m'accorder. Si j'avais pu m'en « flatter, je n'aurais pas hasardé de me présenter « sans être porteur à^ toutes les pièceés qui pouce vaient légitimer la demande que j'ai osé faire , a et que mon zèle pour le service du roi de « France pouvait seul justifier, s'il n'était appuyé « encore par le dè$ir de ne pas manquer la pre- « mière occasion que le del rue fournit d'appr^)* « cher le monarque qui peut encore sauver la « France , et procurer la paix et la tranquillité à (c l'Europe. Oui , Sire , la présence à l'armée , com- « mandée par Votre Majesté , die la personne de «Louis XVIII, et en attendant d'un des princes « français , assurera la défection de l'armée de «l'usurpateur qui la tyrannise, et qui déjà est

<c souverainement détesté de ceux qu'il appelle a se» sujets, et qui ne demandent qu'une occasion (K de se prononcer contre le tj^ran qui les bp^ <c prime.

(c Quand la nation française et l'armée verce ront que les puissances s'occupent sérieusement « du souverain légitime , et qu'on saura où le oc joindre , il retrouvera ses sujets, qui ne demana dent que l'occasion et les moyens de secouer oc le joug de l'usurpateur. Si Votre Majesté consi- « dère que jamais on n'a parlé sans succès au nom «c du Roi à ceux de ses sujets en place qui pource raient le servir , elle appréciera avec quelle faci- « lité la masse se prononcera dès qu'elle verra (c que, sans se compromettre, elle pourra se rapa procher de son Roi , par l'assurance où elle est (ic- que là est le terme de ses maux et la fin de la « révolution.

<K Je donnerai , s'il «st nécessaire , connaissance <x à Votre Majesté des personnes marquantes qui a pourront servir, et qui avec elles entraîneront « de nombreux partisans , sitôt qu'il y aura un a point d'appui où pourra se rendre la fidélité.

a Je remets copie à Votre Majesté d'une note a communiquée à Berlin à M. le comte de Nowo- « siltzoff , au sujet des espérances qu'on avait con* « çues , que le général Moreau pourrait être em-

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a ployé, dans les circonstances, au but qu^on^sem- « blait alors vouloir atteindre. Les lenteurs apct portées à la détermination qui devait procurer « le retour du général Moreau , et les propositions « trop peu conformes à ses principes qui lui ont «été faites trop tard , ont fait manquer l'occasion « d'employer un homme habile qui aurait pu « rendre d'utiles et d'importans services par Fàtcctachenient que lui voue encore une grande « partie de l'armée.

« Votre Majesté en m'autorisant à parler en son « nom à S. A. R. M«** le comte d'Artois , j'obtienccdrai inoubitablement de ce prince l'arrivée « prompte à l'armée de Votre Majesté , non seule- «r ment de W^ le duc de Berry, mais de M. le duc ce d'Orléans qu'il serait important de ne pas sépa- « rer pour éviter que le parti en France , qui vou- <c drait se prononcer pour ce dernier, ne fut en- « core un obstacle au rétablissement direct du « souverain légitime* »

Le Roi me donna incontinent une seconde audience, et daigna me dire : « J'ai beaucoup réfléchi, «c monsieur Fauche, à notre premier entretien, « et aux observations que vous m'avez adressées a depuis ; je profiterai très volontiers de votre « entremise pour que vous portiez à S. A. R. le « comte d'Artois le désir que j'ai, de yoir arriver

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