‹ MémoiresChapitre 19 sur 36 · TOME III. l · texte numérisé non relu

TOME III. l

%i% MEMOIRES

flc dans mon armée les ducs de Berry et d'Orléans t a auxquels je donnerai un commandement effectif a sous le même drapeau , ce qui fera cesser les caa lomnies et les interprétations perfides de ceux « qui prétendent que le duc d'Orléans voudrait <r usurper la couronne : on verra les deux cousins « dans mon armée travailler de concert au ré-- « tablissement de l'ordre. Je vous donnerai mpn «aide -de -camp Armfeld ', qui vous accompa- « gnera , et qui me rapportera la détermina- « tion des princes. En arrivant à Londres , vous oc vous adresserez à mon ministre le baron de tt Rehausen. »

Sa Majesté lui transmettait, ses ordres à ce sujet. J'en fus moi-même porteur, et je m'em** barquai à Usum ^à bord du paquebot, avec l'aidede-camp du Roi.

Nous arrivâmes à Londres dans les premiers jours de janvier 1806, et, sans perdre de temps, je me rendis avec M. le baron de Rehausen, ministre de Suède, chez S. A. R. M*^' le comte d'Artois. Ce prince reçut avec un plaisir mêlé d'enthousiasme l'invitation que je lui portais au nom de S. M. le roi de Suède. Comme j'avais eu l'honneur de l'aborder plusieurs fois, il me re* connut, et me dît : « Mon cher Fauche, allez de

' Fils du célèbre baron â'Armfeld , 1 ami de Gustat^ HI.

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a suite chez mon fils le duc de Berry , et chez <cle duc d*Orléans; faiteâ-leur' part vous-même «c des propositions du Roi; je suis assuré de tout « Temp ressèment qu'ils mettront Tun et l'autre à « se rendre au vœu de Sa Majesté. »

Je m'acquittai de cette double commission* Le duc de Berry n'eut pas plutôt entendu la proposition que j'étais chargé de lui faire , qu'il me dit avec un mouvement d'inspiration et de joie : « Je « suis prêt à partir ! II en sera de même de mon « cousin le duc d'Orléans. »

Encouragé par le succès de mes premières dé-^ marches, j'écrivis de suite la lettre suivante au roi de Suède :

Londres, le .8 janvier 1806.

ce Sire,

ce A mon arrivée, dimanche 6 courant, je me ce suis présenté chez son excellence M. le coiDte « de Rehausen , qui , après avoir lu ses dépêches ^ ce a pensé qu'il était convenable que nous allas- « sions de suite chez S. A. R. Moi^sieuh. Hous « l'avons trouvé extrêmement satisfait et recon«- « naissant envers Votre Majesté, et écoutant avec <c un intérêt marqué tout ce que nous avons pu lui <c dire des dispositions dans lesquelles est Votre <c Majesté de recevoir à son armée essentiellement

fit Ws^ le duc de Berry, qui, depuis l'ouverture de la « campagne , témoigne le plus grand désir d'aller a combattre l'ennemi. J'ai eu l'honneur de le voir c( ce matin à ce sujet , et je puis dire que rien <c n'égale son empressement à se rendre sous les « drapeaux de Sa Majesté, Moitsieur se propose « d'en ftiire la demande directement au ministre à de Sa Majesté Britannique * , dès qu'il sera de a retour de la campagne, et Son Altesse Royale « espère que le gouvernement fournira aux be- « soins que la présence des princes à l'armée « pourrait nécessiter sous tous, les rapports.

ce II eut été à désirer que Votre Majesté eût (( autorisé son excellence M. de Rehausen à té- (c moigner aussi directement au ministre du roi « d'Angleterre l'intérêt que Votre Majesté prend « à l'arrivée des princes à son armée ; cela eût « aidé beaucoup la détermination des ministres. «Mais son excellence M. de Rehausen espère « qu'il aura encore le temps de recevoir un ordre « plus positif à ce sujet que celui dont j'ai été « porteur.

« Demain samedi, je suis appointé chez M^P" le « duc d'Orléans ; j'aurai soin de faire parvenir à « Votre Majesté, par M. de Rehausen, le résultat « de-la conversation.

• M. Pitt. *

« Il n'y a pas de doute que , si on continue la « guerre, cette mesure ne produise le plus grand «effet en France, et qu'il n'en résulte tout ce « qu'on a droit d'en espérer.

« M. Pitt est à la campagne; je le^errai sûrece itient à son retour, ayant la parole du secré- <c taire à ce sujet.

« Votre Majesté m'ayant fait la grâce de nie

« témoigner qu'elle désirait que j'accompagnasse

«les princes, j'oserai la prier de vouloir bien

a m'autoriser à en faire mention à M. de Rehau-

.« sen, etc.... » '

J'avais été deux fois chez le duc d'Orléans sans le trouver ; ayant pris la liberté de lui écrire , il me donna rendez-vous chez le prince de Staremberg, ambassadeur d'Autriche, avec qui il était en relation intime. J'y, allai, et je le trouvai devant la cheminée, causant familièrement avec l'ambassadeur. Je lui fis part.de ma mission. Il me remercia beaucoup de mon zèle pour l'intérêt de la cause générale, m'en fit des complimens, et , de même que le duc de Berry , se montra animé du désir sincère d'aller téinoigner sa recon-^ naissance au monarque généreux qui l'invitait à venir le joindre au champ d'honneur.

Le départ des princes était décidé ; leurs équipages venaient de se mettre en roiite ; eux-mêmes

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étaient à la Teille de s'embarquer, et je fiôsais pour les siccompagner mes dernières dispositions, lorsque les tristes nouvelles arrivées du continent suspendirent une résolution dont les effets ne pou* vaient être que très salutaire à la cause royale.

Les préliminaires de paix entre la France et l'Autriche ayant amené là retraite de l'empereur Alexandre et de ses troupes, la Prusse, livrée pour ainsi dire à la France par les conseils d'Haugwitz et par les intrigues de Lombard, passa tout à coup d'une attitude hostile à un système d'alliance. Haugwitz, de son chef, osa ccmclure à. Tienne , le 1 5 décembre , une convention provisoire, par laquelle la Prusse cédait à la France les pays d'Anspach et de Bareuth , Clèves , Neuchàtel , et obtenait son consentement pour enlever au roi d'Angleterre l'électorat de Hanovre, qui devait servir d'indemnité à la puis-^ sance cessionnaire. On aperçoit au premier coup d'œil que cette convention tendait à faire descendre la Prusse au rang d'un des satellites de la France. La conséquence immédiate fut Tévâcuation du Hanovre par les troupes alliées et l'annihilation de tous les plans du roi de Suède. Le traité de paix signé à Presbourg le aô décembre, entre la France et l'Autriche , acheva de mettre le continent européen à la merci du persécuteur

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des Bourbons. La mort de M. Pitt , survenue le a3 janvier, ajouta pour ainsi dire aux faveurs que la fortune versait sur lui à pleine^ mains.

J'étais comme anéanti par les profondes secousses que me causaient coup sur coup tant d'infortunes et de désastres : on eût dit que des ressorts secrets faisaient crouler le pouvoir légitima devant le pouvoir nouveau.

Je ne trouvais de consolation que dans le bonheur de vivre sur une terre libre; et encore un incident que j'étais loin de prévoir, et qui fut provoqué par des hommes que j'avais droit de considérer comme mes amis, puisqu'ils tenaient au même parti que je servais avec tant de 2èle, vint-il me jeter dans de nouvelles tribulations. Je fus arrêté chez moi pour une somme de cent soixante -douze livres sterling, que je croyais avoir été remboursée depuis long-temps par ceux qui en devaient compte. Je sus bientôt que cette af&ire, qui n'eut aucune suite pour moi^m'àvait été suscitée par des hommes que ma présence à Londres, et mon dévoûment absolu à Louis XVIII, contrariaient essentiellement. Mes vues n'étaient pas les Leurs. Le dirai-je? ces hommes qui se donnaient comme les amis les plus sincères xles princes français , et qu'on supposait dévorés du désir de rétablir la monarchie^ ne s'oocupo^ent

qu'à fomenter et à créer deux partis différens, Tun à Londres, l'autre à Mittau, comme si les deux augustes frères n'avaient pas été unis à jamais par les liens du sang, le charme du sentiment et l'amour du devoir. Les hommes que je signale ici me traitèrent avec uiie froideur mat^ quée: Quelques uns d'entre eux m'avaient fiait insinuer, à Berlin, qu'il y avait du danger pour moi à venir à Londres. Je ne pouvais y croire; j'étais bien plus porté à m'attendre à un accueil amical et à de l'intérêt pour mes malheurs, réprouvai tout le contraire, et je ne pus même intéresser personne au sort des victimes infortunées que j'avais laissées au Temple, et qui m'avaient chargé de peindre leur triste situation.

N'était-ce pas trahir les intentions des princes que d'abandonner des malheureux qui leur étaient si dévoués? n'était-ce pas les tromper que de s'attacher à décrier systématiquement les serviteurs les plus zélés et les plus fidèles à la bonne cause ? Je m'arrête ; j'en ai dit assez.

D'autres soins d'ailleurs vinrent me distraire et occuper ma sollicitude.

Je rédigeai dans le courant dé décembre une note particulière et secrète pour être mis» sous les yeux de lord Grenville, principal ministre de Sa ^ajesté Britannique^

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Je devsdsiiu ministère qui m'avait employé dans Fintérét des Bourbons, le résumé historique d^ principales circonstances dé ma mission à Paris, et de ma détention au Temple depuis 1 802 jusqu'en i8o5, en ce qui pouvait iùtéreâser la politique du cabinet anglais à l'égard de la France : tel était l'objet de mon travail. Je ne le donnerai pas ici tout entier pour ne pas tomber, avec d'autres formes de style, dans des répétitions ou des redites.

Je me bornerai donc à reproduire la partie secrè.te de mon travail sur l'état intérieur du gouvernement de la France à cette époque, et sur les moyen» que je croyais les plus efficaces pour arriver enfin au renversement de Napoléon.

Après avoir fait connaître à lord Grenville mes communications secrètes avec Moreau, la marche et les résultats de la procédure dirigée à la fois contre Moreau , Pichegru et Georges ; après lui avoir exposé mon opinion sur la triste fin de Pichegru , je lui donnais des informations positives sur l'étendue de la mésintelligence qui existait entre le ministre des relations extérieures Talleyrand-Périgord et le ministre de la police Fouché. et M. de Lucchesini , disais-je , était très a bien avec M. deXalleyrand. Mais ce ministre, sur « la demande qu'on lui fit à mon égard, répondit oc qu'il ne pouvait se mêler démon affiiire, et qu'il

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ic suffîrait qu'il demandât ma liberté pour qu'elle « fiit refusée , attendu qu'elle dépendait absolu* tf ment du ministre de la police , auprès duquel « le marquis de Lucchesiui devait s'adresser. Cette « circonstance et d'autres particularités dont j*ai «c eu aussi connaissance ne laissent -aucun doute «que le ministère des relations extérieures et ce celui de la police de Fouché ne soient en pleine a rivalité , et que l'un finira par renverser celui <x qui sera le moins adroit.

« Le départ annoncé de M. de Luqchesini pour « Berlin , chargé d'une mission importante , pour* a rait bien avoir pour motif quelque nouveau « projet que Talleyrand veut dérober à la con- « naissapce de Fouché. C'est peut-être le moment « plus que jamais pour le ministère anglais de ^ s'enquérir de ce dont il pourrait être question , a afin de juger s'il ne conviendrait pas de déjouer « Talleyrand, qui, attaché à Buonaparte» ne peut «avoir à proposer que des choses contraires aux « intérêts du gouvernement anglais et de la dy- «nastie des Bourbons, lesquels ne peuvent rien « eiipérer de bien de cette source, Talleyrand et « Buonaparte ayant sucé une haine implacable ce contre l'Angleterre. *

' J'obserye ici, quant II M. de Talleyrand, que c'était l'opi*^ ladon qo'on^âirait de lui en i8q6^

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« Le moment d'ailleurs est propice pour orga- « niser des intelligences dans l'intérieur contre le «parti de Buona parte, et c'est dans Paris qu'il a faut lui susciter des ennemis. Buonaparte craint <c Fouché, et c'est le parti de FôuChé qu'il faut <c épauler dans ce moment. Ce sera toujours une « bonne opération que d'exciter quelques mou- « vemens inquiétans contre la première autorité « dans Paris. ,

tf Le terme qui m'a été fixé par le général aMoreau comme pouvant devenir celui de la « chute de Buonaparte est près d'arriver ; et on « peut assurer que ses victoires ne lui ont fait (c que de nouveaux jaloux, d'autant mieui qu'elles « ne produisent rien de favorable à la France ^ et «c qu'on y reconnaît déjà combien ses relations et (c ses bulletins ont été mensongers : on sait d'ail- « leurs tout ce que ces victoires ont coûté de « sacrifices à l'armée.

ce Le général Moreau me disait qu'il était perce suadé qu'il y aurait ti^n gouvernement inter- « médiaire entre Buonaparte el le retour de la « monarchie légitime. Cette prédiction pourrait a bien se vérifier, car la nation est très peu dis-^ « posée en faveur du maître qui l'opprime.

m Au nombre des membres des autorités qui <c aideront au renversement de Buonaparte et de

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«sa fiimille, on pourrait compter essentiellea ment, d'après ce que j'ai recueilli, sur

« Le Brun, archi-tré- « Serrurier, maréchal « sorien « d'empire.

« La Place. « Le Fèvre, idem.

« Lambretch. a Pérignon , idem.

« Lacépède. « Lanjuinais.

« Pléville-le^Peley. « Abrial..

<c Jaucourt. « Boissy-d'Anglas.

« Barbé-Marbois. « Pontécoulant.

ce Clément de Ris. « Chaptal.

(c Bournonville. €< Émery.

« Barthélémy. « Defermon.

« Pelet (de la Lozère). « Mollien.

a Curée , celui qui a prononcé le discours en m faveur de Buonaparte pour son avènement à « Fempire , et qui cependant est l'ami de Moreau.

« Parmi les généraux, Moreau pouvait compter «sur Masséna, élevé en dignité, mais qui n'en « était pas pour cela plus attaché à Buonaparte.

<c Brune, maréchal d'empire, qui avait été en- « voyé à Constantinople.

(c Dessoles, général, qui était à l'armée de Ha- «nevre, l'ami particulier de Moreau, mais qui, » depuis peu, a été rappelé.

« Macdonald , qui n'est pas employé , et qui pour « raison a refusé de l'être.

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• aLeoourbe, exilé à quarante lieues de Paris a pour avoir donné un signe d'approbation à « Moreau , dans une des audiences du tribunal <c criminel où le général avait parlé.

«c Jourdan , maréchal d'empire.

a Le général Dejean , directeur de l'administra- « tion de la guerre, l'ami particulier de Pichegru.

oc Le général Soufaam , l'oncle de l'abbé David , a aimé de l'armée, et qui pardonnera difEcilement ce à ceux qui lui ont fait passer trois mois à. FAb- « baye , et lui ont fait perdre son emploi.

«Le général Régnier, disgracié pour avoir tué « en duel le général d'Estaing , partisan de Buocc naparte à son retour d'Egypte : ce général est ce de nouveau employé à l'armée d'Italie sous « Masséna.

ce Le général Delmas, exilé à soixante lieues <c de Paris , pour avoir dit à Buonaparte. qu'il ne «faisait que.des capucinades , etc

ce Les généraux Ferino ; • ~ (c D'Éblé , qui avait fait partie de l'état-major « de Pichegru ;

ce Verdier ;

c( Saint-Hilaire , ami particulier de Macdonald, « et l'élève de la personne envoyée au général ce Pichegru par Macdonald.

(c Fouché et Real ont dans les mains de quoi

«^ faire naître une conjuration nouvelle au mo- « ment où ils croiront qu'elle sera nécessaire à « leurs vues. Fouché est l'homme de la révolun tion qui tiendra le plus long-temps ; il peut » disposer du parti royaliste et de celui des jaco- <c bins ou républicains. Il connaît les intentions « du Roi 9 et c'est lui , malgré que les apparences (c soient contraires, qui a sauvé et sauve encore « les vrais amii» de la oause du Roi.

« M. de La Rochefoucauld , porteur des der*- •K nières instructions du Roi , qui exprimaient « essentiellement son désir de voir rapprocher les (je royalistes du parti républicain , a obtenu sa ta liberté de Fouché : il est dans ses terres , ainsi <it que M. de Velcourt , l'agent du Roi. Le sieur ce Cairy, l'homme de M. Dandré , est libre aussi : «t il s'est attaché à Fouché.

(c On sait que madame Buonaparte , qui soutece nait autrefois Fouché , ne lui pardonne pas (C maintenant d'avoir* conseillé à Buonaparte le « divorce ; mais Buonaparte craint Fouché , et « n'ose le disgracier.

ce II m'est démontré que si le nouveau minis- « tère anglais voulait, dans les circonstances, opé- « rer une diversion dans l'intérieur, il y trouve- Kt rait dès éléraens favorables ; c'est par l'intérieur <r qu^on peut espérer de ruiner le parti de. Buo-

DE FAUCflS-BORÈL. tt5$

ft parte, dont Texisiteiice est incompatible avec la « tranquillité de TEurope et de l'Angleterre en a particulier.

a Le maréchal Duroc étant à Berlin dans une « société avec le sieur Gaillard , ministre de « France , et le secrétaire de la légation française, « la conversation tomba sur l'Angleterre , et ils «dirent : ccQuai^t à TAngl^erre, nous parvien* « dix>ns à l'inquiéter, et dussions^nous patienter « quatre, cinq, et même six ans pour tenter la «descente, nous y parviendrons. sans trop de oc sacrifices, pour l'èntreti^ de nos troupes sur «(les côtes, et pour tenir constamment l'Angle- « terre en alarmes. »

On a vu que telle était aussi la manière de voir du comte d'Antraigues; il m'avait écrit que son dessein était de venir à Londres , le continent n'étant plus tenable poiu* un homme tel que lui ; c'était en effet l'un des plus dangereux adversaires de Napoléon.

Il me paraissait alors un homme fort pi'écieux; et j'avoue que je contribuai beaucoup à ramener les e&prits à Londres sur son compte à cette époque. A part son ressentiment personnel à l'égard du Roi, il se montrait sincèrement dévoué aux intérêts et k la causé des Bourbons , qu'il servait auprè» de la cour de Russie , et c'est sous ce

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rapport que j'employai mon influence et mes moyens pour dissiper les préventions qu'il avait fait naître depuis l'événement du i8^ fructidor (4 septembre 1797)*

n arriva en Angleterre dans le cœur de l'hiver, avec sa femme et son fils. J'allai le voir, comme il m'en avait instamment prié. Il me fit connaître les motife qui Favaient forcé d'abandonner le continent, et que , d'après l'état des afEaires , j'avais déjà pressentis. M. d'Antraigues me représenta Napoléon non seulement comme le maître de l'Allemagne , mais encore du reste de l'Europe, par suite ^e cet état de faiblesse et de désorganisation générales qui l'avait fait triompher, pour ainsi dire , sans combattre. Persuadé que nul ne connaissait mieux que lui la politique des odiinets, je ct*us de mon devoir, dans l'intérêt du Roi, d'en parler aux ministres de Sa Majesté Britannique comme d'un homme doué de très grands talens, et dont on pouvait tirer des renseignemens utiles. En effet , il fut bientôt essentiellement lié avec le noble lord Howick, qui était alors ministre des affaires étrangères > il lui donna des Mémoires , et le captiva par le charme de sa conversation et la force de ses écrits. Mais il s'occupait plus encore, dans ses travaux politiques, des intérêts de la Grande-Bretagne que de ceux de Louis XVni. En

CE FAUCHË-BOREL. aS?

un mot , c'était moins le rétablissement du Roi qui le préoccupait alors, que le salùt de l'Europe.

Plus que jamais Louis XVIII semblait abandonné et délaissé. Même dans la dernière ligue ses intérêts avaient été négligés plus que dans aucune des coalitions prébédentes. Les partisans des Bourbons s'en étonnaient^ ; ils imputaient au Roi et aux princes, à leur inactivité, ce qui n'était que l'effet de la politique des cabinets.

Je pus m'en convaincre, d% même que M. d'Antraigues, lorsqu'ayant demandé au Roi de nouveaux pouvoirs et des instructions, le Roi me fit parvenir, dans le courant de mars 1806, par M. de La Chapelle , qui était alors avec lui à Mittau , un écrit très remarquable. Cet écrit jette la plus vive lumière sur l'état de l'Europe à cette époque; il fait connaître en même temps quelles étaient les intentions , les vues et les dispositions du Roi dix années avant sa restauration ; il était conçu en ces termes :

Itinéraire du Roi, donné à Fauche^ Bbrel en mars iSo6j pour lui sentir d'instruction.

« Depuis ma sortie de France, le 21 juin 1791 , «je n'ai pas fait un pas qui n'ait tendu à m'en « rapprocher , ou du moins à me tenir le plus « approché possible de mon malheureux peuplç

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