‹ MémoiresChapitre 3 sur 36 · TOME III · texte numérisé non relu

TOME III

la Ml^MpIRES

rendre à^ Paris pour y renouveler connaissance avec mes anciens confrères , libraires et imprimeurs* J'étais d'ailleurs dans l'intention de faire imprimer et publier les manuscrits inédits de J.-J. Rousseau, les mêmes dont j'ai déjà eu occasion de faire mention dans le cours de ces Mémoires.

Effectivement, dix jours après mon arrivée, cet ouvrage était déjà sous presse , chez MM. Bossange , Masson et Besson.

On sent bien que tout ceci n'était imaginé que pour couvrir mon objet principal : j'y procédais avec prudence pour ne pas compromettre le général Moreau, qu'un seul mot de Pichegru avait touché jusqu'au fond de l'âme. Mais Moreau ne voulait point faire de conjuration : son opinion était qu'il fallait beaucoup de patience et laisser user les hommes et les choses. Il se conduisait d'après ces principes.

Il fallait cependant avancer vers le biit de ma mission. A mon départ de Londres, M.Dutheil m'avait donné l'adresse de M. Leclerc Boisvallon , qui logeait rue du Pot-de-Fer. Je fus le voir, et c'est par lui que je fis la connaissance de M. Paulet, ancien précepteur du général Macdonald. Il avait dirigé long-temps un institut^ et je le trouvai parfaitement au courant de tout ce qui se passait en France. Après m'étre ouvert à lui sur l'intérêt

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que j'attachais à sonder les dispositions du géoé* rai Macdonàld , dont il m'avait fait le plus grand éloge ^ il me répondit qu'il s'en chargeait. Le général Macdonàld, qui alors détestait Buonaparte, envoya M. Paulet à Londres pour communiquer avec le parti royaliste. Canformâoient à mes instructions, M. Boisvallon l'avait adressé à M. Duiheil, qui le reçut et lui fit ^ faire la connaissance de M. le général de Yioménil : il ne vit pas Pichegru , qui ëtait alors dans le nord de l'Angleterre. M. Paulet , dans la correspondance , était désigné sous le nom de Mentor.

Tattendais son retour, et pendant ce temps-là je renouvelai connaissance avec différentes maisons en librairie , pour étendre de plus en plus mes relations, et en même temps je vis quelques officiers généraux sur Vintelligence et la discrétion desquels Picbègru comptait essentiellement. £n un mot, les affaires relatives à l'objet de ma mission commençaient à preindre un tour favorable.

Toutefois , j'étais sur mes gardes. D'après njes arraûgemens avec la mai»$on Boèsange, Masson et Besson> j'avais pris ikn second logement chez madame Maison, rue Saint— Hyacinthe, et f y avais fait transporter; mes papiers les plus importans. Quelques jours après j'assistai au jugement

tio, MÉMOIRES

d4i procès que soutenait la maison Boçsange contre Moutardier, au sujet du Dictionnaire de TAcadémie. Je crus m'aperceToir que la policé me fsiisait observer par ses àgens : ma présence en effet devait être un sujet d'inquiétude pour une police aussi soupçonneuse que celle du premier consul, au moment où l'opposition d'une partie des généraux à ses mesures de gouvernement n'était plus, ignorée , même du public. Mes relations intimes avec Pichegru n'étaient pas d'ailleurs oubliées. On pourra juger de l'idée qu'on avait alors de moi en France , par l'extrait suivant du Nouveau Tableau dé Paris, par Mercier ; édition in- 1 a , de Brunswick , 1 800 ; tome IV, page 173..

« Capet de Provence et son épouse, plus heu^ « reux que Capet l'aîné , ont franchi la frontière ; <^ on jie s'entretient là que d'eux; mais l'on fait « entendre que l'ancien propriétaire de Bagatelle tf est si aimable , aiine tant les filles et même les « femmes honnêtes , qu'il est presque impossible « que tant d'amabilité ne le conduise un jour au a tr^ne. On atteste que c'est là le projet de « Gondé , soutenu de Pichegru , par Courant de « Neuchâtel et le libraire Fauche-Borel.

« Il faut apprendre aux lecteurs que j'ai beau- « coup connu ces deux derniers personnages. Le

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« plumier est une espèce d'homme des bois y très « propre à un coup audacieux , comme presque « tous les Suisses , risquant sa vie sans scrupule a pour un grand coup de main. Le second est un « fuseau discret, sur lequel on pourrait étendre- « et nouer beaucoup de fils. La Ville de Neudiâtel « d'ailleurs est la ville du monde entier où il y « a le plus d'hommes j&ns k acheter et à se vendre , « li'importe à qui. »

Qu'on ajoute à cette manière de roir sur mon compte , les notes et les dénonciations dont fourmillaient, depuis 1795, les cartons de la police et des affaires étrangères , et on verra que je ne pouvais guère échapper à l'inquiétude sombre et à l'action inquisitoriale du gouvernement de Buonaparte.

Le premier de juillet , étant invité à dîner avec mademoiselle Lenoir chez M. Barrois le libraire , comme je sortais de chez M. Bossange pour m'y rendre , je fus arrêté rue du Petit-Lion par les uommés Pâques et Duquesnoi , agens de la préfecture, qui me conduisirent en voiture à là Police. Là y on me demanda où je logeais : j'indiquai la rue des Bons-Ënfans, où je devais aller prendre ce jour-là même mademoiselle Lenoir, et je le fis pour que mes amis sussent que j'étais arrêté. Il y avait avec moi dans la voiture un

commifisàire de police et deuit gendarmes. En passant près du Louvre pour me rendre rue des Bons^Ënfans , je fis l'observation , en montrant la iîolomiàde de ce magnifique édifice, qu'il n'y avait rien de plus beau en Europe ; sur quoi le cQimnissaire répliqua d'un air sévère: «Oui, c'est « un monument de la vanité clés rois; on devrait <K'\e démolir. » Je lui demandai pourquoi le démolir? a Pour en faire un vaste champ de pommes <K de terre , reprit-il. » Je me crus transporté au temps dû comité de salut public.

. Nous arrivâmes à l'hôtel que j^avais quitté ; on n'y trofuva rien , puisque j'avais tout transporté chez madame Masson. Aussi le commissaire , mé^ cdiitedt, me demanda- t-il avec humeur pourquoi je lui avais indiqué ce logement , puisque je l'avaiis quitté ?

On ine conduisit au Temple, et j'y fus enfermé dans la tour au secret le plus rigoureux.

Le soir les agens de la préfecture se transportèrent chez madame Masson , et renversèrent toute la maison pour trouver mes papiers : heureusement la plus grande partie était déjà en sûreté , ^râce à mon neveu Edouard Vitel. Ils emportèrent à la Police ceux qui leur tombèrent dans les mains, qui étaient assez insignifians, mais que néanmoins ils me firent parapher.

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Je fus interrogé h lendemain de tnon arrestation par M. Desmarefts, dief de la police sécrète : il était assisté par le juge-de-pai^ Farde!. M. Desmarets me fit asseoir prè^ de lai, et m*interpeUa en consultant un papier où se trouvaient déjà portées les différentes questions qu'on jugeait à propos de me feîre : eHes étaient de la main de M» Leclerc de Noisy, d'abord secrétaire de M. Widtham , et qui s'était attaché, depuis la paix d'Amiens, à la police de Buonaparte. Je connaissais son écriture, et, pouvant lire de loin, je répondais pour ainsi dire d'avance et avec beaucoup de fermeté aux questions qui m'étaient faites : parla j'avais en vue d'inspirer de' la confiance à M. Desmarets , de lui montrer ma franchise , et de le dépayser sur ce qu'il pouvait me deniander, et à quoi je n'aurais pas voulu répondi^e. Or, je fus labondant et vrai sur ce qui concernait le général Pichegru, et qui était déià connu de la police par suite du 18 fructidor; mais j'éloignai avec art tout ce qui aurait pu la mettre sur la voie de Moreau et de$ projets formés nouvellement. Je comparus deux fois devant M. Desmarets. Ne pouvaut rien tirer de moî qui eût rapport à Moreàu , que j'affectai de ne pas même connaître de vue , il me fit reconduire au Temple , et remettre au secret : fj fvà pendant vingt-sept jours fort in-

commode par le défaut d'exercice, d'air libre, et par les chauve-souris. J'étais renfermé dans le haut de la tourelle que le Koi avait habitée , et où étaient encore les persiennes qu'on y avait établies pour qu'on ne put le voir du dehors.

Pendant ce temps -là mon neveu Edouard Yitel et madame Masson faisaient infructueuses ment des démarches en ma faveur, soit auprès du grand -juge Régnier, soit auprès du marquis de Lucchesini , l'ambassadeur de mon souverain.

Un M. de Villy vint un jour, au nom du premier consul, me demander si je connaissais le général Delmas , et si j'avais eu des rapports avec lui: ma réponse fut courte et simple, car je n'avais jamais eu aucune relation avec cet officier général. Cest le même qui , interrogé par le premier consul sur la cérémonie qui avait eu lieu dans l'église Notre-Dame à l'occasion du concordat passé avec le pa|ft, répondit en s'appuyant sur son. sabre : « Général, vous venez de faire là a une fière capucinade : ce n'était pas la peine de « faire exterminer deux millions de Français pour « détruire ce que vous rétablissez aujourd'hui. » Cette réponse l'avait fait exiler. M. de Villy ayant reçu la mienne , je fus reconduit au $eqrét.

Mes différens interrogatoires me confirmaient

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dans l'opinion qu'on ne pouvait rien articuler de positif contre moi.

L^ai^ument prédominant que me fessaient tous les agens de la police était « que M. Fauche ne <c pouvait être venu de Londres à Paris sans être « chargé d'une mission quelconque poui* les in- «ctéréts du gouvernement britannique ou des « princes français. )» La répétitioix f>erpétueUe de cet argument m'offrait la preuve qu'on ne savait rien.

Le jour qu'on me fit sortir du secret, notre concierge, qui s'appelait Fauconnier, me présenta aux autres prisonniers, et entre autres à M. Fontaine Biré,. qui m'accueillit d'une manière fort aimable. Il m'invita à dîner, et ne négligea rien pour m'inspirer la plus grande confiance. Dès ce moment une certaine intimité s'établit entre i)ous. C'était un homme d'une humeur enjouée , un vrai sybarite. Sa femme et une autre dame de sa connaissance ven^iient tous les jours le voir alt^nativement. Un jour qu'il m'avait invité à un diner qu'il préparait lui-même , j'entrai dans sa chambre, qui était au rez-de-chaussée de Ja maison du greffe; je le vis (en feignant de ne rien voir) qui cachait préçipitamiuent un papier sous d'autres papiers qui étaient sur sa table. J'en conçus des soupçons et même de

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l^i^quiétudé ^ et pendant qu'il apprêtait uih* perdrix, je saisis furtivement le papier, et j^aHai à l'écart pour te Kre : c'était une lettre adressée à M. DesiÂarets. Quel ue fat pas mon étonnement quand je lus cette, phrase : « Je l'ai au- « jouî*d'hui à dtner; c'est un bon enfant, comcc municatif; je le mettrai sur le chapitre des ce généraux Mipveau et Macdotiald >, et demain je « VQ[us en rendrai compte. » Plus de douté ; j'étais livré à un perfide, chargé de fouiller dans les plus secrets replis de mon cœur. On peut concevoir moTi indignation et mon embarras; ne sachant comment replacer la lettre , je me déterminai à l'anéantir. En rentrant je vis M. Fauconnier, l'intermédiaire de la correspondance entre M. Biré et M. Desmarets, impatienté d'attendre, et M. Biré cherchant partout inutilement le papier, réduit à lui dire, à demain. Je Tinterrognai comme pour savoir de lui-même ce qui le tourmentait ainsi. « Je cherche , nie répondit-il , « une lettre que j'écrivais à ma femme, et que je « ne puis plus retrouver. » On jugera quelle dut être ma contenance au moment ou je venais d'être si heureusement et si subitement averti de la conduite que je devais tenir vis-à-vis d'un homme assez infâme pour s'abaisser à jouer un td rôlcr Ce fut seulement alprs que je compris

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ce que c'était, en teErme d'argot^ qu'un mauUm lancé an milieu des prisonnîtrft.

Je pensai ayec raison que ¥limxiniiier<> homœd fort ^éroi^s ^^^ît A&nwtê deB direotiona partioMlières à Fontaine Biré pour tn'arracher mob secret sur le général Moreau, s^antiMayé cetfl fois lui-^méine de porter la conversation sur oe 'sujet, sans qu^ je lui eusse jamais doiuié sur moi aucune prise4

Mon refroidissement pour Fontaine fiiré fat bientôt remarqué par les autres prisonniers , qui le soupçotinaient de Jouer le rôle d'espion; mais d'ailvires tenaient pour lui, ce qui forma deux partis au Temple, celui de Fontaine Biré et cdui de Fauche; il en résulta même de fréquentes rixes.

Le prince PignatelU Marsiconovo était aussi alors détenu au Temple ; il se déclara de mon parti , et me soutint. II s'établit alors une ligne de démarcation entre les prisonniers honorable^ et ceux qui ne l'étaient pasi. Ce jeune seigneur napolitain , fils du *prince de MarsiconoVo , qui avait été long-^temps ambassadeur de Naples à Turin , avait reçu dans cette capitale un« édu*cation française ; il était aussi sMsible que brave. En combattant comme auxiliaire de l'Autriche , dans la cavalerie napolitaine, il avait perdu

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un œil à la bataille du pont de Lôdi. Depuis il s'était dédaré pour le parti français pendant Tin^asion et les troubles de 1799; et il avait eu pendant quarante jours le commandement de ia ville de Naples. Étant devenu suspect à Buonaparte, qui le regardait comme lui étant opposé en Italie depuis son avènement, on se servit d*un moyen adroit pour l'attirer à Paris, accompagné du colonel Bay , Roiâain , son aide-^ de-camp, de Fiori, son secrétaire, aujourd'hui chef d'un bureau des ponts et chaussées, de Fantinato et de Belpuci, également attachés à sa personne. Tous avaient été arrêtés et conduits au Temple , où je les trouvai. La captivité du prince fut longue et rigoureuse. *

Aussitôt que je fus hors du secret, j'obtins que mon neveu., Edouard Y itel , viendrait me voir , et ce fut par son moyen que j'écrivis de toutes parts pour intéresser mes amis et mes protecteurs. J'adressai une réclamation à mon ambassadeur M. le marquis de Lucchesini, dont la circonspection était excessive. Je m'adressai aussi aux consuls Le Brun et Cambacérès, et à mon compatriote M. Perregaux.

Dans le courant du mois d'août je vis arriver

' Il est dans ce moment-ci retiré à Naples.

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au Temple le général Duroc, qui deoMnida à me voir. Il parut prendre qudque intérêt à mot 9 et mit la conversation sur Ptchegru , des talens duquel il fit un grand éloge. Je ne lui dégaisai pas tout ce que ce général aurait voulu faire pour sa patrie, et j'ajoutai que s'il eût réussi au 18 fructidor, comme Buonaparte au j 8 brumaire 9 la France eut conservé tous ses avantages, n'eut pas perdu ses colonies et une partie de sa marine. 3'ajoutai que Buonaparte ne pourrait rien fiiire de mieux que de le rappeler, comme il avait rappelé les autres députés fructidorisés, parce que Pichegru n'avait jamais cessé d'être bon Français. M. Duroc partit en me témoignant un surcroît d'intérêt; niais il ne me promit rien cependant.

Mes amis à Neuchàtel , particulièrement M. le le n9aire de Pierre et M. le châtelain de Marval, ne restaient pas oisifs; ils envoyaient des mémoires en ma faveur, non seulement à Berlin, mais à Paris, et s'efforçaient d'exdter l'intérêt à mon égard. Ils étaient secondés par ma Camille, surtout par mon frère et par ma sœur : il. m'est doux de leur payer ici le tribut de reconnaissance que je leur dois.

Toutes leurs sollicitations étaient inutiles , car le ministre de la police, instruit par ses espions

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k Londtnês (}ue le général Pichegni voyait les ministres , pensait qu'en me retenant au Temple on finirait par obtenir de inoi des révélations qui conduiraient à des découvertes.

Je restai donc en prison. Cependant M, le colonel de Morel , mon compatriote , qui était l'oncle de madame Desmarets^ écrivit à son neveu, chef dé la police secrète, une lettre très pressante, pour qu'il voulût bien s'intéresser à mon sort et l'adoucir. On verra plus tard que c'est à* cette recommandation généreuse que j'ai dû de n'avoir paa été traité plus rigoureusement et même sa-* crifié.

C'est à madame Desmarets que je fus redevable de la visite que^ me fit au Temple son parent M. Jean-Henri L'Hardy , qui m'offrit ses sei^vices , et me remit en même temps vingt*cinq louis, quine- pouvaient venir plus à propos. C'est ieî le lieu de donner un témoignage public de reconnaissance aux amis qui me marquèrent de Tîntérét, entre autres M. Fornachon, bauquier à Neucfaâtel , qui me fournit pendant cette longue captivité les moyens de l'adoucir et d'étrè utile à pèttsieurs de mes compagnons d'infortune qui souffraient pour la même cause.

Je ne puis également exprimer assez ma gratitude pour M» le marquis du Boutet, qui, me

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sachant, sous les verroux^ s'empressa de 19e Mre p^er la soiaime qu'il me devait depuis son émigration , bien qu^'il y qùt du danger pour lui à £sdre voir qu'il avait eu des relationsavec moi* M. BossuC^ curé de Saint-ï+u&tache » qui me redevait aussi un solde de mille cinq cents francs, eut l'extrême courage de venir me les apporter au Temple , ce qui l'exposa à uqe surveillance fort désagréable de là part de la. poUce%

Si j'ai eu>à me plaindre daos cc^te circonstance de l'oubli de quelques uns de me» débiteurs des bautes classes, j'ai eu encore bien plus k me louier de la délicatesse et de la reconnaissance du plus grand nombre ; et je dois le dire pour ne pais décourager ceux qui trouvent l'heureuse occasion de rendre service*

M. de Loisy, qui a été depuis député , et M. de Brasses que j'avais pareillement obligés dans leur émigration , apprenant moa iucajcération au Temple , se hâtèrent: de faire payer k ma mait son de Neuchàtel les valeurs que je leur avais confiées. Il en fut à^- même de messieurs de Champdivers , de Sauvagney, de Saint-Yaudelin , de Matrau, de Berbis, d'Âubonine de Trévilqrs, et de . plusieurs autres qui. appartenaient à l'apci^ni^e ppblesse de la Franche-Comté. ^

Ces restitutions et les av^ces que M« le ban«-

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quier Fornachon mé fit si obligeamment , me mirent non seulement à l'abri des privations auxquelles j'aurais pu être exposé, mais encore dans la possibilité , comme j*e l'ai dit, de pouvoir obliger plusieurs de mes compagnons d'infortune.

Je trouvai au Temple, et j'y vis arriver successivement, vers cette époque, plusieurs prisonniers de distinction , tels que M. le baron de La Rochefoucauld , qui avait servi à Tarmée de M. le prince de Condé ; M. La Villate , ancien officier dans Royal-Cravate; M. le marquis de La Rouziè^è ; le dievalier de Vaudricourt et le chevalier de Velcourt , ces deux derniers commissaires ordonnateurs de l'armée de Condé; M. le comte de Vauborel, maréchal-dé-camp; MM. Dutheil, père et fils; M. Darclay et M. le chevalier de Mezières, agens du Roi; M. le marquis dé Puyvert, qui a été depuis gouverneur de. Vincennes ; le général de Sol de Grisolle, aujourd'hui gouverneur de la ville de Pau; M. le colonel Schumacker, de Lucerne; M. le chevalier de Verneck; M. Chri^n d'Yverdun , attaché à l'ambassade russe-, et en outre l'excellent abbé Picault.

J'y trouvai aussi M. Félix Le Pelletier, frère de Le ÎPelletier de Saint-Fargeau , qui , en 1 798 , fût tué au Palais-Royal, pour avoir voté la mort du Roi. Il me fit une confidence dont je rendrai

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compte quand il en sera temps, et on ywra qu'elle lie fut pas perdue.

La police n'avait pas manqué de faire arrêter, à mon occasion , Al Tropez de Guérin , sur le simple souvenir de ses relations antérieures avec moi, dans la négociation secrète relative au directeur Barras. « Nous tenons un homme , lui dit « le ministre Fouché , qui vous a gravement corn- « promis ; nous allons vous mettre eu présence. « ..^ Vous pouvez me mettre en présence, ré* « pondit M. de Guérin ; mais je vous déclare que « je n'ai rien à dire. M. Fauche avait sa mission a dans Iç temps , et moi j'avais la mienne , dont « j'ai rendu compte au gouvernement qui a pré^ « cédé. »

Quand on vit que M. de Guérin n'avait eu depuis avec moi aucune connexion , on le mit en liberté , mais en le soumettant à une surveillance inquiétante, et qui n'a cessé qu'à la Restauration. X J'ai déjà dit que la police en me retenant au Temple, quoique n'ayant contre moi que des soupçons et de vagues indices , espérait de guerre lasse obtenir de moi des révélations ; mais loin de répondre à ses espérances, je m'instruisais fort en détail de tout ce qui pouvait être utile au parti que j'avais embrassé. Cette préoccupation adoucissait les rigueurs de ma captivité.

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