‹ MémoiresChapitre 22 sur 36 · TOME III · texte numérisé non relu

TOME III

ago MÉMOIEËS

théâtre des bords de TOder et de la Sprée à ceux de la Meiise et de l'Escaut,

« Mais si Frédéric eût été possesseur de Wesel comme le Roi actuel, biep loin de l'échanger contre le pays de Hanovre , non pas conquis , mais enlevé à une maison alliée par le sang , à laquelle la monarchie prussienne doit son existence et sa grandeur, il en eût fait le boulevard de ses États contre la France, devenue une puissance militaire, gouvernée par un tyran effréné, qu'il se serait fait un honneur de combattre et d'anéantir.

« Le Roi actuel avait un intérêt de plus à cou* server Wesel : c'était l'acquisition du pays de Munster, dont cette place*, Meppen et Bentheim sont la ligne de défense nécessaire. Les perfides conseillers du Roi, Haugwitz, Lombard (il est temps de les nomiper, et d'annoncer au Roi la vindicte publique qui les attend), ces êtres livrés, à la corruption et à la peur, ont égaré leur malheureux maître, et ont achevé de le désarmer par la cession de Wesel. Us ont sacrifié à leurs viles passions un monarque adoré jusqu'à cette époque de ses soldats, qui étaient pleins de confiance en son honneur....

« Us ont sacrifié cette brillante monarchie, cette reine qui en faisait la gloire, ces enfans intéres* sans qui en faisaient l'espoir , cette fierté militaire

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qui en faisait la fof ce , à des traités injustes et pei^ fides , à des provinces pauvres et aliénées , à des échanges précaires et contestés par celui même qui les a suggérés. Une puissance ennemie créée aux portes de la Prusse; un roi de Hollande; un prêtre , oncle de l'usurpateur, désigné ai^chichancelier de l'empire ; cet antique corps germanique entièrement renversé , prêt à être remplacé par de faibles puissances vassales du tyran de l'Europe; la Russie entièrement détachée des in-^ térêts de l'Empire, ne songeant plus qu'à èlle^ niéme; l'Angleterre ennenàie d'un souverain qui a spolié sa famille royale, soutenant contre la Prusse un Roi faible, mais que son énergie, sa fidélité à sa parole ' mettent au-dessus de tous les dangers, et auquel il lie manque qu'une armée aussi nombreuse que celle de la Prusse pour être le sauveur et le vengeur de l'Allemagne; tel est l'état où Haugwîtz et ses dignes complices ont plongé la Prusse. Il est temps enfin que , sans aucun ménagement, ce tableau soit mis sous les yeux de Frédéric - Guillaume ; qu'il réveille son âme et sa conscience; que ce prince châtie, ou au moins châsse de ses conseils cé^ hommes lâches et perfides, et que, par cet» acte de sévérité ou

» Le roi de Suède , Gustave IV.

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4e vigueur, il se réconcilie avec lui-même, avec ses peuples , et surtout avec son armée.

<c Ce premier pas £aiit , il sera entouré de trois cent mille braves soldats; il sera joint par le roi de Suède , qui aura autant de zèle à soutenir son énergie qu'il montre à présent de chagrin contre sa funeste condescendance pour l'insatiable Buonaparte ; il ramènera à lui Alexandre, dont l'âme se prête avec répugnance à de funestes négociations , et qui d'ailleurs a la défaite d'Austerlitz à venger.

tt Certainement le châtiment ou l'expulsion de ses conseils infidèles sera regardé par Buonaparte comme un acte d'hostilité , et attirera promptement la guerre. Ils sont ses complices; il verra par leur chute le roi de Prusse affranchi de l'esclavage, où leurs conseils et leurs manœuvres le retiennent. Ainsi le Eoi sera menacé et obligé de courir aux armes. Mais une guerre juste et nécessaire convient mieux à la monarchie prussienne, qu'une paix honteuse qui entraîne inévitablement sa ruine.

ce Examinons cet état de paix , ce chef-d'œuvre des Haugwitz et des Lombard , qui ne peut plus se soutenir long-^temps. La Prusse a perdu trois provinces, et Wesel, la clef de ses Etats. Elle a acquis le pays de Hanovre , épuisé , endetté , et

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dont les peuples détestent son autorité, qifelle ne peut soutenir que par une sévérité tyrannique- Cette possession précaire et odieuse lui occasionne une guerre embarrassante contre la Suède, et upe guerre destructive de son commerce contre l'Angleterre qui lui a pris déjà plus de six cents vaisseaux^ lui a anéanti son commerce , et lui en^ lève un quart de son revenu, " (c Mais le Roi n'est pas même sûr de conserver cette possession injuste : ou le pays dé Hanovre sera rendu à l'Angleterre comme gage de la paix que Buonaparte négocie avec elle, ou toute la partie de cet électoral sur la rive gauche du Weser sera donnée avec le pays dé Munster au spadassin nommé Joachim , pour l'indemniser du pré-* sent duché de Clèves qui formera un arrondisse-? ment au nouveau roi de Hollande.

« C'est ainsi que le roi de Prusse , après avoir livré à Buonaparte le nord de l'Allemagne dont il ' avait tant de fois et si solennellement garanti la neutralité; après avoir sacrifié à une aveugle jalousie la maison d'Autriche en manquant à sa parole et à ses traités; après avoir dépouillé la maison de Brunswick de ses États ; après avoir sanctionné la mine de la maison d'Orange , à laquelle il est lié par le sang et par son véritable intérêt ; après avoir vu avec indifiSérence les Hol-

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landais ses fidèles alliés perdre leur liberté ; après avoir reconnu le roi de Hollande, frère de l'aYen* turier qui le punira un jour; après avoir reconnu un prince Jôachim qui est l'instrument de sa ruine ; après avoir reconnu pour premier digni^ taire de Tempire germanique un misérable prêtre sans naissance et sans talens, dont l'élévation annonce la ruine totale de FEmpire» la dégra* daticm du caractère allemand ^ et l'esclavage de ses peuples, qui soupirent après un Ârmînius; c'est ainsi, dis- je, que le roi de Prusse perdra sa considération personnelle, l'estime de son armée , l'affection de ses peuples, la confiance de rAIlemagne et de tous ses alliés. Ses possessions niai acquises , cette nombreuse et excelleate armée dont il a fait parade mal à propos, sont des crimes irrémissibles , et le moment de la. puni^ ^ tion approche : ce terrible Buonaparte, auquel il a tout sacrifié, s^ l'instrument de sa juste vengeance.

ce Ses perfides conseillers lui diront encore que Buonaparte, occupé de ses projets sur l'Italie et en Orient, ne songe pas à l'attaquer; qu'au contraire, son intérêt est de le ménager et d'en faire son appui au Nord. Rien n'est plus faux f l'intérêt de Buonaparte* est de réduire la Prusse au même état de faiblesse et de soumission que l'Autriche ^

la Bavière et les autres vaissaux qu'il s'est fait en Allemagne. C'est l'unique but de la paix qu'il négocie avec la Russie et l'Angleterre. S'il y réussit, quelle ressource restera à la Prusse isolée çt cernée de deux côtés par les Français et par leurs vassaux allemands ! S'il attend et moment, il est entièrement perdu. La premièi^e demande que Buonaparte va lui faire sera de céder Munster et de rendre Télectprat de Hanovre; la seconde sera la réduction de son armée ; et alors quels ébran* lemens ne régneront pas dans cette monarchie militaire , surtout si le Roi prend le faible parti d'obéir. S'il n'obéit pas , quel danger ne courrat*il pas , seul contre la France , la Hollande et toute FAUemagne !

oc II ne doit donc pas attendre cette extrémité. C'est pendant que la paix n'est pas encore faite qu'il doit , pour son propre salut , déployer son énergie et redevenir un homme roi. S'il garantit la restitution du Hanovre à FAngleterre, comme il s'y était engagé quand il l'a occupé , il pourra compter sur l'appui de cette puissance énergique. Le roi de Suède, qui brave ses menaces, et qui peut lui faire {>lus de mal par mer qu'il n'en peut essuyer par terre , même en perdant la Poméranie, se joindra à lui; Alexandre le soutiendra; le Danemarck suivra l'impulsion des deux autres

puissances du Nord; la ligue du Nord s'établira; l'unique égide de la liberté du continent ^ l'Autriche elle-même reprendra courage; la défection des vassaux du tyran sera totale lorsqu'ils verront qu'on lui résiste. Comment peut-on avoir ime terreur incurable des armées de Buonaparte, lorsqu'on voit le roi de Naples le braver en Sicile , et une poignée de braves gens , cpmmandés par un prince allemand , défendre héroïquement une bicoque? *

« Je connais l'âme du roi de Prusse ; j'ai la plus haute estime pour ses vertus ; je sais que Le courage et la constance sont les qualités les. plus essentielles qui constituent son caractère. Que mes lettres parviennent à lui; qu'il les lise seul, ou avec la Reine, dont l'âme est aussi noble que la sienne, et avec les princes de sa maison; surtout, qu'il écarte de cette lecture les coupables et perfides conseillers qui le vendent à Buonaparte, et il connaîtra la vérité; il reprendra en un moment sa dignité, l'amour de ses peuples, la confiance de son armée ; il sera digne de ses ancétres et de lui-même, et l'Europe aura l'espoir d'être sauvée. Les Rois doivent craindre l'inflexible burin de l'histoire. Déjà elle a attaqué

' La ville de Gaëte , défendue par le piînce de Hesse- Philîpsthal.

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avec sévérité le caractère du Roi. Jusqu'à présent ses reproches sont salutaires ; plus tard , son hon^ neur serait flétri, et ce serait un malheur de plus, juste avant-coureur de sa perte inévitable. : a Tous connaissez le sentiment qui guide ma plume; c'est avec confiance que je vous ai écrit ces trois lettres, et que je vous engage à prendre tous les moyens possibles de les faire lire au ïloi. Je Festime trop pour craindre de l'offenser ; ma carrière d'ailleurs est trop avancée pour être arrêté dans une crise aussi décisive par des considératipns humaines. Adieu. y>

Cet écrit et ma lettre ne parvinrent à la Heine que très peu de jours avant que Buonaparte n'eut commencé les ho$tilités contre la Prusse.

J'avais toujours regardé la guerre comine inévitable , bien qu'un traité de paix entre la France et la Russie eût été signé lé s^o juillet ; que l'Angleterre fut eif;pleine négociation pacifique, et que l'empereur, François II , renonçant expressément au titre et à la dignité d'Empereur électif d'Allemagne 9 n^ S6 désignât plus que comme empereur héréditaire d' A;utriche , sous le nom de François H.

Vers la fin d'août, le cabinet de .Saint-Péters^ bourg refusa de ratifier le traité de paix conclu avec la France , d'après les motifs que son envoyé M. d'Oubril s'était écarté de ses instructions. Les

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deaseiiid ambitieux de Napoléon contre le nord de FEorope venaient de se révéler assez par l'établissement de la confédération des États du Rhin , pour que la politique russe en prit de Tom-^ brage, et voulût enfin se relever de l'humiliation d'Austerlttz.

De son côté la Prusse, encore plus^ akrmée de la naissance de la confédération du Rhin , essaya d'établir une contre-confédération au nord de l'Allemagne. Napoléon osa le lui défendre, et en même temps les journaux et les pamphlets français irritèrent par de mordantes invectives la nation prussienne , et allèresit mente jusqu'à prodiguer Poutrage à la plus belle comme à la metUeure des Reines. C'est alors seulement que des sentimens généreux commencent à pénétrer dans les consdAs de la Prusse : il s^'agissait d'être ou de ne pas être. Tous les esprits s'enflamment, tous les Pruss^ns demandent des armes; le Roi^ cédant au vœu général, prépare de prochaines hostilités. Tandis que, à Fexemple de la Russie, il cherche à prolonger l'incertitude du cabinet des Tuileries par des négociations directes, il s'occupe en même temps d'assurer son alliance avec la Russie, la Suède et rAngleterre. Maïs, comme il arrivé presque toujours, les événemens devancèrent les ébauches de la diplomatie.

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C'était à ce point même que Buonaparte arait voulu conduire la Pnisse. Le 6 octobre , il établit à Bamberg son quartier-général ; et l'espoir des nations échoue de nouveau contre l'ambition d'un seul homme.

Son armée se composait de sept corps , aux ordres de la plupart de ses maréchaux : un huitième corps était en formation sur la lisière de la Westphalie.

L'armée prussienne pouvait mettre en hgne deux cent trente mille hommes de belles troupes , bien disciplinées et équipées, une cavalerie ré-* putée la meilleure de l'Europe, et une artillerie nombreuse et bien servie. IMbis le génie de Frédéric y manquait , et d'ailleurs le système paei* fique suivi depuis onze ans avait déjà fait trop de ravage parmi la plupart des généraux prussiens, pour que tout à coup ils pussent agiravec fermeté et résolution dans un sens contraire.

Cependant , le 9 octobre , parut le manifeste du cabinet de Berlin, daté du quartier- généra) d'Erfort Dans cette pièce importante, le gouvernement de la Prusse développait une série d'allégations exactes contre les empiétemens du dominateur de la France, « lequel est parvenu, c disait l'organe de la Prusse , à ce degré d'àmbi- « tion que rien ne peut satisfaire , et qui marche

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a sans cesse d'usurpation en usurpation. » Rappelant le meurtre du duc d'Enghien, il s'exprimait ainsi : a L'indépendance du territoire allemand a « été Tiolée, au milieu de la paix, d'une manière « outrageante pour l'honneur de la nation. Les a Allemands n'ont pas vengé la mort du duc d'Enff ghien, mais jeûnais le souvenir de ce for&it'ne a s'effacera parmi eux. » •

De son côté, l'Angleterre faisait rompre les conférences pour la paix avec la France. Entamées dès le mois de mars , ces négociations n'avaient plus 4té suivies qu'avec froideur depuis la mort du principal ministre Fox. Lôrd Lauderdale , chargé de les suivre à Paris , retourna tout à coup ea Angleterre ^ dès qu'il eut connaissance du manifeste de la Prusse. .

Dans ces graves circonstances, il parut utile aux mitiistres de Sa Majesté Britannique d'avoir l'opinion du comte d'Antraigues sur la situation intérieure de la France et sur son avenir. Je fus chargé de lui en faire expressément la demande^ et, l'ayant excité à ce travail, il communiqua aux ministres le Mémoire dont je vais donner connaissance au public De mon côté , je m'empressai, d'en adresser une copie à S. M. Louis XVIII à Mittau. . '

€e morceau très remarquable, resté inédit

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jusqu'à présent , donnera aux contemporains une idée plus complète du.talent du comte d'Antrai* gues que tout ce que j'ai pu mentionner de lui jusqu'ici; on y verra d'ailleurs sa manière de pénétrer dans l'avenir, et que déjà, en 1806, la haute pensée du Roi législateur dominait les opinions de ce profond publiciste.

Mémoire de M. le comte d'ArUraigues sur la situation de la France et sur sort avenir ^ donné à Londres y aux ministres de Sa Majesté Bri^ tannique^ le iB octobre i8o6.

a Mon opinion sur la situation de la France , sur son avenir, est bien déterminée dans mon esprit : elle s'est fortifiée à mesuré que ^'ai été plus désintéressé dans cette grande ' discussion , parce qu'assuré que nul motif personnel ne pouvait influer sur ma pensée , je me suis habitué à n'envisager les affaires de la France que comme un étranger les examinerait. En effet, si j'ai conservé d'indestructibles souvenirs de la France , dans laquelle je suis né , je sais très bjten que ces souvenirs sont tout ce qui m'en reste; eux seuls sont et doivent être mes contemporrains, je n'en ai plus parmi les Français, je ne les reverrai jamais^ qtloi qu'il arrive, comme

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leur compatriote; cela, je le dis sans haine, sans amertume ; je suis trop âgé pour me plaire avec les nouveaux Français ; tout est dit pour jamais à cet égard.

«c Mais j'ai bien suivi leurs affaires , j'y étais trop mêlé pour ne pas les connaître, puisque j'étais l'un de leurs représentans assez connus. J'y étais trop intéressé pour ne pas y donner toute mon attention , et lorsque j'ai cessé d'y être personnellement intéressé, soit en adoptant pour jamais une nouvelle patrie , soit en m'éloignant du Roi dont je ne serai de ma vie le serviteur, alors l'intérêt que je porte à la France comme nation , ne m'a pas permis de perdre la France de vue. Il m'a été impossible , en voyant s'établir l'empire de Buonaparte , de ne pas sentir que j'étais né Français, à la honte , k la douleur, à. l'indignation qu^un pareil événement m'a inspiré; j'ai moins souffert dans toutes les crises, de la révolution; le règne du monstre Roberspierre m'a moins humilié, car, enfin, ce monstre était né Français , et si une erreur fatale du peuple l'avait porté sur le trône , au moins puisqu'il voulait un tyran, U avait eu alors la pudeur de n'en pas aller chercher un diez l'étranger, et dans les liimiers de la Ck>rse.

m J'ai connu le tyran actuel de la France ; j'ai

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VU en lui tout ce qui pouvait révolter contre sa puissance, sans rien apercevoir en lui qui la pût excuser, si ce ne sont ses tidens militaires, dont je ne puis être juge compétent.

a Enfin , en prenant les affaires au point où elles sont, il me paraît démontré que le projet de ce tyran , qui regarde les Français comme de vils instrumens de sa volonté , et qui craint leur réveil , doit être de les lancer à tout prix sûr l'Europe, pour l'asservir et la dévorer; d'atteindre ainsi la fin de sa vie, bien assuré qup le jour où la France jouira d'une, paix parfaite et réelle, ce jour-là , s'il arrivait , serait pour lui l'agonie de sa tyrannie.

« L'Europe a donc tout à en craindre ; les Français n'eii ont rien à espérer; il les emploiera à faire le malheur de l'Europe sans rien faire pour leur bonheur, et il ne faut pas même s'en prendre à -lui de cette filiation affreuse : elle est le résultat du plus grand de ses crimes , celui de s'être cou* ronné; à présent ^ il ne peut faire autre chose que ce qu'il fait.

(c En se couronnant, il a rétabU tous les prin-* cipes monarchiques que la révolution avait voulu détruire; il a rétabli la marche de l'autorité royale^; mais il a usurpé le trône , et cette inconséquence énorme dans sa vie l'oblige à ne laisser

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à la France aucun repos et à ne donner à fËurope aucune paix réelle.

<x La conduite des puissances de l'Europe, après avoir été plus ou moins coupable en 1 798 , est ensuite devenue le comble de la faiblesse, un prodige d'absurdité.

a Je dis qu'elle a été coupable , parce que sans nous appesantir sur des détails qui sont le domaine de l'histoire, et que sûrement on transmettra à la postérité , j'en fais le serment, il est démontré que le but unique qu'on devait se proposer en s'armant contre la France, n'a jamais été celui qu'on a eu en vue : il fallait assurer tous les trônes en rendant inébranlable celui de Louis XVI ; voilà le but^ qui y a pensé ?

« Lorsque l'Europe , trompée dans son attente , n'a plus eu à s'occuper de morceler la France, mais qu'elle n'a pensé qu'à se garantir d'en être morcelée , alors l'absurdité a succédé à la déviation des principes que d'abord on a méconnus.

« Aujourd'hui on les reconnaît ces principes , mais la peur, l'habitude d'en faire de détestables , empêchent d'oser avouer les bons , les seuls vrais.

ce Dieu , qui lit dans les coeurs , sait bien que l'Europe en ce moment est d'accord avec la France, et l'une et l'autre pensent bien qu'il ne peut plus y avoir pour la première de sûreté et

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pour la seconde de repos, que dans le sein de la monarchie légitime^ et sous le règne d'un roi Boutbon.

ce On n'ose pas promulguer cette vérité , mais on la sent, et si l'on ne la proclame pas, c'est honte d'y revenir, c'est frayeur, c'est bassesse , c'est, ^nfin, cette constante fatalité qui depuis quinze ans fait que les rois s'éloignent toujours, du seul moyen d'en finir, avec tout le désir possible cependant de terminer cette crise effrayante où leur trône et leur vie sont perpétuellement en jeu, et. c'est tout ce qif'on leur crie, car pour l'honneur, il est perdu depuis long-temps* .

« La force irrésistible des choses amènera pourtant la fin de cette crise; mais à travers . quelles calamités en attend-on le dénoùment ? voilà ce qui effraie l'imagination.

« Le travail des hommes , en hâtant la fin de cette tragédie , peut épargner à l'humanité d'innombrables malheurs,

« C'est de la France elle-même que, suivant moi, doit venir son salut et celui de l'Europe.

a II est démontré aujourd'hui que l'on ne conquiert pas la France, et le projet de l'asservir est aujourd'hui une de ces chimères dont la flatterie même n'oserait se servir pour amuser la vanité d'un maître.

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