TOME III
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En effet , mon frère l'appuya , et dit qu'il ne prévoyait pas qu'il y eût pour lui le moindre danger; qu'il n'aurait qu'à toucher barre, et revenir après avoir vu Perlet, qu'il connaissait parfaitement, rayant connu à son retour de Cayenne; que d'ailleurs tout récemment arrivé des Grandes- Indes , oif il venait de résider près de huit ans , mon neveu avait par là même tin prétexte plausible de retourner en Suisse, qui était son pays natal , et de là se transporter à Paris.
Je conduisis en conséquence mon infortuné neveu diez lord Howick, et le lui présentai. Le ministre ne lui dissimula point le danger qu'il pouvait courir, d'abord comme étant mon neveu, et ensuite reconnu frère d'Edouard Vitel, qui avait été aussi détenu au Temple. Quant à l'objet de sa mission , il lui représenta qu'il aurait également à affronter de grands risques; sur quoi l'intrépide jeune homme répliqua que cette importante mission ne lui semblait pas aussi périlleuse qu'elle le paraissait au premier abord ; qu'il connaissait d'ailleurs personnellement M.*Perlet, qui , sans aucun doute , lui ferait connaître les membres du sénat qui faisaient partie du comité ; que là se bornerait sa commission ; qu'il jugerait bien en peu de momens à quelles personnes tenait l'existence de ce comité royal : « Au
DE FAUCHE -BOàEL. ^Sg
ce reste 9 monseigneur^ poursuivit-il, je suis officier ft au service de Sa Majesté Britannique ; mon suce périeur me commanderait d^aller enlever une (c batterie, j'ob)éirais, quoique certain de perdre la « vie : or, je suis décidé à faire le même sacrifice, ft s'il devient nécessaire , dans ime circonstance « où les ordres du gouvernement et l'intérêt delà « cause commune exigent impérieusement un décc voûment semblable ; je sollicite avec instance « cette mission , pour laquelle je ne pense pas et qu'il y ait pour moi tant de danger. — - Gela « est fort bien, observa le ministre ; et répétant «ce qu'il m'avait dit à moi-même, comment, « ajôuta-t-il , vous préserverez-vous des mille et <c une polices de Buonaparte ? Perlet peut bien « vous garantir de celle du préfet*de police Dubois, c( de laquelle il se dit étayé ; mais son influence <c ne peut s'étendre sur les autres polices. »
Alors on parla de Foudié, désigné sous le nom de Maradan par Perlet , dans sa correspondance, et comme faisant p^irtie du comité. «Si « nous pouvions nous assurer, reprit lord Howick, « que Fouché en fait réellement partie , nous au- « rions une grande confiance dans la négociation. » Nous convînmes alors que , pour garantir mon neveu , je lui remettrais une lettré énigmatique dont il se chargerait, et qui serait conçue pour-
34o MÉMOIRES
tant de manière à ce qu'il fut dans le cas de la remettre lui-même à Foudié , si par hasard il tombait dans les filets de sa police. Cette lettre fut écrite et signée par moi sur le bureau même du noble lord ; elle était conçue en ces termes : « Ayant une communication de la plus haute imec portance à faire parvenir à votre excellence , tf j'aurais besoin , à cet effet, de deux passe-ports a en blanc pour deux personnes que le ministère a de Sa Majesté Britannique désire vous adresser, a Vous pourriez les remettre au porteur qui vous or est envoyé également à cet effet.
« Signé, FAUCHE-BOREL. »
. Cette lettre^ écrite en forme de billet sur un petit et très minée papier ^ fut introduite dans le bambou qui servait de canne à mon neveu.
Ses instructions portaient qu'il passerait par Neuchàtel; en les lui remettant, lord Howick lui répéta que sa mission était aussi périlleuse que délicate. « Milord , reprit Charles Yitel, pour une « aussi belle Cause on meurt avec plaisir! d
Hélas! l'infortuné tint parole. S'étant mis en route il aborde sur le continent , vient à Neuchàtel, y reste dix jours, et là informe Perlet de sa prochaine arrivée à Paris; puis, s'acheminant vers cette capitale^ il y entre dans la soirée
DE FAUCHE-BOREL. 34i
du 22 février 1807. Le lendemain il se rend chez Periet et ne le trouve point. Perlet, averti de sa prochaine arrivée , avait imaginé de simuler un emprisonnement à Sainte -Pélagie pour dettes, afin d'avoir le prétexte d'éluder la demande qu'il savait que venait lui faire mon neveu d'être mis en rapport avec les membres du comité secret de Paris. On voit tout le parti qu'il va , tirer de cette combinaison machiavélique^ Limier de la police, agent provocateur, le fourbe n'aspirait qu'à s'emparer de sa victime pour la livrer et en recevoir le prix. Illusoirement détenu à Sainte- Pélagie, il avait laissé chez lui des instructions pour le cas de l'arrivée de mon neveu.
Je vais ici le laisser parler lui-mémè; j'étoufferai le cri de la douleur pour ne pas l'interrompre , afin qu'on apprenne de lui seul le détail de son action abominable. Je le copierai tout entier; tout est de sa main.
Maison de détention de Sainte-Pélagie , 25 février 1807,
Rapport particulier pour M. le conseiller dÉtat;
préfet de police,
« Avant-hier lundi, 23 de ce mois, à une heure «et demie après midi, s'est présenté chez moi,
34a MÉMOIRES
« râe de Touriion, n"" 6, un jeune homraèe d'en-^ « viron vingt-six ans, demandant à mè parler « particulièrement ; il n'a trouvé que mon épouse , ff à qui il a dit qu^il avait à m'entretenir sur un « ouvrage intitulé les Oiseaux de Paradis ( c^^st « an terme du dictionnaire secret). Mon épouse « lui a dit que j'avais cédé cet ouvrage à M. Garer nery ; alors il a dit qu'il avait à me parler d'au-^ « très choses pressées, et a laissé son adresse par « écrit : M. Fitel^ hôtel de Hambourg^ rue de « Grenelle. Mon épouse est venue après son dîner « me rendre compte de celte visite, et m'apporter « cette adresse. Je me suis empressé de lui re-* <c mettre un petit mot pour M. Yitel , en l'invitant « à le lui faire parvenir de suite , ou le lendemain tf de bonne heure, par Gallay, mon jeune homme « de confiance ; j'invitais par ce billet M. Yitel t< à venir me voir de suite, sans lui dire où j'étais, « mais en le priant de suivre mon jeune homme. a Hier matin , mardi a4 , Gallay , lui porta mon « billet , et lui proposa de le conduire près de ttinoi; ce qu'il accepta avec plaisir, et se mit de a suite en chemin. Arrivé à la rue Copeau , il «demanda à* Gallay où il le conduisait ? <;elui-ci ce lui dit que c'était à la prison de Sainte-Pélagie, (coù j'étais détenu pour dettes. Yitel, alors saisi « de frayeur, refasse de venir, en disant qu'il ne
D£ FAUCHë-^BOREL. 343
<c me cannaissait pas; qu'il n'avait aucune affaire « avec moi î, et que vraisemblablement mon billet a n'était pas pour lui, et il laissa là mon jeune « homme ^ qui vint me rendre compte de sa cornet mission* Je l'attendais avec une extrême impa- <cli4»]ce> regrettant bien fort d'être en prison. «Après avoir appris ce qui venait d'arriver, je <i questionnai Gallay sur la tournure, \û taille et « rage de l'homme qui n'av^t pas voulu le suivre,. a et je reconnus parfaitement que ce ne pouv^t <c être autre que Yitely neveu des frères Faudbe,. et lequel Yitel était à Jbondres, en 1800^ officier « au servite ée la compagnie des Indes anglaises , « et avec qui j'avais fait connaissance lors de mon «( passage en Angleterre en venant de Cayenne. «c Je me hâtai de renvoyer Gallay hôtel de Ham* ce bourg pour rassurer mon homme , et rengager ff Ênrteuttiit à venir. Une heureuse circonstance tf nie servait ; les lettres de la correspi>ndance ic étaient toate& adressées à ce Gallay; je lui dis <« qu'il n'avait qu'à se nommer et dire tout ce «qu'il pounrait poui^ lui donner âssesb de €k>n» a fiance, et me l'amener^ Il rétÉssit parfaitement : « je le vis arriver à trois heures à mfà triste de- « meure. Il n'était pas très rassuré; nous nous a reconnûmes tous deux , et la confiance com- «mença à renaître. Je le fis monter dans ma
a chambre; iljn'apprit qu'il était envoyé par le (c ministère anglais auprès de moi ; qu'il n'avait « pu partir de Ijondres que le 6 janvier, sur un a paquebot , sans savoir où il pourrait débarquer ; a qu'il avait débarqué (je crois) à-Usum, où il y <c avait encore un. agent anglais; qu'il s'était rendu <c à Gothembourgy de là à Hambourg, et ensuite <K à Neuchàtel en Suisse, sa patrie, afin de s'y cf procurer un passe-port en règle pour venir me a joindre en sûreté à Paris. Il a donc un passe-port (c parfaitement en règle , et il est très important « de . le tenir dans une sécurité parfaite, afin de (c lui ôter toute espèce de soupçon. Il a des ordres ^ de. s'en retourner très promptement, et aussitôt «qu'il aura communiqué avec moi, et que je lui a aurai remis les papiers instructifs qu'il vient oc chercher. Il m'a dit avoir de très bonnes choses a à me, dire; que tout allait parfaitement bien; « que la plus grande harmonie régnait entre l'An- «c gleterre et les puissances du Nord, surtout avec ce la Russie; il a ajouté que nous étions battus '; ce que nous avions perdu considérablement de oc monde et de généraux; mais qu'il lui était im- « possible de s'expliquer dans le lieu où j'étais; « qu'il avait des choses de la plus haute impor-
' A la l>ataille d'Eylau, le 8 février 1807.
« tance à me communiquer. Je lui ai dit que je ne «pouvais être libire que vendredi, et qu'il pouce vait être tranquille. Il m'attendra; il m'a de- «( mandé si je ne le croyais pas en sûreté à l'hôtel ce de Hambourg; ainsi nous serons le maître de «le loger où il conviendra; il a paru avoir en ce moi la confiance la plus complète; il m'a assuré « que le roi de Prusse était à la tête de son armée, « forte encore de soixante mille hommes effectifs; « et que le but bien arrêté entre toutes les puis- « sances était de remettre Louis XVni sur le «trône. Je me suis hâté d'écrire à M. l'inspec- « teur-général ' pour l'inviter à venir me voir ; « j'ai eu le plaisir de lui parler hier soir. C'est siir « son invitation que j'ai fait ce rapport; je prie «M. le conseiller d'Etat, préfet, d'en excuser les «défauts; ma position ne me rend pas ma tête « aussi saine que je voudrais ; mais je le prie « d'être très persuadé de mon entière soumissionna « ses ordres; je ne cesserai de lui en donner des « preuves, comme du parfait attachement avec « lequel j'ai l'honneur d'être , avec un profond « respect, etc....
Voilà ce que Perlet mandait au préfet de police dans son rapport secret ; mais il ne disait pas
' M. VcyEat.
tout : î'âi su depuis par les comtes Jules et Armand de Polignac, et par le maréchal -de -camp Des- T^oiyeVj que mon neveu trouTa plisouniers au Temple , et auxquels il s'ouvrit sur sa înisàion et sur l'entretien qu'il avait eu à Sainte-Pélagie^ tout ce qui s'était passé dans cette première entrevue avec Perlet. Le premier soin de Perlet avait été de demander à mon neveu s'il apportait de Ix>ndres beaucoup d'argent; et sur la réponse de ce malheureux jeune homme : « Qu'il n'en avait que «r pour son voyage ; mais que toutes les sommes « nécessaires seraient livrées lorsqu'il aurait été <c mis directement en rapport avec les membres « dd comité secret, et qu'il pourrait donner lui- <t même àr Londres des preuves matérielles des « mojrens qui existaient à Paris pour la remise du « pcravoir entre les mains du Roi ; » Perlet montra beaucoup d'humeur ; il prétendit qu'on ne ferait rien en agissant de la sorte. Il parait qu'à l'instant les yeux de mon neveu se desMltèrenticn partie y et que la crainte s'emparant de son âme ^ il manifesta même quelques inquiétudes; car Perlet lui dit « qu'il pouvait être tranquille; €( qu'il l'avait placé sous la protection de la police « de M. Dubois. » Mon neveu fut alors un peu plus rassuré , d'autant plus qu'il croyait n'avoir rien à craindre de la police de Fouché y que tous
les renseigneinetis représentaient comme servant la cause du Boi , et pour qui Charles Yitel tenait cachée dans sa canne la lettre que je lui avais donnée par mesure de précaution.
Le a mars, Perlet écrivit de nouveau en ces termes au préfet de police Dubois :
« Je n'ai aucune espèce d'inquiétude sur mon «jeune homme; sa confiance en moi est sans ce bornes , et j'en tirerai tout ce qu'il sera en état a de savoir. Dans les premiers jours , et surtout çc dans ma position, je suis obligé de ne rien préce cipiter, ne pouvant pas lui dire que je com- <c mui^ique avec le prétendu comité ^ quil croit <K existant. »
Voyons à présent ce que Perlét écrivait sur le même sujet au commissaire - général de police Yeyrat , son compatriote , qu'il qualifiait de son ami; à Veyrat, auquel il tendait si souvent et si bassement la main pour en obtenir quelque argent; à Veyrat enfin , qu'un jour la Providence devait susciter pour révéler et mettre au grand jour, d'une manière irréfragable, les perfidies politiques et toute la noirceur de cet homme iiifilme.
Ces lettres d'ailleurs divulguent le!s circonstances qui amenèrent la catastrophe que je
3A8 MÊMCHftES
déplorerai tpute ma vie avec amertume et dou« leur.
Perlet à V inspecteur-général de police VejfraL
i*r mars 1807.
a rai eu successivement des entrevues avec « M. Vitel, le jeudi, vendredi et samedi dernier. « Voici le résultat de ces trois entrevues r
<c M. Vitel , officier au service de la compagnie ce des Indes anglaises , neveu des frères' Fauche , « est envoyé directement auprès de moi par lord «Hbwick, ministre des affaires étrangères, pour « me faire part que tous les arrangemens sont «pris avec lempereur de Russie pour rétablir, cf par tous les moyens qui sont en leur pouvoir, <c Louis XYIII sur le trôné de France. L'ambassa- «c deur de Russie est parti de Londres à cet effet « avec tous les plans , et a laissé à Londres , pour (c le remplacer, M. de Nicolaï comme chargé ce d'affaires.
« Ijord Howick a dit à M. Vitel qu'il n'y aurait « plus ni confiance ni argent d'accordés à tous « les émigrés et autres Français qui avaient jus- « ques alors présenté des plans de contre-révoc( lution ; que les écrits de moi , qu'on lui avait « communiqués, paraissaient les seuls admissibles, c<et les seuls auxquels on pouvait donner une
«pleine et entière confiance, parce qu'il voyait «bien qu'ils étaient solides. Ce qui a beaucoup «contribué à cette confiance, c'est une pièce A contenant la liste détaillée des prisonniers du « Temple avec le sujet de leur détention, et la « pièce contenant la signature originale du géné- « rai Berthier ; ce sont ces deux pièces qui ont « déterminé le ministre à m'envoyer M. Vitel « pour se concerter avec moi et \ts personnes qu^l « suppose composer mon comité , sur les moyetas « de f£|ire passer les millions nécessaires en France « pour opérer une diversion , et préparer le réta- « blissement du Roi , en m'assurant que de pareils « projets seraient secondés très fortement. Cet « argent est tout prêt à être envoyé , et entière- « ment à ma disposition ; mais pour cela , il faut « que yitel emporte le résumé exact de nos plans « et de nos moyens d'exécution , et aussitôt l'ar- '< rivée de Vitel à Londres , on fera tenir les fonds « au lieu où l'on conviendra , ou , si l'on aime a mieux , on- pourra envoyer quelqu'un avec « Vitel à qui ils seront remis : jamais, dit celui- «ci, le gouvernement anglais n'a été si bien « disposé.
« Lord Howick pense qu'il faudrait s'assurer « des membres marquans du sénat , qui nommei< raît une régence provisoire ^ qui correspondrait
3So MÉIKMRES
«à rinstant de sa nomioation avec le ministre ce angkds pour traiter de la paix qui serait acoor- «dée sur-^le- champ. Les généraux Berthier et «Masséna prendraient le commandement de la « grande armée par ordre de cette régence. Ces «généraux seraient fortement secondés par la « Russie y qui protégerait l'arrivée de Louis XYin, « qui est toujours à Mittau*
« Lord Howick a chargé AL Yitel de trouver « des moyens d'établir une correspondance di- « recte entre lui , lord Howick et moi , poiir lui « Ëdre passer, par la voie la plus courte, tous a les plans du comité ^u^il croit existant y et les a demandes qu'il aurait à faire pour la réussite ff de ses projets, et que de suite tout s^ait aû- « cordé ; il fera de même passer toutes les instruc- « tions nécessaires.
« M. Yitel m'a assuré très positivement n'avoir « été chargé de rien pour qui que ce sôit y n'avoir « personne k voir, et n'avoir été employé à ce « voyage que pour se concerter avec moi seul.
« Il dit le roi de Prusse à Kœnigsberg avec «.son armée, forte au moins de soixante mille a hommes.
ce II m'a confirmé avoir quitté le ministre le «c 6 janvier, s'être embarqué le 8 , avoir débarqué « quarante-huit heures aprèsà Usum, de là s'être
DE FAUCBE-BORÊL. 35i
m rendu à Hambourg avec une lettre de reeom* . %i noandation de M. Coûts ^ banquier de la cour c( de Londres , pour M. Haipbury, x^gociant à « Hambourg. Ce dernier lui a fait avoir UU' passe^ «port aveo lequel il s'est rendu à Hanovre, « Cassel 9 Francfort et Neuchàtel-en Suisse; il lui «a fallu dix jours à ce dernier endroit pour se «procurer le passe-*- port dont il est actuelle* oc ment porteur.
» Il m'a dit que la demande de cinq cent mille f<frajics, que j'avais faite, avait d'abord paru « bien mesquine;. mais que l'arrivée de mes noucc vellesJettres avait dissipé toute espèce desoiip». « çons , et établi aux yeux du ministre la con- 9 6ance la plus complète. Je lui ai répondu qu'on ta devait avoir vu que cette première demande % (c de fonds n'était que provisoires^ et seulement « pour les premières dépenses urgentes.
«Si l'on pouvait assurer le ministre anglais «que le ministre de la police Fouché (c'est l'ex- « pression de M. Yjtel) entre dans le plan, alors « il serait convaincu de sa réussite , et ferait les « plus grands sacrifices en argent ; il me répète « ce propos à chaque instant : le minbtre anglais « désirerait assoit deux passe^-ports en blanc du « ministre de la police. J'ai répondu sur ces deux « articles que n'ayant jusqu'à présent avancé que
35a BIÉfilOIRES
« des choses dont j'étais parfaitement sûr, je ne « pouvais pas lui répondre positivement sur ces « deux demandes; que j'avais bien quelques espé- « rances, et que notre comité étant composé des ff gens les plus marquàns , j'en référerais à eux , a et je lui dirais ce qu'il faut espérer. M. Yitel «c est dans la plus parfaite sécurité ; il vient me « voir tous les jours. Je prie M. le conseiller a d'État , préfet de police , de compter plus que « jamais sur mon zèle , et sur mon dévoùment à a faire tout ce qu'il lui plaira m'ordonner.
« Je prie M. le conseiller d'État , préfet de po- <K lice , de bien vouloir recevoir ici mes très hum^ c( blés remerctmens sur les nouveaux bienfaits a dont sa générosité a bien voulu me gratifier. Un « pareil secours ne pouvait venir plus à propos ; a j'en conserverai ime éternelle reconnaissance ; « je me trouverai toujours bien heureux lorsque <c je pourrai lui en donner des preuves. »
Quel était donc ce nouveau bienfait ? Une gratification de a,4oo fr. que Ijii accordait le préfet de police pour le stimuler dans son rôle infâme, et lui montrer qu'on était disposé à lui payer le prix du sang.
Suivons-le dans sa marche perfide et hypocrite.
Le a mars il écrit à Veyrat : « J'ignore encore a si Vitel a des papiers ; s'il en a , il est impossible
DE FAU€â£-BOR£L. 353
« qu'il nous échappe. Je suis bien assuré qu'il {
« ne me cachera rien <, et qu'on fera de lui tout
a ce qu'on voudra. » }.
Qu'on pèse bien ce qui suit :
(c Je veux me rendre digne de la confiance de ce M», le conseiller d'Etat préfet de police, et lui (c donner des preuves du zèle qui m'anime , en « exécutant tout ce qu'il a droit d* attendre de « moi, »
O puissance de l'or sur une âme abjecte !
Le 3 mars il écrit à l'inspecteur-général :
« J'ai passé une partie de la matinée hier avec « mon homme : je ne le crois pas^ porteur de a papiers ; c'est la crainte qui lui a *empéché de «s'en charger. Le projet bien arrêté entre le «ministère anglais et la Russie, de faire monter «Louis XVni sur le trône de France, n'a été « communiqué ni au comte d'Artois ni aux agens « du Roi, parce qu'ils ont toujours été trompés. « C'est pour cela qu'ils ont envoyé François Fau- « che à Gothembourg pour être le centre de la « correspondance réciproque du ministère an- « glais , de la Russie et de moi
«Ce sera donc Fauche , à Gothembourg , qui « recevra et expédiera tous . les paquets de cor*- « respondance qui traiteront de cette importante « affaire. Aussitôt qu'ils seront assurés des dispo-