TOME III. a
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tout , et indiqua lui-même le nœud du bamibou sous lequel était renfermée la lettre écrite au nom de lord Howick , et destinée pour Fouché,
Le général Desnoyers, alors détenu au Temple, m'a rapporté , et il l'a confirmé à M. le duc d'Havre, que mon neveu se regarda comme perdu, et annonça hautement qu'on l'avait adressé à un trcUtre qui Venait de le livrer. '
Ajoutons à cette masse de preuves ce que m'a révélé, en i8i5, M. Desmarets lui-même à ce sujet, lors de l'entrevue dont j'ai déjà été amené à faire mention. Qu'on se rappelle que M. Desmarets était chef de la division de la police secrète.
«Lorsqu'il fut décidé, me dit-il, que Vitel « votre neveu serait mis à mort, on agita, dans' tf un comité secret, si, avant dé le fusiller, on ne Cl se servirait pas de sa main pour vous écrire à tu vous-même, et vous faire mander par lui que « votre présence était indispensable à Paris pour «la réussite d'une conspiration contre Buona- <c^arte. Votre mort, si vous eussiez donné dans « le piège, était certaine. Mais le duc d'Otrante, ce alors ministre de la police , ayant fait observer (tque é était bien assez d*une victime dans une i^yàmille, le projet resta sans exécution.
«Ma place, ajouta M. Desmarets, m'a mis à «même devoir bien des scélérats; mais jamais.
»ye rCai Connu un monstre de la trçmpe de « PerleL II est inouï Fargent qu'il a tiré des deux «polices, celle du préfet et celle du ministre : « quand on ne- lui en fournissait pas à son gré « <r il ipenaçait de s'adresser directement à Buona- (c parte pour s'en procurer.
«Toutes les lettres qu'il recevait des divers c< agens de Louis XYIII étaient scrupuleusement « communiquées à Buonaparte , qui les faisait « repasser ensuite à sa police , pour insinuer à a Perlet les réponses qu'il avait* à feire. »
Voilà toute la politique de Napoléon mise à nu par un de ses principaux agensi
Mais avant que mon neveu soit conduit à la mort, Perlet doit se souilla de deux nouvelles infamies : d'abord me voler de l'argent^ sous le vain prétexte d'arracher sa victime aux bour* reaux; puis ra'arracher les secrets de la cause royale, dans le cas dû le malheureux Yitel ne lui eut pas tout dit.
Et ici, comme en tout ce qui a précédé, je n'avancerai rien sans preuves.
Soit que mon neveu crût prudent de ne point m'écrire de sa prison du Tçmple ce qui s'était passé et ce qu'il en pensait, soit que les lettres qu'il m'a peut-être adressées à ce sujet aient été interceptées , j'étais dans une ignorance absolue.
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de son aoft, et du piège où on l'avait attiré pour le o^ndmre à une mort certaine. La première nouvelle de son emprisonnement me vint par Perlet lui»meme, de qui je reçus deux lettres, l'une du a 1 , et l'autre dii a4 mars. Dans la première , il ne pariait qu'en termes énigmatiques des dangers que courait mon neveu; mais il s'expliquait très clairement en m'annonçant «qu'il « avait fiait sur moi , ordre de Pichonnat et oom- « pagnie, une traite de six cents livres sterling, oc qui devait m'étire présentée par Gasenôve et « compagnie de Londres. Il m'invitait à acquitter «cette traite àr présentation, en assurant que le <c montant était destiné à écarter les dangers qui ff menaçaient Cb;wS. Vitel. »
Par sa lettre du 249 P^i*t^ renouvelait d'une manière très pressante, comme on le voit par les dates , ses recommandations de payer cette traite , alléguant toujours pour motif le rachat de mon neveu, qu'il promettait de nous renvoyer sous peu de temps, muni des pièces les plus propres à fortifier notre confiance.
Toujours dans la plus complète bonne foi , et ne doutant pas de \^ sincérité dé cet homme , je m'étais hâté, aussitôt la réception de sa lettre du ai mars, de faire, chez Cazenove et compagnie , les fonds de la traite qu'elle m'annonçait.
Perlet, dipns son avidité cruelle, ne me laissait point de relâche; il voulait à la fois m'arrachei' mon argent et les secrets . de la cause royale» Qu'on Use la lettre suivante :
Lettre de Perlet à Fauche-Borel , écrite en encre
sympathique.
PÉris, 37 mars- 18407.
« Je suis très inquiet de savoir si ma lettre de M six cents livres sterling, du si , vous est par* « venue. Il est de la plus baute importance, dans «le moBOient actuel, que yoian exécutiez très fç promptement ce que je vous demande , le plus ^ léger retard porterait un coup irréparable à nos u^ affaires. Si vos fonds tmivent à temps, je para sfiendrjoi à dég€iger Fitel, et à vous le renvoyer a porteur de toutes pièces. En attendant, comptez « sur tout mon zèle et mon dévoûment. »
Puis il ajoute :
« On a voulu me fiaire croire que Af. Vitel était c« porteur d^ quelque chose de très secret; dites-le- V. moi Jtanchement.yi
Qu'on observe qu'il n'y a de «lair dan^ cette lettre que la demande de six cents louis, et que Perlet, quant au danger que court Vitel, n'en dit que ce qu'il faut pour m'ef&ayer. Si je lui envoie de l'or il parviendra à le dégager. Mais
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dç.quoi? où Vite! a-t-il été arrêté? par, qui?* en quelle main se trouYe-t-41? comment Fen tirer? Pas un mot de tout ce qu'il m'importe de savoir. Mais on a vu qu'au premier avis que mon neveu était en péril j'avais couru chez Gazenove , banquier à Londres, pour lui verser le montant de la traite de six cents louis,* le conjurant d'en faire les fonds à Perlet, par l'intermédiaire de Pichonnat, son correspondant à Paris. Gazenove s'était empressé d'envoyer les fonds.
Dans la crainte que je vinsse à soupçonner ses trames avant d'avoir acquitté cette traite, Perlet me pressa derechef par une nouvelle lettre du 3 avril , insistant pour que je fisse ^ le phis promptracient possible, le paiement des six cents livres sterling, et prptestant de nouveau que cette somme était indispensable pour la liberté de mon neveu et son renvoi à Londres , avec toutes les pièces nécessaires.
Le. sort qu'on lui préparait pour le lendemain pouvait-il être ignoré de Perlet ? Le 4^vril 1807 , Gharles-Samuel Vitel fut traduit devant une commission militaire. Sur ses aveux , et sur l'exhibition de la lettre pour le ministre Fouché, dont il était poHeur à son départ de Londres,* il fut condamné à être passé par les armes. Après h lecture de son jugement, qu'il entendit sans fai-
DE PAUtSE-BORtX. * éSi
blessevil fbt transiféré à TAbbaye, où il denmnda à manger. lÂy profitant de quelques minutes, il écrivit la lettre suivante. On va voir quels sentimens animaient ce mallieureux jeune homme.
Lettre écrite par Charles-Samuel Fitel à ses parens, quelques minutes aidant sa mort.
« Très chers mère, frère et sœur,
« Votre Charles vous fait sc^ adieux; console:&» ce vous de sa perte , il sera en peu d'heures plus «heureux. que vous; et s'il a un regret en quilr «tant cette. vie, c'est, Dieu le sait, celui. de vous çcy laisser sans avoir pu vous, faire du bien. Je (( meurs comme mon père, c'est-à-dire que toutes ce mes actions ont toujours été pour faire le bien; asi jeme suis abusé, l'ignorance est mon seul « crime« Soyez heureux^ s'il est encore possible <K que vous le soyez ; pensez à moi quelquefois , tt et surtout ne vous laissez pas abattre à la douce leur. Vous avoir quitté huit, ans , revenir, s'ence treyoir, et se quitter pour toujours [ Plus heua reux que vous, je vais revoir notre père et nos ce parens. Ah! ne craignez pas, je saurai mourir a comme il l'a fait.'; ef:, plus à présent que ja-
' Son père, fusillé à Genèye en 1794* VoytL^ cliapitre YIIl cle ces Mémoires ^ tout 1 enchaînement de ses malheurs».
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« iQa»9 je sens oombien est prédeose Une bonne « canscîeRce. Adieu; je n'ai plus qu'un moment «à vivre, et il faut vous quitter! L'idée d'une « mère, d'une sof ur et d'un frère éplorés m'attën- (c drit ; il faut cependant s'y soumettre , et rassem- (c bter toutes vos forces pour supporter cette dercr nière épreuve; elle est terrible. Adieu encore ; «c il est un autre séjour où nous nous reverrons « sans que les hommes puissent y porter obstacle. <t Embrasses tous mes parens et amis qui s'inté- « ressent* à mon sort ; n'ayant jamais eu d'ence neinis, je n'ai rien à pardonner, et je demande c le pardon de ceux que j'ai pu offenser ; j'ac- « quitte entièrement d'être cause de ma mort les «c personnes qui m'ont chargé de venir ici; elles « ignomient lé dftngèr, trompées par de vils scéff lérais qui se /ont un feu de la fourberie^ fen ft suis la victime^ faute d'avoir connu les hommes. « Je doqne k ma sœur ce qui peut m'ètre d& de ma a paie, que M. Michaud réclamera et fera passer a à ma meré et & ma ssœur; de même je recom- <c mande mon frère et ma mère à la générosité a des personnes qui m'ont employé, et du prince « que fai servi, déclarant que toute mon ambi- « tien était de lui rendre tous les sen^ices que mon « état me mettait à même de rpmplîr; pt, qu'en « entreprenant ce qui me coûte si cher, non seu^
« lemènt je faisais mon devoir en le servant ^ mais <i fêtais persuadé que c^ était travailler au sàlut « de V Europe entière.
« Adieu , chers et bien aimés parens , votre fils, « frère et neveu.
« S^né, G94RJ.3ÏS-SAMUEI. VITfXi.
a De l'Abbaye, le 4 avril 1807. »
Samuel Fitel à son cQUsin Auguste Borel^
à Neuchâtel.
« (c Mon cher ami,
m Si les vingt louis que je vous avais deroan- « dés, appartenant à ma mère, ne sont pas livrés, (c je vous prie de ne le pas faire , et de les lui « rendre; vous lirez l'incluse, et vous apprendrez ff la cause qui épargne cette somme à ma pauvre «mère; consolez-la, mon cher ami, puisque je ce ne puis le faire qu'en l'affligeant ; aidez-lui à « supporter ce nouveau malheur^ et croyez que « votre cousin vous en conservera une reconnais- « sance dans l'autre monde , comme *dané le peu <c d'instans qu'il a à rester dans celui-ct ; bien des « remercîmens à votre bonne mère, pour les soins a et l'amitié qu'elle m'a toujours témoignés dece puis mon enfance. Adieu; dans une heure, danst
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« deux au ptus;tard , votre cousin aura rejoint « son père. « gigni, Ch.-S. VITEL.
« De l'Abbaye , 4 ^^^ > 807, »
\ P. S.v Je Tais diner, mon cher; une troupe
«de peuple est sous ma fenêtre, regardant la c victime que Ton apprête pour le réjouir; je c< vous assure que jamais je ne me trouvai à pa- « reiUe .fête , mais Ton apprend tous les jours « quelque chose; demain, plus bas, je n'apprenne drai plus rien ! Il me souvient de ce qu'un cace pitaine anglais me dit dans l'Inde : Poor Fitel^ ^you will nev^r he happy in this world, jfou « are too good \ Je ne sais si la seconde partie <c de sa prédiction ^tait vraie, mais je sais maina tenant que la première n'est pas loin de s'ac- « complir; par rapport à moi, je ne me trouve fc point tel; mais ma mère, mon frère, ma sœur, « il faut vous quitter sans avoir rien fait pour •fvous, quel retour cruel sur moi-même!... Je «pars, mon ami.... encore quelques instans, et « je ne sprai plus ; consolez ma mère , c'est le seul « chagrin que m'occasionne ce moment critique. c< Adieu , adieu !..* V.
. ' Pauvre Vitel ! tous ne serez jamais heureux dans ce monde ;
voâs êtes trop bon.
DE FADCBE-BOREL. 365
Gomme il finissait cette lettre, on se présenta pour le mener à la mort. Apercevant une corde doiit on allait se servir, il recule avec effroi, et demanda si on- voulait Tétrangler. On lui dk que non; que cette corde était, selon l'usage, destinée k lui lier les mains pour le conduire à la plaine de Grenelle. Il témoigna le désir d'y aller librement. Cette feveur lui ayant été accordée, il remplit éon velte, but à la santé de Louis XYIII, et marcha vers le lieu de l'exécution. Sa -fermeté raccompagna jusqu'au dernier moment.
Je n'ai su que sept ans après, et par un témoin oculaire , l'effet que produisit sur le peuple , et particulièrement sur les femmes du marché Saint- Germain , la vue de ce malheureux jeune homme que l'on conduisait à la plaine de Grenelle : il inspira généralement la compassion.
Qu'on juge l'impression que fit sur moi la nouvelle reçue à Londres que mon neveu venait de périr, victime dé son zèle pour la cause royale. Je devai3 à sa mère, à son frère et à sa sœur, des consolations , et je m'empressai de Êiire une démarche décisive pour adoucir leur infortune.
J'eus recours k la commisération de lord Howick; mais il était alors au fond de l'Ecosse, danç son château , près de Newcastle. Je me mis immédiatement en* route pour le nord de l'An-
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gleterre, «t après avoir traveraé.la dbaiiie de montagnes qui la sépare de rjËooase, j'anivai à Edimbourg ; je fus frappé de la beauté et de Taspect de cette capitale. D'Edimbourg, je gagnai Newcastle, et de là j'arrivai chez lord Howick, que je trouvai dans son château. Là, je lui rappelai la malfaeureu$e fin de mon neveu, et je lui témoignai le désir que le gouvern^nent donnât à sa mère une pe&sW»n. Htitéressai et je touchai fiicilemenl le cœur de ce noble personnage; il accueillit ma demafade, et en prit note; et à son retour à Londres il écrivit, en français, la lettre suivante au très honorable Georges Canning, son successeur ^u ministère des a&ires étrangères.
Str«tton Sireet, 8 août 1807.
a Monsieur Canning sait sans doute le sujet de « la mission de M. Yitel à Paris, et son malheuce reux résultat
. 0: Il me parait très à propos d'être autorisé à «décider la compensation qu'on doit regarder <c comme due à sa famille. Si on demande mon oc opinion , je n'hésiterai pas de statuer que je « pense que cet objet est en droit de réclamer « la générosité et compassion du gouvernement « anglais.
a Signé , novacK. »
DE FADCBK-BOREL. 36?
On verra plus tard par quelle influence M. Canning ne fit rien.
Mais enfin en iStS, lOlU le niinistère du noble lord Gastelreagb, ayant renouvelé mes sollicitations, qui furent appuyées par les démarches réitérées de sir Charles FKnt , la pensimi réclamée .-pour la mère do malheureux Charles Vttel fut déterminée, et fiiée ft la somme de. cent livres sterling, réversible >ur la tête dé Mm fils Edouard Vitel. .
l&S MÉMICnilES
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