‹ MémoiresChapitre 6 sur 36 · TOME lU · texte numérisé non relu

TOME lU

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Ma santé , très forte jusqu'alors , s'altérait néanmoins par l'effet de ma longue détention : je commençais à grisonner avaat le temps. Je me consolais d'un autre côté en pensant combien j'aurais été plus malheureux si j'avais été jeté dans une autre prison que celle du Temple. Là^ au moins, depuis qiie je n'étais plus au secret, j'avais de l'air, et je n'étais pas en mauvaise compagnie : l'espace qui régnait autour de la tour permettait même de faire quelque exercice. Ce qui était surtout d'un grand prix pour les prisonniers , c'était le bain en marbre que sir Sidney Smith avait £ait construire à grands frais pour $on usage , et qu'il légua aux malheureux qui vinrent le remplacer dans ce lieu redoutable ; aussi, combien de fois n'ai-je pas béni avec eux cet homme aus^i sensible que brave , qui nous laissait de lui vn tel souvenir.

. Une de mes parentes, de Neuchâtel, qui avait épousé M. Scholl , Alsacien, , qui était officier de çayal^âe, apprenait quje j'étais au Temple, sollicita ^t 'obtint la permission de me v,pir„ pour ipe donner des nouvelles de ma famille. Elle me rendit tous les services imagiQables avec ujQie grâce iflfinie. Malheureusemen,t elle n^e fit &ire la connaissance de soto mari, qui obtint fort aisément la même permission, qu'elle. C'était un

DE FAUCHE- BOREL. Si

grand amateur de musique. Il me fit Us offres les plus empressées, et, le dirai-je? les plus perfides. Pouvais-je soupçonner que je serais, dans peu de temps, trahi et livré par cet homme deveo» l'allié de ma famille, et qui, à la fkvemr de sa femme, s'insinuait dans ma confiance?

Je recevais, en général, tous les adoucissemeos que permettait ma position.

Je m'étais toujours montré fort généreux envers les guichetiers et les domestiques du Temple : jamais je ne m'étais permis avec eux la moindre expression de mécontentement; au contraire, quand je leur voyais de l'humeur, je m'efforçais de la dissiper ; aussi m'avaient^ils pris en grande affection , et je savais à point nommé tout ce qui se passait au Temple. J'avais pour l'un des gui* chetiers une prédilection particulière : c'était le nommé Deschamps, à qui je donnais secrètement un salaire ; cet homme me fut de la plus grande utUité. Il n'y eut pas jusqu'au sombre Popon que je ne parvinsse à humaniser et à fsàre jaser, au moyen de quelques verres d'extrait d'absinthe de Neuchàtel : je l'avais habitué à cette liqueur, qui lui déliait merveilleusement la langue.

Fauconnier était certainement, de tous les geôliers de la France, le plus jovial, et même celui qui avait le plus d'instruction. Il était par£aiite-

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nïént choisi pour l'espèce de prisonniers qu'il avait à garder. S'il s'acquittait scrupuleusement de. son difficile emploi, il ne cherchait pas au moins à aggraver la condition des prisonniers. Je me rappelle qu'un jour, jouant en sa présence aux cartes , il observa qu'il ne fallait rien dire devant lui qui pût être rapporté à la police , parce que d'autres faisaient aussi des rapports , et que lorsque la police était instruite par une autre voie que la sienne, il en recevait des reproches. «Vous «voyez, ajouta-t-il, que je pourrais perdre ma « place. »

Mais le Temple, comme prison d'État, était à la veille, ainsi que le gouvernement, de recevoir une secousse et de changer de régime. Dès le mois d'octobre le séjour de cette prison cessa tout à coup d'être supportable. J'aperçus un changement dans l'humeur de Fauconnier; il avait un air inquiet et plus scrutateur. Les guichetiers mêmes étaient plus réservés et moins causans. Il . n'y eut parmi ces derniers que le seul Deschamps qui ne changea point de ton envers moi. Je le questionnai sur le changement que je croyais remarquer ; alors il me répondit : « Ah ! mon- , « sieur, il se passe des choses ici bien extraordi- « naires ; il nous est ariivé plusieurs prisonniers « qu*on a mis au secret le plus rigoureux , un

«entre autres qui ne fait que gémir dans sa « prison. » Deschamps n'en savait pas davantage sur ce nouveau venu : ce n'était pas lui qui le servait. Je l'engageai à faire son possible pour découvrir son nom , et ce qu'on disait de lui. Il ne tarda pas à satisfaire ma curiosité impatiente. (c Ce prisonnier , me dit-il deux ou trois jours (c après , se nx>mme Querelle ; on ue l'interroge «c que la nuit, et quand il revient il est tout trouce blé, se jette à genoux et prie; il prononce soua vent Je nom de Georges et de Pfchegni. Mes a camarades qui Fapprodient ont ordre de rap- (c porter tout ce qu'il dit , et d'être aux aguets <r sur tout ce qui se passe autour de sa personne. »

Je fus très empressé de voir l'abbé David pour lui communiquer ces renseignemens importans.

Quand je lui eus dit tout ce que j'avais appris sur le prisonnier Querelle , il en conçut une vive inquiétude , et nous ne doutâmes plus que Pichegru ne se trouvât compromis tôt ou tard.

Ce fut alors que je renouvelai mes tentatives plus vivement que jamais pour obtenir ma liberté : je sentais combien il serait important que je l'obtinsse; mais tout ce que je pus Êiire à cet égard n'aboutit à rien. J'eus un instant l'idée d'envoyer mon neveu "Vitel en Angleterre pour y faire connaître ce qui se passait au Temple, et mettre

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en garde Georges et Pichegru contre les pièges qu'on ne manquerait pas de leur tendre. Mais, d'un autre côté, pion neveu ne pouvait guère se faire remplacer dans le commerce de librairie qu'il avait rue des Saints-Pèrès; il était d'ailleurs devenu suspect par les visites quotidiennes qu'il me rendait. Tétais même très sûr qu'on observait de près depuis long-temps tgutes les démarches des personnes qui avaient obtenu des permissions pour me visiter, ou qui se mêlaient de mes intérêts.

L'abbé David jugea qu'il fallait informer Moreau de ce qui venait de transpirer au Temple. Comme mon neveu s'était toujours chargé de lui remettre directement ce que nous lui écrivions en commun , et qu'il était en relation avec son secrétaire Fresnières, celui-ci lui conseilla d'aller faire son message au général , qui était à Grosbois, Moreau reçut la lettre et ne chargea mon neveu d'aucune réponse par écrit. Il lui dit seulement de remercier MM. Fauche et David de leur communication , et que d'ailleurs il ne voyait là aucun sujet raisonnable de s'inquiéter; que M. David en particulier devait être fort circonspect; qu'au reste, il serait charmé d'apprendre de ses nouvelles de temps en temps , et surtout s'il venait à sa connaissance de nouveaux renseignemens sur le

pritontiier Qaerelle qu'il ne connaissait point; que, de son o6té, s'il apprenait des choses qui pussent nous intéresser il aurait soin de nous en instruire.

Mon neveu alla aussi de la part de Tabbé David chez l'abbé Sicard pour lui apprendre ce qui se passait au Temple. Cet excellent honune en fut véritablement effrayé , et dit à mon neveu : a Que ce votre oiicle et mon ami David ne sont-ils dehors (c de cet antre : je crains qu'il ne se brasse quel* a que chose de sinistre ! »

D'autres arre^ations eurent lieu dans le cou* rant de novembre ; le bruit de la cloche du greffe nous réveillait au milieu de la nuit , ainsi que celui des verroux et des portes qui gémissaient sous leurs gonds. La lueui* rapide des flambeaux, réfléchie dans les embrasures épaisses de nos fenêtres, soulevait nos paupières appesanties : une secrète horreur remplissait nos âmes; nous vivions dans le pressentiment de quelque événe* ment fâcheux et même tragique.

Je communiquai à mon neveu toutes mes sensations pénibles ; lui-même était désespéré de ne voir aucun terme à ma (Rétention prolongée. Ce fut alors que nous cherchâmes sérieusement s'il n'y aurait pas quelque moyen d'évasion : nous nous en occupâtnes jour et nuit Mon impatience

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s'accroissait chaque jour, et, pénétré comme moi de la nécessité d'opérer au plus tôt ma délivrance, l'abbé David me disait sàbs cesse : « Quel «bonheur! si l'un de nous pouvait passer à <K Londres pour avertir nos amis du danger où « ils se trouvent exposés par Ts^rrestation de « Querelle, par les révélations qu'il pourrait faire, « que malheureusement il paraît déjà avoir faites, «et dont la police ne saura que trop bien tirer « parti. »

Je ne pouvais guère confier à qui que ce fut mon secret , parce qu'il n'y avait que moi qui connusse à fond les dispositions de Moreau : je savais que la moindre précipitation dans les dé^ marches, ou la moindre indiscrétion, pouvait le compromettre. Il ne m'avait donné aucune assurance positive de servir efficacement la cause du Roi. Sa réconciliation avec Pichegru, qui avait excité en lui lin si grand contentement, n'avait pas eu pour objet de se lier à aucun projet pour ren* verser le gouvernement de Buonaparte ; il s'était toujours exprimé à peu près de cette manière : « Je suis un militaire et point du tout un homme c( d'État; je ne puis pas juger dans ce moment de (c ce qui conviendrait le mieux pour la France, ce Buonaparte entre dans une carrière hérissée « de difficultés, je le sais; la tâche qu'il a prise

« de finir la révolution est à peine oommenoée; « il faut voir comment il la remplira : attendons a les événemens. Ceci ne sera peut^tre encore « qu'un nouvel essai d'un pouvoir qui, ne saa chant pas se rendre légitime ^ n'aura pas de a durée. Buonaparte ne redoute pas la résistance; «elle lui conviendrait peut*«tre; il a dans la a tète maintenant quantité de projets quHl brûle ce d^exécuter. Malheureusement pour lui, il veut a forcer le temps et les choses , et il les forcera, ci Quant aux individus, il s'en moque. Il dépascc sera son but, soyez-en sûr, et ce sera alors le « moment de faire quelque chose d'utile pour la «patrie et pour les intérêts du souverain légia time; car, je le vois bien, ce n'est que là seu- « lement où pourra finir notre malheureuse ré* « Yolution. »

Qu'on juge combien Tàme de ce brave homme aura été bouleversée , lorsqu'il s'est vu enveloppé peu de temps après dans des combinaisons où il pouvait à peine s'imaginer qu'on l'eût fait entrer pour ainsi dire à son insu.

On avait formé réellement en Angleterre une conjuration contre Buonaparte ; mais la question est de savoir si elle fut plutôt dirigée contre la trésorerie de Londres que contre le gouvernement français à Paris^ Je n'ignore pas qu'on était

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pireasé à Londiies d'en finir^ parce que Ton savait posiltiTement que Buonapai*te était à la veitte de ceiadre la couronne et de se faire- proclamer eœpereuri

Malheureusement Piçhégra , sachant l'abbé David arrêté , avait cru pouvoir en toute sûreté loi substituer le général I^ajolais, pour servir d'intertnédiaire dans ses relations s^vec le général Moreau , bien que cehii-ei l'eût avierti qu'il comptait peu sur la prudence de Lajolais et de sa famille.

Choisi pour continuer l'ouvrage commenéé par l'abbé David , Lajokiâ fit un lopg détour par r Allemagne, et alla s'embarquer secrètement en Danemarck pour Londres. Là, il présente Morè^u comme l'homme sur lequel on doit principale^ ment compter, ayant k sa dii^position une force armée imposante , et beaucoup d'ascendant sur les autorités et les fonctionnaires. A peine a^-i-il vu Pichegru que la réconciliation des deux géné-^ raux est annoncée avec éclat. C'est Lajolais qui , par ses rapports sur la situation politique de la France, et sur l'assurance qull donne de la disposition générale des esprits, détermine les tésolutions qui sont prises à Londres entre Georges Cadoudal et Pichegru; il en presse lui-méiûe l'exécution. Georges est un homme de cœur et de tête, qui va droit au fait. Lui et Pidhegni ar-

rétent de se rendre ensemble secrètement à Paris^, et de s'y mettre en rapport avec Moreau.

Comme royaliste, j'estimais sincèrement le général Georges ; mais je savais aussi que Tem* ployer à Paris lui et son partie c'était faire uo contre-sen^ politique. Je n'ai pas besoin d'expli«* quèr cela à ceux qui savent combien l'opinion publique doit être ménagée. Or ^ selon moi , la conjuration ayant pour base un concert entre Georges , Pichegru et Moreau, ne pouvait réussir sous, aucun rapport ni dans aucun sens , parce que les partis y étaient roaiadnHtement amalga^ mes. Pense-t-on que Georges et ses affidés con-^ sentissent à n'être dans Paris que des instrumena pour un coup de main qui n'aurait pas lieu immédiatement en. faveur des Bourbons? Dans la situation où était la France à cette époque on ne devait pas se flatter que le trône des Bourbons put être relevé brusquement sans transition : un interrègne était inévitable. Georges et Pichegru ne^ pouvaient guère y consentir; or le moindre délai devait compromettre l'entreprise , en fiiire écrouler les bases et en amener la ruine.

Le projet aurait eu une issue bien différente si op eût laissé au parti du général Moreau le temps d'augmenter et de se fortifier. Ce que j'appelais proprement le parti de Moreau, c'était

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pluaièurs officiers-généraux qui partageaient ses mécontentemeus et son mépris pour Buonaparte. Que ces militaires qui avaient servi plus ou moins sous Pichegru, aient désiré et même fomenté aux dépens de l'oppresseur une réconciliation entre deux généraux célèbres , l'un proscrit et l'autre disgracié, rien de plus naturel sans doute. Les chefs de l'armée de Condé rentraient en France, se montraient dans la société, et le modeste Pichegru était banni à perpétuité. Cette injustice seule pouvait servir de base à un parti contre un général né Corse , devenu roi sous la dénomination de consul, et qui, au su de tout le monde, disposait tout en secret pour se faire proclamer empereur. Le parti de Moreau , fortifié de celui de Pichegru , devait opérer de lui-même , d'autant plus qu'il jetait favorisé par l'opinion publique. Mais il ne fallait pas violer les convenances en lui adjoignant des élémens hétérogènes.

Avant même qu'on eut pu s'entendre, Georges Cadoudal avait eu la témérité de pénétrer jusqu'à Paris. Trois lignes de correspondance étaient marquées pour le passage des conjurés qui venaient d'Angleterre en France : ces trois lignes partaient de la falaise de Beville et aboutissaient à Paris même.

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A la tête du premier débarquement , qui s'était opéré , le a r août , à Taide d'un cutter anglais , figuraient Georges Cadoudal et Joyau dit d'Assas. Le second débarquement n'eut lieu que du lo au 20 décembre : Coster Saint-Victor en faisait partie. Tous les conjurés prenaient secrètement la route de Paris , où ils se tenaient cachés, prêts à agir au premier signal.

C'était précisément à l'époque où diaque jour le parti de Moreau, même par son inertie, inquiétait de plus en phis celui de Buonaparte , et le gênait dans son dessein de transformer la république en empire héréditaire. Les révélations de Querelle ayant attesté la présence de Georges en France avec une quarantaine de ses affidés, de même que ses connexions avec Pichegru , dès-lors la police saisit réellement les fils de la conspiration, et Buonaparte jugea que Moreau ne pouvait manquer d'y être impliqué.

Moreau, qui jusqu'alors n'avait eu aucune connaissance des rapports de Georges avec Pichegrù, affectait une pleine sécurité , mais il n'était pas sans appréhensions.

Malgré l'arrestation et les révélations de Querelle , le second débarquement allait être suivi d'un troisième , à la tête duquel devaient se trouver de hauts personnages , tels que Pichegrù , le marquis

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de RMère , MM. de PoUgnàc. Le bruit sourd de Fàrrivée prochaine de -Pichegru circula même au Temple. Cette nouvelle m'attrista singulièrement. Je prévis dès-^ lors que Pichegru courait à sa perte, et que c'en était fait de lui s'il mettait le pied sur le territoire français dans un moment où les esprits n'étaient pas assez préparés. C'était aussi l'opinion du général Moreaii, ou du moins celle qu'il avait manifestée à mon neveu, qui allait le voir assez fréquemment dans sa terre de Groisr bois. «Si Fauché-Borel , lui avait-il dit en dernier «f lieu, a quelques moyens de détourner Pichegru <t de cette fatale résolution , qu'il ne perde pas « un moment, car tout délai serait funeste. Sans ce aucun doute si Pichegru arrive à Paris il est <c perdu : le gouvernement, qui entretient à Lon- «c- dres des espions , fait observer toutes ses dé* fi marches. Il connaît ses projets ; il saura l'instant « de son départ , celui de son arrivée , le lieu de «son débarquement. Croyez que je. suis bien « informé ; et si j'avais cjuelque moyen de prévenir <t Pichegru, je le ferais; mais je ne puis me fier « à personne , étant moi-même observé de très «' près. »

En ' effet , des arrestations successives indiquaient déjà l'étendue des révélations qui avaient été obtenues , et le péril que couraient les prin-

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ctpaux auteurs du c(»Dplot La^urveBkince de la police était e^Lcessi'vement ombrageuse et très active surtout ce qui arrivait d'Angleterre;* elle paraissait avoir pénétré les intentions de Piche*** gru , et se persuadait même que des princes français étaient déjà en France, ou^à h veille d'y ve^ nir.Delà ces recfaercl^s, ces visites domiciliaires par lesquelles on inquiéta les Parisiens.

Frappés de Vaspect de cet horizon politique sombre 9 et de ce que Meneau m'avi4t'fiiit dire* nous jrassâmes plusieurs jours , l'abbé Dstvid^ mon neveu et moi, à nous creuser ia tête pour davoir comment je pourrais parvenir & m'évader du Temple. Tous nos projets avortaient avant d'être mûris , et nous ne pouvions nous arrêter à aucun , lorsque le hasard me servit mieux que toutes les combinaisons imaginables.

Mon neveu , qui, de la rue des Saints^Pères oà il habitait , venait me voir c»*dmairement deux fois le jour, remarqua dans les galeries du Palate- Royal une' figi^re , ou masque de cire qui servait d'enseigne à un dentiste, et que tout Paris a pu ymr comme lui. Cette figure lui suggéra un* projet d'évasion dont il me fit part le jour même. « Si jeiaisms fsiire, me dît41 , mon mag(|ueen cire , ce et si je vous' l'apportais secrètement, peut-être «I pournez^vousen JeimelTlant sur iafigùife, et en

« VOUS enveloppant de mon manteau , muni de «r ma carte de police, sortir du Temple, en trom- «paVt les guichetiers , qui vous prendraient pour a moi. » . .

Les entreprises les plus difficiles et les plus hasardeuses ne déconcertent souvent un grand QQurage que parce que les moyens les plus simples paraissent trop en disproportion avec l'importance de* l'effet qu'on désire. Ici il n'en fut pas de même. Mon neveu n'avait pas achevé de parler, que j'avais déjà entrevu tout le parti que je pouvais tirer de son idée; dès-lors renonçant à tous mes autres projets d'évasion, je m'arrêtai définitivement à celui-ci.

. Je disposai à l'instant même toute chose pour SQU heureuse issue. Depuis le mois de novembre , c'est-à-dire depuis que je roulais dans inon esprit les moyens de m'évader , j'avais cherché à établir au Temple « à l'exemple d'autres prisonniers , tels que le prince de Marsiconovo , des dîners hebdomadaires, et^ pour ainsi dire, préparatoires; j'en avais fait d'abord un essai , en invitant à un premier diner l'abbé Sicard, le poète Guichard, madame, Roux , qui connaissait l'abbé David, chez laquelle il avait logé, hôtel d'Irlande, rue de Beaune , et surtout Fauconnier ; car c'était particulièrement le concierge qu'il m'importait

d'avoir dans la main. Cette réunion lui avait paru si aimable et si gaie , que je me hasardai à lui proposer tout naturellement de me permettre la récidive. Après quelque hésitation , il y consentit , à condition qu'il serait averti vingt-quatre heures d'avance; car il voulait être en régie.... «Mais, « lui dis-je , puisque cette innocente réunion paie raît convenir à tout le monde , ne serait-il pas « plus simple de fixer un jour de la semaine , « vous seriez alors toujours averti huit jours « d'avance ? » L'adhésion empressée des convives entraîna celle de Fauconnier , et on arrêta que mes dîners auraient lieu le samedi. Hs se fiaiisaient au greffe, et avaient surtout pour objet d'allécher le concierge , et de me ménager plus facilement les moyens détromper sa vigilance. Je pouvais compter sur la discrétion des amis que j'y réunissais ; mon neveu n'y manquait jamais. Là , rien n'était épargné, ni la bonne chère, ni le vin de Champagne qui coulait à pleins bords, ce qui était fort du goût de Fauconnier. Aussi , en sa double qualité de gastronome et de concierge, était-il invité de fondation. Plusieurs de nos joyeux repas s'étaient succédé , et tout s'y était passé convenablement.

Je fixai , à part moi , celui du dénoument au 1** de janvier i8o4, et en conséquence vers la

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