‹ Mémoires (volume 2)Chapitre 168 sur 393 · IRRUPTION DES ENNEMIS · texte numérisé non relu

IRRUPTION DES ENNEMIS

prit le camp d'Espierrcs, le 25, en même temps que la tête des ennemis paroissoit de l'autre coté. On se canonna le reste du jour, le ruisseau d'Espierres entre-deux, et les ennemis, sur le soir, se retirèrent. Cette importante marche fut très-belle et fort admirée. Le reste de cette campagne ne fut plus que subsistances. Les princes s'en allèrent d'assez bonne heure à Fontainebleau, et M. de Luxembourg, après leur départ, courut en vain en personne, avec quelques troupes, pour enlever le quartier du comte d'Athlone, qu'il trouva décampé sur l'avis qu'il avoit eu.

Notre campagne d'Allemagne s'acheva fort tranquillement. Nous demeurâmes quarante jours à Gaw-Bôcklheim dans le plus beau et le meilleur camp du monde, et par un temps charmant, quoique tournant un peu sur le froid. Ce commencement de froid m'y attira une dispute pour une maison avec Esclainvilliers, mestre de camp de cavalerie; cela alla pourtant jusqu'à M. le maréchal de Lorges, qui sur-le-champ m'envoya dire par Permillac, maréchal des logis de la cavalerie, que la maison étoit à moi, et qui le signifia à d' Esclainvilliers. Peut-être lui en dit-il davantage, car Esclainvilliers vint dès le soir à moi, qui causois sur le pas de ma porte avec le prince de Talmont et cinq ou six autres brigadiers ou mestres de camp, et me fit force excuses. Il revint encore chez moi deux jours après; je le fus voir ensuite, puis lui donnai à dîner avec d'autres, comme j'avois toujours du monde à manger, généraux, mestres de camp et autres officiers. C'étoit un brave homme, épais, mais bon homme et galant homme, et qui savoit fort bien mener une troupe de cavalerie.

Après un si long séjour dans ce camp abondant, il fallut aller ailleurs. Le maréchal de Lorges voulut laisser un gros corps d'infanterie en Alsace, pour empêcher les ennemis d'y entrer par un pont de bateaux diligemment jeté, quand il s'en seroit éloigné pour ses subsistances, et ne se rendit point aux représentations de la Grange, intendant de l'armée, qui l'étoit aussi d'Alsace. Celui-ci en écrivit à la cour, manda aue, si cette infanterie dem suroît en Alsace, elle

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