‹ Mémoires (volume 2)Chapitre 169 sur 393 · EN ALSACE · texte numérisé non relu

EN ALSACE

metlroit cette province hors d'état de payer cent mille écus prêts à toucher; que c'étoit des inquiétudes et des précautions inutiles, et qu'il répondoit sur sa tète que les ennemis ne passeroient pas le Rhin, et n'étoient pas même en état d'y songer. Barbezieux, qui avec tous ses grands airs sentoit plus l'intendant que le général d'armée, et plus enclin aussi à croire l'un que l'autre, mit le Roi de son côté, tellement que le maréchal reçut un ordre positif tel que la Grange l'avoit proposé. A cela le maréchal de Lorges ne put qu'obéir; et ne trouvant point de subsistances plus proches que les bords de la Nave, il se mit, avec la première ligne, tout contre Creutznach, et envoya Tallart avec la seconde au delà de cette petite rivière, guéable partout, dans le Hondsruck où nous eûmes des fourrages et des vivres en abondance.

A peine la goûtions-nous que Tallart reçut ordre de partir aussitôt avec toutes ses troupes pour aller rejoindre le maréchal de Lorges : c'est que le prince Louis de Baden avoit calculé sur notre éloignement qu'il auroit le loisir de faire une rafle en Alsace avant que nous pussions être rejoints, et de se retirer avant que nous pussions aller à lui. Il avoit donc jeté un pont de bateaux sur le Rhin, à Hagenbach, à la faveur d'une grande île, dans laquelle il avoit mis de l'artillerie, et de là s'étoit espacé en Alsace par corps séparés. Au premier avis, le maréchal de Lorges s'étoit porté avec quelque cavalerie jusqu'à Landau, où le maréchal de Joyeuse lui mena ses troupes, et nous partîmes le lendemain de l'arrivée de l'ordre, pour passer la Nave, et camper le lendemain à Flonheim. Tallart y eut avis que le prince de Hesse se préparoit, avec vingt mille hommes, à l'attaquer le lendemain dans sa marche; mais ce que nous appréhendions, c'étoit de trouver le défilé de Durckheim occupé, où il étoit aisé d'empêcher le passage et de tenir ainsi les deux lignes de notre armée séparées, et par conséquent fort embarrassées, et désoler l'Alsace, tandis que la première ligne seule ne le pourroit empêcher, et que la seconde demeureroit inutile.

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