‹ Mémoires (volume 2)Chapitre 170 sur 393 · IRRUPTION DES ENNEMIS · texte numérisé non relu

IRRUPTION DES ENNEMIS

Dans cet embarras, il se trouva une cousine de l'homme chez qui j'étois logé, qui arrivoit de Mayence, d'où elle étoit partie la veille, et je le sus* de mes gens, qui le découvrirent. Elle ne parloit qu'allemand; je la menai à Tallart, qui me pria de lui servir d'interprète. Nous sûmes d'elle que les portes de Mayence étoient fermées, qu'on n'y laissoit entrer personne de ce côté-ci, qu'on l'en avoit fait sortir, qu'elle avoit vu quantité de tentes au delà de Mayence, et que des hussards lui avoient dit que c'étoit le prince de Hesse qui alloit joindre le prince Louis. Gela ne nous instruisit guère, et Tallart, n'ayant aucun avis des partis qu'il avoit, en envoya encore deux dehors. Nous avions bien fait quatorze lieues de France, et n'étions arrivés qu'à huit heures du soir, de sorte qu'il fallut bien donner la nuit au repos, et nous avions encore huit lieues jusqu'aux défilés de Durckheim. Nous marchâmes le lendemain dans la disposition de trouver les ennemis, dont il ne parut nul vestige; et on sut après que ce camp sous Mayence étoient huit mille hommes, plus curieux de butin que de combat. Romainville, avec sa réserve, avoit pris, en partant d'Arienthal dans le Hondsrûck, où nous étions, un autre chemin par les montagnes, avec les bagages, de sorte que nous marchions légèrement. Nous traversâmes les défilés de Durckheim sans aucun obstacle, et nous campâmes encore à quatre lieues au delà, à deux lieues près de la première ligne, avec laquelle le maréchal de Joyeuse nous attendoit. Tallart poussa jusqu'à lui pour recevoir ses ordres, qui furent de marcher le lendemain sous Landau. En chemin nous joignîmes la première ligne, et ce fut une grande joie pour toutes les deux que cette réunion.

J'allai tout de suite à Landau voir M. le maréchal de Lorges, qui avoit attendu son armée avec impatience. Je le trouvai dans le jardin de Mélac, gouverneur de la place et un des lieutenants généraux de l'armée, avec presque tous les officiers généraux, et la Grange, fort embarrassé de sa contenance et la tète fort basse. Nous y apprîmes que les

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