‹ Mémoires (volume 2)Chapitre 171 sur 393 · EN ALSACE · texte numérisé non relu

EN ALSACE

ennemis, répandus en plusieurs corps, avoient enlevé un grand butin et quantité d'otages, et qu'ils se retranchoient fort dans File et dans les bois d'Hagenbach ; mais le nombre de ce qui avoit passé le Rhin on ne le sut jamais. Cen'étoit pas faute de soins ; Mélac avoit battu un gros parti des ennemis, où Girardin avoit été légèrement blessé au ventre : c'étoit un très-bon officier, brigadier de cavalerie et fils de Vaillac, chevalier de Tordre en 1661, qui étoit à Monsieur, et gens de fort bonne maison. Il avoit servi de lieutenant général en Irlande, et y avoit commandé l'armée après la mort de Saint-Ruth, qui y fut tué ; mais il avoit déplu à M. de Louvois, qui l'avoit donné au Roi pour un ivrogne (il en étoit bien quelque chose), et il en étoit demeuré là.

Le lendemain, après une longue marche, on prit un camp fort étendu, d'où le marquis d'Alègre, maréchal de camp de jour, prit en arrivant les gardes et les dragons de Bretoncelles, pour aller voir ce qui étoit dans la plaine au delà. Il poussa jusqu'au bois, où il força un grand retranchement, d'où il chassa le* général Soyer. On se reposa le lendemain; le jour suivant, les deux maréchaux se mirent en campagne, M. de Lorges pour aller chasser les ennemis de Weissembourg, qu'il en trouva délogés, M. de Joyeuse pour aller dans les bois, où il trouva un grand retranchement qu'il n'avoit pas assez de troupes pour forcer. Le lendemain on se reposa encore. Le surlendemain on laissa tout plié dans le camp, et on marcha aux ennemis en colonne renversée. On n'avoit pas fait beaucoup de chemin à travers de grands abatis d'arbres, qu'on sut que les ennemis avoient repassé le Rhin, et rompu et retiré leur pont, de sorte que l'armée s'en retourna au camp aussi triste qu'elle en étoit partie gaillarde. Trois jours après, les ordres arrivèrent en ce même camp pour la séparation des troupes. Ilsportoient que Tallart iroit aux Deux-Ponts, le maréchal de Joyeuse dans le Hondsrûck, et le maréchal de Lorges où il jugeroit à propos, avec une destination

Ile troupes et d'officiers généraux pour chacun des trois. Saint-Simon f, 13

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