PROCÉDÉ ENTRE LES MARÉCHAUX
Le maréchal de Joyeuse sut d'abord la sienne, et n'en dit mot. Soit oubli ou autre raison, le maréchal de Lorges ne lui en parla point, mais le jour de la séparation, il \m écrivit le matin par un page qu'il le prioit de partir dans deux heures, etc. Joyeuse, piqué, répondit verbalement qu'il n'étoit préparé à rien , et qu'il ne pouvoit partir, puis s'alla promener. Le maréchal de Lorges, inquiet de cette réponse, s'en alloit chez lui, lorsqu'il le rencontra se promenant, et qui ne détourna point son cheval pou{ aller à lui. L'autre le joignit. L'abord fut très-froid, les propos furent de même : excuses de l'un, plaintes de l'autre, et fermeté à ne point partir. Ils se quittèrent de la sorte. Le maréchal de Lorges, inquiet de plus en plus , avoit des ordres précis, et la matinée s'avançoit. Il eut recours à la négociation , et il en chargea le marquis d'Huxelles , chevalier de l'ordre et lieutenant général , et Vaubecourt, maréchal de camp. Ils allèrent trouver le maréchal de Joyeuse, qu'ils persuadèrent de venir au moins chez l'autre maréchal, et qu'ils y amenèrent. Ils y entendirent la messe, puis s'enfermèrent. Au bout d'une heure ils sortirent, et les ordres furent donnés pour le départ du maréchal de Joyeuse et de ses troupes, dont j'étois, et les deux maréchaux allèrent dîner ensemble chez le marquis d'Huxelles, au quartier du maréchal de Joyeuse, qui étoit le chemin du départ, qui ne se put faire qu'après midi.
J'étois fort bien avec le maréchal de Joyeuse, qui me fit loger après le dernier maréchal de camp, et devant Harlus, mon brigadier, qui, comme l'ancien des brigadiers de notre petite armée, y commandoit la cavalerie. Il n'en fut point fâché; mais les autres brigadiers ne le trouvèrent pas trop bon, et moins qu'eux le prince palatin de Birkenfeld, fort de mes amis, et qui ne m'en dit rien. Il étoit capitaine dans Bissy, second brigadier de ce corps. Notre brigade échut à Naurum, sur le bord de la Nave, fort près d'Éberbourg, noyés dans le fourrage. J'y demeurai jusqu'au 46 octobre, que le maréchal de Joyeuse me donna !