MONSIEUR DE LA TRAPPE [169G
Rigault travailla le reste du jour et le lendemain encore sans plus voir Monsieur de la Trappe, duquel il avoit pris congé en se retirant d'auprès de lui la troisième fois, et fit un chef-d'œuvre aussi parfait qu'il eût pu réussir en le peignant à découvert sur lui-même. La ressemblance «lans la dernière exactitude, la douceur, la sérénité, la majesté de son visage, le feu noble, vif, perçant de ses yeux, si difficile à rendre, la finesse et tout l'esprit et le grand qu'exprimoit sa physionomie, cette candeur, cette sagesse, paix intérieure d'un homme qui possède son âme, tout étoit rendu, jusqu'aux grâces qui n'avoient point quitté ce visage exténué par la pénitence, l'âge et les souffrances. Le matin, je lui fis prendre en crayon le Père abbé assis au bureau de Monsieur de la Trappe, pour l'attitude, les habits, et le bureau même tel qu'il étoit, et il partit le lendemain avec la précieuse tête qu'il avoit si bien attrapée et si parfaitement rendue, pour l'adapter à Paris sur une toile en grand, et y joindre le corps, le bureau et tout le reste. 11 fut touché jusqu'aux larmes du grand spectacle du chœur et de la communion générale à la grand'messe le jour de la Toussaint , et il ne put refuser au Père abbé une copie en grand pareille à mon original. Il fut transporté de contentement d'avoir si parfaitement réussi d'une manière si nouvelle et sans exemple, et dès qu'il fut à Paris, il se mit à la copie pour lui et à celle pour la Trappe, travaillant par intervalles aux habits et au reste de ce qui devoit être dans mon original. Gela fut long, et il m'a avoué que de l'effort qu'il s'étoit fait àl la Trappe, et de la répétition des mêmes images qu'il sel rappeloit pour mieux exécuter les copies, il en avoit pensé I perdre la tête, et s'étoit trouvé depuis dans l'impuissance I pendant plusieurs mois de travailler du tout à ces i por-![ traits. La vanité l'empêcha de me tenir parole, malgré le: mille écus, que je lui fis porter le lendemain de son arriva à Paris. Il ne put se tenir avec le temps, c'est-à-dire troi mois après, de montrer son chef-d'œuvre avant de me U\