‹ Mémoires (volume 2)Chapitre 317 sur 393 · COMTE ET COMTESSE DE ROYE [ 1 G · texte numérisé non relu

COMTE ET COMTESSE DE ROYE [ 1 G

qui la regardaient, une espèce de gueuse, qui s' étoit introduite à la cour sur le pied d'une manière de folle, qui étoit tantôt au souper du Roi, tantôt au dîner de Monseigneur et de Madame la Dauphine, ou à celui de Monsieur, à Versailles ou à Paris , où chacun se divertissoit à la mettre en colère, et qui chantoit pouille aux gens à ces dîners-là, pour faire rire, mais quelquefois fort sérieusement, et avec des injures qui embarrassoient et qui divertissoient encore plus ces princes et ces princesses, qui lui emplissoient ses poches de viandes et de ragoûts, dont la sauce découloit tout du long de ses jupes, et que les uns lui donnoient une pistole ou un écu, et les autres des chiquenaudes et des croquignoles, dont elle entroit en furie, parce qu'avec ses yeux pleins de chassie elle ne voyoit pas au bout de son nez, ni qui l'avoit frappée, et que c'étoit le passe-temps de la cour. A cette réponse, la reine de Danemark se sentit si piquée qu'elle ne put plus souffrir la comtesse de Roye, et qu'elle en demanda justice au. Roi son mari. Il trouva bien mauvais que des étrangers! qu'il avoit comblés des premières charges et des premiers? honneurs de sa cour, avec de grosses pensions, se mo-ji quassent d'eux d'une manière si cruelle. 11 se trouva des] seigneurs du pays et des ministres jaloux de la fortune etj du grand établissement dont le comte de Roye jouissoitJ tellement que la Reine obtint que le Roi le remercieroit et lui feroit dire de se retirer. Il ne put conjurer l'orage : il vint avec sa famille à Hambourg, en attendant qu'il sut cé| qu'il pourroit devenir; et à la révolution d'Angleterre, il y passa, c'est-à-dire quelques mois devant. Le roi Jacques! qui y étoit encore, le fit comte de Lifford et pair d'Irlande j| dont un fils qui l'avoit suivi prit le nom.

Le comte de Roye étoit donc à Londres, avec un fils e] deux filles, et le comte de Feversham, frère de sa femmejf chevalier de la Jarretière et capitaine des gardes du corps | à la révolution ils ne se mêlèrent de rien; et a passé dix-| huit ans en Angleterre sans charge et sans service , mourut aux eaux de Bath en 1690. Ses autres enfant

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