‹ Mémoires (volume 2)Chapitre 340 sur 393 · CONDUITE DE L'ABBÉ DE POLIGNAC · texte numérisé non relu

CONDUITE DE L'ABBÉ DE POLIGNAC

favorafros. On apprit avec étonnement que l'abbé de Polignac s'étoit beaucoup trop avancé et, entre autre promesses, s'étoit engagé d'accorder que le prince de Conti prendroit à ses dépens Caminiec, occupé par les Turcs, et qu'il feroit cette conquête avant son couronnement, sans quoi son élection demeureroit nulle. Un particulier, quelque grand et riche et appuyé qu'il fût, ne pouvoit pas se flatter de suffire à cette dépense, et de faire dépendre la validité de l'élection du succès de cette entreprise : c'étoit exposer la fortune d'un prince du sang, non-seulement à l'incertitude des hasards d'un grand siège, mais à toutes les trahisons de ceux qui se trouveroient intéressés à le faire échouer par leur engagement contre l'élection de ce prince. On en fut si choqué à la cour, qu'on envoya Forval en Pologne pour voir plus clair à ces avances de l'abbé de Polignac, essayer de raccommoder ce qu'il avoit gâté, et donner des nouvelles plus nettes et plus désintéressées de toute cette négociation. Peu après arriva un gentilhomme de la part du cardinal Radziewski, archevêque de Gnesne, qui étoit à la tête du parti du prince de Gonti, et qui, comme primat de Pologne, étoit à la tête de la république pendant l'interrègne. Le compte qu'il rendit, et la commission dont il étoit chargé pour le Roi et pour ce prince, donnèrent beaucoup d'espérances, mais peu d'opinion de la conduite de l'abbé de Polignac, qui, parfaitement bien avec la reine de Pologne, s'étoit brouillé avec elle jusqu'aux éclats et à l'indécence, tellement qu'il fut jugé à propos d'envoyer l'abbé de Ghâteauneuf lui servir d'évangéliste, et qui porta à l'abbé de Polignac des ordres très-précis de ne rien faire que de concert avec lui. Il étoit frère de notre ambassadeur à Gonslautinople. C'étoient deux Savoyards, tous deux gens de beaucoup d'esprit et de belles-leltres, et tous deux fort capables d'affaires, l'aîné avec plus de manège, l'autre avec encore plus de fond et de sens; et on prit le parti d'attendre qu'il se fût bien mis au fait de tout en Pologne, et d'en être informé par lui avant que de s'embarquer plus avant.

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