‹ Mémoires (volume 2)Chapitre 341 sur 393 · FROIDEUR DU PRINCE DE CONTI POUR LA POLOGNE · texte numérisé non relu

FROIDEUR DU PRINCE DE CONTI POUR LA POLOGNE

M. le prince de Conti étoit fort éloigné de désirer le succès d'une élévation à laquelle il n'avoit jamais pensé; il alloit jusqu'à le craindre. 11 étoit prince du sang, et quoique malvoulu du Roi, il jouissoit de l'estime et de l'affection publique; il profitoit encore de la compassion de sa situation délaissée et de son espèce de disgrâce, du parallèle qu'on faisoit entre lui si nu, et M. du Maine si comblé, de la préférence sur lui de M. de Vendôme pour le commandement de l'armée, et de l'indignation qui en naissoit. Élevé avec Monseigneur, extrêmement bien avec lui et dans toute sa privance, il comptoit sur le dédommagement le plus flatteur et le plus durable sous son règne. Enfin il étoit passionnément amoureux de Madame la Duchesse : elle étoit charmante, et son esprit autant que sa figure. Quoique Monsieur le Duc fut fort étrange et étrangement jaloux, M. le prince de Conti ne laissoit pas d'être parfaitement heureux. Par ce recoin secret, il tenoit de plus en plus à Monseigneur, qui commençoitfort à s'amuser de Madame la Duchesse, laquelle avoit su lier sourdement avec Mlle Ghoin. C'en étoit trop pour que le brillant d'une couronne pût prévaloir sur les horreurs de s'expatrier pour jamais : aussi parut-il extrêmement froid dans toute cette affaire, très-attentif à en faire peser toutes les difficultés, et si lent à la suivre, qu'on s'aperçut aisément de toute sa répugnance.

Après quelques difficultés et quelques délais sur les Ipasse-ports des plénipotentiaires du Roi pour la paix, ils arrivèrent, et incontinent après Harlay et Crécy, qui Hoient à Paris, partirent, et ils se brouillèrent dès Lille. Le Normand, fermier général en ce département, y étoit, lui fournit de bons chevaux à Crécy, son ami, et ne donna {ue des colliers et des charrettes à l'autre, qui, au lieu de îe s'en prendre qu'à la sottise du fermier général, s'emporta contre son collègue. 11 écrivit à la cour des plaintes limères. Le Normand fut blâmé, Harlay encore plus, qui, lur les réponses sèches qu'il reçut, se hâta de se racomnoder avec Crécy. A Courtray, ils apprirent que les pléni-

potentiaires des alliés avoientle caractère d'ambassadeurs, et qu'ils se préparoient à leur faire beaucoup de chicanes sur le cérémonial, parce qu'ils ne l'avoient point. Ils dépêchèrent donc un courrier là-dessus, qu'ils attendirent à Courtray, et qui leur apporta le caractère d'ambassadeurs; c'est ce qui fut cause qu'ils ne reçurent que des civilités, mais aucuns honneurs sur toute la frontière françoise, et que celle des ennemis leur en rendit de fort grands, ainsi ) que le dedans de leurs pays. Ils arrivèrent à Delft, où ils 1 trouvèrent Gaillières. Ceux des alliés et de Suède étoient | à la Haye, à quatre lieux d'eux; et à demi-lieue de Delft, I le château de Ryswick au prince d'Orange, où ils dévoient 1 tous se trouver pour traiter. On l'avoit ouvert par divers f côtés, afin que chacun pût entrer et sortir par le sien, etj s'asseoir vis-à-vis de son entrée autour d'une table ronde, J pour éviter toute dispute de rang et de compétence. Force] jeunes gens de robe et de Paris étoient allés à la suite des nôtres. Harlay y avoit mené son fils, qui avoit beaucoup; d'esprit et encore plus de débauche et de folie, et qui fit là toutes les extravagances les plus outrées et les plus; continuelles, et dont plusieurs pouvoient avoir des suites fâcheuses et embarrassantes même, sans que le père parût y donner la plus légère attention.

La disposition des armées fut la même que l'année précédente, mais les princes ne servirent point. Le Roi en étoit convenu avec Monsieur pour M. le duc de Chartres, et avec Monsieur le Prince pour Monsieur le Duc et M. le prince de Conti, qui se chargea de le leur dire. Le Roi à la fin prit ce parti, par le contraste de M. de Vendôme, qui commandoit une armée, et par ce qui s'étoit passé en Flandres de M. du Maine, qui ayant laitjL encore une campagne depuis, en fut dispensé pour tou^j jours. M. le comte de Toulouse, qui n'avoit pas en soi! la même raison, commanda la cavalerie dans l'armée du maréchal de Bouflïers; et chacun partit pour les frontièresJL Le maréchal Câlinât, qui n'avoitplus d'occupation en ItalieJL eut une armée en Flandres, avec laquelle il ouvrit la cain^p

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