‹ Mémoires (volume 2)Chapitre 353 sur 393 · DÉPART DU PRINCE · texte numérisé non relu

DÉPART DU PRINCE

furent la matière des résolutions prises le même jour et le lendemain, et d'une longue audience que le Roi donna le surlendemain matin dimanche, 1er septembre, dans son cabinet à Versailles, à M. le prince de Conti, avant la messe. Il en sortit les larmes aux yeux, et on sut incontinent après qu'il s'en alloit en Pologne. 11 pria le Roi de ne point traiter M,ue la princesse de Conti en reine jusqu'à ce qu'il eût nouvelle de son couronnement, pour éviter tout embarras en cas que l'affaire échouât et qu'il fût obligé de revenir. Le Roi lui donna deux millions comptant, et quatre cent mille francs à emporter avec lui, et cent millefrancs pour son équipage, outre toutes les remises faitet en Pologne, que Samuel Bernard s'étoit chargé d'y faire payer, tant de l'argent du Roi que de celui de M. le prince de Conti. Ce prince passa le lundi en partie à Paris, et le mardi, 3 septembre, en partit le soir pour Dunkerque. Le célèbre J. Bart répondit de le mener heureusement, malgré la flotte ennemie qui étoit devant ce port, et tint parole.

On vit des mouvements bien différents dans cette grande séparation. Le Roi, ravi de se voir glorieusement délivré d'un prince à qui il n'avoit jamais pardonné le voyage de Hongrie, beaucoup moins l'éclat de son mérite et l'applaudissement général que jusque dans sa cour et sous ses yeux il n'avoit pu émousser par l'empressement même de lui plaire et la terreur de s'attirer son indignation, ne pouvoit cacher sa joie et son empressement de le voir éloigné pour toujours. On distinguoit aisément ce sentiment particulier de celui du foible avantage d'avoir un prince de son sang à la tête d'une nation qui figuroit peu parmi les autres du Nord, et qui laissoit encore moins figurer son roi. Tout vouloit le prince de Conti à la tête de nos armées. Cet événement ôtoit au Roi l'importunite A'un désir et d'un jugement si universel, à son fils bienaimé un si fâcheux contraste, et le délivroit du seul de sa maison dont la pureté du sang ne fût point flétrie par; I

le mélange de la bâtardise, et qui en même temps étoil

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l'unique dont rentière nudité excitoit le murmure, pour n'en rien dire de plus, contre les immenses établissements de ceux qui étoient nés dans l'obscurité légale, et de ceux encore qui , étant du sang des rois , n'étoier. revêtus qu'à titre de leurs mariages avec les enfants naturels.

Mme la princesse de Conti, qui sentoit le poids qui accabloit un mari quelle aimoit et dont elle partageoit la fortune, parut transportée de joie de se voir sur le point de régner. Monsieur le Prince, plus sensible encore à la gloire d'une couronne pour un gendre qu'il estimoit et qu'il ne se pouvoit empêcher d'aimer, cachoit sous cette couverture la joie du repos de sa famille, et Monsieur le Duc nageoit entre la rage de la jalousie d'un mérite si supérieur, et récompensé comme tel par un choix si flatteur, et la satisfaction de se voir à l'abri du sentiment journalier des pointes de ce mérite, et d'autres encore plus sensibles à un mari de son humeur. Qui fut à plaindre? Ce fut Madame la Duchesse. Elle aimoit, elle étoit aimée, elle ne pouvoit douter qu'elle ne la fût plus que l'éclat d'une couronne. Il falloit prendre part à une gloire si proche, à la joie du Roi, à celle de sa famille, qui l'observoit dans tous les moments, qui voyoit clair, mais qui ne put mordre sur les bienséances. Monseigneur fut un peu touché, mais au bout, aise de la joie d'autrui, son apathie ne fut point 3nme; M. du Maine, transporté au fond de l'âme d'une ilélivrance si grande et si peu espérée, prit le visage et 'a contenance qu'il voulut et qu'il jugea la plus convenable; et le public demeura partagé entre la douleur de la )crte de ses délices et la joie de les voir couronnées. Monteur et Monsieur son fils furent assez aises. M'ne de Mainteion triomphoit dans ses réduits; et les armées, n'espérant )lus de le voir à leur tête, s'affligèrent moins qu'il fût tout ! fait perdu pour elles, qu'elles ne prirent de part au royal [tablissement où il étoit appelé. Pour lui, noyé dans la lOuleur la plus profonde, à bout d'obstacles, de difficultés, i|e délais, il faut avouer qu'il soutint mal un si brillant Saint-Simon i. 29

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