COMMENCEMENTS DE L'ABBÉ DU BOIS
l'ordre à aucun Lorrain, eut peine à s'y résoudre ; mais les | deux frères surent tenir ferme : ils l'emportèrent, et le chevalier de Lorraine, ainsi payé d'avance, répondit du consentement de Monsieur au mariage, et des moyens d'y faire venir Madame et M. le duc de Chartres.
Ce jeune prince avoit été mis entre les mains de Saint- Laurent au sortir de celles des iemmes. Saint-Laurent étoit ttn homme de peu, sous-introducteur des ambassadeurs îhez Monsieur, et de basse mine, mais, pour tout dire en m mot, l'homme de son siècle le plus propre à élever un grince et à former un grand roi. Sa bassesse l'empêcha i d'avoir un titre pour cette éducation ; son extrême mérite l'en fit laisser seul maître ; et quand la bienséance exigea que le prince eût un gouverneur, ce gouverneur ne le fut qu'en apparence, et Saint-Laurent toujours dans la même confiance et dans la même autorité.
Il étoit ami du curé de Saint-Eustache, et lui-même grand homme de bien. Ce curé avoit un valet qui s'appeloit du Bois, et qui l'ayant été du sieur....1, qui avoit été docteur de l'archevêque de Reims le Tellier, lui avoit trouvé de l'esprit, l'avoit fait étudier, et ce valet savoit infiniment de belles-lettres et même d'histoire ; mais c'étoit un valet qui n'avoit rien, et qui après la mort de ce premier maître étoit enfré chez le curé de Saint-Eustache. Ce curé, content de ce valet, pour qui il ne pouvoit rien faire, le donna à Saint-Laurent, dans l'espérance qu'il pourroit mieux pour lui. Saint-Laurent s'en accommoda, et peu à peu s'en servit pour l'écritoire d'étude de M. le duc de Chartres; de là, voulant s'en servir à mieux, il lui fit prendre le petit collet pour le décrasser, et de cette sorte l'introduisit à l'étude du prince, pour lui aider à préparer ses leçons, à écrire ses thèmes, et le soulager lui-même, à chercher les mots dans le dictionnaire. Je l'ai vu mille fois dans ces commencements, lorsque j'allois jouer avec M. de Chartres. Dans les suites, Saint-Laurent devenant infirme, du Bois