LE CAMP DE C3MPIEGNE
Le jeudi 28 août, la cour rartit pour Compiègne ; le Roi passa à Saint-Cloud, coucha à Chantilly, y demeura un jour, et arriva le sauiedi à Compiègne. I-e quartier général était au village de Condan, on le maréchal do BoufUers avait des maisons outre ses tentes. Le Roi y mena Mgr le duc de Bourgogne et Mme la duchesse de Bourj^ogne, etc., qui y firent ime collation magnifique. Au retour à Compiègne, le Roi dit à Livry, qui par son ordre avait préparé des tables au camp pour Mgr le duc de Bourgogne qu'il ne fallait point que ce prince en tînt, que, quoi qu'il pût faire, ce ne Siérait rien en comparaison de ce qu'il venait de voir, et que, quand son petit-fils irait à l'avenir au camp, il dînerait chez ie maréchal de BoulSlers.
Le Roi s'amusa à faire voir les troupes aux dames, leur arrivée, leur campement, leurs distributions, en un niot, tous les détails d'un camp, des détachements, des marches, des fourrages, des exercices, de petits combats, des convois. ^Ime
la duchesse de Bourgogne, les princesses, Monseigneur, firent souvent collation chez le maréchal, où lu, maréchale de Bouffiers leur faisait les honneurs. IMonseigneur y dîna quelquefois, et le Roi y mena dîner le roi d'Angleterre, qui vint passer trois ou quatre jours au camp. Il y avait longues années que le Roi n'avait fait cet honneur à persomie, et la singularité de traiter deux rois ensemble fut grande. Monseigneur et les trois princes ses enfants y dînèrent aussi et dix ou douze hommes des principaux de la cour et de l'armée. Le Roi pressa fort le maréchal de se mettre à table; il ne voulut jamais : il servit le Roi et le roi d'Angleterre, et le duc de Gramont, son beau-père, servit Monseigneur, Ils avaient vu, en y allant, les troupes à pied, à la tête de leurs camps ; et en revenant, ils virent faire l'exercice à toute l'infanterie, les deux lignes face à face l'une de l'autre. La veille, le Roi avait mené le roi d'Angleterre à la revue de l'armée ; Mme la duchesse de Bourgogne la vit dans son carrosse ; elle y avait IVIadame la Duchesse, Mme la princesse de Conti et toutes les dames titrées ; deux autres de ses carrosses la suivirent, lemplis de toutes les autres dames. Il arriva sur cette revue une ]ilaisante aventure au comte de Tessé : il était colonel général de dragons : M. de Lauzun lui demande deux jours auparavant, avec cet air de bonté, de douceur et de simplicité qu'il i)renait presque toujours, s'il avait songé à ce qu'il lui fallait pour saluer le Roi à la tête des dragcns, et là-dessus entrèrent en récit du cheval, de l'habit et de l'équipage. Après les louanges : « Mais le chapeau, lui dit bonnement Lauzun, je ne vous en entends point parler ! — Mais non, répondit l'autre, je compte d'avoir un bonnet. — Un bonnet ! reprit Lauzun, mais y pensezvous ? uu bonnet ? cela est bon pour tous les autres, mais' le colonel général avoir un bonnet ? Monsieur le comte, vous n'y pensez pas. — Comment donc ? lui dit Tessé, qu'aurais-je donc ? » Ijauzim le fit danser, et se fit prier longtemps, et lui faisant accroire qu'il savait mieux qu'il ne disait ; enfin vaincu par ses prières, il lui dit qu'il ne lui voidait pas laisser commettre une si lourde faute, que cette charge ayant été créée pour lui, il en savait bien toutes les distinctions, dont une des i)rincipales était, lorsc^ue le Roi voyait les dragons.