‹ Mémoires -- (volume 3)Chapitre 34 sur 44 · DERNIERS JOURS DU ROI LOUIS XIV · texte numérisé non relu

DERNIERS JOURS DU ROI LOUIS XIV

TjC lendemain 12 août (1), il prit médecine à son ordinaire, et vécut à son ordinaire aussi de ces jours-là. On sut qu'il se plaignait d'une sciatique à la jambe et à la cuisse. Il n'avait jamais eu de sciatique ni de rhunmtisme; jamais enrhumé, et il y avait longtemps qu'il n'avait eu de ressentiment de goutte. Il y eut le soir petite musique chez ^Lne de ^Maintenon, et ce fut la dernière fois de sa vie qu'il marcha.

le mardi 13 août, il fit son dernier eflort pour doimer, en revenant de la messe, où il [se] fit porter, l'audience de congé debout et sans appui, à ce prétendu ambassadeur de Perse. Sa santé ne lui permit pas les magnificences qu'il s'était proposées ^omme à sa première audience ; il se contenta de recevoir dans la pièce du trône, et il n'y eut rien de remarquable. Ce fut la dernière action publique du Roi, où Pontchartrain trompait si grossièrement sa vanité pour lui faire sa cour. Il n'eut pas honte de terminer cette comédie par la signature d'un traité dont les suites montrèrent le faux do cette ambassade. Cette audience, qui fut assez longue, fatigua fort le Roi. 11 lésista en rentrant chez lui k l'envio de se coucher ; il tint le conseil de tînance, dîna à son petit oouvrert ordinaire, se fit porter chez Mme de Maiutenon, où il y eut petite musique, et, en sortant de son cabinet, s'arrêta pour la duchesse de la Rochefoucauld, qui lui pré.«îenta la duchesse de la Rochegiiyon, sa belle-fille, qui fut la dernière dame qui lui ait été présentée. Elle prit le soir son tabouret au souper du Roi, cpii fut le dernier de sa vie au grand couvert. Il avait travaillé seul chez lui après son dîner avec le chancelier. Il envoya le lendemain force présents et quelques pierreriesà ce bel ambassadeur, qu'on mena deux jours

après chez m\ bpurgeois à ChaiUot, et à peu de distance, au Havre-de-Gi-âce, où il s'embarqua. Ce fut ce même jour que la ]>riiicesse des Ursins, effiayte, comme on l'a dit, de l'état du Roi, partit do Paris pour gagner Lyon en diligence, le lendemain mercredi, veille de l'Assomption.

Il y avait plus d'un an que la santé du Roi tombait. Ses valets intérieurs s'en aperçurent d'abord, et en remarquèrent tous les progrès, sans que pas un osât en ouvrir la bouche. Les bâtards, ou, pour mieux dire M. du IVIaine, le voyait bien aussi, qui, aidé de Mme de Maintenon et de leur chancelier-secrétaire'^ d'Etat, hâta tout ce qui le regardait, Fagon, premier médecin, fort tombe de corps d'esprit, fut de tout cet intérieur le seul qui ne s'aperçut de rien. Maréchal^ premier chirurgien, lui en parla plusieurs fois, et fut toujours durement repoussé. Pressé enfin par son devoir et par son attachement, il se hasarda un matin, vers la Pentecôte, d'aller trouver Mme de Maintenon, Il lui dit ce qu'il voyait et combien grossièrement Fagon se trompait. Il l'cussura que le Roi, à qui il avait tâté le pouls souvent, avait depuis longtemps une petite fièvre lente interne ; que son tempérament était encore plein de ressources mais que, si on laissait gagner le mal, il n'y en aurait plus, Mme de Maintenon se fâcha, et tout ce qu'il remporta de son zèle fut de la colère. Elle lui dit qu il n'y avait que les ennemis personnels de Fagon qui trouvassent ce qu'il lui disait là de la santé du Roi, sur laquelle la capacité, l'application, l'expérience du premier médecin ne se pouvait tromper. Le rare est que Maréchal, qui avait autrefois taillé Fagon de le pieire, a\ait été mis eu place de premier chirurgien par lui, et qu'ils avaient toujours vécu depuis jusqu'alors dans la plus parfaite intelligence. Maréchal outré, qui me l'a conté, n'eut plus de mesures à pouvoir prendre, et commença dès lors à déplorer la mort de son maître. Fagon, en effet, était en science et en expérience le premier médecin de l'Europe, mais sa santé ne lui permettait plus depuis longtemps d'entretenir son expérience, et le haut point d'autorité où sa capacité et sa faveur l'avaient porté l'avait enfin gâté. Il ne voulait ni raison ni réplique, et continuait de conduire la santé du Roi comme il . vait fait dans un âge moins avancé, et le tua par cette opiniâtreté.

La goutte, dont il avait eu de longues sttacpios, avait engagé

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