DERNIERS .TOT'RS DE LOUIS XIV
<;rand et imminent. Néanmoins, il voulut expressément qu'il ne fût rien changé à l'ordre accoutumé de cette journée, c'està-dire que les tambours et les hautbois, qui s'étaient rendus sous ses fenêtres, lui donnassent, dès qu'il fut éveillé, leur musique ordinaire, et que les vingt-cpatre violons jouassent de même dans sou antichambre pendant le dîner.
Peu après que le chancelier fut sorti de chez le Roi, ^Ime de ilaintenon, qui y était restée, y manda les dames familières, et la musique y arriva à sept heures du soir. Cependant le Roi s'était endorjni pendant la conversation des dames. 11 se réveilla la tête embarrassée, ce qui les effraya et leur fit appeler les médecins. Ils trouvèrent le pouls si mauvais qu'ils ne balancèrent pas à propeser au Roi, qui revenait cependant de son absence, de ne pas différer à recevoir les sacrements. On envoya quérir le P. Telher, et avertir le cardinal de Rohan <iui était chez lui en compasriie, et qui no songeait à rien moins et cependant on renvoya la musique qui avait déjà préparé ses livres et ses instruments, et les dames familières sortirent.
En un quart d'heure, depuis le renvoi de la musique et des dames, tout fut fait. Le P. Tellier confessa le Roi, tandis que le cardinal de Rohan fut prendre le saint sacrement à la chapelle, et qu'il envoya chercher le curé et les saintes huiles. Deux aumôniers du Roi, mandés par le cardinal, accoururent, et sept ou huit flambeaux portés par des garçons bleus du château, deux laquais de Fagon, et un de Mme de Maintenon. Ce très petit accompagnement monta chc^ le Roi par le petit escaher de ses cabinets, au travers desquels le cardinal arriva dans sa chambre. Le P. Tellier, Mme de Maintenon, et une douzaine d'entrées, maîtres ou valets, y reçurent ou y suivirent le saint sacrement. Le cardinal dit deux mots au Roi sur cette gTande et dernière action, pendant laqviclle le Roi parut ti'ès ferme, mais très pénétré de ce qr'il faisiit. Dès qu'il eut reçu Notre-Seigneiu' et les saintes huiles, tout ce qui était dans la chambre sortit devant et, après le saint sacrement ; il n'y demeura que ^tme de Maintenon et le chancelier. Tout aussitôt, et cet aussitôt fut un peu étrange, on apporta sur le lit une espèce de livre ou de petite table ; le chancelier lui présenta le codicille, à la fin duquel il écrivit quatre ou cinq lignes de sa main, ot le rendit tiyn'è^ ait chancelier.
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Le Roi demanda à boire, puis appela le luaréchal de Villeioy qui, avec très peu des plus marqués, était dans la porte de la chambre ou cabinet du conseil, et lui parla seul près d'im quart d'heure. Il envoya chercher M. le duc d'Orléans, à qui il parla seul aussi un peu plus qu'il n'avait fait au maréchal de Villeroy. Il lui témoigna beaucoup d'estime, d'amitié, de confiance ; mais ce c[ui est terrible, av^ec Jésus-Christ sur les lèvres encore, qu'il venait de recevoir, il l'assura qu'il ne trouverait rien dans son testament dont il ne dût être content, puis lui recoinmanda l'Etut et la personne du Roi futur. Entre sa communion et l'extrême-onction et cette conver.sation, il n'y eut pas une demi-heure ; il ne pouvait avoir oublié les étranges dispositions qu'on lui avait arrachées avec tant de peine, et il venait de retoucher dans l'entre-deux son codicille si fraîchement fait, qui mettait le couteau dans la gorge à M. le duc d'Orléans, dont il livrait le juanche en plein au duc du Maine. L© rare est que le bruit do ce particulier, le premier que le Roi eût encore eu avec M. le duc d'Orléans, fit courir qu'il venait d'être déclaré régent.
Dès qu'il se fut retiré, le duo de Maine, qui était dans le cabinet, fut appelé. Le Roi lui parla plus d'un quart d'heure, puis fit appeler le comte de Toulouse, qui était aussi dans le cabinet, lequel fut un autre quart d'heure en tiers avec le Roi et le duc du Maine. Il n'y avait que peu de valets des plus né- (îessaires dans la chambre f«.vec Mme de Maintenon. Elle ne s'approcha point tant que le Roi parla à M. ie duc d'Orléans, Pendant tout ce temps-là, les trois bâtardes du Roi, les deux fils de Madame la duchesse et le prince de Conti avaient eu le temps d'arriver dans le cabinet. Après que le Roi eut fini avec le duc du Maine et le comte do Toulouse, il fit appeler les princes du sang, qu il avait aperçus sur la porte du cabinet, dans sa chambre, et ne leur dit que peu de chose ensemble, et point en particulif-r ni bas. Los médecins s'avancèrent presque en même temps pour panser sa jambe. Las princes sortirent, il ne demeura que le pur nécessaire et Mme de Maintenon. Tandis que tout cela se passa-t, le chancelier prit à part M. le duc d'Orléans dans son cabinet du conseil, et lui montra le codi<ùlie. Le Roi pansé sut que les princesses étaient dans le cabinet; il les fit appeler, leur dit deux mots tout haut, et.